‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 55 sur 190 · La paix et la guerre, par P.-J. Proudlion · texte numérisé non relu

La paix et la guerre, par P.-J. Proudlion

leurs confessionnaux, autour des tapîs-verts de leurs brelans ou dans les ruelles de leurs petites maisons?

Aussi la désillusion vint vite. Elle fut profonde quand le successeur du ministre vint dire à la Chambre : « On vous a indignement trompés,.. Partout il manque « des armes, des munitions, des habits, des ehevaux <( de peloton, des effets de campement, etc.. Le non « complet des quatre armées pour les seules troupes « de ligne s'élève à plus de quarante mille hommes « et de huit à dix mille chevaux. La plupart des « places sont aussi démantelées qu*en état de paix; « dans la plupart, il n'y a ni approvisionnements ni « munitions de guerre.

« La force des trois armées Lûckner^, La Fayette" « et Lamorlière est de 136 bataillons et de 164 esca- « drons. L'effectif des troupes à pied est de 85.032 « [hommes. Il manque 13.353 hommes'. Celui des « troupes à cheval est de 24.419, avec un déficit de « 3.935. A l'armée de Montesquîou* on compte 31.747 « hommes présents et 4.069 en moins, 3.474 cava- « liers et 328 en moins. Mais de ces forces, il faut « tirer de quoi garder les places, les côtes. U n'a été « désigné pour l'armée que les premiers bataillons de

1. Lûckner (baron de), maréchal de France ; né à Campen (Bavière). Il servit d'abord la Prusse, passa en France en 1763, fut fait maréchal en 1791, condamné et exécuté le 5 janvier 1794.

2. La Fayette (Marie-Jean-Paul-Roch- Y ves-Gilbert-Jlfo^ier, marquis de), né le 6 septembre 1757, au château de Ghavagnac, en Auvergne; mort à Paris, le 19 mai 1834 ; déserta en 1793, ne ren Ira en France qu'après Brumaire, ne fut pas employé; toucha 450,682 francs sur le milliard des émigrés.

3. Montesquiou-Fézensac (Anne P., marquis de), lieutenant général , académicien , Paris, 1741-1798, menin des enfants de France, député en 1789, commande Tarmée de la Savoie,' est dé^ crété d'accusation, se sauve et rentre en France en 1795.

« chaque régiment d'infanterie, qui, avec les com* (( pagnies de grenadiers des deuxièmes bataillons, a ont été portés à 823 hommes et les bataillons d'iaa fanterie légère en entier. La cavalerie n'a que « deux escadrons sur trois, ou trois sur quatre.

iiy ... En résumé , nous possédons sous la toile « 90.S99 hommes, répartis en quatre armées, et (c 87.919 dans les places. » Et, pour compléter ce triste tableau^ Servan de Gerbay* venait dire quelques jours après' : « Les malveillants s'agitent en tout sens pour « multiplier nos embarras. Des mouvements séditieux « se reproduisent autour de la capitale pour empêcher « la circulation des subsistances et faire hausser ie « prix des denrées. Paris est plein d'agitateurs qui « guettent le moment d'augmenter le trouble et pour « en profiter. »

Or, c'était ce moment-là que la Gour allait choisir pour renverser le ministère Girondin et le remplacer par un ministère de droite. C'était à cette heure critique que Montmorin écrivait à l'agent autrichien^ : « ... Il serait bien à désirer que l'on pût être averti « ici quelques jours à l'avance des événements mar- « quants, comme de la publication du manifeste (de « Brunswick) ou de quelque attaque considérable, « afin de prendre des précautions contre le premier « choc, qui est le seul moment du danger. »

1. Servitn de Gerbst^ (Joseph), né à Romans le 14 féyrier 1741, mort à Paris le 10 mai 1808 ; engagé volontaire en 1760, capitaine en 1772, colonel en 179â, maréchal de camp le 8 mai, ministre, quitte le ministère le 18 juin 179Q, y rerient &ia 10 août, démissionnaire le 3 octobre I79â, remplacé patr Pache ; destitué en mai 1703, arrêté pois mis en liberté ; accepta rSmptre.

S. Séance An 4 juin l'WL

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