Journal militaire. Rapport de MM. Duveyrier et Cahier
« également sur tous, divisèrent Jes opinions et les c< sentiments; de là, les premiers conflits...
D'autres^ en faisaient remonter Torigine à Finstallation,dans chaque régiment, de comités de basofficiers et de soldats communiquant avec les comités des régiments voisins, et à ce fait, que les hommes considéraient TAssemblée nationale comme une puissance protectrice, venant d'abolir les privilèges dont ils avaient été si longtemps victimes.
Le ministre de la guerre rattachait ^ cet état de choses à des causes plus générales : le mécontentement des officiers résultant de leur dévouement à l'ancien régime ; les pétitions multipliées réclamant Je licenciement, soit total, soit partiel, de l'armée; la mauvaise administration de la plupart des corps de troupes, enfin l'inquiétude du pays. Cette inquiétude, le ministre l'attribuait « aux écrits pleins de fiel « et d'audace de quelques princes ecclésiastiques, « aux mandements de la cour de Rome, à la fuite « à l'étranger des anciens ministres et des person- « nages les plus marquants de la cour de France, « aux achats d'armes, ainsi qu'à la réunion des « déserteurs de l'armée le long des frontières. »
Evidemment, toutes ces causes existaient ; mais il en était une dernière que le ministre n'invoquait pas, car elle lui était personnelle; c'était le manque d'énergie du commandement. Richelieu l'a dit : « L'armée « française est un instrument des plus délicats. C'est « la première ou la dernière des armées, suivant « qu'elle est bien ou mal commandée. » Et pour ob-
1. Baron Poisson (V armée et la garde nationale), 9. Rapport i TAssemblée nationale du 11 juin 1791.
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tenir ce résultat, c'était à la tète qu'il frappait. « Il « suffît de peu d'exemples, ajoutait le grand ministre; « il importe seulement de les bien choisir. »Or,en 1791, le gouvernement paraissait avoir complètement oublié cette sage maxime.
En manifestant ouvertement leur profond dédain pour tout ce qui n'appartenait pas à leur monde de privilégiés, en exprimant devant leurs égaux et leurs subordonnés leurs sentiments de répulsion pour les décrets votés par l'Assemblée et sanctionnés par le roi, en abandonnant leurs régiments, en se mettant en rapport avec l'étranger, en organisant la défection, les officiers, dès l'année 1789, avaient donné les premiers l'exemple de l'insubordination. Ils auraient dû se rappeler, comme le faisaient si bien observer Joseph II et Léopold, que leur roi était à Paris et non à Coblentz ou à Turin. En agissant autrement, ils se mirent volontairement hors la loi. De ce jour, le rôle du Conseil exécutif et plus particulièrement celui des ministres de la guerre et de la marine aurait dû commencer. En maintenant ces officiers sur les contrôles, en ne les châtiant pas d'une manière exemplaire, ceux-ci failliifent à leur devoir, et compromirent gravement l'autorité et cette discipline qu'ils avaient mission de maintenir. Sur ce point, l'opinion des membres les plus éminents du comité militaire et de l'Assemblée constituante était unanime. Elle est intéressante à connaître ^ A ce
1. Pour cette question de la discipline, voir le Moniteur unU verset, le Journal militaire, les trayaux des comités militaire et de législation, les Mémoires de Camot, les travaux de Guibert (1773), de Dagobert (1790), d'Odier (1818), de Brunet (1826), de Blondel (1835), du général de Cambry (1835), etc.
moment surtout, la situation est délicate. Pour la première fois, une Constitution régit les pouvoirs publics. L'attitude des membres du clergé et des officiers de terre et de mer n'est rien moins que cor-
recte. Les rapports entre Tarmée, la nation et TEtat ne sont pas suffisamment définis. Ceux des' cadres et des hommes ne le sont pas davantage. Qu'est-ce, en efft't^ que la discipline? La discipline, est-ce la justice? Discipline et obéissance sont-elles synonymes? Y a-t'il parité entre la discipline militaire et la discipline ecclésiastique? La discipline doit-elle être la même pour les soldats et pour les officiers? Qu'est-ce que l'indiscipline ?
La discipline, disaient Emmery et Menou^, c'est l'ensemble des règles qui doivent déterminer les rapports entre le commandement et les subordonnés. Assurer la discipline, c'est assurer l'exécution des dispositions fixées par les règlements, établis par le ministre en vertu d'une délégation spéciale de TAssemblée.
La discipline n'est pas la justice. Celle-ci n'intervient qu'au moment précis où les règles disciplinaires ne sont plus observées.
Il ne faut pas confondre l'obéissance avec la discipline; ce serait prendre l'effet pour la cause. L'obéissance est la résultante de l'application des règles de la discipline, dans le domaine particulier des affaires
1. Menou (Jacques-François, baron de), né en 1750 à Boussay de Loches (Touraine), mort à Venise, le 13 août 1810. Maréchal de camp, le 5 décembre 1781 ; député delà noblesse à la Constituante, commandant aux Tuileries en 1792 ; en 1793, en Vendée; général de division après thermidor ; commandant des troupes au 13 vendémiaire; divisionnaire à l'armée d'Egypte.
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militaires, c'est-à-dire de celles qui se passent entre chefs et subordonn '^, au quartier, sur le terrain d'exercice ou en campagne- Sans discipline, il n'y a pas d'armée possible. La discipline, c'est l'ordre; ordre d'autant plus nécessaire qu,, ^es masses à réunir, à ^aire marcher ou à faire agir, sont j^lus considérables,
La discipline militaire, la vraie, disait Robespierre, « est l'obéissance aux lois particulières qui règlent « les fonctions du soldat.
« En résumé, il y a deux disciplines militaires; « l'une est le pouvoir absolu des chefs sur toutes les « actions et toute la personne du soldat; l'autre est « leur autorité légitime circonscrite dans ce qui touche « au service militaire. La première fait des soldats « autant de serfs destinés à seconder aveuglément les « caprices d'un homme ; l'autre en fait les serviteurs « de la patrie et de la loi ; elles les laisse hommes et « citoyens. La première convient aux despotes, la « seconde aux peuples libres. »
Les contradicteurs prétendaient que la discipline militaire formait un tout intrinsèque, dans lequel le pouvoir civil n'avait pas à s'immiscer. Ils affirmaient que la discipline militaire était celle du moine, c'està-dire de nature absolue. Existait-il donc quelque analogie entre ces deux disciplines? Le général Lloyd^ avait déjà dit : « On a calqué la discipline des « casernes sur celle des cloîtres ; trompé par un effet « pareil, on a confondu des idées opposées. » Dubois de Grancé, Sieyès, de Noailles, étaient du même avis. D'après eux, les membres des ordres religieux pro-
1. Uoyd (H.), né dans le pays de Galles en 1729, mort en 1783; servit en Autriche, en Prusse et en Russie. Tacticien éminent*
noncent des vœux éternels; les militaires n'en font que de temporaires ou d'obligatoires. Les premiers quittent définitivement la société et renoncent par cela même à toutes ses prérogatives; les seconds n'aspirent qu'au moment d'y rentrer dans les conditions les plus honorables et les plus avantageuses.
Les chefs des soldats sont Français ; ils obéissent à des sentiments français. Les directeurs des moines et des prêtres sont étrangers ou peuvent l'être. Rien ne lés oblige à songer plus particulièrement à la France qu'à toute autre puissance. Ce qu'ils ordonnent, en vue de l'intérêt de leur ordre, peut être en désaccord avec celui de la société où vivent leurs subordonnés. C'est pour obvier à ce danger possibl e , que les Jésuites , ceux de tous organisés le plus militairement, ont été chassés par tous les princes soucieux de Jeur dignité et de celle de leur pays. C'est dans ce but que le plus grand des anciens ministres français, Richelieu, avait songé à faire un patriarche français, distributeur de Routes grâces. Le cardinal avait une singulière méfiance des moines et des princes de l'Église. Les ordres, il ne les. tolérait qu'à la condition d'être divisés et non soumis à l'action centralisatrice d'une congrégation spéciale résidant à Rome. Les évêques, il les choisissait avec le soin le plus méticuleux, parce que, disait-il, dès qu'ils ont obtenu la réaUsation de leur désir, ils changent de caractère. Quand on lui représentait leur bénignité apparente et leurs témoignages de respect, il répondait en politique pratique : « La prudence n'oblige pas seulement à empêcher « qu'on nuise à l'Etat, mais aussi qu'on lui puisse « nuire, parce que souvent en avoir le pouvoir en fait «( naître la volonté. »
Ainsi donc, nulle analogie possible entre la discipline militaire et la discipline ecclésiastique. La première échappe à l'action de la loi; la seconde n'est que l'expression même de la loi.
Fallait-il en conclure à plusieurs sortes d'obéissance? Certains membres du comité soutenaient que sans obéissance passive à tous les degrés de la hiérarchie, il n'y avait pas d'armée possible. Mais, leur répondait-on, le soldat doit-il exécuter l'ordre de son colonel qui lui prescrit de le suivre en désertion ? Le commandant d'une place doit-il se soumettre à l'injonction que lui fait son chef de livrer le poste confié à son honneur? Mais poser la question, c'était la résoudre. Il n'est pas admissible, en effet, que, sous prétexte d'obéissance, un chef puisse prescrire la trahison. Cette opinion a été celle de Napoléon et de Carnet. Aussi tous deux ont-ils posé en principe qu'en pareille circonstance la désobéissance devenait même le premier des devoirs, car l'acquiescement à une sollicitation de cette nature serait un acte de complicité ou tout au moins une prime à la lâcheté.
« On me dit que les chefs seuls sont responsables > « ajoutait Garnot. Je voudrais savoir à quoi aurait « servi la responsabilité de Bouille, si, au mois de « juillet 1791, les troupes eussent obéi à ses ordres; « celle de Breteuil, si, en juin 1789, l'armée du « Champ de Mars lui eût accordé une obéissance « aveugle? En un mot, je ne conçois pas comment « on a osé, dans ce temple de la liberté, vous pro- « poser à la fois, et le principe de l'obéissance pas- « sive, et celui des triomphes militaires, les deux « plus puissants moyens de détruire la liberté.
« Le militaire ne cesse pas d'être citoyen. Nous sali. •
« vons que la doctrine contraire est professée par ceux « qui voient dans le soldat une bouche à feu facile à « manœuvrer, puisqu'elle vise et tire à la parole. On « a dit qu'il fallait refuser au soldat, même le vote « électoral, sous prétexte que sa profession est incom- « patible avec Tindépendance nécessaire pour exercer « ce droit. Je ne veux pas m'arrêter sur cette pensée <( qui frappe tant de personnes de minorité, presque de « dégradation... »
La majorité de l'Assemblée partageait cette manière de voir. Mais, disait Emmery, il ne s'agit pas seulement de fixer les règles de la discipline et de l'obéissance, il faut surtout voir en quoi consiste l'indiscipline. Celle-ci n'est pas de même nature, suivant qu'elle résulte de la conduite des soldats ou de celle des officiers. Le passage des soldats n'est qu'éminemment transitoire dans les régiments. Celui des chefs dure autant que leur carrière ; leur influence et leur autorité sont considérables. Or, si l'indiscipline des soldats est palpable et facile à réprimer, celle des chefs échappe le plus souvent à la répression, par suite de la différence des milieux où elle se produit. Et cette dernière, Emmery la voyait dans le mépris témoigné par nombre d'officiers à l'égard des lois votées par l'Assemblée nationale, dans les propos tenus par eux devant leurs égaux et devant leurs subordonnés, dans leur existence en dehors des collègues nouveaux provenant du tiers, de la roture et des bas-officiers, enfin dans leur classification de relations. Tout le mal est là, concluait-il. L'Assemblée œ peut et ne doit supporter cette attitude. L'armée et la nation sont appelées à former un tout uni. Les officiers n'ont pas qualité pour se retrancher derrière la spécia*
AN^iES 1789-1791. €3
Eté de leurs fonctions, afin d'expliquer leur inertie. Ils / ont non seulement le devoir de commander et de; punir, ils ont encore une mission plus haute, celle d'élever le niveau moral de leurs hommes et de leur faire aimer la patrie et la Constitution. Ils ont choisi en toute liberté la carrière des armes. Donc, s'ils acceptent les grades, les honneurs et la rétribution de leurs services, ils doivent aussi exécuter les termes du contrat qui les lie à la nation. S'ils ne trouvent pas le traité à leur convenance ou s'ils ne veulent pas en avoir les charges, ils ont toute latitude pour le résilier. En ne le faisant pas et en continuant cette conduite d'opposition, ils manquent aux premières règles de la discipline.
Pour le clergé, la situation était identique. Comme ecclésiastiques , ses membres devaient obéissance aux règles disciplinaires particulières qui régissaient leurs fonctions religieuses, mais en tant que coopérateurs à la grande association française, ils commettaient un acte de grave insubordination en se prononçant en public, en chaire ou ailleurs contre les lois votées par l'Assemblée et sanctionnées par le roi. Leur opposition était d'autant plus criminelle qu'elle prenait son point d'appui à l'étranger. Eux aussi avaient choisi librement la carrière ecclésiastique; s'ils ne se regardaient pas comme liés par les lois de leur pays, s'ils se croyaient soumis à une juridiction supérieure, iis devaient renoncer à leurs fonctions ou quitter la France, sinon cette dernière se trouvait dans l'obligation d'exercer un droit égal, en se passant de leur concours.
M. de Noailles élevait encore le débat. Il ne constatait pas seulement les effets de l'indiscipline ; il en
recherchait les origines. Ses travaux sur la loi d'avancement et Tétat moral de l'armée lui permirent de les spécifier avec exactitude. Les causes, il les voyait dans l'inertie voulue du commandement et des bureaux, dans la mauvaise préparation des futurs officiers, dans l'impossibilité pour le prêtre d'initier les jeunes gens à la vie civique et surtout aux nécessités de la guerre, dans les privilèges, dans l'esprit de caste et dans les choix exorbitants. De là proviennent, disait-il, des critiques, des jalousies et un mécontentement continuel. D'après lui, la meilleure manière de rétablir l'ordre était de faire observer les règlements, surtout en haut lieu, et d'avoir une bonne loi d'avancement.
Ce fut sous l'impression de ces divers sentiments que l'Assemblée exigea le serment. Elle le crut nécessaire pour l'armée et pour le clergé. En présence de cette mauvaise volonté latente de la part de gens qui prenaient leur mot d'ordre au dehors, elle estima qu'il était juste de lier des hommes, dont les règles de l'honneur devaient être la première loi, par cet honneur même.
A tout prendre, cet état de choses dénotait une situation douloureuse, non seulement dans l'armée, mais encore dans les familles.
Parents, amis, il n'en est plus en efiFet. Les uns restent fidèles à leur devoir, les autres fuient honteusement à l'étranger. Que d'exemples de ces divisions! Le 5 mars 1791, l'Assemblée décrète que les fonctionnaires publics, absents du royaume, seront privés de leurs emplois et de leurs grades. L'un de ceux que la mesure va atteindre est le premier entre tous dans les rangs de l'armée, le maréchal
général des armées françaises, le duc de Broglio, l'hôte du général autrichien de Bender. Son fils Victor monte à la tribune. Il demande qu'une exception soit faite en faveur de son père. Il invoque les belles paroles prononcées par lui en juin 1789, lorsque la Cour avait voulu faire intervenir Tarmée. « Je vois « bien une armée, avait dit le vainqueur de Bergen, « mais où sont les ennemis? » De son côté, l'abbé de ^ Broglie* s'adressait au vieux maréchal pour l'engager à rentrer au milieu des siens. Vains efforts ! La haine de caste passe avant la patrie, avant le roi. Le duc écrivit à son fils. « J'ai balancé, monsieur, à vous répon- « dre. Le silence d'un mépris dont j'ai la conscience « chargée et qui ne peut échapper à la vôtre, vous « en dit assez; mais je veux bien vous laisser lire « plus librement dans mon cœur; votre lettre est ce « qu'elle devait être. Je ne reconnais aucun des pria vilèges que vous y consacrez. Lorsqu'il est ques- « tion de vous, j'éloigne le passé de ma mémoire; « vos prédictions ne sont pas pour moi l'avenir, et, « de quelque voile qu'il soit enveloppé, vous ne serez « jamais pour moi le frère de mes enfants, vous ne « serez jamais mon fils. Vous voulez me toucher au « nom de ma gloire ; vous devez en être un mauvais * j"86; j'ai besoin d'un peu d'éclat pour me faire « pardonner votre existence. »
Cette triste situation, Bonaparte lui-même nous l'a dépeinte dans sa lettre du 8 février 1791, à l'oncle Fesch *. « J'ai trouvé partout, dit-il, les paysans très
1. Broglie (Marie-Jean-Madcleine de), né le 5 septembre 1766, élevé à Saint-Sulpice, se sauva en 1793, rentra en 1803, devint Aumônier de Bonaparte et évêque de Gand en avril 1805.
9, Mss. Â.-6. de Ck)ston, 1. 1.
« fermes sur leurs étriers, surtout en Dauphiné. Ils « sont tous disposés à périr pour le maintien de la « Constitution.
« J'ai vu à Valence un peuple résolu, des soldats « patriotes et des officiers aristocrates. Il y a des ex- « ceptions cependant, puisque le président du club « est un capitaine nommé du Corbeau. C'est un capi- « taine du régiment de Forez en garnison à Valence.
« Tous les curés du Dauphiné ont prêté le serment « civique ; l'on se moque du cri des évêques.
« Ce qu'on appelle la bonne société est aux trois « quarts aristocrate, c'est-à-dire, qu'ils se couvrent « du masque des partisans de la Constitution An* « glaise. »
Puis, à propos des femmes qui, d'après lui «étaient « partout royalistes y » il ajoutait : « Ce nest pas « étonnant; la liberté est une femme plus jolie quelle^ « qui les éclipse. »
Mais, pour éviter un pareil effondrement du pay» et de l'armée, que proposait le ministre? que faisail la Chambre? Nous avons vu les minimes résultats donnés par l'application de la première loi sur le recrutement; la seconde n'eut pas plus de succès. Au mois de juin 1791, les enrôlements volontaires étaient aussi peu nombreux que par le passé. Les effectifs et les cadres diminuaient à vue d'œil. Cet état de choses, Freteau de Saint-Just* vint l'exposer à l'Assemblée au nom du comité militaire et diplomatique. Il donna connaissance de la correspondance de l'inté-
1. Freteau de Saint-Just (Emmanuel-Marie-Michel-Philippe)i né en 1745, mort le 14 juin 1794, membre du Parlement, arrêté, puis condamné à luort. Nommé député du bailliage de Melua aux États-Généraux 5 constitutionnel.
ffeur, de celle des directoires et des dépêches des commandants militaires. Toutes exprimaient la plus profonde inquiétude; toutes prévoyaient la guerre civile et extérieure. Pour atténuer ces dangers, les comités proposèrent le serment pour les ofticiers\ la réunion des troupes dans les cantonnements, tant pour rétablir la discipline que pour compléter leur instruction, la formation de bataillons de gardes nationaux volontaires soldés, la mise sur le pied de guerre de quelques régiments d'infanterie et de cavalerie, enfin, l'ordre au prince de Condé de rentrer immédiatement sur le territoire français. Nous verrons ce qu'il advint de ces résolutions.
En définitive, recrutement défectueux et insuffisant, cadres incomplets et animés d'un mauvais esprit, administration sans contrôle, direction nulle ou complice de l'étranger, méfiance générale à tous les degrés de la hiérarchie militaire, telle était la situation de l'armée française, au 20 juin 1791. Mais une force nouvelle avait surgi, force immense dont les meneurs dç la conspiration aristocratique et cléricale ne s'étaient pas aperçus ; celle-là toute morale et se traduisant par un mot : Pat7notîsme ,
« Le premief qu*à l'enfant la mère doive apprendre. »
Ce mot avait suffi pour changer l'esprit de l'armée. Une idée plus grande et plus noble du devoir militaire s'était formée ; l'officier et le soldat du roi étaient devenus l'officier et le soldat de la nation. Il en est en efi'et des sociétés comme des plantes. Toutes deux
l. Journal militaire. Voir pièces a l'appui' *îc 1791
ont Jeurs racines et leurs fleurs. Les fleurs sont ces personnalités brillantes mais éphémères, dont Texistence tient uniquement à la sève que leur ont envoyée les racines, et celles-ci ne sont autres que ce peuple, que cette masse d'inconscients et de souffrants d'où vient toute vie, d'où surgissent chaque jour des individualités nouvelles. Et, ce que les députés n'avaient pas su faire, la nation l'avait instinctivement préparé. Par les fédérations, par cet accord entre l'armée et les gardes nationales, elle avait tracé la voie à cet amalgame, à cette œuvre immortelle d'un génie méconnu , de l'ex-mousquetaire Dubois de Grancé. Elle avait mis l'unité dans les esprits, en attendant que la Convention Tintro- 4uisit dans Je» faitsi.