Mss. Archives de la guerre
S. Mss. Archives de la guerre.
AMNéE 1794. 399
écrit en effet le chef du bureau, en marge de la demande de confirmation du grade. La leçon ne profita pas. Louis eut toujours soin d'oublier sur ses états de service, son temps de passage à l'école de Châlons. Or, ces états sont nombreux dans les archives du. ministère. Tous sont de sa main. Sur l'un, il se donne comme aspirant d'artillerie, du IS janvier 1790, et adjudant au quatrième régiment d'artillerie, le 28 frimaire an II. Dans le suivant, a s'attribue plusieurs blessures reçues en 1793 et 1794. Dans un troisième, il se dit né le 5 septembre 1776, aspirant au corps de l'artillerie le 25 janvier 1791, employé aux armées pendant les années 1792 et 1793, et présent au siège et à la prise de Toulon. Sur un quatrième, qui est du 20 avril 1799, il indique le 25 septembre 1778 comme date de sa naissance, et se déclare aspirant d'artillerie par ordre du ministre de la guerre, en 1790. Toutes ces aaeertions se contredisent. Elles sont d'ailleurs mensongères. Les pièces dont nous avons donné connaissance le prouvent. Mais la délicatesse des procédés ne fut jamais de mise dans cette famille qui semblait avoir pris poîir devise : « Tout pour arriver ou pour se débarrasser a de qui vous gêne. »
Quant à Bonaparte, il était parti pour Marseille, aussitôt après sa nomination d'inspecteur des côtes. Sa mère, ses sœurs et Joseph s'y trouvaient. Joseph continuait à remplir les fonctions de commissaire-adjoint auprès de Ghauvet, et partageait son temps entre la surveillance de ses bureaux et sa cour aux demoiselles Glary. Le garde-magasin Lucien était devenu le personnage important de Saint-Maximin. Il se faisait appeler Lucien-Brutus Bonaparte. Tout fier de ses
succès aux réunions populaires et de son surnom de Petit Robespierre, il offrait ses hommages à la fille de son hôte, l'aubergiste Boyer. Fesch, le futur cardinal, s'occupait philosophiquement du décompte des sacs et bidons nécessaires aux soldats de la République. Élisa était une belle fille de dix-sept ans ; Paulette allait sur ses quatorze ans ; Caroline en avait
presque douze et Jérôme, neuf. Evidemment la situalion de ce petit monde était encore fort précaire. On vivait toujours sur les secours de la municipalité. Mais l'emploi de Joseph, les bontés des Glary et des compatriotes, permettaient de faire face aux difficultés les plus pressantes. D'ailleurs, avec ses appointements ^ et sa nouvelle position, Bonaparte se croyait appelé à tout conquérir. Or ce rêve fut au moment d'être interrompu, et, pour Bonaparte, comme pour tant d'autres, la roche Tarpéïenne parut fort rapprochée du Gapitole.
A peine arrivé à Marseille, Bonaparte avait voulu innover. Sans consulter personne, il écrivait, le 4 janvier, au ministre : « Le fort Saint-Nicolas n'est pas « susceptible de défense. Les trois enceintes qui fer- « maient la ville du côté de ce fort, ont été démo- « lies et rendent le fort accessible de tous les côtés.. • « // est pourtant indispensable de mettre ce fort en K état de défense j au moins contre les efforts de quel" « ques malveillants. Il faudrait pour cet objet relever « une des trois enceintes... Je vais faire placer des « pièces de canon contre le fort, de manière à mai^
1. Voir aux pièces à Tappui. Mss. Archives de la guerre. Madame Bonaparte alla loger à cette époque à la quatrième calade? de la rue de Rome et plus tard, dans le faubourg du même com.
ANNÉt 1791. 401
«t triser la ville * » Au point de* vue militaire,
cette mesure était inutile. Au point de vue politique, c'était une faute, dont la première des conséquences devait être d'éveiller les soupçons d'une population déjà surexcitée. Eut-on connaissance du contenu de la dépêche? Bonaparte parla-t-il de ses projets? Ce qui est certain, c'est qu'en ville, la nouvelle de cette proposition souleva une protestation générale. « On veut relever les anciennes bastilles, « disait-on ; c'est contre nous qu'on veut élever des « murailles. » De propos en propos, on en vint à accuser non seulement Bonaparte, mais encore son chef hiérarchique, le général de division Lapoype. Le représentant du peuple Maignet en écrivit au député de Marseille, Granet. Celui-ci crut devoir saisir la Chambre de l'incident. « Notre collègue Maignet « m'annonce qu'on lui propose de rétablir les bas- « tilles élevées par Louis XIV pour tyranniser le <c Midi. Cette proposition lui a été faite par le chef « de l'artillerie Buonaparte, de la part du ci-devant « noble, le général Lapoype. Si notre collègue eût « donné dans ce piège et qu'il eût signé cet ordre « terrible, je vous laisse à penser les maux incal- <K culables qui eussent été la suite du désespoir des « patriotes marseillais. Je demande que le général « Lapoype et son général d'artillerie soient mandés « à la barre pour rendre compte de leur conduite^. » Cette proposition fut acceptée. Un décret conforme du Comité de Salut public fut lancé. Un courrier extraordinaire en porta la teneur. Il arriva à Mai'-