‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 137 sur 190 · Mss. Archives étrangères · texte numérisé non relu

Mss. Archives étrangères

Jumié

nombre de déserteurs, et en particulier M. deCazalès. PourMazzucone, il fut remplacé par Boccardi, et cinq semaines plus tard, la sérénissime République concluait un traité d'alliance avec sa sœur de France ^ C'était un beau succès. Pour l'instant, il modifiait les projets d'attaque. D'après Tilly, en effet, on devait: « ... après avoir laissé une force satisfaisante pour « conserver ce que nous possédons dans le comté de « Nice, avancer subitement au nombre de vingt mille « hommes dans l'État de Gênes, en suivant la rivière, « en proclamant que, non seulement nous voulons « respecter la religion, le gouvernement et les pro- « î)riétés, mais encore défendre le pays contre Tusur- « pation projetée des cours de Vienne et de Turin, « ?ans dire encore que les oligarques soient complices. « Il est indispensable d'avoir de l'argent, d'en avoir « assez pour payer tout comptant et pour prendre à « sa solde, à mesure qu'on avancera, les montagnards « qui sont tous armés et que l'appât d'une paye et « des dégâts qu'ils pourront faire sur les Piémontais « qu'ils exècrent, feront accourir, comme ils ont fait «eu 1745, sous les drapeaux de Boufflers et de Ric< chelieu.

« Oneille étant sans défense du côté de la terre, on « en fera une justice sévère, aiusi que de Loano.

« Arrivés à Gènes, on s'arrêtera à Saint-Pierre d'A- « rena, sans entrer dans la ville. On prendra le che- « min de Novi pour se rendre dans le Milanais pié- « montais, c'est-à-dire dans l'Alexandrin et le Tor- « tonois. »

1. Mss. Archives étrangères. 3* jour de nivôse 1703 (S2 décembre).

En faisant ces propositions, Tilly obéissait aux instructions qu'il avait reçues, lors de son départ pour Gênes ^ « Il est vraisemblable que nous se- « rons forcés d'emprunter le territoire de Gênes pour « envoyer des troupes en Piémont, La République de « Gênes, dont les frontières sont couvertes de troupes « sardes et autres, à la solde du roi de Sardaigne, se- « rait sans doute fondée à requérir notre assistance « pour opposer à ces troupes des forces suffisantes « pour se garantir d'une action présumée. Il serait à « propos d'insinuer au gouvernement la nécessité de « recourir à nous dans cette conjoncture... » Le consul La Ghèze partageait cette manière de voir. Dès le 25 août 1793, il demandait au Comité de Salut public de faire tourner Saorgio et d'envahir la Lombardie, par le territoire génois, de manière à « se rendre mai- « tre des passages du Tyrol et du Trentin par où « l'Empereur peut toujours amener du monde^ et à « commander le Milanais, la Lombardie, la Toscane « et Naples... » Un officier de l'armée du Rhin émettait le même avis ^. D'après cet officier, il fallait transporter un corps d'armée sur TAdda. Les troupes rassemblées à Huningue et à Brisach traverseraient le Rhin, marcheraient sur Constance, « s'en rendraient « maîtres, ainsi que de son lac et de Bregenz, De pe- « tites galères serviraient à défendre ces deux villes ; « on y établirait des magasins. On déterminerait les 4( Grisons à nous laisser passer dans la Yalteline, avec

1. Mss. Archives étrangères. Mémoire servant d'instructions pour le citoyen TiUy, allant à Gênes, en qualité de chargé des affaires de la République française, 8 mars 1793.

2. Mss. Archives nationales, 22 septembre 1793. Projet d'une diversion imprévue en Italie et en Allemagne,

« de Targent ou en leur interceptant les vivres qu'ils « tirent de la Souabe. Arrivée à Coire, l'armée se di- « rigerait surLecco pour entrer dans le Milanais... » Ainsi, dès Tannée 1793, le plan de campagne que Bonaparte devait réaliser en 1796 était accepté en principe par le Comité de Salut public. Si ce dernier n'en prescrivit pas immédiatement Texécution, cela tint uniquement aux circonstances. Il fallait tout d'abord aller au plus pressé, mettre fin aux pirateries des gens d'Oneglia et s'assurer une ligne de retraite, ainsi qu'une base d'opérations, en s'emparant du col de Tende, de Saorgio et des crêtes voisines, lieux de repaire des Barbets. Gela fait, on comptait arriver à temps pour secourir les malheureux détachements bloqués depuis tant de mois dans les places de Bastia, de Galvi et de Saint-Florent. C'était dans cette intention que Saiicetti se rendait à Nice dans les derniers jours du mois de mars, afin de presser le départ des troupes, pendant que son collègue Multedo organisait à Toulon les moyens de transport. Le 4 avril 1794, le général en chef Dumerbion ^ écrivait donc au Comité : «Les trente et un bataillons des- <c tinés à l'expédition sont rassemblés à Sospello et à « Menton, d'où les colonnes vont se mettre en marche « dans la nuit du 5 au 6, à deux heures du matin. » A ce moment même, survenait un incident curieux et peu connu, l'arrestation à Nice du général Lazare Hoche, le 2 avril 1794, c'est-à-dire le lendemain de l'arrivée de Bonaparte.

1. Dumei'bion (Pierre-Jadar), né à Montmeillant en 1734, mort en 1797; engagé volontaire dans le bataillon des milices de Mazarin, capitaine en 179S, général de brigade en 1792, de divi- •ion en 1793, démissionnaire en 1794 pour cause de maladie.

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ANNSE 1794. 43f

Hoche* commandait en chef les armées de la Moselle et du Rhin, lorsque, le 11 mars, il épousait, à Thionville, Anne-Adélaïde Dechaux, la fille unique du directeur des vivres de cette place ^. Or, le Comité trouvait, avec une certaine apparence de raison, que le moment d'une entrée en campagne n'était pas précisément celui d'un mariage. Le 10, il envoyait le jeune général prendre le commandement du corps expéditionnaire de Nice, et le remplaçait par le général Jourdan. Prévenu indirectement, Hoche écrivit tout aussitôt au Comité* et, sous Ip coup d'une mauvaise humeur bien naturelle, ajouta, à l'adresse de

l'un des membres : « Je désire qu'une démis*

« sion que je vais présenter incessamment soit accep- « tée sans aigreur, comme elle sera donnée. Ardent a ami de la Révolution, j'ai cru qu'elle changerait lea fc mœurs. Hélas! l'intrigue est toujours l'intrigue, et « malheur à qui n'a pas de protecteur. Tiré de* « rangs par je ne sais qui, ni pourquoi, j'y ren- « trerai comme j'en suis sorti, sans plaisir ni sans « peine. »

Le 18, Jourdan était à Lîstroff. « Je suis arrivé « hier au quartier général de la Moselle, dit ce dern nier... Le général Hoche est parti le même jour^ «... Je suis absolument sans cartes. Il n'en existe <i point à l'état-major. Les généraux de division n'en « ont point ; tu vois qu'il m'est impossible de pouvoir if bien servir sans cartes et t'engage à me faire passer f< le plustôt possible la collection de Ferary {sic), car tu

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