‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 11 sur 190 · C'était le 10 mai 1790, que Mirabeau avait envoyé sa pre · texte numérisé non relu

C'était le 10 mai 1790, que Mirabeau avait envoyé sa pre

Ainsi donc, en moins de deux années, TAssemblée avait su achever la réorganisation des forces militaires françaises. Et ce qu'elle avait fait pour l'armée de terre, elle l'avait exécuté avec tout autant de promptitude pour l'armée navale. Elle a\ait touché à tout, examiné tous les cas, tenté de résoudre, sinon résolu tous les prohlèmes. En cela, elle avait agi honnêtement, car elle avait su comprendre que la question de la réforme dJun mécanisme aussi compliqué que celui de l'armée, n'était pas de celles dont la solution pouvait se traiter à bâtons rompus ou se remettre indéfiniment, sous prétexte de difficultés insurmontables à vaincre ou d'intérêts inavouables à satisfaire. Était-ce à dire que cette œuvre immense fût satisfaisante? non.

Évidemment, l'Assemblée et son comité militaire avaient émis de grands et nobles principes, décrété de sages règlements ; seulement , le nouvel édifice ne pouvait se tenir débout. Il péchait par les fondations et par le faîte, autrement dit, par le recrutement et par la direction supérieure. Il en est, en effet, des organisations d'armée comme des vêtements d'enfant, il les faut assez larges pour permettre la croissance. Il les faut assez solides pour affronter les intempéries. Une organisation dont on est obligé de modifier les détails tous les six mois est condamnée d'avance. C'était le sort réservé à celle de 1791. Son système de recrutement l'avait perdue. En conservant le mode d'enrôlements volontaires, en redoutant pour leurs enfants les conséquences du ser-

mière lettre au roi. Après le vote da ââ, ses rapports avec M. ds MoQtmorin devinrent journaliers.

S4 ÉTAT DE L*ARMéE FRANÇAISE.

vice obligatoire, en obéissant à cette arrière-pensée de faire de Tarmée un instrument aveugle entre les mains du pouvoir, le centre et la droite de TAssemblée avaient assumé une terrible responsabilité, dont rhistoire ne leur a pas tenu un compte suffisant.

Pour la direction des affaires militaires, les mêmes erreurs avaient été commises. On avait bien tenté de changer Tinstrument; mais le moteur était resté intact. Les bureaux du ministère de la guerre n'avaient pas bougé. En 1791 , M. Melin était toujours au service de la solde, M. de Saint-Paul à celui du personnel, M. d'Avrange au mouvement, M. Le Sancquer à Tartillerie et au génie, M. Arcambal au secrétariat. Seuls, M. Gau avait remplacé M. Gampi à l'administration et M. Bessière s'était trouvé chargé d'un nouveau service, celui des états-majors. Plus puissants que les ministres, surtout plus inamovibles qu'eux, ils assistaient impassibles à cette voltige de portefeuilles, se contentant d'apporter dans l'exécution des prdres toute la mauvaise volonté de gens qu'on dérange de leurs habitudes. Pour le ministre, placé dans une situation des plus fausses auprès d'une Gour affolée de résistance, d'une Assemblée souveraine, d'un comité militaire ayant toute initiative, et de bureaux inféodés aux anciennes traditions, il se trouvait sans autorité. Ghoisi à la suite d'une intrigue do Cour ou d'un compromis d'antichambre, il ne pouvait durer que le temps de la combinaison dont il était l'émanation, et pendant les quelques jours de présence à ce poste élevé, il se trouvait à la merci de ses chefs de bureau, pour la conduite d'un travail dont il ignorait la veilJe encore les premières notions. Or, il est

nne règle absolue pour un gouvernement qui veut se mouvoir dans la plénitude de sa force et de sa liberté,, c'est de faire coordonner les différents éléments qui doivent concourir à son action. Toute réorganisation d'armée^ de même que toute modification dans la constitution d'un pays, réclament obligatoirement un :;hangement corollaire et immédiat dans le personnel directeur. Agir autrement, c'est, pour le gouvernement, un acte de suprême imprudence et, de la part de ceux qui acceptent ces situations ambiguës, ua acte de déloyauté. La situation présente en était la preuve. A l'étranger dans les ambassades, comme à l'intérieur dans les ministères et dans les commandements, l'opposition aux décisions de la grande Assemblée était latente, sinon ouverte. Les consé^ quences devaient en être terribles. La première fut d'empêcher tout accord sincère entre le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif; la seconde, de développer dans la nation un sentiment nouveau, la méfiance^ sentiment d'autant plus dangereux qu'il avait sa raison d'être. L'on conspirait en effet à tous les degrés de la hiérarchie, et, fait plus grave qu'on ne saurait trop flétrir, les membres les plus influents du clergé et des armées de terre et de mer se trouvaient à la tête de ce complot, qui prenait ses points d'appui dans le monde de la Gour ainsi que dans^ celui des déserteurs français et de leurs hôtes princiers.

L'indiscipline est chose blâmable dans tout corps

constitué. Elle Test d'autant plus qu'elle part de plus

haut; mais elle devient criminelle au premier chef,

lorsqu'elle a l'étranger pour complice.

Dans la nuit du 16 au 17 juillet 1789, le propre

frère du roi, le comte d'Artois^, avait quitté Paris. Il était accompagné de ses deux fils, les ducs d'Angoulême et de Berry; des trois princes de la maison de Condé* et de l'élite de ses familiers, MM. de Lambesc, de Galonné et de Polignac. « Il n'entendait pas rester, « disait-il, dans un pays où Ton était appelé à se « commettre avec des gens imbus d'idées aussi sottes « que celles ayant cours. »

De Bruxelles, il s'était rendu à Turin, auprès de son beau-frère, le roi de Sardaigne*. La comtesse d'Artois* et quelques autres dames de sa maison vinrent l'y rejoindre. Il n'en fallut pas davantage pour

1. Charles-Philippe j comte d Artois (Charles X), quatrième fils 4u Dauphin ; né à Versailles le 9 octobre 1759, mort le 6 novembre 1836 ; marié le 16 novembre 1773 à Marie-Thérèse de Savoie, Bœur cadette de la comtesse de Provence ; déserta en 1789 ; prit part à toutes les menées de la conspiration royaliste de 1789, 1790, 1791 et 1792; passa en Russie en 1793, vint au camp du duc dTork en 1794, à Jersey en 1795 avec Puysaye, puis retourna en Angleterre le 18 novembre 1795 où il habita le château d'Holy- Rood. Ses fils vinrent l'y rejoindre en 1806.

2. Louis-Joseph de Bourbon-Condéy né à Chantilly, le 9 août 1736, mort le 13 mars 1818. En 1791 à Wonns, en 1*792 à la tête du corps connu sous son nom, il fit la campagne avec Wurmser et fut victorieux le 2 décembre 1793 à Berthseim. A partir de 1796 son corps est à la solde de l'Autriche. Rejoint par le comte de Provence, le 28 avril 1796, il combattit à Oberkambach (le 13 août 1796) contre Moreau, et se retira à Saint-Pétersbourg en 1797. Son corps envoyé en Wolhynie, se trouva en 1799 en Suisse, en 1800 à Hohenlinden, puis fut licencié à la paix de Lunéville. Le 1*' juin 1801 le prince de Condé se retirait en Angleterre-

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