‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 40 sur 190 · Séance du 17 août 179J · texte numérisé non relu

Séance du 17 août 179J

2. Séance du 24 août 1791. Rapport d'Emmery. — Présentation du nouveau Code militaire.

3. L'amnistie générale pour les délits militaires et la désertion est du 14 septembre 1791.

La même défaillance s'était produite dans los actes destinés à sauvegarder le gouvernement. Les niiiïistres et leurs bureaux, dont le remplacement immédiat paraissait tout indiqué, restèrent à leur poste. Montmorin qui, par simple pudeur, eût dû donner sa démission, ne bougea pas. Robespierre avait en vain signalé le danger; rien n'y fit. « Le ministre des affaires étrange gères, quel est-il? C'est un Montmorin qui, il y a un « mois, se faisait caution que le roi adorait la Gonsti- « tution. C'est à ce traître que vous abandonnez vos « relations extérieures, sous la surveillance de qui? « du comité diplomatique, de ce comité où règne un (c Dandré ^ et dont un des membres me disait qu'un « homme qui n'était pas un traître à sa patrie ne « pouvait y mettre le pied. » Robespierre avait raison. Mais que faire? L'Assemblée paraissait incapable d'un acte vigoureux et logique. L'incident de Varennes semblait avoir atténué son énergie, détruit sa confiance. Cette inertie apparente tenait à plusieurs causes. Nombre de ses membres croyaient encore à la possibilité d'un accord avec la famille royale. Ils ne pouvaient admettre la réalité de tels actes de déloyauté de la part de ceux qu'ils avaient été habitués à respecter dès l'enfance. D'autres, plus timorés, ne voyaient dans le maintien de ce fantôme de monarchie qu'une garantie pour eux-mêmes, en cas d'insuccès. Ils jugeaient de la faiblesse des autres par la leur propre. Aucun d'eux ne se rendait un compte bien exact du mouvement et ne semblait

1. Ce Dandré devint l'un des agents les plus actifs de la coalition à Londres. En 1795, il fut chargé d'organiser avec Précy la guerre civile dans le Midi.

comprendre qu'en présence d'un complot extérieur tellement évident, il fallait prendre des mesures viriles et marcher avec l'opinion ; de là, cette sorte de malentendu qui se traduisit par les récriminations des membres de la gauche, par les dénonciations des exaltés du parti populaire, et finalement par le conflil sanglant du Champ de Mars.

A Paris la confusion fut un moment extrême. Plusiem's écrivains se sauvèrent. Camille Desmoulins fît ainsi ses adieux au public :

a Nous avons tort, la chose est par trop claire^ « Et vos fus Un ont prouvé cette affaire, »

Le club des Jacobins se divisa. Les Constitutionnels allèrent s'installer aux Feuillants ; lés Jacobins restèrent isolés et se contentèrent d'adresser une protestation aux Sociétés de province. Là, du moins, le sentiment de la situation était reBté plus net. Ce fait se présente assez souvent. Au centre on vit trop dans la fournaise ; on y est soumis à trop d'influences pour se rendre un compte exact de la situation. On juge les hommes et les choses avec ses nerfs et non avec sa tête. Aux extrémités on ressent peut-être moins vivement les secousses, mais les impressions sont plus durables. Paris affine, énerve, amollit; la province fortifie et endurcit. Dans ces milieux cosmopolites de la capitale où les conversations sont autant de sousentendus , on devient l'homme des compromis , l'homme des centres. En province où tout est tranché, on reste l'homme des situations critiques.

A la suite de l'incident de Varennes, cette sorte d'inertie de la capitale n'avait pas été comprise. Les adresses à l'Assemblée arrivèrent rapides et pressantes.

Celle de la Société des amis de la Constitution de Valence parvint Tune des premières. Elle fut lue en séance publique, le 29 juillet. Elle portait la signature de tous les membres, et au bas, celle du secrétaire, le lieutenant d'artillerie Bonaparte.

En réalité, ce manque de jugement de la part des Constitutionnels était inexplicable. Des hommes aussi intelligents, aussi dévoués à la cause monarchique modérée, que les Lameth et les Barnave, auraient dû savoir qu'eux seuls, en ces circonstances, étaient visés par les conspirateurs.

Gustave III écrit V en effet, à son ambassadeur : « ... Rien de plus déplorable que l'espèce de tran- « quillité qui semble s'établir en France, car une « paix stable et la sécurité des propriétés et des perce sonnes, sont incompatibles avec la nouvelle Consti- « tution et les principes sur lesquels elle est fondée, ce Parmi ceux qui cherchent à propager ces principes, ce les démocrates les plus enragés ne sont pas les plus ce à craindre... »

Le comte de Mercy-Argenteau*, le confident de la reine, l'agent officiel de l'empereur Léopold, est tout aussi explicite : « Malgré l'opinion que la reine paraît ce avoir prise de la franchise et des intentions de ce MM. Lameth et Barnave, ils ne se sont jamais monce très ci-devant que comme des scélérats, d'autant

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