‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 43 sur 190 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

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l«f JUIN 1791 - 1"JÀWVIER 1792.

BOMArARTK DESTITOé , 1*' JANVIER 1792.

',rrivée de Bonaparte et de Louis à Ajaccio, le 6 septembre 1791. — Situatioii de la famille. — Mort de l'archidiacre Lucien Bonaparte, le 15 octobre lIQi. •• Bonaparte prend en mains la direction de la famille. — Situation déplorable de la Corse, d'après le rapport de M., de Yolney. — L'affaire de Rastia. — Le fanatisme religieux en Corse. — Ses causes. ~ Opinion de Salicetti. — Ëlections à l'Assemblée législative, — Formation de quatre bataillons de gardes nationaux volontaires en Corse. — Conduite de Bonaparte. — Ses fréquentations. — Ses discours au club d'Ajaccio. — Sa lettre à Pozzo di Boi'go. — Son voyage avec M. de Yolney. — Son insuccès au concours académique de Lyon. — Opinion défaTorabie des juges sur son travail. — Il oublie sa promasse d'être rentré au corps pour la fin du mois de décembre. — La revue obligatoire. — Sa premère lettre explicative au commissaire des guerres de Sucy, du 17 février 1792. — Le maréchal de camp Rossi autorisé à nommer le lieutenant Bonaparte capitaine adjudantmc^or dans un bataillon Corse. — Deuxième lettre de Bonaparte à Sucy, 29 février 1792. — Étranges explications. — Dispositions' de l'Assemblée législative pour la formation des bataillons de volontaires. — Bonaparte ne peut être ni lieutenant-colonel, ni adjudant-major. — Élections faites à Ajaccio pour le choix des officiers du deuxième bataillon. — Huit candidats •e présentent pour les fonctions de lieutenant-colonel. — Curieuse combinaison de Bonaparte pour être du nombre des élus. — Arrestation de Tua des commissaires du département. — Réclamation des intéressés. — Violences commises. — Bonaparte et Quanza n'en sont pas moins élus lieutenants-colonels. — Nouvelle tentative de Bonaparte pour s'emparer d'Ajaccio. — Son plan. ^ Révolte des volontaires, du 8 avril au 12 avril. — Conduite de Bonaparte dans ces circonstances. — Conduite de la municipalité et du commandant d'armes (le colonel Maillard). — Arrivée des commissaires •OToyés par le directoire du département. .-: lie bataillon de Yolontairei

ANNIÉE 1791. 10?

âoigné d'Ajaccio. — RenToi de Bonaparte. •— Mémoire justificatif de Bonaparte adressé au directoire et à l'Assemblée. — Plaintes de Bonaparte. — Demande de répression formulée contre lui, le 25 a-vril. — Elle arrive au moment de la déclaration de guerre et après la chute dumiuistre. — Opinion sévère du ministre. — Annonce de poursuites contre Bonaparte. — Bonaparte se décide à se rendre à Paris pour essayer d'arrêter l'affaire. ~ Son départ, le 2 mai 1792.

Bonaparte et son frère arrivèrent à Ajaccio, le 6 septembre 1791. Leur absence avait duré six mois.

Madame Bonaparte se trouvait dans une situation aussi difficile que par le passé. Joseph était toujours employé au district. Lucien n'avait aucune occupation. Elisa poursuivait le cours de ses études à Saint- Cyr. Paulette, Caroline et Jérôme se contentaient de grandir. Seul l'abbé Fesch avait su profiter des circonstances pour se faire nommer grand-vicaire de l'évêque constitutionnel, en attendant qu'il pût remplacer le vieil archidiacre, alors à toute extrémité.

Le 15 octobre 1791 survint, en effet, la mort du grand-oncle paternel. De ce jour, Bonaparte devint le chef réel de la famille. Il commanda et dirigea tout. « On ne discutait pas avec lui, a dit Lucien ; il a se fâchait des moindres observations et s'empor- « tait à la plus petite résistance. Joseph même n'osait « pas répliquer à son frère. »

Nous avons vu de quel style étaient ses lettres à Naudin. Sa conversation avait subi une transformation analogue. Il ne parlait plus que de tyrans et de mercenaires du pouvoir* Les noms d'Epaminondas, de Brutus et de Léonidas lui venaient continuellement à la bouche. Tous les héros d'Athènes, de Sparte et de Rome y passaient ; César surtout avait le don de lai plaire. « Quel est l'homme, disait-il alors, qui ne « voudrait pas être poignardé à. la condition d'avoir n. 10

« été César? Un faible rayon de sa gloire dédomma- «■ gérait bien largement d'une mort prématurée. » C'était tout le programme de sa vie future qu'il traçait ainsi à l'avance.

A tout prix, il voulait jouer un rôle. Mais où, et comment?

Depuis son départ, l'état politique de l'île n'avait fait qu'empirer. Voici, du reste, ce qu'en pensait Volney^ le directeur de l'agriculture et du commerce de l'île de Corse : « Par la nature du gou- « vernement sous lequel ont vécu les Corses, ils ont « contracté des habitudes vicieuses, participant de « l'état sauvage et d'une civilisation commencée. « Affranchis par la Révolution, ils se sont trouvés, « sans aucune instruction préalable, saisis du droit « de se gouverner. Par ressentiment et par esprit (( national, ayant chassé tous les employés français, « les pouvoirs sont tombés aux mains des chefs de (( famille, qui, pauvres, avides et inexpérimentés, ont « commis beaucoup d'erreurs et de fautes et les ont « tenues secrètes par crainte et par vanité. En effet, « il existe un système de mystère par lequel les dépu- « tations, de concert avec le directoire du départe- « ment, cachent l'état intérieur de l'île.

« L'île coûte à la France plus de cinq millions de « livres^; par contre, elle ne lui donne rien. La con-

1. Volney (Constantin-François Chassehœuf^ comte de), né le 3 février 1757 à Craon (Anjou), mort le 25 avril 1820 à Paris. — Député à l'Assemblée nationale, avait donné sa démission de directeur, le 29 janvier 1790, pour se vouer complètement à son rôle législatif; reprit ses fonctions en octobre 1791.

Rapport à l'Assemblée intitulé : État civil de la Corse, par Volney (n** 79 et 80 du Moniteur),

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