FRANÇAIS
« Vous êtes depuis quatre ans travaillés par uneRévolu- « tion qui a successivement amené sur vous tous les mal- «< heurs, après avoir détruit le gouvernement, foulé aux « pieds toutes les lois...
« Les bras sont eulevés à l'agricalture ; votre numéraire « a disparu; votre commerce est anéanti; uae horrible « famine vous menace ; voilà le tableau de vos maux. Il a « dû affliger les puissances coalisées; elles n'ont vu de « remède que dans le rétablissement de la monarchie...
«... Comptez sur la fidélité d'une nation franche.,.
« Prononcez-vous donc et je vais faire succéder des
1. Mss. archives delà guerre. Le même Jour, Doppet était fait général da brigade, et Pellapra, chef de brigade.
c< années de bonheur à quatre ans de servitude et de cala« « mité.
<c Signé : Hood. »
Cette fois, le doute n'était plus permis. Les traîtres avaient le masque. La lumière se faisait éclatante. Aussi les protestations surgirent-elles nombreuses et violentes, dans la onzième section d'abord, puis dans les neuvième, douzième, treizième et quatorzième. Or, pour les membres du comité royaliste, cette scission pouvait être désastreuse. Si le mouvement se propageait, Villeneuve et ses hommes se trouvaient pris entre deux feux. Eux-mêmes ne pouvaient fuir. Que faire? ruser encore, ruser toujours. La fin justifie les moyens, disent les disciples de Loyola. Cette devise fut celle du comité. Il annonça donc des succès prochains, appela la population aux armes et dans la nuit du 23 au 24 août, fit occuper par les gardes nationaux, dont il était sûr, la place des Prêcheurs et les principaux débouchés qui mènent au village des Crottes et à Aubagne. La manœuvre était adroite. Elle faillit ne pas aboutir ; les sections dissidentes^ prirent les armes, arborèrent le drapeau tricolore et commencèrent le feu, qui durait encore le lendemain matin^ au moment où la défaite de Villeneuve était déjà connue du comité, et où celui-ci faisait proposer et accepter une suspension d'armes, à la condition de faire proclamer la Goilstitution. Hais l'accord était à peine établi qu'une dépêche mensongère annonça la déroute de Garteaux et que les royalistes attaquaient les républicains démoralisés et dispersés, faisaient jeter des bombes dans la rue
des Consuls, tuaient une vingtaine de personnes et en désarmaient quantité d'autres. Le stratau^ème avait réussi. Le comité restait maître de la ville et pouvait prendre en toute sécurité ses dispositions pour la fuite de ses membres les plus compromis.
Il n'était que temps. Les premiers fuyards de Septèmes arrivaient déjà. Les dispositions militaires de Villeneuve avaient pourtant été bien prises. Sur la gauche, de Ganonge occupait avec de l'artillerie les hauteurs de la Gavotte et de Notre-Dame ainsi que les quatre redoutes en pierres sèches qui s'y trouvaient. La droite s'appuyait aux coteaux de Fabrigoule. Villeneuve restait au centre, h Notre-Dame même, à proximité du pavillon Gaudemar. Le 25 août, dès l'aube, le combat avait commencé. Après une vive canonnade, le premier bataillon des AUobroges, enlevé ^dvement par le commandant Laborde, s'était porté au pas de course sur Fabrigoule. au cri répété de : « Vive la République ! » Or le premier bataillon des Bouches-du-Rhône, chargé de la défense de ce point, n'attendit pas le choc pour lever la crosse en l'air, entonner le chant national et tourner son feu contre ses alliés de la veille.
Ce fut le signal de la déroute. A six heures du soir, Villeneuve et Canonge étaient de retour. Toute la nuit, la confusion fut inexprimable, le sauve-quipeut, général. Les uns s'embarquaient, les autres prenaient la route de Toulon. Villeneuve protégea cette retraite désordonnée. Le dernier, il quitta Marseille, au moment même où les troupes républicaines faisaient leur entrée. Il était neuf heures du matin. Carteaux s'avançait, triomphant, suivi des conventionnels AJ bitte, Salicetti, Gasparin, Nioche, Escudier
876 BONAPARTE A L*ARMâB DU MIDI.
et Jes officiers de son état-major. Venaient en&aite la onzième section de Marseille, la légion allobroge et le cinquante-neuvième de ligne. Bonaparte marchait avoc l'artillerie.
Le soir même, par droit de billet de logement, il se trouvait installé dans la maison Glary. Son frère Joseph Vy venait rejoindre le lendemain, ne se doutant certes guère qu'à une année delà, il serait l'allié de cet hôte du hasard. Ce Glary était un ancien négociant en savons. Il avait deux filles non mariées, Julie et Désirée. Tout ce petit monde avait le cœur sur la main. Il accueillit du mieux qu'il put ces garnisaires d'un nouveau geni'e, devenus, dans les circonstances présentes, des sauvegardes utiles.
Le moment n'était pas propice aux effusions. La situation était critique. Il fallait se hâter d'occuper Toulon. Dès le 27, Dours avait gagné la Giotat, tandis que Doppet se rendait à Aubagne avec les AUobroges et l'artillerie de Dommartin. De leur côté, Robespierre et Ricord étaient partis nour presser l'arrivée à Brignoles de la division V ^^Ype, détachée de l'armée d'Italie sur l'ordre de Barras^ Tout ce zèle devait être en pure perte.
Dans la nuit du 27 au 28 août, l'acte criminel qui livrait Toulon aux Anglais était accompli. A la suite d'une convention conclue entre l'amiral Hood, le contre-amiral français de Trogoff, le capitaine baron
1. Barras avait destitué Brunet et Tavait remplacé par Dumerbion, DiUeil cadet avait été nommé général de division, d'Hotman et Serrurier généraux de brigade. La division Lapoype se composait de six bataiUons réguliers, d'un bataillon de nouvelle levée, de trois compagnies de la légion des sans-culottes, du quinzième régiment de dragons et d'un train d'arlillerie.
dlmbert et le comité centrai toulonnais, la flotte anglaise entrait en rade. Trogoif arborait son pavillon sur la Perle et faisait le signal de ralliement. Cazote sur le Généreux et Degoy sur le Scorpion suivirent. Seul, le capitaine Saint-Julien tenta de s'opposer à ca mouvement; mais ne se voyant pas soutenu, il dut se retirer à la Seyne avec les officiers restés fidèles aux lois de rhonneur.
Dans la nuit, les An g! lis débarquaient au port de Méjan, et occupaient le fort La Malgue. Le lendemain, Louis XVII était proclamé roi de France. Le même jour, le comité toulonnais envoyait au général Carteaux un ultimatum qui se terminait ainsi : « ... Si des exécutions souillent la ville de « Marseille, deux députés que nous tenons en otage « et les parents de deux autres subiront le même « sort. Trente mille Anglais et Espagnols seconde- « ront notre vengeance ; elle sera terrible. Marseille « et Toulon sont sous leur protection. »
En France, l'eflet produit par cette catastrophe fut foudroyant. « Il ne faut pas s'endormir, écrivent les « représentants. Donnez des ordres prompts pour que « l'expédition de Lyon terminée, les troupes qui y « sont employées viennent renforcer les nôtres. Gonsi- « dérez l'entrée des Anglais dans Toulon, l'obstination « des Lyonnais, l'invasion du mont Blanc par les « Piémontais, le silence observateur de Bordeaux, les « échecs de la Vendée, l'évacuation de Mayence, celle « de Valenciennes et de Condé, le siège de Dunkerque, « l'agitation de la Normandie et de la Bretagne, les « excès auxquels se porte l'agiotage, voilà toutes les « branches de la coalition par laquelle les rois « ennemis veulent nous donner un tyran ; ils ont vu
« le triomphe du peuple dans la journée du 10 août; « ils en ont frémi. Qu'ils voient sa vengeance et qu'ils « tremblent de nouveau...^ »
Barras* est tout aussi énergique ; « La trahison est « comble, dit-il au Comité. Toulon est livré aux « Anglais... Envoyez Brunet au tribunal révolutionne naire. Nous avons entre les mains des pièces de « conviction.
« Nous sommes devant les murs de Toulon, demain « nous allons conférer à Marseille avec Carteaux et <i ses collègues.
« Nous avons fait sonner le tocsin dans toutes les « communes du département du Var et prescrit de « faire marcher tous les citoyens depuis l'âge de seize « ans jusqu'à soixante... Le peuple ne revient pas de « sa surprise; on lui avait dit que l'arnjée d'Italie « n'était composée que de brigands mis en mouvement « par deux cannibales (c'est nous), et partout cette « armée composée de vrais sans-culottes a donné « l'exemple du respect pour la propriété, deladisci- « pline et du bon ordre.
« ... Si Toulon n'ouvre pas ses portes, nousl'assié- « geons de concert avec Carteaux, nous le bombar- « dons et le rasons de fond en comble, à l'exception u des arsenaux et des forts. C'est le moindre cbati-" i« ment que méiite cette ville infâme et à jamais 6D <i exécration à tout le reste de la liépiiidiqiie. Partonl <( nous faisons désarmer les gens saspects» même u ceux qui ne se sont jamais pionoaeés depuis la