Moniteur universel du 24 décembre 1789. Lettre à Gentilû
« Quelle que soit la main qui donne la liberté à K notre patrie, je la baise avec toute la sincérité de «zèU et d'empressement;
« Efforcez-vous donc de dissiper tous les soupçons ; « ma conduite ne démentira jamais vos assurances. »
Ces vœux étaient-ils sincères? Devaient-ils se réaliser? Gomme dans tous les projets de ce monde, Paoli allait se heurter contre des intérêts personnels. Salicetti et Volney ne devaient pas être plus heureux, lis avaient cru conjurer la crise ; ils ne réussirent qu'à en retarder l'explosion .
En Corse, le vote du 30 novembre eut un retentissement immense. Dans les villes, dans les campagnes, la joie fut extrême. Citadins et paysans, se réunirent dans un commun élan d'enthousiasme, pour acclamer la métropole, les noms des libérateurs, MM. de Volney, de Mirabeau et Salicetti, et avant tout, celui du vieux patriote, Paoli. Quant à la conduite des deux députés de la noblesse et du clergé, Buttafuoco et Peretti, elle était plus que sévèrement jugée.
La première conséquence des décisions de la Chambre fut de mettre fin aux idées de violence que le ministre de la guerre avait un instant voulu réaliser. M. de Narbonne reçut contre-ordre pour son expédition et Gaffori dut retourner à Corté avec ses suisses et ses commissaires. Pour les troupes en garnison dans l'île, elles eurent pour instruction de se confiner strictement dans leur position d'expectative, de se maintenir dans les postes confiés à leur garde et de n'intervenir, pour rétablir l'ordre, qu'après entente préalable avec les municipalités et les gardes civiques.
C'était plus qu'il n'en fallait pour exalter Bonaparte et ses amis. Aussitôt après le départ de Gaffori, ils s'empressèrent de reprendre l'exécution de leur premier programme. Tout d'abord , ils installèrent une nouvelle municipalité, avec un parent de Bonaparte, M. Jérôme Le vie, pour maire. Joseph y entra en qualité de secrétaire appointé. Il avait enfin obtenu ce premier emploi souhaité depuis si longtemps. Cela fait, on organisa la garde nationale en faisant appel au patriotisme de tous. Et « comme par- « tout, dit Bonaparte^, les classes du peuple, les der- « nières par leur fortune, mais qui n'en sont pas les « moins zélées pour la patrie, furent les premières à « donner l'exemple. »
M. Le vie refusa le commandement qui fut donné à M. Marins Peraldi. Bonaparte n'eut que le titre de simple garde. Il avait de bonnes raisons pour ne pas briguer un poste purement honorifique et coûteux. Le mouvement d'indépendance de sa patrie ne lui paraissait ni. assez avancé ni assez assuré pour lui permettre de renoncer à son grade et à sa situation. En fait, l'adresse qu'il avait rédigée et envoyée à nos seigneurs les députés, ne contenait rien de relatif à la reconnaissance solennelle de la Corse par la France et à l'amnistie. Cette résolution inattendue avait même quelque peu dérangé ses projets. Dans son idée, nous l'avons dit, la création d'un comité central et d'une milice soldée devaient lui fournir l'occasion de se mettre en évidence et de jouer le rôle de premier lieutenant auprès du Washington Corse. Mais Bonaparte n'était