‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 17 sur 190 · Jomini (Guerres de la dévolution · texte numérisé non relu

Jomini (Guerres de la dévolution

ANN]£es 1789-1791. 45

« le mal qui nous travaille puisse gagner les au très <i États de l'Europe. J'espère que votre majesté « approuvera mes idées et me gardera le secret le «plus absolu.,. »

C'était naïf. A quel moment précis espérait-on pouvoir arrêter l'intervention des puissances, une fois que leur entente eût été complète? Les exaltés, •d'ailleurs, continuaient leurs préparatifs à la frontière et le roi venait de se compromettre avec eux, en consentant au départ clandestin de la famille royale. Dès le 4 février, le plan d'évasion était combiné avec M. de Bouille et le comte de Fersen. A TAssem- Mée, on faisait tout pour éviter l'adoption des mesures préservatrices. Mirabeau trouvait des paroles éloquentes pour empêcher l'armée française de s'organiser fortement. Il réussissait à faire ajourner la loi sur les déserteurs. Le 13 mars, il venait rassurer l'Assemblée sur l'attitude de l'étranger. Le 22, il réclamait la mise en état de défense des frontières. Mais que pouvaient Mirabeau et ses nouveaux amis contre la force des choses ? Ils n'étaient pas plus en état d'empêcher les paroles de leurs compromettants amis, que la publication des menaces de gens intéressés à compliquer la situation. L'instinct de la défiance résistait à tout. Le départ des tantes^ du roi et Tincident d'Arnay-le-Duc avaient déjà éveillé Tattention.

1. Les tantes du roi, ou Mesdames, filles non mariées de l-ouis XV, étaient :

Madame Adélaïde^ née en 1732.

Madame Victoire, née en 1733.

Madame Sophie, née en 1734.

Madame Louise, née en 1735 ; au couvent des Carmélites de Saint-Denis.

La tentative de fuite de la famille royale, le 17 avril acheva de surexciter les esprits. « Aussitôt le roi hon « de Paris, disait Y Orateur du peuple^, toutes les u puissances attaqueront par terre et par mer. Mont- « morin donnera sa démission. » M. de Noailles ajoutait : « Puisque nous avons des agents, des « espions, des ambassadeurs, car je confonds assez « facilement ces mots-là, il faut que nous sachions ce « qui se passe. »

Cette fois, le mécontentement fut tel que Montmorin dût rédiger une circulaire aux agents diplomatiques.

« ... Les plus dangereux ennemis du pays, y disait- « on^, sont ceux qui ont afTecté de répandre des « doutes sur les intentions du monarque... Après « avoir accepté et sanctionné toutes les lois, il n'a « négligé aucun moyen de les faire exécuter. Dès le « mois de février de Tannée dernière, il avait, dans « le sein de l'Assemblée nationale, promis de les « maintenir ; il en a fait le serment...

« Les ennemis de la Constitution ne cessent de « répéter que le roi n'est pas heureux... que son au- « torité est avilie... qu'il n'est pas libre; calomnie « atroce, si l'on suppose que sa volonté a pu être for- « cée ; absurde, si l'on prend pour défaut de liberté, « le consentement que Sa Majesté a exprimé plusieurs <( fois de rester au milieu des citoyens de Paris...

« Ces calomnies cependant ont pénétré jusque dans « les cours étrangères ; elles y ont été répétées par « des Français qui se sont volontairement exilés de leur

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