Mss. Archives de la guerre
3. Truguet (Laurent-Jean-François, comte), né à Toulon, le 10 janvier 1752, mort à Paris, le 26 décembre 1839 ; fils d'un chef descadre; ambassadeur en 1784; ministre de la marine, le V novembre 1795.
exécutif. Arena fut envoyé à Nice où se trouvait déjà son frère. 11 devait accompagner le général Anselme ^.
Pour Paoli, on se borna à réclamer son concours. Truguet lui écrivit : « Le contre-amiral Truguet, « commandant Tescadre de la République, chargé <( d'une expédition en Sardaigne^ vient réclamer avec « confiance le zèle et le patriotisme du citoyen a général Paoli, dont il ne peut se passer pour le <i succès de cette entreprise. L'armée navale a besoin « de rinfluence d'un citoyen général si justement <i révéré par ses compatriotes*... » Sémonville* en faisait autant de son côté : « Le contre-amiral Tru- <( guet s'adresse à vous avec confiance pour obtenir « de la juste influence que vous avez dans votre « patrie, des moyens d'étendre sur nos frontières (t l'empire de la liberté. L'escadre va faire voile pour « la Sardaigne. Elle a besoin, pour assurer ses succès, « des braves concitoyens du général Paoli ; le contre- « amiral sait, comme tous les Français, combien on « est assuré de trouver dans les Corses d'ardents
1. 10 octobre 1792. — Mss. Archives de la guerre. Les instructions furent expédiées le 26 octobre. Elles arrivèrent le 31. Le •duplicata fut envoyé le 31 octobre et parvint à destination, Je 8 novembre.
2. La lettre de Truguet est du 12 novembre ; celle de Sémonville, du 15. L'amiral avait son pavillon sur le Tonnant II avait quitté Toulon le 17 octobre 1792.
3. Sémonville (Charles-Louis Huguet, marquis de), né à Paris, le 9 mars 1759, mort le 11 août 1839. Fils de Huguet de Montaran, secrétaire du roi et du conseil, à Gônes, en 1791 ; arrêté dans les Alpes, le 25 juillet 1793; enfermé trente mois. Sénateur sous l'Empire, comte en 180S, pair de France en 1814, marquis en 1819. Marié à mademoiselle de Rostaing, veuve du comte de Montholon, belle-mère des ftéuéraux Joubert, Sparre et Macdonald.
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« défenseurs de la liberté... » La demande était pressante, la réponse fut ambiguë. « Je garde toujours la « chambre, écrit Paoli à Pache, la fièvre me reprenant "< de temps à autre, et cela fait que je ne puis pas •< m'occuper du service comme je le voudrais. Dans ^< ma précédente lettre, j'ai parlé de la faiblesse de « nos garnisons et de la situation du pays... » Avec le maréchal de camp Anselme ^, il est plus explicite : (( ... Je n'ai, dans mon commandement, que trois n régiments incomplets de troupes de ligne et quatre K bataillons de gardes nationaux plus incomplets c< encore, dont un détachement a déjà rejoint votre v< armée, et dont un autre, beaucoup plus considé- « rable, doit aller au secours de l'expédition du « contre-amiral Truguet»
« Rien n'est prêt pour rartillerie.
« La population de ce département n'est pas conte sidérable... J'ai trop souvent expérimenté la valeur « de mes concitoyens, pour attendre d'eux tous les « sacrifices qu'il est beau de faire pour une si belle c( cause.
« C'est avec une satisfaction extrême que je renie contre en vous, mon cher collègue, un ancien ami <( de la liberté. C'est le titre le plus honorable pour « exiger l'estime des hommes; j'ai combattu pour <( elle. Je lui ai voué ma vie entière ; mon plus grand « bonheur est de voir le spectacle de son triomphe et c( d'y contribuer. » Mais tous ces témoignages se
1. Anselme (Jacques-Bernard-Modeste d'), né à Apt, le 22 juillet 1740, mort en 1810. Colonel de grenadiers avant la Révolution; maréchal de camp en 1791 ; s'empara de Nice et de Villefranche; battu à Sospello; accusé de dilapidation; renvoyé; décrété d'ao cusation, 16 février 1794 ; mis ea liberté après thermidor.
réduisaient evi réalité à une sorte de déclaration d'impuissance. En cela, Paoli avait raison. Ce n'était pas avec dix-huit cents hommes répartis dans les différentes garnisons de File qu'on pouvait tenter inopinément une pareille opération de guerre.
Truguet et Sémonville durent en convenir. Ils se décidèrent à retourner àVillefranche, pour y prendre les troupes de débarquement et le matériel dont ils avaient besoin. Cela fait, ils devaient revenir à Ajaccio, où les attendraient des détachements de chacun des régiments d'infanterie en garnison en Corse, plus le deuxième bataillon de volontaires. Or, ce deuxième bataillon, c'était celui de Bonaparte. La fortune allait-elle donc se déclarer encore une fois en faveur du jeune officier?
Paoli aurait pu agir à son égard, comme il l'avait fait pour Arena, c'est-à-dire le renvoyer tout simplement à son corps, au camp de Braous. Il paraît même en avoir eu l'idée. En qualité de commandant de la vingt-troisième division, c'était son droit. Mais Bonaparte n'était pas homme à résister à l'orage. Violent avec les faibles, il pliait devant ceux qu'il ne réussissait pas à intimider; il est vrai qu'il ne leur pardonnait jamais. Mis en demeure de prendre une décision, il s'excusa donc, protesta de son dévouement, fit agir ses amis, ses parents, le maréchal de camp Casabianca, et finalement réussit à obtenir son maintien pro\isoire et l'autorisation de faire partie de l'expédition.
Depuis l'équipée du mois d'avril précédent, le deuxième bataillon de volontaires se trouvait dispersé. Gomme l'embarquement devait avoir lieu à Ajaccio, les divers détachements reçurent l'ordre de
se réunir à Mezzena, puis aux portes même de la ville, au couvent des Capucins, mais avec défense expresse d'entrer dans Ajaccio, afin d'éviter tout nouveau conflit avec les habitants.
A l'armée du Var on pressait également les préparatifs, autant du moins que le permettait l'organisation défectueuse des forces françaises. Faute
d'hommes, on avait convoqué six bataillons da gardes nationaux du Midi ^ représentant un effectif d'environ quatre mille jeunes gens, dépourvus de toute espèce d'instruction militaire. Le golfe Jouan était le point de concentration*; le 7 décembre, la date fixée.
La flotte tout entière se trouvait à Yillefranche. Elle comprenait deux escadres, un convoi et des transports. La première,- conduite par Truguet, se composait^ de trois vaisseaux, de cinq frégates et de deux bombardes. La seconde, commandée par M. de La Touche-Tréville*, était forte de dix vaisseaux, de deux frégates et de deux bombardes. Convoi, transports et bataillons du Midi demeuraient sous la di-
1. Ces six bataillons étaient ceux de Martigues, de Luberon, de Vaucluse^ de Tarascon^ plus les deux, dits de la phalange^ Marseillaise.
2. Mss. Archives de la guerre. — Ordre de M. de Saint» Martin, chef d'état-major du général d'Anselme.
3. Vaisseaux : Le Tonnant, de 80 ; le Centaure, de 80 ; VÂpolloUf de 74 ; le Vengeur, de 74.
Frégates : Ylris, la Vestale, la Sensible, VAréthiise et la Perle,. de 40.
4. La Touche-Tréville (L.-R.-Madeleine Levassor de), viceamiral, député de la noblesse pour le bailliage de Montargis,. puis conventionnel; né à Rochefort en 1745; capitaine de vaisseau en 1781 ; contre-amiral en 1791 ; commandant de la flottillede Boulogne en 1801; mort en mer, sur le Bucentaure, en 1804.^
rection des deux Arena et du maréchal de camp- Dhiller.
La Touche-Tréville devait se montrer successivement dans les eaux d'Oneille, de Gênes et de Livourne. A Naples, il avait ordre d'exiger une réparation éclatante des insultes faites au pavillon français. De son côté, Truguet comptait, en attendant le* convoi, revenir à Ajaccio pour y prendre les troupes promises. Le rendez- vous général était dans le golfe de Palma, d'où l'on comptait cingler vers Gagliari.
Le 10 décembre, en effet, Truguet écrivait au ministre : « La division aux ordres du capitaine La « Touche est déjà sous voile pour se rendre à sa- « destinalion et j'appareille moi-même avec la petite « division que vous m*avez réservée pour aller con- « quérir la Sardaigne... J'espère avoir bientôt de» « nouvelles satisfaisantes à vous annoncer sur le* « succès de l'expédition, expédition dont j'avais cal- « culé tous les avantages et les difficultés, sans m'at- « tendre néanmoins que j'aurais à triompher dans « l'exécution de quelques entraves sur lesquelles mon « patriotisme et mon zèle ne me permettent point de^ « réfléchir... »
Tout cela était superbe, mais avait un inconvénient, celui d'être irréalisable, comme tous les projets basés sur la réunion à jour fixe d'éléments soumis à autant d'imprévu que des bâtiments naviguant à la voile, à cette époque de l'année. «L'expédition pour- « rait être beaucoup mieux combinée, dit en effet « Paoli. Ceux qui' s'en sont mêlés directement ont *< exagéré de beaucoup les ressources de ce dépar- ** tement. Leur zèle, qui était plus étendu que leurs V connaissances militaires, les a trompés sans douter
« quand il s'agit de combattre, il faut des choses « réelles; l'enthousiasme ne peut suppléer à tout'...» Le reproche était bénin. 11 ne devait être que trop mérité. En effet, Arena écrivait au ministre* : « Le « général d'Anselme m'a chargé aujourd'hui de pré- « venir le contre-amiral Truguet qu'il est dans l'im- « possibilité de fournir les troupes nécessaires à « l'expédition de Sardaigne.
« Les Marseillais manquent de fusils ; il n'y en a « que mille armés.
« Le biscuit qui avait été préparé est pourri.
a II n'y a pas d'argent en caisse pour avancer aux « soldats qui doivent s'embarquer. »
A Ajaccio, le mécompte était tout aussi grand. Par suite du gros temps, la flotte n'avait pu arriver que le 15 décembre. En route deux bâtiments s'étaient perdus, la Perle et l'Aréthuse. En entrant dans le port, le vaisseau le Vengeur avait échoué.
Un conflit survenu entre les volontaires Corses et les matelots compléta le désordre. « Ces jours der- « niers, écrit Peraldi*, il est arrivé un malheureux « événement qui a infiniment affligé tous les pa- « triotes. Deux bons patriotes volontaires nationaux « ont été victimes de l'égarement de plusieurs sol- « dats de la garnison et matelots de l'escadre... » En ville, l'effet avait été déplorable. Volontaires, habitants et paysans ne parlaient de rien moins que de mas-
1. Mss. Archives de la guerre. — Lettre de Paoli à PachCf décembre 1792.