‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799: d'après les documents inéditsChapitre 83 sur 144 · I. Allusion à l'attitude MM. de Butte fuoco et Peretti · texte numérisé non relu

I. Allusion à l'attitude MM. de Butte fuoco et Peretti

de vingt-trois personnes que choisiroient la province pont veiller à nos droits et avLx maintient des propriétés : ce projet qu'auaiï inspiré l'amour de Tordre, le patriotisme et le plus clair enthousiasme ; l'on en attendait Texécution avec empressement, lorsqu'une convocation inusitée de la commission des Douze fixa l'attention de tous ; l'on protesta d'avance à Ajaccio contre leurs opérations; de quel droit douze gentilshommes prétendraient-ils représenter la nation *? mx, dont la mission n*a pour objet que la perception de l'impôt territorial et qui ont toujours laissé usurper leure droits par MM. les Intendants, prétendraient-ils statuer sur des objets d'une utilité générale.

« Ces raisons étaient sans réplique, on le sentit, on in'posa donc que leurs assemblées n'avaient pour objel que des discutions sur des impositions.

« Mais tout d'un coup nous recevons des lettres imprimées, où ils nous annoncent qu'ils ont délibéré sur le projet de nos députés, qu'ils l'ont rejeté, comme nuisible, dangereux et impraticable, parce que les assemblées particulières qui devraient avoir lieu pour la nomination du comité, etc. (voir les raisons du refus, reproduites plus haut.)

« Combien il est douloureux pour nous, nosseigneurs, de voir dans la bouche de nos compatriotes des sophismea qui furent toujours le langage de Tesclavage et du despote. Eh quoi lorsque l'homme se regarde à son rang, 6a?erse ses droits imprescriptibles, l'on a le front d'objecter, que le calme absolu , silence de l'esclavage destructeur de toute énergie, est troublé 1 Mais quelles funestes conséquences prétendroient'ils tirer du tumulte suposé de nos assemblées!...

« Faudrait-il en déduire notre éternel esclavage?... I ne faudrait donc plus nous assembler?... Un intendan devrait donc nous gouverner ?

« La seule pensée en est allarmante. « Tout est dans la

plus grande tranquillité. » Pourquoi donc a'4'On sollicité des troupes avec tant d'empressement?

« Pourquoi a-t-on expédié des commissaires extraordinaires? Mais n'est-ce donc que l'insurrection des peuples qui constitue le trouble et le désordre ? Les propriétés et les finances ne peuvent-elles être pillées que par lui? Lorsque la tirannie règne, lorsqu'on est sans confiance aux administrateurs, qu'on en a été avili, qu'on a droit de les haïr, peut-on dire que tout soit tranquille? Peuton exiger de notre profonde obéissance que nous restions plus longtemps sous le joug ?

« Il faut un million pour solder la milice. » Sous quelle hipothése a-t-on pu le calculer, puisque le plan en devait être arrêté par la nation ; mais comment le Corse, qui fit quarante ans la guerre pour la de/fense de sa patrie, qui versa son sang pour sa liberté, pourra-t-il refuser de marcher lorsqu'elle est en danger I lorsqu'elle aura besoin de son assistance ! Comment se montrerait-il moins généreux que ses compatriotes de France ?

« Oui, nosseigneurs, nous le disons avec confiance, l'on a ,calomnié notre nation, l'on a cherché à l'effrayer par des calculs ej^onés et ridicules; Ton a cherché à l'abuser, lorsqu'on a avancé que la cullivation serait privée d'une partie de ses bras. Non jamais la liberté n'empêchera la culture ; la Uranniej le despotisme seuls, dépeuplent les campagnes.

« Sa Majesté retirera ses troup. i>

« Tout comme si la milice devait être perpétuelement sous les armes. Tout comme si Sa Majesté n'avait pas intérêt à garder ses forteresses, tout comme si elle n'avait pas continué de considérer le bi^n de ses sujets dans toutes ses opérations.

« Hélas ! c'est une vérité trop évidente, le numéraire ne circule dans notre pays que par le canal des troupes ; tristes effets d'une mauvaise admiaistration. Des places sont accordées aux intrigues et aux commérages des bu-

reaux, et nous avons l'amertume de nous voir tout enle* ver, de voir noire patrie dépouillée, aussi pauvre après, que le Roi/ a dépensé plus de qualre-vingt millions, devoir le fruit de nos impositions consumé par des ava^t^Mwrs quL nevienent dans notre pays que pour s*enrichir, et ne noua laissent que l'exemple d'un luxe dévorant. Mais, nosseigneurs, lorsque vous daignerez vous occuper de nous ; que vous nous rétablirés dans les droits que la nature a donné à tout homme dans sou pays, que vous nous délivrerés d'une administration qui nous mange, nous avilit et nous décrédite, la prospérité, l'aisance, ainsi que la liberté seront les dons que nous tiendront de votre patriotisme.

« Jamais les Corses n'eussent fait cette démarche» n'eussent conçu des idées si indignes de nôtre climat ; mais, nosseigneurs, ils se sont laissés convaincre par les intimations de ceux qui sont intéressés à la perpétuation des abus, qui ont raison de craindre notre liberté, qui ne désirent que notre avilissement, et ne cessent de nous calomnier ; ils ont cherché par cette lettre répandue avec profusion, à réveiller Tamour-propre et l'intérêt particulier des diverses magistratures, pour procurer de les rallier, afin de s'opposer à tout changement ; ils ont dit aux municipaux, qu'eux sont déjà chargés du maintien de la paix; ils ont dit aux juntes que ce comité serait destructif de leur autorité ; tout comme si, par l'état actuel des choses, le pouvoir des municipalités et des juntes ne refluait pas sur les commissaires du roi.

« Le cœur indigné des sourdes menées de nos ennemis^ qui craignent de perdre leur autorité et qui font mouvoii toutes sortes de ressorts pour la conserver, intimidés^ lorsque nous réfléchissons sur leur union, leur puissance et leur activité, dans l'impossibilité de nous assembler en corps de ville, parce que les commissaires du roi s'y opposent, nous prenons le parti de confier dans votra Beiû les craintes qui nous allarment, les maux que noua

jBOuffron$, et de protester non-seulement contre la démarche inconséquajite de la commission des Douze, mais contre tout autre mémoire qui n'aurait iiucun caractère d'être l'opinion du peuple ; il n'y a sorte de figures que les mais intentionnés,ne prennent pour tromper.

« Vous les protecteurs de la liberté, daignez jeter un coup d'œil sur nous qui en avons été jadis les plus zélés défenseurs, nous avons tout perdu en la perdant et nous n'avons trouvé dans le titre de vos compatriotes que l'avilissement et la tyrannie. Un peuple immense attend de vous son bonheur. Nous en faisons partie... Jetez les yeux sur nous^ ou nous périssons.

a Nous sommes avec respect, nosseigneurs, vos trè* humbles et très obéissants sujets. »

Suicent les signatures :

BuoNAPARTE, offîcicr d'artillerie ; Tartaroli, propriétaire ; Pozzo di Borgo, secrétaire des électeurs de la noblesse de Corse ; Buonaparte, ancien archidiacre ; Orto,. ancien procureur du roi de l'amirauté et ancien podestat; Lazaro Ballkro, avocat et député de la corporation des laboureurs ; Francesco Pozzo di Borgo, ancien officier municipal et député de la corporation des laboureurs ; PiETRA DELLA CosTA, ancien officier de la légion corse ; GiusEPPE Drago, ; Giovan GiusFiPPE Pozzo DI Borgo ; Giovan Batista Ternano ; Girolomo Ballero, négociant ; Pietro- Zerbi, député de la corporation des cordonniers ; Giovan Batista Pietrapiana, procureur du siège royal et député de la corporation des maçons ; Antonio Peraldi, chanoine ; Antonio Golonna d'Ornano ; Silvestro Calca- TOGio, chef des laboureurs ; Ignacio Matteo, vicaire général ; Mario Gigliara, chef des laboureurs ; Filippo Spk- TURNO, chanoine ; Carlo Paulino ; Antonio Petretti Gui- DAGciOLi ; l'abbé Colonna ; l'abbé Giovan Batista Recco ; ToMAso Tavera ; Pietro Pettetto ; Andréa Suzini ; Si-

MONI BOMSONI ; GlUSEPPB CUNEO ; GiROLAMÛ CoSTA, cha-

iioiue; l'abbé Francesgo Ramouni ; Giuseppe ; Antokio RuBAGLiA, négociant ; l'abbé Giovan Batista Pozzo di BoRGO, étudiant du clergé d'Ajaccio ; Gtovan Maria ParaviciNi ; Fesch, archidiacre du chapitre; Cutoli, etc.

Fait curieux à constater, ni Joseph ni Lucien ne sont inscrits au bas de cette protestation. Le vieil archidiacre JLucien, Fesch, Paravicini, les Costa......

tous parents de la famille ont signé.

A tout prendre, cet acte n'en constituait pas moins un acte d'indiscipline des plus graves^. Que dirait de nos jours le ministre de la guerre s'il voyait un officier de tirailleurs indigènes ou de spahis faire parvenir à des députés de l'Algérie une adresse formulée dans de pareils termes ? Mais ce qui frappe le plus dans cet écrit, c'est l'acrimonie avec laquelle Bonaparte attaque ces membres de la commission des douze gentilshommes, dont son propre père faisait encore partie cinq années auparavant.

Et cet acte n'est qu'un début. Il doit être suivi d'autres plus sérieux encore et devenir le signal d'un mouvement insurrectionnel presque général.

A rile-Rousse, un Corse, un avocat dévoué à Paoli et doué d'une énergie incroyable, M. Barthélémy Arena*, réussissait, avec l'aide des montagnards de la

1. Dans le Gode Napoléon ces infractions sont visées par les articles 102, 123 et 124 du Gode pénal et entraînent le bannissement et la prison.

2. Barthélémy Arena, né à l'Ile-Rousse, nommé député suppléant aux États généraux, protégé de Paoli, procureur général syndic en remplacement de Salicetti, député en 1791, malgré Paoli, déclaré infâme par l'assemblée tenue à Corté le 27 mai 1793, membre des Jacobins, député aux Cinq-Cents en 1798, hostile au 18 brumaire. ac/M«Rû à tort d'avoir voulu donner uji coup

Balagne et de quelques exilés débarqués nuilamment, à s'emparer du poste occupé par les Français et à installer une commune indépendante.

Voici ce qu'en pensait Bonaparte quelques semaines plus tard : « Arena^ vint de Paris en Bala- « gne, plein de ces sentiments qui portent à tout « entreprendre, à ne craindre aucun danger. Les « armes d'une main, les décrets de l'Assemblée natio- « nale de l'autre, il fît pâlir les ennemis publics. » Le rapport du général de Barrin au ministre était moins dithyrambique : « M. Arena, avocat de profession, « d'une réputation pitoyable, passa à Londres pour « aller voir Paoli. De là, il se rendit en Corse et « s'empara de l'île Rousse. Les effets, les casernes, « les subsistances de la garnison et les magasins furent « pillés.M. Arena était débiteur de trente mille livres «vis-à-vis de la caisse publique, en qualité d'adju- « dicataire du vingtième. »

A Bastia, le mouvement populaire était tout aussi violent. A l'instar des patriotes d'Ajaccio, les habitants de cette ville avaient voulu organiser une milice. En vertu de la loi martiale et des ordres venus

de poignard à Bonaparte, condamné à la déportation, se sauve à Livourne, reste républicain, meurt à Livourne en 1829, entouré des enfants de sa fiUe, dont le mari avait péri sur l'échafaud, comme coupable de conspiration.

Joseph Arena, frère du précédent, né à rile-Rousse en 1770, ieutenant-colonel de volontaires en 1792, adjudant général en 1793, chef de brigade après Toulon, député en 1797, ciief de bri- "gade de gendarmerie, démissionnaire à brumaire, arrêté le 10 octobre 1801, après l'attentat de l'Opéra, condamné à mort le 30 janvier 1802, ainsi que Cferacchi, Topino-Lebrun et Damerville. Diana fut acquitté.

Les Arena éi.aient très liés avec les Bonaparte.

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