‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 48 sur 190 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

ÉTAT DE L*ARMÉE FRANÇAISE (6 SEPTiMftBB 17»i — 10 ivim 1792.)

A.rriTée de Bonaparte en France. — Situation de son régiment. — La nation,

— État de la ville de Paris. — Premiers insuccès de l'armée française dans le Nord. ~ La désertion dans Tarmée. — Causes de ce mai. — Faiblesse de l'Assemblée nationale. — Son legs à la Législative. — Première réunion de la Législative. — La désertion à la fin de l'année 1791. — Complicité de la Cour. — Fausse attitude de M. de Montmorin. — Les déserteurs. — Leurs projets. — La trahison à l'intérieur. — Entrainement des Girondins vers la guerre. — Correspondance secrète de la Cour. — Pourquoi la Cour déûre la guerre? — Fausses déclarations du roi. — La séance du âO avril 1792. — La guerre est votée.

IèSl France est-elle suffisamment armée ? — Les militaires»à- la Chambre des députés. — Le comité militaire de la Législative. — Le ministère de M. de Narbonne. — Son rapport inexact sur l'état de l'armée, du 1 1 janvier 1792.

— Maintien de l'organisation ancienne : armée et gai'des nationales. — L'indemnité d'entrée en campagoe. — Les compagnies de canonniers à cheval.

— Les guides. — L'armée de 1792 supérieure à celle de 1789. — Rapport sur l'état réel de l'armée. — Indignation de la Chambre et du pays. — Défectuosités de la Constitution. — L'état de paix et l'état de guerre.— LA Constitution doit envisager les deux cas. — La direction, l'exécution et la transmission. -^ Conséquences d'un système défectueux.

Bonaparte avait quitté la Corse, avec la croyance intime que l'Europe était encore en paix. A Marseille, il apprenait la déclaration de guerre.

A Valence, il ne fît point d'arrêt, et pour cause. Son insuccès à l'Académie de Lyon et sa destitution devaient être connus. Son ancienne compagnie était détachée à Pa'^pignan depuis le 18 mars. Les autres

avaient été dirigées sur les corps frontières. Le dépôt lui-même s'apprêtait à partir de Valence pour aller à Grenoble ^ Le personnel des officiers avait subi de nouveaux changements. Plusieurs de ses camarades venaient de déserter, notamment les deux DesMazis. D'autres avaient donné leur démission. D'autres enfin étaient passés, soit dans les bataillons de volontaires nationaux, soit dans les compagnies de caiionniers à cheval.

En route, il trouva tout, à ta nation, comme Tannée précédente, il avait vu tout, à la fédération, « Chaque « village, chaque chaumière, dit la voyageuse anglaise « de M. Taine, nous salue du cri de vive la Natîon/Le « cabaret vous invite à boire de la bière à la nation « et vous offre un logement à la nation. Le marchan([ « de chandelles vend de la poudre à cheveux et du « tabac à priser à la nation, et il y a même des barbiers « patriotes dont les enseignes vous annoncent que « vous, pouvez vous faire couper les cheveux et arra- « cher les dents à la nation. » Mais à mesure que Bon^ parte s'avançait vers la capitale, les rumeurs augmentaient. Il y avait dans l'air, comme un bruit sourd d'émeute et de renouveau. Tout le monde était sur pied; l'inquiétude était générale. A chaque arrêt de la diligence, des citoyens venaient questionner les voyageurs. A Paris, l'immense fourmilière s'agitait. Les nouvelles de la guerre étaient mauvaises. Les opé-

1. Le 4* régiment d'artillerie avait trois compagnies au camp du Var, quatre au camp de Barraux, six au camp de Lyon, trois à Grenoble, deux à Perpignan et une (à cheval) à Douai.

Le 1«' mars, deux compagnies étaient parties de Valence pour Perpignan. Le dépôt quitta Valence pour Grenoble le 12 juin. (Mss. archives de la guerre.)

rations commencées le 28 avril n'avaient pas été heureuses. Le maréchal de camp Théobald Dillon avait payé de sa vie la fuite de ses soldats. Le 2 mai, de Gontaut-Biron écrivait à l'Assemblée : « ... Nos mal- « heurs ne doivent pas m'empêcher de rendre justice « à la valeur et à l'intelligence de M. de Beauharnais, « dont l'infatigable activité m'a été très utile... Je ne « connais point de bataillon de grenadiers plus brave, « plus courageux et plus ferme, plus soumis aux ordres « qu'on lui donne,... que le second bataillon du dépar- « tement de Paris... » Mais cet acte de faiblesse ne devait pas être le seul. La cavalerie, dont l'attitude était déjà si étrange au début de la campagne, faisait partout défection. Le 9 mai, à onze heures du soir, le quatrième régiment de hussards (Saxe) , entraîné par ses colonels, MM. deGottesheim et deWaldener, passait à l'ennemie Le lendemain, c'était une partie des hussards de Bercheny qui suivait ce déplorable exemple. Le quinzième en faisait au tant ^ Dans Jes autres corps, beaucoup d'officiers agissaient de façon identique. Le mot de trahison était dans toutes les bouches. Dans les cercles politiques , dans les clubs , on affirmait l'existence d'un comité autrichien à la Cour et l'on blâmait le fameux plan de Dumouriez. S'il n'y avait pas eu de plan , ajoutait-on , l'étranger n'en aurait rien su. Marat, dans son journal VAmi du peuple, accusait de corruption l'Assemblée et les généraux ; Royou

1. Quatre-vingt-douze hommes et quatre-vingt-huit chevaui du 4« hussards rentrèrent en France sous la conduite d'un sous-officier, qui fut fait immédiatement officier par Kellermann.

2. Beaucoup d'hommes du 15* abandonnèrent leurs offîciert et rentrèrent en France par petits groupes.

Téditeur et Tau leur de V Ami du rot, annonçait, comme

fait absolument certain, la rentrée immédiate des

princes. Condé disait à ses officiers : « Surtout, Mes-

« sieurs, n'achetez pas trop de chevaux; la comédie

« ne durera pas. Les fumées de la liberté se dissipent

« déjà. L'armée des avocats, les soldats de papier (par

« allusion aux assignats) seront bientôt anéantis en

« Belgique, et nous serons de retour dans nos foyers en

« automne. » A propos de la déroute des troupes fran

çaises à Lille, le poète allemand Bùrger^ s'écriait :

« Vous vous êtes enfuis comme des gredins et vous

« avez cru cacher votre lâcheté en écorchantvos chefs.

« Ahl mon cœur s'était enflammé pour vous, trompé

« par votre fausse grandeur ; même contre la patrie

« d'Hermann, j'aurais voulu devenir votre Tyrtée.

« Mais celui qui ne sait pas mourir pour la liberté

« mérite les chaînes de l'esclavage ; vous méritez que

« les nobles et les prêtres vous chassent à coups de

« fouet de vos propres foyers. »

D'où provenait cette sorte d'effondrement subit de l'armée? A qui en incombait la responsabilité? aux conservateurs de la Constituante et de la Législative, ne cesserons-nous de répéter.

Certes, l'Assemblée nationale avait fait de grandes choses, émis des principes sublimes, détruit des abus sans nombre, mais elle avait manqué de logique et d'énergie. Par égoïsme elle n'avait songé qu'aux droits de l'homme; elle avait négligé ceux tout aussi importants de la femme, de celle qui forme l'enfant et qui, de cet inconscient, doit faire un citoyen. Par peur pour

l.Bùrger (Geoflf.-A.), poète allemand; Halberstadt, 1748-1794,

les fils des gens de sa caste, elle avait repoussé le»^ projets de Dubois de Grancé et maintenu les vieux «errements, c'est-à-dire les enrôlements volontaires. Par peur d'elle-même, elle avait laissé le Conseil exé- . utif sans force et empêché ses propres membres de : lire partie de l'Assemblée appelée à la remplacer.

Au moment où elle assistait à Téclosion des projets^ des déserteurs et à l'organisation de la guerre civile, • Ile n'avait osé ni décréter des mesures répressives suffisantes, ni changer ses agents de l'intérieur et de l'extérieur. Gomme dernier aveu d'impuissance, elle avait voté l'amnistie, laissant à la France pour avenir, le plus terrible des inconnus. En effet, une Gour obéissant aux injonctions de l'étranger, un rbinistère profondément imbu d'opposition aux idées nouvelles, une administration sans cohésion, des finances compromises, un clergé conspirant ouvertement, une armée et une marine désorganisées par suite de la fuite des chefs, un recrutement illogique, des réserves de volontaires sans préparation, au total une masse militaire qui n'atteignait pas deux cent mille hommes, une bourgeoisie indécise voulant se conserver des gages en cas d'insuccès, enfin, tout un peuple avide de droit, mais inquiet et nerveux, tels étaient les éléments d'action qu'elle transmettait à une Ghambrç nouvelle composée de membres jeunes et inexpérimentes, et cela, vis-à-vis de puissances hostiles, disposées à soutenir les prétentions de Français sans honneur, réfugiés chez elles et attendant la curée qui leur permît de rentrer en maîtres au milieu de ces manants révoltés.

Ge fut le samedi, 1®' octobre 1791, que les nouveaux députés se réunirent pour la première fois^

ANNÉE nOi. 145

au nombre de quatre cent trente-six, sous la présidence de Batault, doyen d*âge. Le 4, la Législative était constituée. Le 7, le roi venait faire une déclaration pacifique. « ... J'espère que nous ne serons « troublés par aucune agression au dehors. J'ai pris, « depuis que j*ai accepté la Constitution, et je conti- « nue de prendre les mesures qui m'ont paru les plus « propres à fixer l'opinion des puissances étrangères « à notre égard, et à entretenir avec elles l'intelli- « gence et la bonne harmonie qui doivent nous assu- « rer la paix. J'en attends les meilleurs efi'ets ; mais « cette espérance ne me dispensera pas de suivre « avec activité les mesures de précaution que la « prudence a dû prescrire. » Les applaudissements suivirent ; mais une méfiance plus forte que la volonté subsistait. Le maintien de l'ancien ministère et la présence de Téternel chef du départenaent des afî'aires étrangères indisposait les esprits. Sous l'influence de cette impression, l'Assemblée reconstitua ses comités diplomatique^ et militaire. Des difficultés nouvelles venaient, en efî'et, de surgir, au dehors comme à l'intérieur.

Dans l'armée, la désertion des cadres continuait. La faiblesse de l'Assemblée constituante avait eu des {conséquences désastreuses « .-. Les anciens corps, dit « le baron Poisson , chevau-légers, mousquetaires, « gendarmes de la garde, etc., se reformaient ouverte tement. Un service actif de recrutement était établi

1. Les membres du comité diplomatique furent : MM. Eoch, Ruhl, Gensonné, Brissot, Lemontey, Briche, Baert, Schirmer, Jaucourt, Treil-Pardailhan, Mailhe, Ramond, et MM. Daverhoult, Fa^chet, Carnot aîné, Delaunay, Dubols-Debais et Collet pour supi léants.

« dans les départements frontières, et des registres, <( ouverts à Luxembourg, recevaient les noms des « enrôlés ; on savait à Paris que des officiers, figu- « rant encore en France dans leurs régiments, fe'y « étaient fait inscrire à l'avance, et Ton n'ignorait « pas que des militaires émigrés, dont l'absence n'était « pas encore officiellement constatée, recevaient leurs « appointements par Tentremise de leurs camarades « restés en France. Des ouvriers de Strasbourg étaient « activement employés à confectionner des uniformes « pour Tarmée des princes. »

A Perpignan, des officiers, le lieutenant général de Chollet ^ en tête, conspiraient pour s'emparer de la citadelle et livrer la ville aux déserteurs ^.

Quant à la flétrissure de pareils manquements ,les soldats s'en chargèrent eux-mêmes. «Votre lettre, monsieur, nous a été lue,» répondent' les soldats du vingtquatrième régiment de ligne (ci-devant Brie) à l'un de

1. Le lieutenant général de Chollet et le commandant du 12* bataillon de chasseurs, M. du Saillant, furent arrêtés et mis en accusation. Ce furent les soldats et quelques officiers d'infanterie qui empêchèrent la réussite du complot (6 et 7 décembre). La compagnie d'artillerie du régiment de la Fère, à laquelle avait appartenu Bonaparte, fit partie de la conspiration.

2. Le premier décret (Je la Législative contre les déserteurs français fut du 9 novembre I79I. Il était ainsi conçu : « Les « français rassemblés au delà des frontières du royaume sont, « dès ce moment, déclarés suspects de conjuration contre la « patrie. Si, au premier janvier prochain, ils sont encore en état « de rassemblement, ils seront déclarés coupables de coi^uration, « poursuivis comme tels et punis de mort. Seront punis du même « crime et frappés de la même peine les princes français et les « fonctionnaires publics absents à Tépoque citée du 1*' jan- « vier 1792... »

3. Mss, Archive* dé la gtieire — Octobre 1791. — Le vingt- 'quatrième de ligne était en garnison à Lille.

leurs officiers déserteurs qui cherche à les détourner de leur devoir. « Elle aurait ajouté à notre «indignation, si, depuis deux mois, les papiers « publics ne nous avaient appris qu'un grand « nombre de traîtres, comme vous, ont écrit aux « régiments dont ils ont déserté pour les engager à « partager leur lâcheté. Mais leurs tentatives et les « vôtres, croyez-le, n'ont servi qu'à resserrer les « nœuds qui lient Tarmée à la nation, et c'est le « seul fruit que vous retirerez de votre coupable « et méprisable tentative.

« Nous finissons notre lettre en vous réitérant

« que nous demeurerons fidèles à la nation, à la loi « et au roi et que nous saurons combattre jusqu'à la « mort, pour les défendre contre nos ennemis com- <( muas.

« Tels sont les sentiments des grenadiers, sous-offî- « ciers et soldats du vingt-quatrième régiment d m- « fanterie et, nous osons le dire, de toute l'armée. »

C'était exact ; malheureusement cette C!our et ce roi, que ces braves du vingt-quatrième voulaient défendre jusqu'à la mort, étaient les complices de ceux qui osaient les inviter à trahir leur pays.

Leur plan était en eff'et des plus simples : à l'intérieur, calmer les esprits et faire croire à l'Assemblée, à la nation et à l'armée que le roi faisait tout pour arrêter les effets d'une intervention étrangère ; à l'extérieur, démontrer que rien ne pouvait marcher et qu'on était privé de toute liberté. Le roi devait même lire à la Chambre une déclaration conçue dans ce sens et réclamer le droit de se rendre à Gompiègne. Là, il pourrait tout à son aiso constituer un ministère d'action. Au dernier moment, il hésita. Le piège était

trop grossier; il n'aurait pas réussi. On en revint donc. aux atermoiements. Le 31 octobre, Montmorin s& borna à faire un exposé ridicule de la situation :

« ... Sa Majesté, en acceptant la Constitution et « plus encore peut-être par ses soins paternels, a ;< éloigné le danger qui nous menaçait, et je puis vous « dire que rien n'annonce en ce moment aucune enc< treprise à laquelle de grandes puissances pren- « draient quelque part...

« Les démarches personnelles de Sa Majesté pou- « vaient seules avoir cet heureux effet; elles l'ont * obtenu et la reconnaissance lui en est due tout « entière...

«... L'émigration, qui est devenue une espèce de « maladie et dont, sans doute, il est à désirer de voir n finir le cours, est plus affligeante qu'elle n'est in- « quié tante. Le roi a fait cesser le motif qui pouvait « lier les puissances étrangères à la cause des Fran- « çais. éloignés de leur patrie et dès ce moment^ n que pourraient tous leurs efforts, en supposant « même qu'ils eussent le projet de les diriger contre « elle?

« Dans les provinces belgiques, on ne leur permet « aucun raseemblement.

« AGoblentz, où ils paraissent être en plus grand « nombre, ils sont sans armes. Quelque part enfin « qu'ils prissent une contenance véritablement hostile, « le devoir du ministre des Affaires étrangères serait « d'en avertir le roi, et, de concert avec les représen- « tants de la nation. Sa Majesté prendrait les mesures « nécessaires pour faire cesser ou pour venger contre « ceux qui la souffriraient, une agression qui serait « Alors caractérisée. •• »

ANNIÎB 1791. 14»

Le même jour, le roi écrivait aux puissances : « L'Assemblée nationale vient de me présenter Tacte « constitutionnel qu'elle a décrété et je me suis dé* « terminé à l'accepter parce que je dois le regarder « comme le résultat des vœux de la grande majorité « de la nation. Je m'empresse de faire part de cel « événement à Votre Majesté et je la prie d'être biea « persuadée que ce changement opéré dans la Gonsti- « tution française ne change en rien mon désir de « rendre de plus en plus inaltérables les liens qui « existent entre nous, ainsi qu'entre nos nations res- « pectives. »

Or, ces déclarations, comme le changement de ministère *, n'étaient qu'autant de manœuvres destinées à égarer Topinion. Montmorin restait derrière la coulisse, en qualité de chef du ministère secret ( le ministère autrichien ) , avec cinquante mille livres d'appointements *.

De leur côté, les agents royalistes de l'intérieur et de l'extérieur poussaient vivement au conflit. « Plus « l'action serait bruyante, plus elle serait courte, « répétaient-ils. » Tel était le thème journalier des feuilles payées sur les fonds de la liste civile'.

1. Ciomposition du ministère : Bertrand de Molleville, à la ma* rine, tout dévoué au parti de la reine et de Tétranger ; Ihiport du Tertre, garde des sceaux, même opinion ; Cahier de Gerville^ à l'intérieur, même opinion ; de Lessart, à l'extérieur, droitier constitutionnel; Tarbé, aux finances, droitier constitutionnel; de Narbonne, à la guerre, constitutionnel ambitieux , porte-drapeau de son intime amie, madame de Staël.

2. Ces cinquante mille livres étaient prélevées sur les fondt secrets du département des Affaires étrangères.

3. Mss. A. N. Rapport de Gohier. Entre autres feuilles, ou voyait : la pétition des émigrantSy la réponse des émigrants, les émigrants au peuple, les plus courtes folies sont les meilleures^

1*90 ÉTAT BE L'ARMÉE FRANÇA.ISE.

Ce fut ea effet un publîciste tout dévoué au mimstêre, Koch', député et rapporteur du comité diplomatique qui, le 22 novembre, vînt dénoncer les menées du clergé et des officiers déserteurs sur les terres 4es Electeurs. Il avait ordre de faire le jeu. Il ne réussit que trop. Les Girondins, se lancèrent sans réflexion sur la piste qu'on leur indiquait. « ... La voie des « armes, s^écrie Isnard, le 29 novembre, est la seale « qui nous reste contre des rebelles qui ne veulent « pas rentrer dans le devoir. En effet, toute idée de « capitulation serait un crime de lèse-patrie! Eh! « quelle infâme capitulation I... Disons à l'Europe « que le peuple français, s'il tire Tépée, en jettera « le fourreau, qull n'ira le chercher que couronné « des lauriers de la victoire et que, si malgré sa puis- « sance et son courage, il succombait en défendant la « liberté, ses ennemis ne régneraient que sur des ca- <c davres. Disons à l'Europe que, si les cabinets en- « gagent les rois dans une guerre contre les peuples, « nous engagerons les peuples dans une guerre c< contre les rois... » L'affaire était lancée. Un autre député de la droite, le comte de Vaublanc,' le futur chef des insurgés de Yendémiaîre, venait à la tête d'une députation de vingt-quatre membres, lire au

le Journal à deux Uard$, VOrdre^ la marefw et rentrée des énd" graniê en France^ etc...

1, Kock (Christ. Gn.), publiciste; Buxweiler (Alsace), 1737- 1813. — Professeur de droit à Strasbourg (1780), député (1791), membre du tribunal (1802). — Recteur honoraire de r Académie de Strasbourg (1810).

2. Vaublanc (Vincent-Marie Viénot, comte de), né à Saint-Domingue, le 2 mars 1756, mort à Paris, le 21 août 1845; condamné à mort en 1795. Vaublanc était alors président de l'Assemblée. Ce fut en cette qualité qu'il porta le message à Louis XVI.

ANNi?.E 1791. 151

roi l'adresse votée par TAssemblée : « Nous attendons « de vous, Sire, des déclarations énergiques auprès « des cercles du Haut et Bas-Rhin, des Electeurs « de Trêves, de Mayence et de Tévêque de Spire.,. »

Le roi leur répondit : « Je prendrai en très grande « considération le message de TAssemblée nationale. « Vous savez que je n'ai rien négligé pour assurer « la tranquillité publique au dedans, pour main- « tenir la Constitution et pour la faire respecter au « dehors. »

Le 14 décembre, le môme Louis XVI déclarait solennellement à la Chambre que si « l'Électeur n'avait « pas fait cesser tout attroupement avant le 15 jan- « vier 1792, il ne verrait en lui qu'un ennemi.

« ...Ceux qui observent la marche du gouverne- « ment d''un œil attentif, mais sans malveillance, « doivent reconnaître que jamais je ne m'écarte de « la ligne constitutionnelle et que je sens prof on- « dément qu'oïl est beau d'être le roi d'un peuple « fibre...

« ...Que vos délibérations, ajoutait-il, toujours sou- « mises aux principes constitutionnels, prennent une « marche grave, fière, imposante, la seule qui con- « vienne aux législateurs d'ua grand empire^ que les « pouvoirs constitués te respectent pour .se rendre « respectables; qu''ils se prêtent un secours mutuel « au lieu de se donner des entraves et qu'enfin on « reconnaisse qu'ils sont distincts et non ennemis ! « ïlest temps de montrer aux nations étrangères que « le peuple français, ses représentants et son roi ne « font qu'un. »

Belles et nobles paroles qui n'avaient qu'un tort, celui d'être absolument mensongères, comme toutes

152 jfiTAT DE L'ARMÉE FRANÇAISE.

celles prononcées depuis tant de mois. Le 3 décembre^ •n effet, ce même Louis XVI écrivait à Tempereur et à son agent, M. de Breteuil ;

« ...Ce qui pourrait arriver de plus heureux, et où « Ton doit diriger tous les soins, c'est que les puisse sances s'emparent de Taffaire, protègent les Élec- « teurs, mais en même temps séparent les émigrants^ a en leur donnant sûreté et protection. Elles pour- « raient faire tenir ici à peu près ce langage : Vous « avez voulu attaquer le corps Germanique dont nous « gommes les protecteurs et les garants, sous prétexte « du rassemblement de vos concitoyens qui vous « inquiètent. Nous avons bien voulu faire cesser ce « jeu d'inquiétudes ; nous nous chargeons de retenir « les émigrants et de faire séparer leurs rassemble- « ments armés, mais c'est à condition que vous nous « donnerez satisfaction sur telle ou telle chose et qua « vous ayez un gouvernement qui ait une force et une (( stabilité sur la foi desquels on puisse compter. Sans « cela, nous vous regardei*ons comme un repaire de brt- « gands et l'écume de V Europe.

« Ce langage en imposerait certainement et ferait « pâlir les plus hardis. Il me parait impossible que « nous y fussions compromis... Reste la guerre, si « elle était inévitable. L'état physique et moral de la <( France fait quil lui est impossible de la soutenir^ « une demi-campagne; mais il faut que j'aie Vair^ de « m'y livrer franchement et comme je l'aurais fait « dans des temps précédents. Il y a deux chances « pour elle. // est difficile de croire quelle soit heu- « reuse; si par hasard cela arrivait, m' étant montré ¥. franchement et la gueiTe donnant toujours plus de « moyens au gouvernement^ je peux regagner quelque

ANNEE 179]. 15a

« chose par là; mais cette hypothèse est la moins K vraisemhlahle. Si elle est malheureuse, vous con- « naissez les Français, comme ils vont vite d'une « extrémité à l'autre ; ils seraient bientôt aussi abat- « lus qu'ils sont orgueilleux avant, et peut-être ne « ne voudraient -ils laisser aucun reste du nouvel « édifice, s'ils voyaient bien qu'il leur a attiré tous « les malheurs. Il peut exister une crainte et sûre- « ment les factieux chercheraient à tourner les esprits « de ce côté-là : Ce serait de s*en prendre à moi de « leurs malheurs et de me faire soupçonner de les dési- « re?» pour regagner la confiance, Cest ma conduite qui « doit écarter tous ces soupçons et surtout ne rien « laisser pénétrer de mes relations avec V étranger. Il « faut que ma conduite soit telle que dans le malheur « la nation ne voie de ressow*ce qu'en se jetant dans « mes bras,,. Il faudrait que je puisse servir le royaume « en obtenant par mon entremise^ la paix la moins dés- « avantageuse quon poufrait. Voilà une bien Ion- « gue instruction , mais j'ai voulu tout prévoir et on « pourra m'indiquer les éclaircissements, qu'on pour- « rait encore désirer. » De son côté, la reine écrivait^ : a Je crois que nous allons déclarer la guerre^ non, « pas à une puissance qui aurait des moyens contre « nous, nous sommes trop lâches pour cela, mais aux « Electeurs et à quelques princes d'Allemagne dans « l'espoir qu'ils ne pourront se défendre. Les imbé- « cilesl Ils ne voient pas que s^ils font telle chose, c'est « nous servir, parce qu'enfin il faudra bien, si nous « commençons, que toutes les puissances s'en mêlent

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