Toulon, 9 juillet 1793. Mss. Archives de la guerre
2. Brunet (Gaspard-Jean-Baptiste), né à Valensol, en Dauplîiné, maréchal de camt) en 1791, commandant en chef l'armée d'Jtalic, le 20 mars 1793, condamné à mort le 6 novembre 1793.
çaîeot Brunet. Gelai-ci les dénonçait à son tour. U voyait dans Barras et dans son divisionnaire Lapoype, des témoins gênants ; de là, ses lettres à double entente au ministre, ses plaintes et ses doléances à la Convention en faveur de Marseille ^.
L'armée des Alpes se trouvait dans une position également critique. En ne doutant pas du dévouement du pays, la Convention eut donc le sentiment net de sa puissance morale. L'attitude des populations des campagnes et des troupes, ainsi que l'énergie de ses représentants en mission devaient suffire poid* assurer son triomphe.
Dans les campagnes, en effet, on se montrait hostile à cette prise d'armes inattendue. Le paysan est méfiant par nature ; il est surtout honnête. Ce sac enfariné, qu'on lui présentait sous forme de protestation de dévouement à la République, ne lui disait rien qui valût. Les nobles et les prêtres réfractaires, ses ennemis de la veille, lui paraissaient suspects, avec leur* projets de guerre civile, au moment où les siens se battaient à la frontière. « Évidemment, tout ne va pas aussi bien qu'il serait à désirer, disait Jeaa- Kerre, mais l'étranger est à nos portes ; chassons-le d'abord, nous verrons ensuite. » Aux armées, cette idée du devoir patriotique était plus élevée encore. Promesses, argent, rien ne ût. Les soldats demeurèrent sourds aux tentatives des émules des Bouille et des La Fayette. Dumouriez et ses complices en furent pour leur honteuse tentative. Le chef de l'armée d'Italie, lui-même, .e douteux Brunet, se voyait obligé de con-
1. Brunet à a Convention, 16 juillet 1793. Mss. Archives de la guerre.
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staier cet état des esprits. « L'armée, écrivait-il à la « Cor.vention \ ne connaît rien et ne doit connaître « que la majorité de la Convention nationale. Si elle « reçoit d'elle un ordre pour marcher contre Mar- « seille, elle obéira sans difficulté. » Mais ces énergies, ces bonnes volontés qu'on rencontre toujours quand on s'adresse au patriotisme des citoyens, il fallait les employer, les diriger. Cette mission, deux hommes, deux représentants du peuple en mission, Dubois de Crancé et Fabre de l'Hérault*, surent la remplir dans cette partie de la France.
Les mouvements insurrectionnels tentés sur la rive droite du Rhône pouvaient devenir inquiétants. Les bandes de l'Hérault, de la Lozère et du Gard cherchaient à se grouper, pour donner la main à celles des Marseillais et remonter toutes ensemble vers Lyon. Denis Fabre comprend le danger. A la tête de quelques volontaires accourus à sa voix, il se jette hardiment dans la montagne, d'Alais à Mende, coupe les colonnes des insurgés et les disperse.
Sur la rive gauche du fleuve, Dubois de Crancé agit avec une égale vigueur. La situation y est exceptionnellement grave. Lyon est en pleine insurrection. Les Marseillais s^'avancent. L'ennemi menace là frontière. Mais rien ne décourage Dubois de Crancé. Il est partout à la fois, animant chacun de son zèle et de son patrio-
1. Brunet à la Convention, 16 juillet 1793, de Sospello. Mss. Archives de la guerre.
2. Denis Fabre (de THérault), né à Montpellier, conseiller à la cour des aides, conventionnel, vota la mort. Envoyé avec Boisset, Cassanyès et Gaston à l'armée des Pyrénées, le 31 mai 1793, disperse les bandes de Charrier et se fait tuer héroïquement en défendant, le salire à la main, une batterie contre les Espagnols, le 20 nivôs ) an II.
ANNSE 1793. 345
tîsme, encourageant Kellermann, excitant ses collègues Albitte^ et Gauthier*. Le point dangereux est entre Lyon et Avignon. Il faut empêcher à tout prix la liaison des insurgés. Dubois de Grancé n*hésite pas. Il a l'instinct des choses de la guerre, comme il a eu la conception des organisations simples. Sans attendre les ordres de la Convention, il prescrit la concentration à Valence des troupes dont il peut disposer. Tl n'a pas d'officier pour les commander; il en trouve un, dont l'entrain patriotique s'était manifesté dans les opérations du recrutement, Jean François Garteaux*. Celui-ci quitte Grenoble, le 2 juillet. Il est accompagné de l'adjudant général Fox, de l'adjoint Dours, du deuxième bataillon de l'ancien Bourgogne, commandé par Pellapra da troisième bataillon des volontaires nationaux des Basses-Alpes. A Valence, il trouve la dix-septième compagnie d'artillerie légère * de Dommartin et le premier bataillon Mont-Blanc; à Montélimar, la légion ailobroge. Gette fois, la petite
1. Albitte (Louis-Antoine), né en 1750, mort de froid dans la campagne de 1812 en Russie : député à la Législative pour la Seine- Inférieure, conventionnel, commissaire à l'armée des Alpes; décrété d'accusation après le 1" prairial, se sauva; amoistié le 4 brumaire, entra dans Tadministration militaire.
2. Gauthier des Orcières (A.-F.), né à Bourg en 1750, mort en 1824, avocat au présidial de Bourg, député, conventionnel, vota la mort, commissaire à Tarmée des Alpes; exilé, le 12 janvier 1816.
3. Carieaux (Jean-François), né en 1751 à Allevan dans le Forey, mort en 1813, fils d'un dragon, peintre; commissaire, puis général 17 juillet 1793, arrêté le 2 janvier 1794, mis en liberté, après thermidor, replacé dans Tarmée, puis destitué ; employé de nouveau après vendémiaire jusqu^en 1801 , commandant de la principauté de Piombino, en 1804.
4. Perrier, capitaine en second ; Muiron, premier lieutenant; DuroCf deuxième lieutenant.
colonne est constituée. Dès le 10, elle marche sur Avignon. Des détachements ont été placés à Saint-Vallier et au Grande-Serre pour empêcher tout mouvement du côté de Lyon ; une réserve est également laissée à Valence avec le représentant Albitte, afin d'assurer le service des vivres. Le 11, tout le monde est à La Paiud. Le lendemain Carteaux et Albitte passent la revue de leurs troupes. Le 14, Pont- Saint-Esprit est occupé, Orange et ses défenseurs, enlevés à la baïonnette par Doppet ' et la légion *. Le 1 5, le corps expéditionnaire s'installait à deux kilomètres d'Avignon, au camp du Pontet. Il y était rejoint par le deuxième bataillon de la Gôte-d'Or, le premier bataillon de Bourgogne et les canonniers de TArdèche.
Ce même soir arrivait au camp un jeune capitaine d'artillerie, pour l'instant fort embarrassé. C'était Bonaparte. Parti de Nice, le 8 juillet, sur Tordre de Duteil et de Faultrier, pour aller chercher à Avignon les pièces de canon et les munitions qui s'y trouvaient, il n'avait pu dépasser Cadenet. Pont-Saint-Esprit et toute la basse Durance se trouvaient entre les mains des insurgés. Que faire? retourner à Nice, comme il était venu. Il n'était pas homme à agir de la sorte. Apprenant la marche du corps de Carteaux, il s'était rabattu sur Apt et Sault, puis sur le Pontet.
Le moment était propice. On venait précisément de
1. Doppet (François- Amédée), né à Chambéry, mars 1753, mort à Aix en 1800, s'engage dans la cavalerie, passe dans les gardes françaises ; quitte le métier militaire, devient médecin, puis littérateur et reprend du service en 1792.
2. La légion se composait de deux bataillons d'infanterie, d'une compagnie de canonniers et de dragons. Arrivée à Valence le 2 juillet, elle fut rejointe par Carteaux le 7. Doppet la commandait en l'absence du colonel Busigny démissionnaire. Dessaix remplaça Doppet au mois de septembre.
former une colonne volante, destinée à opérer sur la rive droite du Rhône, en vue d'une attaque combinée sur Avignon. Cette colonne, forte de trois cents hommes du deuxième bataillon du cinquante-neuvième régiment, de deux compagnies de gardes nationaux de la Drôme, de seize canonniers et de deux pièces longues de quatre, était sous les ordres de l'adjudant général Dours. L'artillerie n'avait pas de chef; Bonaparte en eut le commandement ;Dommartin ', plus ancien que lui, restait avec sa batterie à la partie principale.
Le 23, la situation n'avait pas changé; Garteaux était toujours au Pontet, très indécis sur ce qu'il avait à faire. L'enlèvement d'Avignon lui paraissait présenter plus d'une difficulté. Les représentants durent lui donner l'ordre d'agir*.
Le lendemain, en effet, les troupes se portaient en avant. Après une sommation, restée sans succès, elles se formèrent en plusieurs colonnes d'assaut, que devait protéger l'artillerie de Dommartin. A une heure, l'attaque commençait sur toute la ligne ; par malheur, elle se fit à découvert, sous le feu convergent d'une artillerie parfaitement abritée. Elle ne réussit pas. Seuls les braves du cinquante-neuvième parvinrent jusqu'à la porte Saint-Roch. Pendant deux heures, ils s'y maintinrent, essayant de
1. Dommartin (Elzéard-Auguste), né le 26 mai 1768, tué à Rosette, le 9 août 1799. Lieutenant d'aKillerie le 1" septembre 1785,
capitaine le 16 février 1792, général de brigade le 23 septembre 1793.
2. « Nous, représentants du peuple aux départements du Midi. « requerrons le général de brigade Garteaux de sommer la ville a d'Avignon occupée par les rebelles de se rendre aux armes de « la République. » Mss. Archives de la guerre.
renverser l'obstacle avec les pièces amenées par Donnaartin. Mais leurs chefs Pellapra, Saint-Marc et Dommartin ayant été blessés, ils durent se replier. A huit heures du soir, tout le monde battait en retraite. Les pertes avaient été sensibles; le mécontentement fut vif. Pour calmer l'irritation, les représentants durent réunir les hommes. «...J'ai présenté la « Constitution à nos braves soldats, écrit Albitte, au « lieu même où les aristocrates comptaient sous peu « crier vive le Roy. Elle a été accueillie par eux avec « transport... Je venais de faire verser le vin de la « liberté et j'avais à peine bu à la ronde avec le gé- « néral et nos braves, lorsqu'un AUobroge couvert de « sueur est venu nous annoncer qu'Avignon était en « notre pouvoir. Aussitôt une portion de notre petite « armée s'est mise en iparche pour s'y rendre. Le « reste partira demain avec le général. » Le fait était réel. A quatre heures de l'après-midi une députation venait annoncer à Garteaux la retraite de Rousselet. A quelle cause était dû ce départ précipité? La légende a voulu l'attribuer au feu des pièce? de quatre, qu'aurait dirigé Bonaparte en personne; de Villeneuve sur Avignon. Ce récit est erroné. Ni Carteaux, ni Albitte, ni Rovère ne disent mot de cet incident dans leurs rapports à la Convention et à Kellermann*, et pourtant ils ne se font pas faute de prodiguer les citations. Les insurgés eux-mêmes n'en parlent pas davantage dans leur compte rendu au Comité de sûreté générale de Marseille. Ils attribuent leur fuite à l'attitude de plus en plus hostile de la population et à la nécessité où ils s'étaient