‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 107 sur 190 · II · texte numérisé non relu

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â38 BONAPARTE A L*ARMÉE DU MIDI.

« 21 du courant, sur une tgirtane parlementaire, pour « venir au-devant de Tescadre anglaise traiter avec <c le commandant le passage des blés... M. Abeille, qui « est avec moi depuis hier qu'il m'est venu joindre, « me dit dans l'instant qu'il expédie lui-même les or- « dres à M. Gravina et qu'il faut que cela se fasse en « secret. Ainsi ne vous mêlez de rien et ne parlez « mêm'e de rien... » De leur côté, MM. J. Abeille et Samatan écrivaient à MM. Aimé Regny père et fils : « Je vous écris la présente du Comité de sûreté géné- « raie de notre ville. Le citoyen Abeille, qui en est « membre, écrira sans r^ute au bord de la frégate « anglaise la Némésù, pour que MM. Fravega, Ravina « et G*', expédient sur-le-champ et sous escorte des « frégates anglaises les sept navires français qui se « trouvent chargés, ainsi qu'un bâtiment^ commandé « par le capitaine Gafferaty... » Mais d'autres faits plus graves encore se passaient à Gènes. Des réunions avaient lieu journellement chez le chargé d'affaires de Piémont. Le ministre d'Angleterre, l'envoyé extraordinaire Drake, le fils du général Saint-André, le consul de Russie^ et les représentants des princes et des départements révoltés y assistaient. Ce fut dans l'un de ces conciliabules qu'on décida une attaque simultanée sur Nice et Perpignan, et l'envoi d'un corps de débarquement à Toulon et à Marseille, pour y proclamer Louis XVIL

A Marseille, l'enthousiasme des insurgés était toujours aussi vif. Peloux avait été nommé président du Comité central de Salut public, Castalanet vice-

1. Ce bâtiment était chargé de déserteurs et de munitions de guerre.

président, Lante] eux et Bertrand secrétaires. A Nîmes, un bataillon de volontaires i oyalistes s'était formé sous les ordres d'un ancien lieutenant-colonel, M. de Marignàc. A Toulon, les huit sections avaient proclamé leur indépendance et constitué un comité central d'action, avec Dejean pour président, Reboul pour vice-président et Mélizan comme secrétaire.

De tous les côtés, les adhésions affluaient, l'argent aussi. Des adresses étaient envoyées aux communes hésitantes ainsi qu'aux armées ^

« Citoyens, frères et amis,

« Au moment où Marseille, qui fut libre pendant vingt « siècles, fait un effort sublime pour sauver la Républiqtié « prête à succomber sous les coups des ennemis qui l'at- « taquent et des traîtres qui la vendent; au moment où « voyant les malheurs qu'on lui prépare, elle ^e lève pour « les prévenir, la calomnie qui s'attache toujours à la « vertu la poursuite! l'accuse. Les anarchistes qui veulent « tout pilier, tout détruire, les factieux qui veulent nous « donner un maître, ne voyent qu'avec terreur une cité « puissante qui veut des lois et la liberté...

« On nous a peints comme des contre-révolutionnaires pour « avoir un prétexte de dégarnir nos frontières, de les « livrer à nos ennemis et de vous affaiblir pour rendre « votre défaite inévitable, au moment où nos ennemis se « renforcent , où une escadre formidable croise dans nos « mers. Bientôt, pour mieux désorganiser l'armée, nos « représentants en destitueront les généraux, à com- « mencer par le brave Brunet qui leur est suspect... »

1. Adresse du comité général de Marseille à l'armée d*Italie, Juillet 1793. L'appel aux armes du conventionnel Barbaroux, alors réfugié à Caen, est du 18 juin.

Aux habitants naïfs, on disait :

« L'administration arrête que tous ses membres « qui se trouvent actuellement à Marseille seront in- « vités à prêter, demain matin, dans la séance publi- « que, le serment prêté le 16 de ce mois, dans l'as- « semblée générale des autorités constituées de « Marseille, de ne plus reconnaître les décrets de la « Convention nationale, depuis le 31 mai dernier jus- « qu'au jour où la liberté sera rétablie dans toute « son intégralité, et de reconnaître le tribunal popu- « laire de Marseille, de maintenir la République une et « indivisible, la liberté et l'égalité, de faire respecter « les personnes et les propriétés, et d'adhérer au ma- « nifeste imprimé au nom de Marseille *. »

Mais, pour faire réussir de pareilles entreprises, les proclamations ne suffisent guère. Il faut des hommes, des armes et un chef. Sur ce dernier point, on était loin de s'entendre. Tout le monde voulait bien commander, mais personne, obéir. Les nobles prétendaient à la direction par droit de naissance, les bourgeois, par droit de sacrifices pécuniaires. Ce n'était pas le moyen d'entraîner l'élément populaire, le seul réellement utile et solide dans les circonstances difficiles. Enfin, après bien des discussions, on se décida à remettre l'autorité entre les mains d'un ancien sous-officier, tailleur d'habits, du nom de Rousselet, homme d'énergie et jouissant d'une certaine notoriété. Restaient les soldats à trouver. Ils ne vinrent pas. Les compagnies comptaient à peine trente hommes, et dans le nombre des volontaires , quelques personnages ,

1. Ce décret était signé : Laurin, Millot, James, Faraud, Lazare, Scoty, administrateurs... Maurin, procureur général syndic.

[. de Sonîs, de Gaîrac, de Ganonge, du Demaine, tous quatre chevaliers de Saint-Louis, Jérôme Blanc, commissaire ciril, Reynier, riche négociant, etc.. D'administration, de convoi, d*état-major, d'ordre, il n'y en avait pas. Aussi, de Taveu même des insurgés, le départ de Marseille fut-il triste. La marche le fut encore plus. Les campagnes restaient silencieuses. Dans les villes, à Aix, à Tarascon, où Ton arriva le 3 juillet, la population se montra un peu plus commanicative.

Le 6, Rousselet faisait son entrée dans Avignon. 11 y trouva quatorze pièces d'artillerie appartenant au régiment de Bonaparte. C'était d'un heureux augure. Le soir, après l'installation d'un nouveau comité et l'arrestation de quelques patriotes, on procéda à une illumination générale, pour fêter la prochaine entrée du Roy dans sa bonne ville de Paris. Il fallait bitm s'étourdir. Dansle fait, le mouvement royaliste, si peu de consistance qu'il eût, n'en constituait pas moins un grave danger, en raison des circonstances critiques où il se produisait. De quel côté viendrait le salut? de Paris, de l'armée d'Italie ou de celle des Alpes.

Par décret du 19 juin, la Convention avait bien cassé le comité marseillais, traduit à sa barre les citoyens Peloux et Castalanet , et déclaré « complices « des assassins composant le tribunal populaire, tous « les citoyens indistinctement qui, de quelque ma- « nière que ce pût être, prêteraient leur ministère « aux actes et jugements de ce prétendu tribunal. » Mais, pour faire exécuter ces décisions, il fallaïc du monde, et le Comité de Salut public, qui venait seulement de se constituer, n'en avait pas.

A Toulon, le chiffre de la garnison et lit dérisoire.

« Nous n'avons, écrit le commandant de la place \ « que quatre bataillons pour fournir aux armements « des vaisseaux et à la défense des côtes. Or, un de « ces bataillons est aux îles d'Hyères, un autre aux « forts de la Malgue, Saint -Louis et à la grosse Tonr, « et les deux autres sont très incomplets. Du vîng- « tième bataillon de volontaires du Var, nous n'avons « que des débris. » Quant à la flotte, elle était commandée par des gens tout disposés à trahir, dès qu'ils en trouveraient l'occasion. En Corse, Lacombe Saint- Michei et les généraux Saint-Martin et Chartogne pouvaient à peine résister aux attaques des paolistes, A l'armée d'Italie la situation était tout ausssi déplorable.

Des vingt-neuf généraux qui devaient s'y trouver, six seulement étaient présents : le général en chef Brunet*, Gaultier Kerveguen chef d'état-major, le général de division, marquis de Lapoype, beau-frère de Fréron, etles généraux de brigade, La Salcette,Dumerbion et .Duteil (cadet). Sénarmont, blessé, ne pouvait servir ; Casablanca venait d'être fait prisonnier; Camillo Rossi était en état d'arrestation. Son frère, Gratio Rossi, goutteux, allait être destitué; Dhiler, incapable, commandait à Villefranche; Mauroy et Barquier n'avaient jamais paru; Roux- Faziilac, Beglié, Dugommier, Delacroix, Gasparin, Milet-Mureau, Sol-Beauclair et Donzelot étaient absents. Qui plus est, l'union la plus grande ne régnait point entre les chefs. Lapoype et Fréron dénon-

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