‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 102 sur 190 · Mss. Ar/hives étrangère». — Mai · texte numérisé non relu

Mss. Ar/hives étrangère». — Mai

« sériions sont si fréquentes, que tous les régiments « sont plus ou moins réduits.

« A Bazaluno, dans le Cortonois, les bourgeois et « les paysans ont, le jour de la Fête-Dieu, crié : Vive « la Liberté! et arboré la cocarde française. Le gou- « vemement feint de Tignorer. »

A Milan, à Pavie, des conflits continuels avaient lieu entre officiers et citadins. L'armée anglaise ne valait pas mieux. « Les officiers de cette nation, dit M. de Sybel, « étaient presque tous des jeunes « gentilshommes riches, complètement dépourvus « de connaissances militaires , qui n'avaient acheté « leurs charges que pour faire celte campagne et se « donner un passe-temps chevaleresque. Ils ne s'in- « quiétaient nullement des devoirs de leur position, « ni du bien-être des soldats, vivaient dans les or- « gies et les plaisirs, donnaient les plus mauvais « exemples aux troupes par leur propre indiscipline « et leur libertinage. Il arrivait souvent, lorsque les « régiments se mettaient en marche le matin, que « les officiers restaient à boire dans quelque caba- « ret, puis vers midi, ils rattrapaient à toute bride « la colonne devant laquelle ils passaient à demi « i\res, en criant et en chantant, à la grande indi- « gnalion des soldats. Les paysans, exaspérés par « les dégâts et les crimes commis par les Anglais, « immolaient sans pitié tous les traînards que Té- « puisement retenait en arrière. »

Le dégoût qu'inspirait la conduite des princes et des déserteurs français était aussi vif.

« Sa Majesté, écrit le ministre d'EspagneV, le 7 jan-

l. Charles TV, roi d'Espagne; né à Naples en 1718, n)orl à

318 ÉTAT DE L^AHMÉE PRAKÇAISE.

« vier 1793, accordera des passeports à tous lesFran- « çais qui auraient des affaires de commerce en « Espagne, ou qui voudraient y voyager pour leur « plaisir ; mais elle en refusera absolument aux émi- « grés qui, par leur perfide conduite, sont la cause de « tous les maux qui affligent rEurope.»> « Les émigrés, dit également le comte de Mercy-Argenteau dans sa lettre à l'Empereur, du 3 octobre 1792, sont la cause de « nos fautes, de nos malheurs et de nos embarras. Us (( sont un obstacle à tout. Il faut, à quelque prix que « ce soit, les éloigner et se garer d'eux.» Cet avis, tout le monde le partageait en Europe. Leur conduite, en effet, était déplorable. A la prise de Sierck particulièrement, la férocité des Gondéens dépassa toute mesure; les maisons furent incendiées, les hommes égorgés ou mutilés.

En résumé, organisations militaires défectueuses, répulsion instinctive pour les déserteurs français, telles sont les causes primordiales de cet effacement subit de l'Europe. Les divergences de vues et d'intérêts des coalisés ne font que rendre cet affaissement plus sensible encore. La prise de la Bastille marque bien la fin d'une époque. L'ancien monde disparait. Un dogme nouveau a surgi. L'égalité dans une autre vie^ cette belle croyance du catholicisme s'efface devant un principe, autrement vivace, autrement fécond, V égalité

Rome, le 28 novembre 1819; marié à Marie-Louise de Parme; monta sur le trône en 1789 ; dominé par les favoris de sa fenune; Aranda (don Pedro-Pablo Abaraca y Bolea, comte d'), né le 18 décembre 1718, mort en 1799, premier ministre, chassa les jésuites en 1767 ; chassé à son tour, le 10 novembre 1793, par Godoy (don Manuel de, prince de la Paix), né le 12 mai 1767 à Badajoz, mort à Paris le 4 octobre 1851.

ANNÉE 1793. ?lt

devant la loi, corollaire naturel de ce second terme du progrès humain, la liberté. Cette fois l'évolution est complète. Dans le domaine des rapports entre les sociétés, tout s*est modifié. Le traité de Westphalie a fait son temps. Les nationalités surgissent. Les armées européennes se transforment. Les hommes commencent à ne plus vouloir se battre pour un chef. Il leur faut un but moral^ une idée. Sur ce point, l'opinion de nos adversaires est intéressante à connaître. Et quel meilleur juge! que ce comte deMercy-Argenteau, ce fin observateur, ce persévérant conseiller des cours de Vienne et de Versailles Le 3 octobre 1792, il écrivait de Bruxelles à l'Empereur :

« Les puissances avaient à choisir entre deux sorte tes de guerre à faire aux Français.

« La première, une guerre motivée par la simple « défense, contre l'agression et la violation des traités, « dans laquelle on aurait réglé sa marche d'après les « événements, en s'avançant plus ou moins, selon les « succès.

« La seconde, une guerre de contre-révolution, « mais guen^e vraiment sociale, c'est-à-dire contre les « ennemis de la société, au nom de l'humanité en- « tière, pour sauver l'Europe de- l'anarchie

« Il faut continuer la guerre ; mais il faut renoncer « au fol espoir d'enchaîner une nation entière, de corn» « primer par la force une masse de vingt-quatre mil- « lions d'hommes. Il faut enfin abandonner et la contre^ « révolution et les émigrés, et pour le moment le projet « de rétablir la monarchie en France...

« Une contre-révolution se fait d'emblée ou ne se fait « pas du tout. C*est la crise de l'opinion qui décide du

« sort de^ révolutions ; elles se soutiennent par elle ou « tombent avec elle. »

Et Tannée suivante, il ajoutait^: « ... Contre unen- « nemi d'une activité aussi prodigieuse que les Fran- « çais, des connaissances militaires, quelque pro- « fondes qu'elles soient, ne suffisent plus si elles sont « enchaînées par de l'indécision ou des lenteurs. »

Une lettre de Tun de ses agents de Londres, Pellenc, l'ancien confident de Montmorin et de Mirabeau, est également^ curieuse à citer:

« ... On était à peu près certain que le roi serait « sauvé quand les papiers de l'armoire de fer ont été « trouvés. Tous les partis ont été compromis par ces « papiers ; il a fallu des arrangements secrets pour en « cacher une partie.

« ... Je suis convaincu qu'il y aurait moyen, pour « une grosse somme d'argent, de déterminer Dumou- « riez à sauver le roi

« ... Je m'occupe d'un mémoire tendant à décider « l'Angleterre à la guerre. Je crois qu'il ne sera pas « difficile de l'y déterminer, d'après toutes les don- « nées que j'ai sous les yeux.

« Je me propose de vous envoyer un mémoire^~sur la « nécessité d'organiser des gardes nationales dans tous « les états de r Europe, afin de pouvoir faille une guerre « de la même nature que celle de la France. Voilà le « principe. »

Et détail curieux! Mercy en transmettant le docu- -iient à qui de droit, écrivait: « Son idée de rendre la

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