Mss. Archives de la guerre. Voir aux pièces à Tappui
trouvés d'assurer leur retraite par roccupation du bac de Barbantane, devenu leur unique point de pas* sage sur la Durance.
Cette explication est la vraie, c'est celle de Bonaparte! lui-même. Dès le 28, les troupes républicaines occupaient Tarascon, Cavaillon et Beaucaire. Le 31, Carteaux établissait son quartier général à Saint- Remy et sa gauche, à Apt et au Gadenet. C'était un succès réel. « Dites un peu à votre premier com- « mis de ma part, écrit le naïf général au ministre, « de m'accorder sa protection pour avoir mon brevet « de général de brigade, attendu que je crois qu'il « m'est bien acquis, car si je n'eusse pas empêché la « jonction des Marseillais avec les Lyonnais, la qua- « trième Révolution était bien faite. »
Les insurgés n'en disaient pas autant. Cet échec, assuraient-ils, était momentané et dû à l'incapacité de Rousselet. Au comité, on demanda son remplacement. Un ancien lieutenant-colonel du régiment d'Artois, M. de Villeneuve, prit le commandement. Villeneuve avait des talents réels, dignes d'une meilleure cause. Le 1" août, il était à Aix, prenant partout des dispositions intelligentes. Couvert à l'ouest par le canal, au nord par la Durance et par ses avant-postes fortifiés de Chamas, Salon et Lambesc, il se prétendait mieux placé qu'à Avignon et prôt à reprendre l'offensive au moment opportun, c'est-à-dire, aussitôt après l'arrivée des troupes anglaises et espagnoles annoncées. Les ressources d'ailleurs étaient considérables. Le comité possédait quatre millions de livres en espèces, d'énormes monceaux d'assignats, un parc d'artillerie respectable^ des munitions en quantité et, ce qui valait mieux^ a. 30
Tappui de Toulon, dont l'insurrection était définitive. Les représentants du peuple, P. Bjayle^ et Beauvais^, le commandant de la place, les principaux fonctionnaires républicains, la femme et la fille du général marquis de Lapoype venaient en effet d'être arrêtés. Le général Maudet, renvoyé de Corse à Toulon, pour être jugé comme coupable de haute trahison, avait pris le commandement. Le chevalier de Grasset, ex-garde du corps, déserteur, s'était mis à la tête des gardes nationaux. Plusieurs chefs de la marine, le baron dlmbert, le contre-amiral Trogoff* et de Missiessy étaient entrés en communication avec Tamiral anglais Hood * et les agents royalistes de Gênes et de Marseille. Le 26 juillet enfin, le comité toulonnais s'était déclaré en permanence et avait donné notification de sa détermination à toutes les communes du département.
« Citoyens frères et amis,
« Le bruit public vous a sans doute instruits que le « peuple de Toulon s'est enfin levé, qu'il a détruit Tanar-
1. Pierre Bayle, né à Marseille; conventionnel, envoyé en mission pour le recrutement dans le Var; arrêté à Toulon et étranglé dans sa prison.
2. Beauvais de Préaux (Charles-Nicolas), médecin, né à Orléans le 1" août 1745, conventionnel, mort le 27 mars 1794 des suites des mauvais traitements subis dans les prisons de Toulon.
3. Trogoff (Jean-Honoré, comte de), né le 5 mai 1751 à Lanraeur,mort d'une épidémie en février 1794, dans la rade de Porto-Ferrajo ; enseigne en 1773, capitaine de vaisseau en 1784, [)rit part à l'expédition de Sardaigne en 1793, nommé contreamiral à Toulon, livra la ville aux Anglais.
4. ^ooc? (S., lord, baron de Cathei^ington)^ né le 24 décembre 1735 à Butleigh, mort à Batlilâ 27 janvier 1816. Son père était un ministre protestant.
« chîe et qu'il est fermement résolu à ne plus souffrir les « monstres qui fomentaient le désordre et le trouble « dans notre ville et dans tout le département Cette opi- « ni on a été fortement prononcée; déjà on poursuit avec « chaleur tous les chefs coupables d'une faction crimi- « nelle... »
Tout cela constituait un encouragement réel pour l'insurrection. Villeneuve le comprit ainsi et commença par profiter de la faute commise par Garteaux en éparpillant ses détachements de Beaucaire jusqu'au Pertuis. Le 8 août^ il faisait une fausse démonstration sur Orgon et Saint-Remy et, dans la nuit suivante, l'un de ses meilleurs lieutenants, Ai'baud> s'emparait du château et de la petite ville de Cadenet. Le coup avait porté. Le poste conquis était important. Il permettait aux Marseillais de tourner la position d'Avignon. Mais cette espérance devait être de courte durée. Le surlendemain, dès l'aube, Arbaud à son tour était attaqué, puis blessé et pris avec trente» six de ses hommes, trois canons, six quintaux de poudre et un drapeau. Cent autres de ses soldats étaient tués ou noyés en repassant la Durance. Ce combat, le plus acharné de toute cette campagne, avait duré toute la journée. Deux représentants y assistèrent, prêchant d'exemple, Ricord et Robespierre» « Ils coururent les plus grands dangers, dit le rap- « port\ et ne durent leur salut qu'à quelques pa- « triotes qui se rallièrent autour d'eux. »
Cette revanche prise si rapidement, on la devait à
1. Mss. Archives de la guerre. La légion aliobroge et le 59" de ligne prirent part à cette sanglante affaire. Il y eut trois as&aut» successifs.
352 BONAPARTE A L*AhMÉE DU MIDI.
rinitîative des représentants du peuple récemment ■arrivés à Avignon, Escudier^ Ricord et Robespierre le jeune* destinés à l'armée d'Italie, Salicetti et Gasparin chargés de prendre les mesures nécessaires en vue du ravitaillement des troupes laissées en Corse. 1 La présence de ces hommes énergiques avait produit ' l'effet accoutumé. De tous côtés, les volontaires accouraient, les munitions, les vivres affluaient. « Je « n'avais, écrit Carteaux, que six canons en quittant « Grenoble, j'en ai maintenant trente-trois, dont six « de siège*. »
Mais c'était surtout pour Bonaparte que ce concours înouï de circonstances devait exercer une influence décisive. A la suite de l'affaire d'Avignon, il avait suivi la marche de son détachement le long du Rhône, traversé Beaucaire et Tarascon, puis regagné Avignon, pour y reconstituer le parc d'artillerie dont les insurgés s'étaient emparés. Bonaparte était alors malade, triste et profondément découragé. Cette succession d'aventures avait surexcité au dernier point son système nerveux. Les nouvelles étaient déplorables. En Corse, l'insurrection triomphait; les paolistes bloquaient Bastia et Calvi ; le nom des Bonaparte était flétri et accolé à celui de l'infâme Buttafuoco. A la suite
1. Escudier (Jean-François), né à Palissane (Provence), en iVi)0, mort en avril 1819. Juge de paix à Toulon en 1792, conventionnel, vota la mort, en mission dans le Midi en 1793, arrêté à la suite du 1*' prairial, amnistié au 4 brumaire; rentra dans la vie privée; exilé, le 12 janvier 1816, à Turin; rentré en 1818.
2. Robespierre (Auguste-fion-Josephde),dit le Jeune, néàArras, en 1764, mort le 10 thermidor an II ; élève du lycée Louis-le- Grand, procureur syndic; conventionnel; en mission dans le Midi en 1793.