‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 54 sur 190 · Rapport du 19 janvier · texte numérisé non relu

Rapport du 19 janvier

S. Décret du 21 janvier 1792.

166 iStat de l'armAb française.

« sera de trois ans dans l'infanterie et de quatre dans « la cavalerie et l'artillerie.

« Pour les gardes nationales tous les citoyens seront i< libres de se retirer après la fin de chaque cam- « pagne, en prévenant deux mois d'avance le capi- « taine de leur compagnie, afin qu'il soit pourvu à ''< leur remplacement. La campagne sera censée teri« minée le 1" décembre de chaque année. ^ « Les volontaires que des affaires instantes ou « majeures obligeront à suspendre momentanément « leurs services pourront, d'après les certificats de « leurs municipalités, visés par les directoires de dis- « trict, obtenir la permission de s'absenter pour un « temps déterminé. »

Ces mesures étaient déplorables. Celles qui suivirent ne changèrent rien aux dispositions préliminaires. Le 31 janvier, on vota l'incompatibilité du mandat législatif avec celui d'officier en activité de service ; le 17 février, l'indemnité d'entrée en campagne; le 15 mars^ la formation normale de guerre et le 17 avril *, la création de neuf compagnies de canonniers à cheval et de trois compagnies de guides. Le 20, la guerre était déclarée.

Ainsi, c'était avec un système de recrutement défectueux, des hommes engagés pour trois ans, d'autres

1 Chaque régiment d'infanterie devait fournir son 1" bataillon, comme bataillon de marche, commandé par le lieutenant-colonel le plus ancien. Le 2« bataillon devait servir à la défense des places, à l'instruction des recrues et à l'alimentation du 1*' bataillon. Dans la cavalerie les deux premiers escadrons partaient seuls. Ces dispositions étaient fâcheuses.

2. 1" avril 1792, règlement sur le service en campagne. — 5 avril, règlement sur les fournitures à faire aux troupes en campagne.

pour un an, des soldats à prime, d'autres sans prime, des cadres nommés au choix, à Tancienneté et à Féleo tion, des formations hâtives et sans cohésion, des régiments de guerre à un bataillon, un ministre de la guerre nouveau' et la désertion organisée, qu'on entreprenait cette lutte gigantesque.

£t le reste du pays, dans quelle situation se trouvait-il? «t C'est une fermentation universelle, disait U « nûnistre des affaires étrangères, le 23 avril, fer« tt mentation dont le levain existe dans toutes les parti ties de la France.

« Ici des prédications incendiaires, faites par des « prêtres non assermentés, retentissent de village en « village, préviennent les habitants contre les prêtres K assermentés et les portent à s'opposer à leur instal- « lation. Là, des écrits séditieux, les menaces vio- » lentes multiplient les émeutes. On insinue le mépris « des lois, le refus de payer les contributions. La « licence et l'anarchie inspirées par le fanatisme font (( chaque jour de nouveaux progrès. Des femmes « séduites et furieuses croient travailler pour le ciel « en portant leurs maris à soutenir des prêtres hypo- (( entes et en accablant d^outrages ceux que les prê- « très leur indiquent pour ennemis.

(( ... Que peut la tolérance religieuse contre l'am- « bition, l'orgueil et l'avarice des prêtres? Libres de « toute crainte, ils groesissent leur parti des ignorants

1. Grave (Pierre-Marie, marquis de), né le 37 septembre 1755^ mort à Paris le 16 janvier ISâS, mousquetaire , colonel à 27 ans. maré<^hal de camp» ministre le 9 mar» 179â, démissionnaire le 8 mai, décrété d'accusation le 9 août, émigré. Rentré en 1804, il reprit du service en 1809; lieutenant général en 1814, pair de France en 1815, cbeiraliâr d'hoaneur de la duchesse d'Orléans.

« et des faibles qu'ils effraient et de ceux dont ils ont « surpris la bonne foi par des manœuvres ou des « sophismes.

« ... Tant qu'on laissera une libre carrière à leurs « trames perfides, jamais la tranquillité publique ne « se rétablira; Texpérience, qui est plus forte que « tous les raisonnements, le prouve avec évidence. »

En présence d'une agitation si savamment préparée, les roués de la Cour de France pouvaient donc se supposer bien renseignés, quand ils prévenaient leurs amis de Timpossibilité où se trouvaient les troupes de tenir la campagne. A n'entendre que leurs doléances, à ne juger l'armée que sur le papier, bien d'autres auraient pu se tromper. Mais pour se rendre compte des forces d'une nation, il faut avoir autre chose que les yeux d'un sceptique ou l'âme d'un politique. Il faut connaître le peuple; il faut l'aimer, car lui seul, à cette heure de la lutte où tout est sacrifice, sait rendre au centuple l'affection qu'on lui voue. Proudhon Ta dit : « Une nation si corrompue qu'on « voudra ne périra pas tant qu'elle conservera dans « son cœur cette flamme justiciaire et régénératrice « du droit de la guerre. Car la guerre, que la ban- « cocratie et la boutique affectent de prendre pour de « la piraterie, est la même chose que le droit et la « force indissolublement unis. Otez à une nation qui « a enterré toutes ses croyances cette synonymie, « elle est perdue *. »

En effet, ces habiles du pouvoir ne comprenaient rien au mouvement qui les entraînait. Où l'auraientils entrevu? Était-ce au fond de leurs séminaires ou de

Page 1