Lettre du 17 février
Simon- Antoine-François de Sucy de CUsson^ né à Valence en 1764, commissaire dcà guerres. Il a\ait évou^é une demoiselle Tnniivon, sœur de l'abbé de Saint-Ruf, 1 ancien ami de Bona-
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ANNÉE 1791. in
composée de MM. de GampigneuUes, Jacquet, Metton de la Cour, de Savy et Vasselier, avait rendu son verdict sur la valeur relative des quinze mémoires envoyés, en réponse à la question posée par Tabbé Raynal : « Déterminer les vérités et les sentiments « qu'il importe le plus d'inculquer aux hommes pour a leur bonheur. » Aucun des travaux ne parut digne de la distinction promise. Seul, le discours, coté le numéro huit, avec cette devise : « non prop)nœ , glori'œ, <( sed utilitati omnium » reçut une mention honorable. La distribution du prix fut renvoyée à deux ans ^ Pour l'œuvre de Bonaparte, elle fut sévèrement jugée. « Le dernier de ces mémoires, dit le rap- « porteur, M. de GampigneuUes, n'arrêtera pas long- « temps les regards des commissaires. C'est peut-être « l'ouvrage d'un homme sensible, mais il est trop « mal ordonné, trop disparate, trop décousu et trop « mal écrit pour fixer l'attention. » « C'est un songe « très-prononcé, » ajouta M. Vasselier.
C'était en effet un songe que continuait de faire cet halluciné. Tout à ses projets, il oubliait et son congé «xpiré et sa promesse d'être rentré au corps dans les derniers jours du mois dedécembre.Le l"janvierl792, il se trouvait à Ajaccio ^. Or les nouvelles venues de
1. Ce fut Daunou qui obtint le prix en 1793. Il y a loin de là à la légende du prix remporté par Bonaparte, d'après le récit de Sainte-Hélène et tant d'autres légendes.
Histoire de V Académie de Lyon^ par J.-B. Dumas, Lyon 1840.
Documents biographiques sur P.^C-F, Daunou, par M. A.-H. Taillandier, 1841.
Vasselier (Joseph), né à Bourg, en 1735, mort à Lyon en 179ôr.
Charles-Claude-Floret Thorel de GampigneuUes , trésorier de France, académicien en 1768, mort en 1809.
2. Vers le même temps, le 12 décembre 1791, njûssait à Vienne
France étaient graves. Son régiment avait été mis sur le pied de guerre ^ Des compagnies avaient été détachées auprès de différentes armées en formation le long des frontières. La sienne était du nombre. L'Assemblée avait décidé que tout officier qui abandonnerait son poste sans congé ou démission acceptée, serait puni comme le soldat déserteur. Elle avait stipulé que les officiers de chaque régiment de toute arme, ayant droit par leur ancienneté de service à des places de lieutenant ou de capitaine, les obtiendraient de préférence dans leurs régiments, s'il y en avait de vacantes. Ces remplacements devaient s'effectuer avant le 1®' février 1792. Elle prescrivait en même temps une revue obligatoire.
« Du 25 décembre au 10 janvier prochain, il sera « fait une revue générale de toutes les troupes comc< posant l'armée française dans les lieux de leurs « garnisons respectives, depuis les officiers générauic « jusqu'aux soldats inclusivement.
« Cette revue sera passée par les commissaires des « guerres, en présence des officiers municipaux qui « seront nommés à cet effet. Ils consigneront les pro- « cès-verbaux ainsi que les commissaires des guerres « et tous les officiers présents au corps.
« Tout officier absent de son corps ou de son poste^ « lo7*s de ladite revue, qui ne justifiera pas d'un congés
la princesse autrichienne Marie-Louise-Léopoldine-Françoise' Thérèse-Joséphine-Lude, qui devait être sa femme et qui devait l'oublier si aisément, en compagnie de son valet d'honneur, le comte de Neipperg.
1. Décret du 20 septembre 1791. Le complet de guerre d'un régiment d'artillerie était de seize cent sept hommes; celui de chaque bataillon de sept cent quatre-vingt-dix hommes.
ANNEE 1792. lia
« sera destitué de son emploi par le fait même de son « absence^ sans qu'il puisse prétendre à aucune pension ^ « quelle que soit son ancienneté de service, »
L'ordre était péremptoire. La France armait. C'était un devoir d'honneur pour tous les officiers d'aller rejoindre leurs régiments. Bonaparte ne bougea pas. A quelle préoccupation obéissait-il en commettant cet acte inouï d'indiscipline? Quel événement attendait-il? N'osait-il plus rentrer en France? Quelles raisons avait-il à faire valoir pour expliquer une conduite qui le mettait sur le même pied que les autres déserteurs?
« Des circonstances imprévues, mande-t-il simple- « ment de Gorté au commissaire des guerres , le « 17 février 1792, m'ont forcé à rester en Corse plus « longtemps que ne l'auraient voulu les devoirs de « mon emploi ; je le sens et n'ai cependant rien à me « reprocher ; des devoirs plus sacrés et plus chei^s me « justifient,
« Aujourd'hui cependant que je me trouve plus « libre, j'aurai envie de venir vous joindre, mais « avant j'attendrai le conseil que vous me donnerez. « Comment suis-je classé dans la revue du 1*" janvier? « Art-on nommé à mon emploi et quelle démarche « faudrait-il faire?
« .,. Je crois inutile que vous .communiquiez ma lettre «< à ces messieurs du régiment. Il ne dépend que de « vous de me faire hâter mon voyage ; à la réception « de votre lettre je partirai. »
Ces raisons ne valaient rien. Ce n'était pas, en effet, trois mois après avoir reçu de Sucy la nouvelle de la mise de son régiment sur le pied de guerre et de la revue ordonnée, que le lieutenant Bonaparte avait
à s'apercevoir de Tillégalité de sa propre conduite. Ce n'était pas pour parcourir la Corse en compagnie de M. de Volney et prononcer des discours dans les clubs, qu'il avait été admis gratuitement dans une École militaire et qu'il était pensionné du roi. Le sens moral faisait défaut chez lui. Il lui manqua toujours.
Sur ces entrefaites, il apprit qu'il était candidat officiel à l'emploi de capitaine adjudant-major dans l'un des bataillons de volontaires. Le 14 janvier, en effet, le ministre , qui n'avait pas encore reçu les états de situation des corps, constatant l'absence de Bonaparte, écrivait au maréchal de camp Rossi* : « ... Vous dece mandez encore si vous pouvez nommer à une place « d'adjudant-major de l'un de ces bataillons. M, Bo- « napartey lieutenant dans le régiment de la FèrCy « artillerie; la nomination que vous feriez de ce sujet « serait très-légale, puisque, comme je vous l'ai « observé, la loi du 4 août n'exclut pas de ces em- « plois les officiers et sous-offîciers d'aucune arme. « Au reste, j'ai l'honneur de vous prévenir que TAs- « semblée nationale a rendu, le 28 décembre dernier, « un décret qui laisse aux bataillons de gardes na- « tionales volontaires le choix de leurs adjudantsce majors et adjudants sous-offîciers, mais comme ce « décret n'est encore ni sanctionné ni promulgué, « vous pouvez, pour le bien du service, donner des « adjudants-majors et des adjudants à ceux des ba- « taillons de votre division qui seront formés avant t( cette promulgation. »
1. Mss. Archives de la guerre. Voir pièces à l'appui. M, de Narbonne était ministre, depuis le 7 décembre 1791.
ILJOM
En réalité, cette autorisation était de nul effet, puisque les bataillons n'étaient pas même réunis. Bonaparte, d'ailleurs, se trouvait dans une position plus qu Irrégulière. Le 29 février, il n'en écrivait pas moins à Sucy ' : « Dans ces circonstances difficiles, le poste « d'honneur d'un bon Corse est de se trouver dans son « pays'; c'est dans cette idée que les miens ont exigé « que je me rende parmi eux; cependant, comme je « ne sais pas transiger avec mon devoir, je me pro- « posais de donner ma démission. Depuis, l'officier « général du département m'a offert un mezzo termine « qui a tout concilié ; il m'a offert une place d'adju- « dant-major dans les bataillons volontaires; cette « commission retardera le plaisir de renouveler votre « connaissance, mais pour peu de temps, je l'espère, « si les affaires vont bien.
« Vous m'avez, monsieur, absolument négligé, car « il y a eu bien des temps que je n'ai eu de vos nou- « velles ; nos ennemis seraient bien dupes de hâter le « moment des hostilités, ils savent bien que l'état de « défensive nous ruine autant qu'une guerre. Si vous « vous donnez la peine de penser à un vieil ami, vous « me donnerez des nouvelles de votre position. Dans « ce moment, si votre nation perd courage, elle a vécu « pour toujours,
« Si vous avez toujours conservé vos relations avec « Saint-Étienne, je vous prierai de me faire faire une « paire de pistolets à deux coups; je voudrais qu'elle « eût à peu près sept à huit pouces de long et que le « calibre fût de vingt-deux à vingt-quatre à peu près;
1. Mss. Archives de la guerre. — de Coston, 1. 1. La lettre était :atée de Corté.
« quant au prix., j'y mettrai de sept à huit louis en « assignats de cinq livres.
« Si vous pouvez vous charger de cette commis- « sion , vous pouvez m'adresser ces pistolets par « M. Henri Gastaud, négociant, rue de Paradis, à « Marseille.
« Je suis monsieur et cher Sucy, votre serviteur. »
Quelle lettre bizarre de la part d'un lieutenant d'artillerie ! On dirait que son auteur ne se souvient déjà plus de celle écrite douze jours auparavant.
Il ose affirmer que « dans ces circonstances diffî- « ciles, le poste d'honneur d'un bon Corse est de se <« trouver dans son pays; c'est dans cette idée que /es « siens ont exigé qu'il se rende parmi eux. » Or, que fût devenue la France si chaque officier avait prétendu que le poste d'honneur était dans son département et non au régiment? Bonaparte ne se croyait donc pas Français? La phrase précédente et cette autre : « Dans ce moment, si votre nation perd court rage, elle a vécu pour toujours, » le feraient supposer.
Pour les explications tirées de l'offre spontanée du maréchal de camp Rossi, elles n'étaient pas admissibles. En tout cas, Bonaparte avait à les soumettre, non au commissaire de guerre de Valence, mais tout au moins à son chef de corps ou à l'inspecteur général, de qui il tenaH son congé.
Le 31 décembre 1791, la revue de rigueur avait été close. Le ministre avait écrit, le 14 janvier. La dépêche était parvenue à Bastîa vers le 5 ou le 6 février. Bonaparte n'en eut connaissance qu'après le départ de celle envoyée à Sucy. L'excuse n'était donc pas valable, d'autant qu'on ne pouvait, nouA
ANNEE ni^S. 123
Tavons dît. nommer aux emplois d'adjudant-major et d'adjudant sous-ofûcier qu'une fois le bataillon constitué et réuni au lieu où il devait commencer son service.
D'autre part, le décret du 28 décembre, dont parlait le ministre, venait d'être promulgué^.
Bonaparte, s'il avait été nommé ajudant-major de bataillon, aurait dû, par conséquent, retourner à son corps. En écrivant à Sucy, comme il le faisait, il mentait en parfaite connaissance de cause. Il mentait d'autant mieux qu'il était à la veille de tenter l'un des coups de main les plus étranges , dont l'idée ait pu germer dans la tête d'un officier. Il voulait, à tout prix, devenir chef de l'un des bataillons 4e volontaires. Pour lui, c'était l'unique moyen de rester en Corse.
1. Décret du 28 décembre. « Les deux lieutenants-colonels de « chaque bataillon de gardes nationales pourront à l'avenir être « choisis, soit parmi les gardes nationales volontaires, soit par- « mi les citoyens qui, ayant servi dans les troupes de ligne, « réuniront les qualités requises par le décret du 29 novembre.
• Les officiers en activité dans les troupes de ligne, qui sont a maintenant employés dans les bataillons de gardes nationales « volontaires, rentreront dans leurs corps respectifs, au plus « tard le !•' avril prochain.
« Seront exceptés ceux des officiers de ligne qui ont été élus « lieutenants-colonels desdits bataillons de gardes nationales « volontaires.
« Avant le départ desdits officiers, les bataillons des gardes « nationales volontaires procéderont à leur remplacement, sui- « vant les formes établies par le décret.
« Au moment où les officiers de troupes de ligne, actuellement « employés dans les bataillons de gardes nationales volontaires, « rejoindront leurs corps respectifs, ils toucheront à titre d'in- « demnité et sur un relief qui leur sera accordé, les appointe- « ments attribués à leur grade et cela, depuis l'époque de leur « élection jusqu'à celle de leur rentrée dans leurs corps. •
124 BONAPARTE BN CORSE.
Mais à quel titre comptait-il se faire nommer? Étaitce en qualité d'officier; or il n'avait pas rang de capitaine, ainsi que l'exigeait la loi? Était-ce comme simple garde national? il se croyait donc démissionnaire de fait, par suite de son absence illégale. En attendant, il agissait en homme sûr de son droit. Pour se donner de l'importance, il s'était fait le compagnon de voyage de M. de Volney et visitait avec lui les différentes communes des districts d'Ajaccio, de Sartène et de Gorté, cherchant partout des volontaires pour le futur deuxième bataillon. Il y avait réussi.
Dans les derniers jours du mois de mars, les nouveaux enrôlés reçurent avis d'avoir à se trouver, le !•' avril, à Ajaccio, pour y procéder à l'élection de leurs officiers et de leurs sous-officiers. Presque tous étaient montagnards. A Ajaccio, l'enthousiasme pour ce genre d'engagement n'existait guère. Or, c'était précisément sur cette particularité que Bonaparte fondait J 'espoir de son succès.
Les places de lieutenant-colonel étaient enviées. Huit candidats se présentaient pour le deuxième bataillon : MM. Pietrino Guneo, Ludovico Ornano, Mathieu Pozzo di Borgo, Ugo, Peretti de Levie, Quenza, Marins Peraldi et Bonaparte. Dans ce nombre, trois étaient réellement sérieux, Mathieu Pozzo frère du député, Peretti de Levie capitaine de gendarmerie, très populaire et candidat de Paoli, enfin Marius Peraldi député fort influent, frère de Jean Peraldi d'Ajaccio. Toutes les chances étaient donc pour Peretti et Peraldi, d'autant que MM. Murati, Grimaldi et Quenza, les trois commissaires délégués par le directoire pour organiser le bataillon et surveiller les opérations de l'élection, paraissaient devoir appuyer
leurs candidatures. De ces trois, un seul, Murati, agissait au nom de Paoli.Grimaldi, plus indépendant et déjà lié avec les familles Rossi et Fesoh, se montrait assez disposé à toute solution qui permettrait à Bonaparte de concourir. Pour Quenza^ il était d*une nullité parfaite et prêt d'avance à soutenir le parti du plus fort, pourvu que son frère, Tun de» postulants, participât à la combinaison.
Or, porter Quenza pour lieutenant-colonel en premier, et se mettre personnellement en ligne pour It seconde place, c'était avoir deux des trois voix de» commissaires. Pour assurer la victoire, il suffisait donc de supprimer la troisième, celle de Murati. Bonaparte s'y résolut.
A leur arrivée à Ajaccio, les délégués s'étaient installés chez leurs amis respectifs : Murati chez Peraldi, Grimaldi chez les Fesch, et Quenza chez Ramolino. La veille de l'élection, Murati était à table avec ses hôtes, lorsqu'un sieur Boselli, tout dévoué au jeune lieutenant, se présenta, suivi de quelques gardes nationaux, et demanda à lui parler. Celui-ci, sans défiance, vint au-devant des visiteurs qui l'entourèrent et l'entraînèrent vers la maison des Bonaparte, où il fut bel et bien enfermé. « J'ai « voulu que vous fussiez libre, entièrement libre; vous « ne l'étiez pas chez Peraldi », lui dit Bonaparte, en réponse à sa demande d'explication sur l'étrangeté du procédé. L'argument était sans réplique.
A la nouvelle de l'incident, les partisans de Peraldi
1. Jean-Baptiste Quenza avait été nommé membre de Tadministration départementale de la Ck)rse par TAssemblée électorale de nie, le 19 octobre 1790 à Orezza.
prirent les armes. Ils ne parlaient de rien moins que d'assiéger la maison de Tofficier d'artillerie. Peraldi s'y opposa. Il considérait le fait comme trop irrégulier pour avoir des suites. Il comptait même sur son illégalité pour réclamer une répression sévère. L'événement devait lui donner tort.
Le lendemain, en effet, quand les gardes nationaux furent réunis à l'église Saint-François, afin de procéder au vote, Mathieu Pozzo tenta vainement de protester contre l'acte de violence commis à l'égard de Murati et de faire déclarer nulles les élections qu'on allait commencer. Accueilli par des cris et des menaces, il ne put achever son discours. Saisi par les jambes, traîné au bas de la tribune, il fut jeté hors de la salle. Une heure après, Quenza était élu premier lieutenant-colonel et Bonaparte, lieutenantcolonel en second.
Le tour était joué. Bonaparte venait de faire l'application de cette formule qu'il adressait à Pozzo quelques mois auparavant : « Les lois sont comme « les statues de certaines divinités que l'on voile en « certaines occasions. » Il faisait son apprentissage des coups d'État. Il n'avait alors que vingt-trois ans.
Le soir même, les autres officiers du bataillon étaient nommés^. Le surlendemain les procès-verbaux constatant les opérations électorales étaient clos et signés aux cris de : Vive la Constitution I vive l'Assemblée législative I vive Bonaparte I
1. Furent nommés capitaines du 2« bataillon de volontaires corses : Jacques Peretti de Levie — Jean-Baptiste Ortoli (de Talliiiio) — Jean Peretti (d'Olmetta) — Antonio-Piet^e-André Ortoli (de Sartène) — Grigorio Pietri (de Sartène) — Ottavi (d'Appietto) — Costa (de Bastelica) — Bonelli (de Bocognano) — Gabrielli (de Cammunaccie).
ANNÉE IVJ2, 137
A quelques semaines de là, on pouvait lire dans le Journal militaire de Paris * .•
Bataillons de volontaires formés dans Vile de Corse, en vertu du décret du 4 août 179i.
Ont été nommés lieutenants-colonels :
Pour le premier bataillon, à Cervione : MM. Casai ta et Jean Piétri.
Pour le deuxième bataillon, à Ajaccio : MM. Jeau-Baptiste \)nenza et i3u on aparté.
Pour le troisième bataillon, à Calvi : MM. Achille Murati etSalicetti.
Pour le quatrième bataillon, à Corté : MM. Grimaldi et Vincent Colonna-Lecca.
Les protestations de Pozzo et de Peraldi étaient donc restées sans effet. Ce résultat fut fâcheux, car, de ce jour, la scission entre leurs familles et celle des Bonaparte devint complète.
Bonaparte était rayonnant. Or, en cette aventure, on ne sait ce que Ton doit le plus admirer, son aplomb ou son astuce. Comme lieutenant d'artillerie, il n'a aucun droit au grade de lieutenants colonel. Adjudant-major, il ne peut Têtre, C'est eu qualité d'officier destitué, rayé des contrôles, c'est-àdire de simple garde national, qu'il fait valider son élection par le directoire. Pourtant, dès le 10 avril, il ose réclamer ses appointements au trésorier du l'égiment *. Pour motiver sa demande , il prétend
2. Mss. Archives de la guerre. — Le dépôt et trois compares du quatrième régiment se trouvaient alors seuls à Valence.
avoir exercé successivement les fonctions d'adjudantmajor et de lieutenant-colonel dans un bataillon de volontaires. Sa lettre est signée : Buonaparte, lieutenant-colonel.
M. Gaudenard lui répondit par une fin de nonrecevoir, en lui apprenant qu'il ne figurait plus sur les contrôles du quatrième régiment depuis le 1«^ janvier 1792. C'était justice. Mais dans quel but Bonaparte avait-il fait cette démarche? Était-ce simplement pour avoir de l'argent ou pour surprendre la bonne foi de ses chefs ? Gela est peu probable. Il y a plutôt lieu de supposer qu'il tenait, comme en 1789 et 1790, à se créer une sorte d'alibi, dans le cas où la tentative qu'il allait renouveler sur la citadelle d'Ajaccio, ne réussirait pas.
Il en était là en effet. Il rêvait encore la réalisation de l'entreprise avortée en 1790.
Les discussions religieuses devaient lui servir de prétexte. Ajaccio, comme toutes les autres petites villes du littoral, était devenue une sorte de lieu de refuge pour les prêtres réfractaires et les religieux de tout ordre. Nous avons mentionné les faits survenus à Galvi et à Bastia. A l'Ile-Rousse des scènes du même genre venaient de se passer*. Joseph Arena avait été arrêté et traîné en prison, ses parents chassés, sa maison et celles de ses amis pillées, les barrières de la ville détruites. A Ajaccio, la situation était tout aussi tendue. On continuait à dire la messe plus ou moins ostensiblement et les Gapucins occu-
Ces troupes étaient sous les ordres de M. de Catelan, premier lieutenant -colonel. M. Gaudenard était lieutenant quartiermaître.