BONAPARTE AU FORT CARR
de Bonaparte. Donc cette lettre a été antidatée ou n'a jamais été envoyée à Tilly. Ce qui prouve d'ailleurs la valeur spéciale de ce document, c'est 1© soin apporté par les classeurs officiels de la Correspond dance à le négliger. Et pourtant il existe en placard dans les archives de la guerre, et porte en note : « A soumettre de nouveau à Vempereur {Napoléon III) « à cause de la dernière phrase. »
Quoi qu'il en fût, cette humble soumission devait avoir sa récompense. Le 20 août, les représentants faisaient mettre Bonaparte en liberté^ provisoire.
Le même jour, Dumerbion écrivait à Vervein : « Je « t'envoie ci-joint, citoyen, copie par ampliation d'un « arrêté des représentants du peuple de ce jour, rela-
1. Les représentants du peuple^ députés par la Convention nationale près l'armée d'Italie^ les départements du Var et des Alpes- Maritimes :
Ci Après avoir scrupuleusement examiné les papiers du ci- « toyen Bonaparte, suspendu provisoirement des fonctions de « général d'artillerie de Tarmée dltalie, et mis en état d*arres- « tation après le supplice du conspirateur Robespierre, par forme « de sûreté générale ;
« Après avoir pris connaissance des ordres à lui donnés le « 25 messidor, par le représentant du peuple Ricord, pour se « rendre à Gênes, et y remplir une mission spécifiée par l'arrôté « dudit jour et reçu de lui un rapport par écrit du résultat de « sa mission. Après avoir pris les renseignements les plus exacts « sur la conduite antérieure dudit général et cherché la vérité « dans plusieurs interrogatoires qui lui ont été faits par eux- « mêmes, n'ayant rien trouvé de positif qui pAt justifier les « soupçons qu'ils avaient pu concevoir de sa conduite et de ses « dispositions. Prenant, en outre, en considération Tutilité dont « peuvent être à la République les connaissances militaires et « locales dudit Bonaparte, et voulant recevoir de lui tous lés « renseignements qu'il peut et doit donner sur la situation auto* « rîeure de l'armée et ses dispositions ultérieures; .it
« Arrêtent que le citoyen Bonaparte sera mis provisoirement « en liberté pour rester au quartier général, et qu'il sera inces-
ANNÉB 1794. 457
«c tif au général Buonapaetb. Tu voudras bien le met- « tre à exécution, en le lui signifiant sur-le-champ ^ » C^était Tordre d'élargissement. Le 24, le jeune officier rentrait à Nice. Son emprisonnement avait duré treize jours. Ce soir-là, les représentants annonçaient au Comité « qu'ils avaient remis le général Buokapaetb « en liberté, sans cependant Tavoir réintégré *. »
Pour Bonaparte, il se trouvait assez embarrassé. Que faire sans emploi? Qu'allait-il devenir? Il eut évidemment quelques heures d'hésitation. On en trouve trace dans ce mot à Berlier * : « J'ai une voi- « ture à la maison de campagne de Baptiste, je te « prie de la faire remiser dans un magasin; je te « serai obligé d'avoir soin que personne ne la prène « ou ne la gâte. »
Mais, comme toujours, la fortune, au moment où elle semblait l'avoir abandonné, se préparait à lui ao
tt saniment renda compte au Comité de Salut public de Topinion « que Texamen le plus approfondi adonné aux représentants du « peuple de la conduite dudit Bonaparte, pour, après la réponse tt du Comité de Salut public, être statué définitivement. »
Fait à Nice, le 8 fracUdor de l'an II (fO août 1794) de la République aae et indivisible.
Albitte, Saligetti.
CoUatiunné conforme à l'original,
Cavenby.
Certi6é conforme, le général en chef de l'armée d'Italie,
DOMERBION.
'-%. Mss. A. G. Le reçu de Bonaparte est de sa main ; il ne porte
ftUOune date.
^ JKss. Archives de la guerre. Albitte et Salicetti, au Comité, 3. Mss. Archives de la guerre. De Goston, 5 septembre 1794.