Mss. Archives de la guerre
2. M. le marquis de Gouveimet, Heatenant général, commandant en chef le duché de Bourgogne, k Dgon. Le détachement partit le 2 avril.
ANNÉE 1789. I9b
Vigneux, Bonaparte fut chargé de la conduite du détachement. Quand il arriva, l'ordre était déjà rétabli, les principaux coupables arrêtés et le maire changé pour avoir manqué d'énergie et de décision.
Bonaparte resta vingt-cinq jours à Seurre*. Il passait son temps à lire, principalement les ouvrages d'histoire et les livres ayant trait aux révolutions populaires. Cette idée de sa patrie libre le préoccupait. Il songeait à se mettre en relations avec le grand chef de l'indépendance corse, dont Fesch; venait de lui envoyer l'adresse. 11 comptait même lui faire hommage de cette histoire destinée à tant de vicissitudes et à tant de métamorphoses.
Le 11 mai, il était de passage à Chagny *, se ren* dant à Auxonne. Le 5 juin, s'étaient ouverts à Versailles les États généraux. Le 12, il écrivait à Paoli:
GÉNÉIUL,
«« Je naquis quand la patrie périssait. Trente mille Français vomis sur nos côte&, noyant le trône de la liberté dans des flots de sang, tel fut le spectacle odieux qui vint le premier frapper mes regards. Les cris du mourant, les gémissements de l'opprimé, les larmes du désespoir environnèrent mon berceau dès ma naissance.
« Vous quittâtes notre île, et avec vous disparut l'espérance du bonheur ; l'esclavage fut le prix de notre soumission. Accablés sous la triple chaîne du soldat, du légiste et^du percepteur d'impôts, nos compatriotes se virent méprisés..., méprisés par ceux qui ont les forces
1. Bonaparte logea d'abord chez M. Lombard, procureur du Roi, Grande Rue, u« 13, puis chez Philippart, aux Capucins. % Il allait voir M. James le fils. (Voir pièces à Tappui.)
/yt) BONAPARTE A AUXONNE.
de radmînistratioQ dans la main. N'est-ce pas la plus cruelle des tortures que puisse éprouver celui qui a du sentiment? L'infortuné Péruvien périssant sous le fer de l'avide^ Espagnol , éprouvait-il une vexation plus ulcérante ? Les traîtres à la patrie, les âmes viles, que corrompit l'amour d'un gain sordide ont, pour sejustifler, semé des calomnies contre le gouvernement national et contre votre personne en particulier. Les écrivains les admettent comme des vérités, les transmettent à la postérité.
« En les lisant, mon ardeur s'est échauffée, et j'ai résolu de dissiper ces brouillards, enfants de l'ignorance. Une étude de la langue française commencée de bonne heure, de longues observations, et des mémoires laissés dans les portefeuilles des patriotes m'ont mis à même d'espérer quelque succès... Je veux comparer votre administration avec l'administration actuelle... Je veux noircir du pinceau de l'infamie ceux qui ont trahi la cause commune... Je veux appeler au tribunal de l'opinion ceux qui gouvernent, détailler leurs vexations, découvrir leurs sourdes menées, et, s'il est possible, intéresser le vertueux ministre qui gouverne l'État* au sort déplorable qui nous afflige si cruellement.
« Si ma fortune m'eût permis de vivre dans la capitale, j'aurais eu sans doute d'autres moyens pour faire entendre nos gémissements ; mais obligé de servir, je me trouve réduit au seul moyen dé la publicité ; car, pour des mémoires particuliers, ou ils ne parviendraient pas, ou étouffés par la clameur des intéressés, ils ne feraient, qu'occasionner la perte de l'auteur.
« Jeune encore, mon entreprise peut être téméraire; mais l'amour de la vérité, de la patrie, de mes compatriotes, cet entliousiasme qui m'inspire toujours, la perspective d'une amélioration dans notre état, me soutien*