CHAPITRE II
•ONAPARTE A AUXONNE
13 FÉTMBK 1791 — 14 JUIN 1791.
•OKArÀRTs ukdtvhabt m »co» ad régmcrt m la rftmi. joson^Ac i** iviii 1791.
IfiiTëe àè Bonaparte et€l« son frère Louis à Aoxonne. — Projets de la fi- ■ille. — Réclamation de Bonaparte. — Ses allégations inexactes. — Son «occès. — Son exifitanee au régiment. — Pénible situation àê fortune de Bonaparte. — Publication de sa lettre à Buttafuoco. — Son essai de Dialogue sur Famour. — Ses réflexions sur fêtât de nature, — Réorganisation de l'artillerie. —> Le régiment de La Fère deTient le régiment no 1 . — Bonaparte est nommé lieutenant en premier et envoyé au 4® régiment. — Sa rédamation. — Elle n'a pas de suite. — Ses dettes. — Sa position dans le régiment. — Son départe
Bonaparte et son frère ne se rendirent pas directement à Auxonne. Us s'arrêtèrent à Marseille. A Aix, ils allèrent voir la famille Isoard. A Valence, leur séjour fut plus prolongé. Ce fut en efl'et de Serve,
1. Événements importants, — 26 janvier 1791, Prestation do serment des ecclésiastiques. — !•' février 1791, Réorganisati"ii de l'infanterie et de la cavalerie. Départ de Mesdames royal -s.
— 5 mars, Suppression des fermiers généraux. — ^ avril, Murt de Mirabeau. — 18 avril, Tentative de fuite de la famille royale.
— 31 maS Abolition de la torture. — SOiuin, Fuite de la famille royale.
près de Saint- Vallier en Dauphiné, que le 8 février 1791, Bonaparte adressait à Fesch la lettre dont nous avons déjà eu Toccasion de donner un extrait : « Je « suis dans la cabane d'un pauvre, d'où je me plais « à t'écrire, après m 'être longtemps entretenu avec « ces bonnes gens... Il est quatre heures du soir, le « temps est frais, quoique doux; je me suis amusé « à marcher. La neige ne tonabe pas, mais elle n'est « pas loin
« Il est vrai que Peretti a menacé Mirabeau d'un « coup de couteau. Cela n'a pas fait honneur à la « nation. Il faudrait que la société patriotique fit « présent d'un habillement complet corse à Mira- « beau, c'est-à-dire, d'une barrette, veste, culotte et « caleçon, cartouchière, stylet, pistolet et fusil; cela « ferait un bon effet.
« Dimanche prochain, le département de la Drôme « nommera son évèque ; il est probable que ce sera « un curé de Valence.
« Je n'entends rien de nouveau , ainsi il faut que « tout soit tranquille.
« La Société patriotique de Valence a envoyé une « députation pour tâcher de concilier Avignon avec
« Garpentras. Cette députation se joindra aux députe tations des sociétés de l'Escot, d'Orange, de Mon-
« télimar, etc.. »
Le 13, il arrivait à son régiment et, le 16, il écrivait à Tami de son frère Joseph, au négociant James : « Si « je suis passé à Châlons, il y a quelques jours, sans « m 'être procuré le plaisir de vous voir et de pré- « sonter mes hommages à mademoiselle votre sœur, « c'est que je n'ai été instruit de votre séjour qu'au « moment que je montais en voiture je me suis vu
« nécessité a remettre à ]a première ocasion a ma- « quitter de la commission de mon frère, qui espère « venir lui-même lannée prochaine député à l'As- « semblée nationale, renouveller votre connaisance et « faire celle de madame votre mère et de mademoi- « selle votre sœur en attandant ie me flatte que vous « voudriez bien vous resouvemr de moi si vous pasci siez de ces côtés-ci. Le frère de vot/e ami doit un 0 peu être le votre, c'est avec ces sentiment , Mon- « sieur, mes respect à Monsieur votre père. »
Cette lettre, en apparence insignifiante, est inté-* Fessante; elle nous donne une idée des vues ambitieuses de la famiUe et du peu de confiance qu'on doil accorder aux assertions de Bonaparte. Joseph , dé-v putél Mais, comment se faire élire, puisqu'il n'avait pas l'âge? A vrai dire, cette allusion n'est peut-être qu'un simple acte de vanité de la part du jeune lieu- ^nant d'artillerie.
Cette explication semble la plus probable. Le mensonge coûtait peu à Bonaparte, nous l'avons vu. Dès son arrivée au corps, il avait dû recourir à des allégations plus qu'inexactes pour se disculper à propos de son absence illégale ^ Le cas était délicat, le fait probant. Il donna pour excuse que deux fois il avait essayé de repasser en France, et que deux foi» les vents contraires l'avaient retenu dans le port d'Ajaccio. A l'appui de son affirmation, il produisit des attestations de complaisance délivrées par le direc-
1. Voici quelles sont les pénalités du code nniitAlre actuel : (Article 233) — Est puni de six mois à un an d'emprisonnement tout officier absent de son corps ou de son poste sans autoiiisation depuis plus de six jours ou qui ne s'y présente pas quinze tours après l'expiration de son congé ou de sa permission.
72 BONAPARTE A AUXONNB.
loîre du district. Or, ces témoignages étaient aussi peu sincères que les motifs invoqués précédemment pour solliciter son envoi aux eaux d'Orezza.
Il parait toutefois que son colonel, M. le chevalier de Lance, voulut bien accepter cette interprétation et même antidater l'époque de sa rentrée au régiment, car, le 10 mars, il écrivait au Ministre' :
« Le sieur de Buonaparte, lieutenant en second, au (( régiment de la Fère, obtint à la suite de son semes- « tre de l'année dernière une prolongation de congé « de quatre mois qui lui fut accordée d'après des « certificats qui annonçaient qu'il se trouvait dans la « nécessité de prendre les eaux d'Orezza.
« Cette prolongation avait son terme au IS octobre. « et, comme il n'est rentré à son corps qu'à la fin cru « mois de janvier dernier, il est dans le cas de perdre « trois mois et demi d'appointements.
« Pour en obtenir le recouvrement, il produit des « certificats des membres du directoire et de la muni- « cipalité d'Ajaccio, qui constatent que deux fois il a « essayé de repasser en France et qu'il a été retenu « dans ce port indispensablement jusqu'au mois de « janvier, ce qui a déterminé ses chefs à apostiller « son mémoire de réclamation.
« Ces trois mois et demi d'appointements forment « un objet de deux cent trente-trois livres six sols « huit deniers, dont on ordonnera le rappel, si telle « est l'intention du ministre, »
Celui-ci approuva. Cette fois encore Bonaparte échappait aux conséquences de son acte dlndiscipline.