‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 26 sur 190 · Mss. Archives de la guerre. DeCoston, t. i · texte numérisé non relu

Mss. Archives de la guerre. DeCoston, t. i

A Auxonne, il avait repris ses anciennes habitudes de solitude et de travail. « Il occupait ^ au pavillon « militaire, une chambre presque nue, ayant pour « tous meubles un mauvais lit sans rideaux, une « table placée dans l'embrasure d'une fenêtre, char- « gée de livres et de papiers, et deux chaises. Son t< frère Louis couchait sur un mauvais matelas, « dans un cabinet voisin. » C'était la misère. Les deux frères se trouvaient, en effet, dans une gêne extrême. Époque néfaste, dont Bonaparte se souvint toujours ! A vingt années de là, lorsque ce même Louis, qu'il avait doté d'une couronne, se permit d'avoir une opinion à lui, il disait au duc de Yicence : ^< Abdiquer sans me prévenir! Se sauver en West- « phalie, comme s'il fuyait un tyran !... Mon frère « me nuire au lieu de m'aider ! Ce Louis que j'ai fait « élever sur ma solde de lieutenant, Dieu sait au « prix de quelles privations ! Je trouvais le moyen « d'envoyer de l'argent pour payer la pension de « mon jeune frère. Savez- vous comment j'y parve- « nais?... C'était en ne mettant jamais les pieds, ni a au café, ni dans le monde ; c'était en mangeant du « pain sec, en brossant mes habits moi-même, afin « qu'ils durassent plus longtemps propres. Pour ne m pas faire tache parmi mes camarades, je vivais « comme un ours, toujours seul dans ma petite « chambre, avec mes livres, alors mes seuls amis. Et « ces livres, pour me les procurer, par quelles dures « économies faites sur le nécessaire, achetai-je cette «jouissance! Quand, à force d'abstinence, j'avais « amassé deux écus de six livres, je m'acheminais

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