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96 BOMAPARTB A VALENCE.
« aucun mouvement, ils attendront le moment de ia « guerre civile, qui, selon eux ou leur plat ministre, « est infaillible, »
Celle-ci, en effet, n'était que trop prochaine. Tout le démontrait. Les officiers de M. de Bouille Tavouaient eux-mêmes; depuis deux ans, c'est-à-dire depuis le mois de juillet 1789, leur honorable chef conspirait. Dans toute cette aventure, le roi n'avait été qu'un prétexte ; les privilèges de la noblesse se trouvaient seuls en cause. La proclamation de la régence à Bruxelles, le 5 juillet 1791, en était la preuve officielle ; la déclaration de Pillnitz, le corollaire. Et, en présence de pareilles révélations, l'on prétendait que la nation n'avait pas le droit de se montrer ombrageuse I Non. La méfiance est la première des vertus d'un peuple libre. Elle seule lui assure le travail et la sécurité.
Or, qu'avait fait l'Assemblée? Après avoir appris l'incident de Varennes, de la bouche même de son président, M. de Beauharnais, elle s'était déclarée en permanence et avait voté l'envoi à tous les directoires d'une proclamation dont les derniers mots étaient : « Toutes les divisions sont oubliées; tous les patriotes « sont réunis. L'Assemblée nationale, voilà votre « guide. La Constitution, voilà votre cri de rallie- « ment. »
A la séance du soir, il y eut un moment de généreuse émotion. Les officiers députés et les généraux présents à Paris étaient accourus pour prêter serment de fidélité à l'Assemblée ^ Le premier entre tous, le vieux soldat de la guerre d'Amérique, le
1. Prêtèrent ce serment les officiers dont les noms suivent : MM. Custine, de Chanet^ Régnier^ de Toulongeon, Regnault Saint- Jeai (ffÂngeli\ Latour d'Ambiisieuz^ de la Tour Maubourg, Al'
comte de Rochambeau*, avait su trouver des paroles éloquentes : « Les facultés morales et physiques d'un « homme de soixante-dix ans, dit-il, ne peuvent pas « le rendre rr3sponsable de toute une frontière, mais « je puis vous assurer de mon zèle, de ma fidélité « et de ma soumission aux décrets de l'Assem- « blée. » Celle-ci, en effet, se mettait immédiatement à l'œuvre. Elle décrétait Fappel d'une première portion de l'armée auxiliaire, c'est-à-dire de ces gardes nationaux volontaires dont l'engagement était d'un an, la solde spéciale, la nomination des officiers à l'élection dans des conditions déterminées*, le licenciement des quatre compagnies des gardes du corps, et la mise sur le pied de guerre de tous les régiments ^ Dans ces conditions, le ministre, M. Duportail, se faisait fort d'avoir en peu de temps trois cent dix mille deux cent soixante-neuf hommes sous les armes, dont cent soixante trois mille quatre cent cinquante fantassins, trente sept mille quatre cent cinquantesix cavaliers, douze mille trois cent soixante-trois artilleurs, un équipage de deux mille chevaux et
quier, Boulle, de Gontaut-Biron, de Vismer^ Colonna, deSinetty, Pneta\ Ramel-Nogaret, d'Afft^ colonel des Suisses, etc..
1. Rochambeau (Jean-Baptiste-Donatien de Vimeiir, comte de), né à Vendôme, le 1" juillet 1725, mort à Thoré le 10 mai 1807. -Maréchal de France le 28 décembre 1791, donna sa démission, le 15 juin 1792; grand-officier en 1805.
2. 24 juin, premier décret d'appel de 26,000 gardes nationaux volontaires. — 22 juillet, deuxième décret portant leur nombre à 101,000. Dans cet appel la Corse fournit 2,398 hommes, répartis en 4 bataillons.
Solde de 15 sous pour les hommes, 3 fr. pour les lieutenants, 3fr. 75 pour les capitaines, 4 fr. 50 pour les lieutenants-colonels, f fr. 25 pour les colonels (voir pièces à l'appui). — Décrets organiques des 4 et 6 août.
■l 5 juillet 1791.
quatre-vingt-dix-sept mille gardes nationaux volontaires ^ En attendant, il dut compléter les cadres. Dans une seule promotion on compta quarante-cinq colonels d'infanterie et vingt-deux de cavalerie. Quel désarroi ! Restait à agencer ces forces éparpillées sur le territoire. Le décret du 20 août y pourvut. Cinq divisions actives, dites d'observation, furent formées de Dunkerque jusqu'à Bâle, et placées sous les ordres de MM. de Rochambeau, de Wittgenstein, de Belmont, de WittinghofPet de Lûckner *.
Afin de leur donner une unité qu'elles n'avaient pas, on détacha près d'elles des députés en qualité de commissaires extraordinaires, et Ton délégua aux nouveaux chefs de ces corps d'observation des pouvoirs étendus, de manière à leur permettre de suspendre tout officier de quelque grade qu'il fût, dont la conduite leur paraîtrait suspecte.
Pendant ce temps l'Assemblée votait l'adoption d'un drapeau uniforme aux trois couleurs ', portant d'un côté la devise : Discipline et obéissance à la loi, et de l'autre le numéro du régiment. Enfin, pour mettre un terme aux absences illégales qui, grâce à la complicité des chefs, n'étaient que trop souvent des désertions momentanées ou déguisées, elle suspendait tous les congés *.
2. Ces 5 divisions formaient un ensemble de 121 bataillons d'infanterie et de 144 escadrons de cavalerie, répartis de la façon suivante : 50 bataillons et 40 escadrons avec Rochambeau, 20 bataillons et 26 escadrons avec Wittgenstein, 21 bataillons et 13 escadrons avec de Belmont, 2 bataillons et 13 escadrons «ous Witttinghoff, 28 bataillons et 43 escadrons sous Luckner.