VI AVANT PROPOS
lutte à soutenir contre les ennemis de Textërieur et de l'intérieur, est celle même de la Révolution française. Par l'armée, la République s'est fondée; avec elle, celle-ci a failli succomber. Toutes deux ont eu leurs grandeurs et leurs faiblesses, et ces sublimités comme ces défaillances ont eu une origine commune, la méconnaissance des lois qui doivent régit ces tout-puissants moteurs.
En guerre, la bataille est l'accident. Il faut du t/emps, beaucoup de temps, pour que la guerre arrive à maturité. Un moment suffit pour perdre le fruit des efforts faits et ruiner un pays. La bataille est un point ; l'agencement préalable est un monde. La bataille est palpable; elle se traduit en chiffres sonores de tués ou de blessés, de canons et de drapeaux pris ou perdus. La préparation de la lutte s'accomplit dans l'ombre, lentement, patiemment. Plus l'organisation militaire est simple, plus elle est en accord avec celle de la société où elle se produit, et plus les chances de victoire deviennent nombreuses.
Le côté sociologique de ces grands problèmes de l'histoire a été également négligé. La guerre et la paix sont les deux termes d'une même formule : la concurrence des nations. La lutte est, en effet, dans tout et partout. Production, conservation, paix, génération, sommeil, repos, etc., de même que désagrégation, construction, veille, mort, etc., sont quelques-uns des nombreux mots s'appliquant à chacun des éléments de cette équation. Et réciproquement, il n'est pas possible d'entrevoir un fait ou une
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série de faits sans la juxtaposition de ces deux antiiihèses. Autrement dit^ on ne peut fixer son attention sur un objet matériel ou idéal, et constater son existence ou son état, sans apercevoir le moment possible de sa disparition ou de sa transformation. Or, cet accouplement de deux termes si opposés n*est autre que l'aimant avec ses deux électricités, la formule même du monde, c'est-à-dire de la vie, et, dans le domaine plus étroit de la société, celle du progrès.
Dans toute étude historique, on a donc le devoir rigoureux de ne négliger aucun d'eux. Mais est-on dès aujourd'hui en mesure de refaire l'étude de l'évolution humaine dans des conditions suffisantes d'impartialité et d'exactitude? non, du moins pour les époques antérieures à l'invention de l'imprimerie, cette merveilleuse étape de la statique sociale.
Pour la courte période qui nous occupe, les éléments d'appréciation sont nombreux. H ne s'agit que de les rechercher, de manière à combler les lacunes existantes. Est-ce à dire que nous ayons réussi? Nous n'osons l'espérer. Ce labeur était audessus de nos forces. Il nous était pratiquement impossible de tout voir et de tout lire. Noua croyons néanmoins avoir retrouvé un nombre assea grand de documents pour permettre de rétablir les faits dans un cadre régulier et de donner à l'étrange et curieuse figure de ce génie, qui s'est appelé Napoléon Bonaparte, le caractère qui lui est propre.
Lorsque, dans l'espace de soixante années, un