‹ Bonaparte et son temps, 1769-1799Chapitre 77 sur 190 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

28 viTBin 1793 - 11 ivik 1793.

MM&PABTB, CtPITAin iXI 4* rAgIMBIIT d'aBTILLUIB*

Situa ion délicate de BoDaparte en Corse. — Sod régiœeut est en campagne. «^ DWision des esprits en Corse. — Les députés Corses à la Convention . — Attitade de Paoii. — Démarches tentées par Constantini et Salicelti en faveur de la Corse et de Paoli. •— Mission de Lacombe Saint-Michel, 11 février 1793. — Mauvais effet qu'elle produit. — Paoli, lieutenant général, est placé sous les ordres du commandant en chef de l'armée d'Italie.— Nomination do duc de Biron à l'armée d'Italie. — Il demande à Pache des instructions pour la conduite qu'il doit tenir à l'égard de Paoli. — Ordre à Paoli de se rendre à Nice. — Refus de Paoli. — Enyoi des commi^aires Salicetti, Deicher et Lacombe Saint-Michel en Corse. — Leur arrivée à Bastia, 6 avril. — Plaiûtes de PaoU. — Entente de Salicelti avec Paoli. — Décret contradictoire de la Convention, provenant du croisement des dépèches et des réclamations de Biron. — Paoli appelé à la barre de la Convention. ~ Surexcitation générale produite par la nouvelle de cette mesure, 17 avril, ■* Premiers mouvements insurrectionnels à Calvi. — Adresse de la municipalité d'Ajaccio. — Adresse de Bonaparte. — Lettre de Paoli à la Convention, 26 avril. — Adresse du directoire du département. — Envoi de délégués Corses à Paris. — Ils arrivent à Paris, le 23 mai. — Patriotiques efforts de Constantini et de Ferraiidi pour arriver à une conciliation. — Séance du 29 mai à la Convention. — Succès de Constantini. — Rappel du décret du S avril, le 5 juin — Envoi de deux nouveaux commissaires extraordinaires, ^ et Autiboul; leur départ, 7 juin.— Leur arrestation à Aix, par les . royalistes.

Evénements surrenus dans l'intervalle en Corse. — Bonaparte se déclare l'adversaire de Paoli. — Son entente avec Salicelti. — > Il obtient le titre provisoire d'inspecteur général de l'artillerie de Corse. — Ses tentatives nr la citadelle d'Ajaccio. — Son iosuiscès. — Il est appelé à Corté. — Sa ^te à Bastia. — Son arrivée dans cette ville, 10 mai. — Son plan d'attaque contre Ajaccio. — Ce plan est adopté par les commissaires. — Mesures prises par les commissaires. — Mesures contraires prises par PaoU et par te Conseil général. — Convocation d'une Consulte pour le 26 mai«

f3G BONAPARTE EN COUSE.

Expéditioa d'Ajaccio. — Départ de Teicadrille le 22 mai. •> Elle n'arme devant Ajaccio qae le 29 mai. — Dispositions défensives prises par Taoli et par les Ajaceiens. — Ordre d'arrestation de la famille Bonaparte. — Sa fuite. — Erreur de Bonaparte. — Mauvais acceuil fait aux troapes françaises. — Débarquement et situation fâcheuse du corps expéditionnaire. — Insuccès et départ, le il juin.— Arrivée à Calvi. — Bonaparte y trouve sa famille. — Son fameux mémoire à la Convention.

Triste effet produit par ces événements. — Opinion des hommes sensés sur les événements de Corse. — Rapports de Constantini,de Barère, de Saint- Martin, de Lacombe Saint>Michel — Séance du i% juin. — Proposition de Barère — Continuation du mouvement en Corse. — Hésitations de Paoli. — Arrivée de Salicetti et de Delcher à Paris. 1 0 juillet. — Séance du 17 juillet. — Décret de proscription. — Kesponsabilité de Bonaparte.— Son départ pour la France, en compagnie de sa famille, le 11 juin 17931.

Nous arrivons à Tune des périodes les plus compliquées et les plus tristes de cette étude historique, triste pour la Corse, triste surtout pour Bonaparte, en raison du rôle étrange qu'il a joué.

En débarquant à Bonifacio, Bonaparte et ses compagnons d'armes avaient eu connaissance de graves événements : la condamnation et la mort de Louis XVÏ, la déclaration de guerre à l'Angleterre, l'envoi dans l'île d'un commissaire extraordinaire de la Gonven-

1. Événements politiques, — !•' février 1793, déclaration de guerre à TAnfrleterre et au Stathouder. — 4 février, le comté de Nice dev ent département des Alpes-Maritimes. — 7 mars, déclaration de guerre à l'Espagne. Formation de la coalition. — 23 mars, l'évêché de Bâle devient département du Mont-Terrible.

— 26 mars, établissement du Comité de Sûreté générale. — 28 mars, création du tribunal révolutionnaire. La guerre civiU en Vendée. Déclaration de Dumouriez contre la Convention.

— !•' avril, Dumouriez fait arrêter quatre conventionnels et le» livre à l'ennemi. — 3 avril, Dumouriez passe à l'ennemi. — 6 avril, établissement du Comité de Salut public. — 31 mai, arrestation des Girondins. — 2 juin, arrestation de Lebrun et de Glavière.

Ministres de la gueiw. — Poche, du 18 octobre 1792 au 4 février 1793. — De Beurnonville, du 4 février 1793 au 30 mars.

— Lebrun, du 30 mars au 4 avril. — Bouchofte^ du 4 avril 1793 au 18 avril 1794.

tion, la subordination des troupes de la vingt-troisième division et de leur général au commandant en chef de l'armée d'Italie, là suppression des lieutenants-colonels et le remplacement des quatre bataillons de gardes nationales volontaires corses par quatre autres d'infanterie légère, dont les officiers seraient au choix du Conseil exécutif provisoire.

Ces nouvelles produisirent des impressions diverses, suivant les intérêts qu'elles mettaient en jeu. Le licenciement des volontaires surtout causait une vive émotion. Cette mesure privait en effet nombre de jeunes hommes d'une situation relativement avantageuse, puisqu'elle leur permettait de faire leur service dans leur propre pays et d'y posséder une réelle autorité. Pour Bonaparte, la position devenait particulièrement délicate. S'il s'associait aux projets de résistance annoncés par ses camarades, il se trouvait en opposition avec les ordres émanant de la Convention. Dès lors, il se voyait rejeté dans le parti de Paoli. Or, à la suite de ses démêlés avec celui-ci, il s'était déclaré l'ardent admirateur du conventionnel Salicetti. Il lui avait écrit pour le féliciter de son élection, et ce dernier lui avait répondu, en le remerciant de ses vœux : « ... Vous pouvez ici compter complètement sur moi, « et peut-être ne vous serai-je pas tout à fait inutile. » D'autre part, s'il reniait Paoli et les indépendants, s'il se faisait le serviteur de ces Français, maudits si souvent par lui dans ses discours et dans ses lettres, il abandonnait par cela même la cause de sa patrie, cause qu'il soutenait avec tant de violence depuis quatre années. Enfin, s'il regardait comme acquis le décret relatif au licenciement des gardes nationales, il devait rejoindre immédiatement le

quatrième d'artillerie. A ce point de vue même, il avait plus d'un tort à se reprocher. Son régiment était en campagne depuis cinq mois et demi. C'était dans la deuxième quinzaine de septembre que Taile droite de l'armée des Alpes, prenant le nom d'armée du Var et placée sous les ordres du général d'Anselme, avait envahi le comté de Nice. Depuis lors, bien ^des mouvements avaient eu lieu. A l'heure présente, sa nouvelle compagnie, commandée par le capitaine La Pujade, était détachée à trois lieues du camp des Fourches, en face de celui de Braous occupé par les Sardes.

Pour un homme qui n'avait d'autre guide que son intérêt personnel, le cas était embarrassant. Pour un officier le devoir semblait tout tracé : c'était de rejoindre ses camarades au champ d'honneur. Bonaparte n'en fit rien. Il commença tout d'abord par abandonner son bataillon 'comme il avait laissé son régiment, et revint chez lui avec l'intention bien arrêtée de ne pas rentrer en France. Quel rôle rêvait-il de jouer?

A Ajaccio, la confusion était extrême, la désunion flagrante et la guerre civile à l'état latent. Cette situation était du reste celle de l'île entière. Un bouleversement général se produisait dans la classification des partis. Royalistes et cléricaux se tournaient vers les Paolistes, c'est-à-dire vers les indépendants purs, tandis que les libéraux paraissaient chercher leur point d'appui en France. Une sorte de fatalité, une des plus bizarres que l'histoire ait à enregistrer, et due en grande partie à des croisements de dépêches et à des pertes de temps occasionnées par la distance, allait rendre cette crise inévitable et funeste.

La Corse avait eu à choisir six députés pour la Convention. Elle avait élu Salicetti, Multedo, Luce Gasabianca, Andrei, Bozzi et Ange Chiappe^ Ces deux derniers appartenaient à la partie modérée de TAssemblée. Dans le procès du roi, ils avaient voté contre la peine de mort. L*abbé Andrei, ancien secrétaire de Paoli pendant son exil à Londres, était avant tout l'homme lige de son chef. Multedo, L. Casablanca et Salicetti se montraient au contraire ardents patriotes. De tous, Salicetti se trouvait le plus capable. Son autorité était réelle. Pendant les loisirs que lui avait faits la session de la Législative, il avait repris ses fonctions-de procureur-syndic du département. Dans cette position, en contact constant avec Paoli, il avait pu apprécier les merveilleuses qualités de ce vieillard de soixante-huit ans, vivant de sa gloire passée et quelque peu ému des nouveautés dont la France lui donnait le spectacle, et dont il ne pouvait saisir les nuances et apprécier nettement les causes.

« La conduite du général, écrivait Constantini *, est « et sera toujours celle de l'homme de la patrie et « d'un véritable défenseur de la Constitution qu'il a « juré de maintenir. Tout ce que ses ennemis peuvent « alléguer pour jeter de la défaveur sur ses intentions,

1. Tous, au début, logèrent rué des Moulins, à cet hôtel des Patriotes Hollandais qu'avait habité Bonaparte. Plus tard, ils se séparèrent. Bozzi alla demeurer rue des Moineaux, chez le perruquier. Casablanca, Salicetti et Multedo, à T Hôtel Marigny rue Froidmanteau, n" 67, où se trouvait Buonaroti. André rejoignit Paoli. Chiappe resta seul rue des Moulins.

Andrei (Antoine-François), est né en 1740; mort en 1800. Il fut nommé député à Bastia en 1792. — Girondin. — Arrêté le 31 mai. — Mis en liberté. — Député aux Cinq-Cents.

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