‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 104 sur 190 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

BONAPARTE A L'ARMÉE OU MIOI 4 l'abm^b •^tikUMj 26 jvix — H joillat 1793.

4 L*AftM£E ou MIM, 15 JOILIBT — 7 SSPTBMBRI 1791.

B<Mi«|MLrt6 à l'armée d'Italie. — SitaaUon du qnatrième régiment d'artillerki. — Lettre de Bonaparte au ministre, S juillet 1793. — La contre-révolutioii dauF le Midi. — ÀctiTité déployée par les Auglaii auuitùt après la déclarati'*a de guerre. •— Projets des déserteurs françaia. — Importance de Gènes. — Compositioa do*personnel diplomatique français à Gènes avant la Convention. ^ Remplacement de M. de Nailhac par François Ttlly. — Attitude des royalistes à Marseille. — Leur habileté. — Internement des princes de la famille de Bourbon, à Marseille, le 23 aTril 1793. — Insurrection de Marseille, le 24 avril. — Formation d'un comité central et d'un tribunal populaire. — Fuite des représentants. — Arrestation des républicains. — Corrélation entre les événements de Marseille et ceux du reste de la Franee. Les accapareurs. — Insouciance de Barat. — Adresse du comité marseillais aux armées. — Organisation de l'armée contre-révolutionnaire du Midi. — Le tailleur d'habits Rousselet nommé commandant en chef. — Départ de la colonne, 2 juillet. — Arrivée i Avignon, le 6 juillet.

Forces dont dispose la Convention pour résister à ee mouvement. ^ État déplorable de l'armée d'Italie. — Attitude douteuse du général firunet. — Fâcheuse situation de l'armée des Alpes. — Révolte de Lyon. — Causes des succès de la Convention. — Bon sens des populations et énergie des représentants du peuple Dubois de Crancé et Fabre de l'Hérault.

expédition de Carteaux, — O^anisation de l'armée républieaine du Midi par Dubois de Crancé. — Garteanx quitte Grenoble, le 2 juillet. — Son arrivée à Yalence. — Composition du corps expéditionnaire. «— Le camp de La Palude —Le camp du Pontet, 15 juillet. — • Arrivée de Bonaparte, 15 juillet. — Il est attaché provisoirement an corps expéditionnaire et particulièrement au détachement de Dours. — Attaque d'Avignon, 24 juillet— Insuccès de cette attaque. — Panique des royalistet.— Rousselet abandonne Avignon. — Bousselet remplacé par de YiUenniTe* •- Talents militaires de cet ancien offider. — Sa concentration i Aix. — Bëvolte de Toulon. — Arrestation des wpréientanta P. Bayle et Betovais de PManx. — Proclamation dn comité loulonnais, 26 jnillet 1793. — YiUeMov* leproMt VoÊleaakm et fUt enlever

3ïi BONAPARTE A L'ARMÉE D*ITALIE.

le chàtean de Cadenet, 9 août. — Cadenet repris, le 11. — BraToore dei repréicnlauts Ric^^rd el Robespierre. — Arrivée des représentants à Avignon.— Découragement de Bonaparte. — Déplorable si tuatioQ de sa famille.

— Il demande à passer à l'armée du Rhin. — Le souper de Beaucaire. — Bonaparte entre en rapports avec les représentants du peuple. — Bienveillance que lui témoignent Salicetli, Gasparin, Ricord et Robespierre le jeane. — Leur opinion sur Téerit de Bonaparte. — L'armée républicaine prond l'ouensive. — Attaque de Salon, 18 août. — Occupation d'Aix, 19 août. — Retraite de VilleneOTe sur le Goi de Septêmes. — Agonie de Marseille. — Proclamation de l'amiral Hood. — Mouvements des sections dissidentes à Marseille. -^ Ruse du comité de salut public marseillais pour rester maître de la ville, an moment de la catastrophe. — Déroute de Villeneuve à Septêmes, 25 août. — Fuite des royalistes vers Toulon. — Entrée triomphale de Carteaux, 26 août. — Bonaparte chez les Clary. — Livraison de Toulon aux Anglais par les chefs de la marine française. — Effet prodigieux produit par c«t événement. >— Energie des représentants du peuple.

— Premier combat d'OliouUes, 29 août. — Olioulles abandonné aux Anglais, 30 août. — Olioulles repris» 7 septembre. ~ Blessure du capitaine d'artillerie Donmartin. — Bonaparte est nommé à sa place. — Faveun accordées à la famille. -^ Lucien et Fesch sont nommés gardes-magasins.

— Joseph Bonaparte deTÎent copumissaire des guerres de première classe.

— Supercherie de Joseph. — Sa manière spéciale d'établir les états de service.

Bonaparte était à Nice, le 26 juin 1793. Son colonel, M. Dujard* s'y trouvait. Le régiment était alors réparti sur les territoires composant les régions correspondant à chacune des trois armées des Alpes, d'Italie et des Pyrénées-Orientales *. L'état-major du corps, la caisse et le drapeau restaient à Grenoble sous les ordres du commandant La Gatonne. Ses collègues Dulieu, La Pujade, Vaubois, Darthaud, Danglemont, Borthon,^ Ducos de la Hitte, Monestrol et Grand-Fontaine étaient détachés à Tarmée des Alpes. Sugny, Desguers, Songis, Ducos de Ravi-

1. Dujard avait été nommé chef de brigade par décret du 8 mars 1793. Il fut fait général de brigade, le 7 ventôse an II (25 février 1794). Mss. Archives de la guerre.

2: Les régiments d'artillerie servaient alors à la défense des place et aux sièges. L'infaiitèrie avait son artillerie spéciale. Les batteries légères^constituaieni ce que nous appelons aigourd*hiiirartillene de corps.

gnan faisaient partie de l'armée dltalie. Faultrier et Beaumarest avaient été envoyés à Perpignan. Villantroys demeurait toujours à Bastia. La première compagnie d'artillerie légère, qui dépendait du corps ^ appartenait à l'armée de Sambre-et-Meuse et la dixseptième se constituait à Valence, sous les ordres du capitaine Donmartin et du capitaine en second Perrier*. Elle venait d'être mise à la disposition du général Carteaux*.

Pour Bonaparte, il avait eu la bonne fortune de retrouver à Nice l'un de ses anciens chefs, le général Duteil. Grâce à lui, il était attaché au service des batteries de côte. Le 3 iuillet, en effet, il écrivait au ministre :

« Citoyen Ministre,

« Nous n'avions pas encore l'usage dans Tartillerie « d'établir des fours à réverbère près des batteries de « côte. Nous nous contentions d'une simple grille avec « un soufflet de forge. Mais l'avantage des fours à rêver- « bère étant généralement connu, le général Duteil me « charge de vous demander un modèle avec les profils, « en sorte que nous soyons dans le cas d'en faire con- « struîre sur notre côte et de brûler les navires des « despotes.

« Avec respect, citoyen ministre,

• « Votre tout dévoué,

u Bonaparte,

« Capitaine au 4* régiment d'artillerie^. '

1. Par décret du 15 avril 1793. Mss. Archives de la guerre. 3. Uordre est du 1" juillet 1793. La batterie ne fut réellement sous les ordres de Carteaux que le 7 . 8. Uu, Archives de la guerre. En marge de la lettre, Tadjoint

Bonaparte se montrait relativement satisfait de cette situation modeste. Elle le rapprochait de ceux de ses compatriotes employés à l'armée d'Italie, et de sa famille, installée à La Valette. De ce côté pourtant, les nouvelles devenaient chaque jour plus mauvaises. Ses frères et Fesch n'avaient pas réussi dans leurs demandes d'emploi. Tous se montraient inquiets des bruits de contre-révolution alors en circulation. Ces bruits n'étaient que trop fondés.

L'espace compris entre Lyon, Ghambéry, Nice et Marseille représente une sorte de quadrilatère naturel formé par le Rhône, les Alpes et la Méditerranée. Deux armées comiiiandées, l'une, celle des Alpes, par Kellermann ^, l'autre, celle d'Italie, par Brunet, occupaient le côté est du quadrilatère, c'est-à-dire les débouchés des montagnes, depuis Aiguebelle jusqu'au col de Tende. Le territoire, situé en arrière d'elles, et s'étendant jusqu'au Rhône, devait, d'après les ordres de la Convention, les alimenter en hommes et en matériel. Pour l'armée d'Italie, il correspondait à peu de chose près à ce que nous appelons aujourd'hui la quinzième région militaire. Il se composait des départements des Basses-Alpes, des Alpes-Mari-

à Vartillerie, Dupuis, inscrit Tannotation suivante : Qn les lui envoie, 16 juillet.

1. Kellermann (François-Christophe, duc rfe Fa/my), maréchal de France, né à Strasbourg le 30 mai 1735, mort le 12 septembre 1820 ; engagé volontaire en 1752, commandant en chef l'armée des Alpes en 1792, arrêté fin 1793, mis en liberté après thermidor, commandant en chef Tarmée d'Italie en 1795, fait duc, maréchal et sénateur, vola la déchéance et devint pair'de France. Son fils, officier de cavalerie (1770-1835). devint général de division en 1814.

Urnes, du Vi r, des Bouches-du-Rhône et de la Corse.

Dans la pensée du Conseil exécutif, les deux armées devaient conibiner leurs mouvements, dès le printemps de 2 année 1793, pour opérer dans le bas Pié mont. Les événements survenus, rinsuccès de Texpédition de Sardaigne, les difficultés d'application de la loi de recrutement, les rapides progrès de la coalition et de la contre-révolution avaient modifié la situation. Celle-ci était, en effet, des plus critiques.

Du jour de la déclaration de guerre, les Anglais particulièrement déployaient une activité surprenante. Partout ils envoient des agents, partout ils sèment l'or à profusion. C'est lord Elgin qui, le premier, traite avec la Hesse. Lord Grenville réussit également à Turin et à Vienne. A Madrid, lord Saint- Helens, Jackson et l'émissaire français, Calonne, entraînent Godoï dans la coalition. Lord Auckland obtient le même succès à la Haye, Hamilton à Naples, lord Yarmouth à Darmstadt et à Bade, lord Beauchamp à Mayence avec la Prusse. Hayles à Copenhague, Hervey à Livourne, Drake à Gènes, Filz-Gerald en Suisse tentent des efforts analogues. Une sorte de fièvre haineuse pousse William Pitt^ On le retrouve dans tous les complots. Il est l'âme de cette levée de boucliers. Ce descendant de Cromwell semble tenir à prouver qu'entre les juges de Charles 1" et ceux de Louis XVI il n'y a pas de pirallèle à tracer. Aussi, la Convention étonnée de l'acharnement inexplicable de ce nouvel adversaire, h déclare solennellement Vennemi du genre humain.

1. Pitt (William), né à Hayes, le 28 mai 1759, mort le 23 janvier 1806 à Putney-Heath.

L'expression pouvait paraître hasardée , triviale même. Elle était juste. Pitt, si énergique, si persévérant qu'il se soit montré, ne fut qu'un homme à vues courtes. Il manqua de sens politique. L'intér.êt présent resta tout pour lui; l'avenir, rien; terrible malentendu, dont le résultat devait être la plus effroyable des guerres.

Mais, fait pénible à constater, les plus ardents auxiliaires de cet ennemi de la France furent des Français. Agents anglais, princes déloyaux, officiers sans honneur, prêtres réfractaires s'entendent, en effet, à merveille. Wickham, le trésorier anglais de la désertion, lord Hawkesbury à Goblentz, Fitz-Gerald à Genève, Drake à Gênes, Hervey à Livourne se multiplient pour organiser la guerre civile. Distribution de faux assignats, enlèvement du numéraire, accaparement des blés, vols à main armée, tout est bon pour eux et leurs dignes acolytes. « C'est la France « qu'il faut attaquer, dit plus tard, dans son rapport au futur Louis XVIII, le fameux Trottouin, dit Thureau, dit Saint-Félix S le compagnon des Gharette, des Stofflet et des Gathelineau. « Pendant qu'aux « frontières et dans les camps on désorganisera « les armées républicaines parles proclamations les « plus raisonnables; pendant qu'on jettera dans ces « armées le tableau des soldats morts pour les fac- « tieux et sans fruit, pendant que les soldats, étonnés « et revenus de leur erreur, se jetteront dans l'armée « de Gondé... que, dans l'intérieur, les choses néces-

1. Trottoidriy major dans le corps de Stofflet; puis gouverneur d'une agence royaliste, en 179(5. 11 passait pour avoir vendu son parti, lors du iraité de La Jaunais, Il fut fait chevalier de Saint-Louis.

▲NNÉB 1793. 3S9

• saires aux armées soient arrêtées, les communica* « tiens interrompues, les fourrages brûlés, les con- « tributions et le commerce arrêtés... Ce qull faut, « c'est une organisation générale bien calculée ;

« Des flots d'or pour payer, soudoyer, corrompre, « enrôler le soldat ;

a Un point de ralliement bien concerté et une « agence bien secrète; ,

« La rentrée de tous les bons royalistes pour s'oc- « cuper sans discontinuer de ce travail ;

« L'organisation, surtout de Paris, pour frapper un « coup majeur et porter un coup décisif. »

Le plan était simple et patriotique. Le comte d'Artois au nord, Condé au centre, le comte de Provence au midi, en préparaient l'exécution. Quant aux principaux acteurs de ce drame dans le midi de la France» ils étaient répartis un peu partout, Gazalès et de Martignac à Gênes, de Galonné à Madrid, dePrécy\ Dandré et Imbert-Golomès* à Lyon, le comte de TrogofT et de Missiessy à Toulon, le chanoine Mazel, Charrier et les frères Borel dans la Lozère, le Puy

1. Précy (Louis-François Perrein, comte de), né au château de Précy, près de Semur, le 15 janvier 1742. mort à Marcigny-sur Loire, le 25 août 1820 ; entré au service en 1755, lieutenant-colonel des chasseurs des Vosges en 1785, l'un des commandants de la garde du roi ; chef de l'insurrection lyonnaise, arrêté en 1800, exilé en 1802., rentré en 1810; lieutenant général et grand-croix de la Légion d'honneur.

Dandré (Antoine -Balthazard-Joseph) qui partagea plus tard la direction pécuniaire de l'insurrection du Midi, naquit à Aix, le 2 juillet 1759; mort le 16 juillet 1815. Conseiller à dix-neuf ans, député en 1789, en Angleterre en 1792 ; directeur de la police en 1814, intendant des domaines...

2. Imbert'Colornès (Jacques), né à Lyon en 1725, mort à Bath; échevin de Lyon; rentré en 1797, député aux Cinq-Cents, déporté le 5 décembre 1797, arrêté à Baireuth, mis en liberté en 1809.

et l'ancien Vivarais, Terrasse dans le Jura, Dubourg de Pourquery dans le Languedoc, etc.

Mais de tous ces faits, de toutes ces marches et contremarches dont le point de départ se trouvait à l'étranger, le gouvernement avait-il eu connaissance? Malheureusement non. Il ne pouvait en être autrement. Inféodés aux idées de Tancien régime, les agents diplomatiques français n'avaient pas apporté dans l'exercice de leur mandat la conscience qu^on était en droit d'attendre d'eux. Ils étaient restés les hommes du pouvoir^ Ils avaient fait des étrangers les coniidents de leurs rancunes et de leurs espérances malsaines. De la part du Conseil exécutif, leur maintien avait donc été une faute. Souvent, des députés et des écrivains clairvoyants avaient signalé les inconvénients de ces procédés illogiques. « Mais, il ne faut pas « effrayer les puissances, répondait-on. Pour de tels « postes, des hommes jouissant de grandes situa- « tions, habitués aux détours des chancelleries, sont « nécessaires ; » tristes explications qui dénotaient de la part de ses auteurs une profonde méconnaissance des devoirs les plus élémentaires de la diplomatie moderne.

Une société industrielle dont les représentants resteraient inertes ou feraient plus ou moins ostensiblement les affaires d'une maison rivale, tomberait rapidement sous le ridicule. Il en est de même d'un gouvernement, au point de vue de son personnel. Gomme un théâtre d'opérations de guerre, il a ses points stratégiques tout indiqués. Il faut à ces points vitaux, des hommes à lui, bien à lui. Ce n'est pas que le nombre de ces individualités obligatoires soit considérable. Ces nœudi de position sont relativement peu

nombreux dans un Etat; mais il importe de les occuper, du jour où un régime nouveau affirme son existence. Cette condition inéluctable d'action, tous les pouvoirs l'ont comprise. Richelieu, Mazarin, Le Tellier, de Lyonne veillaient avec un soin tout particulier au choix de ces délégués de l'autorité centrale, qu'il s'agît d'évéques, de généraux, d'intendants de police et finances, de secrétaires d'Etat ou d'ambassadeurs.

Or, cette nécessité est de tous les temps. Elle n'a rien de commun avec la liberté des opinions. Celle-ci dérive tout naturellement de la variété d'organisme d'éducation et de position des individus. Mais, entre cette grande et belle maxime : « laisser tout dire et ne « rien laisser faire » et l'acte de faiblesse consistant à confier les postes importants de l'État à des hommes d'un dévouement simplement douteux, il y a loin. Cette erreur capitale, la Constituante et la Législative l'avaient commise.

Parmi les États neutres de l'Europe, celui de Gênes avait une importance particulière à cause du voisinage des armées des Alpes et d'Italie. Au moment de la déclaration de guerre, la France y possédait un chargé d'afl*aires, M. de Nailhac; un consul, M. de ia Chèze; un vice-consul, M. Moulinot, et un commissaire du Conseil exécutif, M. Aymar. De Nailhac appai-tenait à l'ancienne administration de M. de Monlraorin. Mal disposé d'ailleurs pour la République qu'il prétendait servir, il fournissait tout juste les renseignements dont on avait besoin, ne voyait rien, n'entendait rien et surtout ne signalait rien dans une ville encombrée de,déserteurs de tout ordre. La Chèze,

ex-député, avait été sous-directeur à la Chronique^ journal du marquis de Condprcet. Aymar, d'une famille noble de Forcalquier, avait également fait partie de la Constituante. Tous deux montraient une indifférence semblable à celle de leur chef hiérarchique.

Avec la République, la nécessité de certains changements s'imposa. Dès le mois d'octobre 1792, des correspondances saisies par l'armée de Kèllermann avaient fourni la preuve des rapports des anciens ambassadeurs, Choiseul- Gouffier et de Mou s tier notamment, avec les princes, ainsi que des négociations commencées par plusieurs généraux. Lebrun- Tondu^ dut agir. Nailhac et son secrétaire furent remplacés, le premier par Tilly*, le second par Villetard'; malheureusement ces modifications venaient bien tard. Tilly malgré son zèle et son activité ne

1. Pierre-Hélène-Afarie Lebrun-Tondu, né à Noyon en 1754, exécuté en 1793; ecclésiastique, pensionnaire du roi à l'Observatoire, soldat d'infanterie, déserteur, obtint sa grâce, expulsé de France par de Vergennes, retiré à Liège en 1781, y fonda le Journal général de V Europe, revint à Paris en 1791, fut Torgane de Dumouriez; ministre des affaires étrangères au 10 août; remplacé en juin 1793, par Desf'orgues. — Desforguei (Louis-Michel Chenier), né à Vire (Calvados), en 1759 ; ministre du 21 juin 1793 au 2 avril 1794; arrêté le 13 avril, mis en liberté après thermidor ; ministre plénipotentiaire en Hollande, le 28 septembre 1799, destitué au 18 brumaire, consul à la Nouvelle-Orléans, révoqué le 2 novembre 1810, exilé à laFertésous-Jouarre. Reçut 6,000 francs de pension après l'empire; mort le 10 septembre 1810 à Praslin. (Mss. A. E.).

2. Voir pièces à l'appui. Jean Tilly, né en 1740, avait quitté la France en 1766, rentré en 1789, employé aux affaires étrangères par de Lessart.

3. Edme-Joseph Villetard, né en 1770, à Auxerre ; desti lé au commerce, commis au directoire de l'Yonne, de là à Paii», puis à Gênes.

ANNÉE 1793. dàd

put rien empêcher. La conspiration royaliste était près d'éclater. L'argent abondait. L'Angleterre et la Russie avaient fourni les moyens nécessaires à la réussite de l'entreprise. Le comte d'Artois revenait de Saint-Pétersbourg avec un secours de un million pour l'armée de Gondé et de six autres pour les futurs insurgés. Il se montrait tout fier de l'accueil, que lui et ses compagnons avaient reçu de l'Impératrice, et de l'épée enrichie de diamants dont elle l'avait honoré. Le comte de Provence se déclarait également satisfait. L'ordre de prendre les armes était parti. L'appel du contingent de trois cent mille hommes alJait servir de prétexte à la Vendée pour donner le signal de l'insurrection.

A Marseille même, le mouvement se destina seulement quelques semaines plus tard. Il avait été préparé avec une réelle adresse. Jusqu'au dernier moment, en effet, les meneurs cachèrent leurs projets, sous les dehors d'une opposition constitutionnelle aux décrets de la Convention et particulièrement à celui visant le recrutement obligatoire. L'arrivée des commissaires de la Convention chargés de faire réunir les contingents. Barras^ et Fréron* dans les Hautes et Basses-

1. Barras {Paul-Jean-François-Nicolas comte de), né à Fos- Amphoux(Var), le 20 juin 1755, mort à Chaillot, le 29 janvier 1829.

Sous-lieutenant au régiment de Languedoc; à l'Ile de France, en 1775, capitaine au régiment de Pondichéry. — Conventionnel. — Se retire à Bruxelles après brumaire, — à Marseille en 1805, mis sous la surveillance de la haute police en 1813 et envoyé à Rome.

2. Fréro?t {Louis -Stanislas), né à Paris en 1757, mort à Saint- Domingue en 1802, filleul du roi Stanislas, neveu de l'abbé Royou, camarade de classe de Robespierre, écrivit d'abord dans YAlmanach des Muses, fonda, en 1789, V Orateur du Peuple, conventionnel, en mission dans le Midi en 1793, 1794 et 1795; voulut épouser Pauline Bonaparte en 1796.

Alpes, Boisot et Moïse Bayle* dans la Drôme et les Bouches-du-Rhône, accéléra la fin de la crise. La nonréussite des projets de Dumouriez, les premiers succès des Vendéens, les mouvements de Paris et de Lyon ainsi que Tenvoi des princes de la famille de Bourbon la firent éclater.

Ce fut en effet, un mardi, le 22 avril 1793, à trois heures du matin que Philippe d'Orléans, le duc de Beaujolais, la duchesse de Bourbon et le prince de Conti arrivèrent à Marseille et furent installés au fort de Notre-Dame de la Garde *. Le fils puîné du prince, le duc de Montpensier, arrêté à Nice, le 8, les y rejoignit, le 24*.

Ce jour-là même, les sections marseillaises constituaient une sorte de gouvernement indépendant avec un tribunal populaire et un comité central*. Le 8 mai,

1. Moïse Bayle, né en Languedoc en 1760, conventionnel; au comité de sûreté générale, en sortit au 9 thermidor, proscrit au !•' prairial, amnistié le 3 brumaire, exilé en 1800, mort en 1815.

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