‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 49 sur 190 · Lettre de Blarie-Autoinette à Mercy-Argenteau, 6 décembre · texte numérisé non relu

Lettre de Blarie-Autoinette à Mercy-Argenteau, 6 décembre

♦< pour défendre les droits de chacun; mais il faut <( qu'elles soient bien convaincues que nous ne fai- « sons ici qu'exécuter la volonté des autres, que « toutes nos démarches sont forcées et que, dans « ce cas, la meilleure manière de nous servir est de « ùien nous tomber sur le corps, » Et comme conclusion de ces infâmes combinaisons, le jeune confident de la reine, M. de Fersen ajoutait à son roi : « La « reine me mande : je pense, comme vous, que le « mal seul ne peut pas opérer le bien, et c'est pour « cela qu'il faut une force étrangère et extérieure; « mais vous croyez que les Français réfléchissent et « qu'ils sont capables de suivre un système! vous « leur faites trop d'honneur. »

Ainsi, c'étaient Les 3 et 6 décembre que se transmettaient toutes ces beHes propositions; c'*était le 14 que Louis XVI prononçait devant l'Assemblée les nobles paroles que nous avons citées. Le lendemain^ il envoyait une nouvelle note à M. de Breteuil : « Je ne « pense point que eette démarche doive changer rien « aux choses pour ma demande de congrès armé ; au « contraire, j'y vois des raisons <ie plus; la liberté « de quelques princes Germaniques étant menacée, « l'empereur et le roi de Presse doivent le trouver « mauvais, «e prêter plus aisément à ce qui a été « demandé et par là-sowtenir les Éled>eurs. ïhutB ma « -demièpe instradion^ je ^emr ai expliqué bien -des « raisoos par lesquelles les puissances pourraient se « mêler de nos affaires ; en vodlà une bien forte et « bien palpable d'ajoutée. Au lieu 4'une guerre civile, « cela deviendra une guerre politique et les chances « sont bien meilleures... Si les Electeurs avaient peur a et se soumettaient à dissiper les rassemblements

« flans que les puissances eussent parlé, ce serait, je « crois, ce qui pourrait arriver de pis. Comme la « démarche m*a été dictée, on m'en saurait peu de « gré; les esprits des factieux seraient extrêmement « enflés et arrogants; le crédit se remonterait et sou- « tiendrait encore la machine pour quelque temps.» Mais les princes n'avaient garde de renoncer à leurs prétentions. Le 31 décembre, de Lessart faisait part de l'ordre donné par l'empereur à ses troupes de porter secours à TÉlecteur de Trêves. Il accompagnait cette communication des protestations pacifiques du roi. Et, quelques jours plus tard, la reine écrivait à son frère : « Il y a guerre ouverte dans ce moment-ci « entre les ministres Lessart et Narbonne. Ce dernier « sent bien que sa place est dangereuse et il veut <c avoir celle de l'autre. Pour cela, ils se font attaquer « tous les deux de tous côtés. C'est pitoyable. Le « meUleur des deux ne vaut rien du tout.

« La marche constitutionnelle que le roi a prise le « met à l'abri d'un côté et de l'autre ; son existence Cl et celle de son fils sont si nécessaires à tous les scé- « lérats gui nous entourent^ que cela fait notre sû- « reté. » Tristes intrigues, dont le prince d'Aremberg nous donne la clef dans sa lettre^ au comte de la Marche : « ...On prodigue les moyens secrets d'ar- « gent, de tout côté, à un point incroyable ; et, ce « qu'il y a de plus certain, c'est que plusieurs per- « sonnes y trouvent leur profit particulier. En ce « genre la Cour est doublement trompée. Il est difti- « cile concevoir à quel degré d'avidité et de per- « versité sont arrivés ceux que les Tuileries emploient

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