‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799: d'après les documents inéditsChapitre 6 sur 144 · VI AVANT-PR0P · texte numérisé non relu

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difficulté les œuvres hâtives destinées à satisfaire son besoin d'investigation. L'une des conséquences de cette production anticipée est de rendre malaisées les rectifications devenues nécessaires. Plus tard, en efiet, lorsque le temps a permis de juger plus sainement les événements et de recourir aux documents originaux^ on se trouve en présence d'un tel parti pris qu'on hésite à commencer la lutte en faveur de la vérité.

L'autre cause est plus complexe. Elle est surtout plus délicate à expliquer, car elle touche à des questions de personnes. Il importe pourtant d'en constater l'existence et d'en faire ressortir les suites fâcheuses.

Les officiers, en mesure d'apprécier l'évolution des institutions militaires et la conhexité de ces dernières avec l'organisation civile des États, sont rares. Peu encouragés à entreprendre des études dont l'utilité paraît méconnue et pour lesquelles jusqu'ici ils n'ont eu aucun guide, ceux d'entre eux qui les ont abordées ont dû se borner le plus souvent à retracer, sans critique et sans couleur, les événements entrevus dans le cours de leur carrière. Or, il n'est pas une question militaire qui ne touche à une question civile et réciproquement. D'autre part, dans le domaine plus restreint de la partie technique des luttes humaines, cet axiome émis* par le mi-

1. InsMtction relative à Facadémie de guei^e de Berlin^ par M. de Kameke. (Vacadémie de guerre de Berlin en 1878, par T. lung.)

AVANT-PROPOS. Vn

nistre de la guerre allemand est toujours juste : « Plus rexpérience de la guerre faît défaut à une « armée^ plus il importe de recourir à Phistoîre, «t comme instruction et comme base de cette insa traction. 3> L'oubli de cette règle constitue une lacune véritable dans cette partie du développement des connaissances nécessaires pour la bonne conduite des troupes.

Or, une lacune semblable existe^ mais en âens inverse, dans les cours d'ordre civil. Il en résulte qu'abordant ces grands problèmes de paix et de guerre* avec une sorte de répulsion instinctive pour tout ce qui touche au métier des armes, les universitaires ne voient dans l'exposé des campagnes que l'occasion de quelque chapitre bien émouvant, une figure saillante de héros à buriner et un bulletin de victoire plus ou moins exact à reproduire. Pour la Bévolution principalement, cette interprétation défectueuse se rencontre le plus souvent. C'est au récit des événements survenus à Paris et des agissements des membres de nos grandes assemblées que se bornent la plupart des historiens. Ont-ils à parler des questions militaires, ils ne reproduisent que les menus faits des journaux ou les légendes de l'époque. Ils paraissent oublier que l'histoire de l'armée et des nécessités de sa réorganisation, en vue de la

1. Il est d'honorables exceptions. Une des plus remarquables est celle de Prouéhon, dont l'ouvrage, intitulé : Paix et guerre^ reste un des plus curieux spécimens de la prescience d'un homme de génie.

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