Moniteur universel. — Séance du 2 avril
Rapport d'Escudier, — Proposition de Cambon.
Escudier (Jean-François), né à Pellissane (Provence) en 17G0, mort avril 1810. —Juge de pahc à Toulon, en 1792, conventionnel en 1792, vota la mort; arrêté au 1" prairial, amnistié au 4 brumaire, rentra dans la vie privée, médecin, exilé le 12 janvier 1816, ren'.ré en 1818.
« de Paoli par tous les moyens possibles et ie trace duire devant la Convention, ainsi que le procureur- « général-syndic du département. » La nouvelle parvint à Bastia, le 17 avril, le lendemain même du jour où Salicetti, nous l'avons vu, exprimait l'espoir d'un arrangement. Elle causa un douloureux étonnement chez les Commissaires, de la stupeur à Corté, une explosion de colère dans toute l'île.
Ce que Salicetti avait voulu éviter, arrivait. Royalistes et fanatiques allaient faire cause commune avec les indépendants. Dès le 18, le maire de Calvi et le lieutenant-colonel dii troisième bataillon de volontaires, Murati, prenaient les armes et attaquaient les troupes françaises qui s'y trouvaient en garnison. L'Ile- Rousse et la Porta d'Ampugnani suivaient le mouvement, sous l'impulsion de Panattieri \ A Ajaccio, l'enthousiasme en faveur de Paoli était le même. Il s'y manifesta de façon différente. Au club des modérés, Peraldi fît voter à l'unanimité une adresse de dévouement à la Convention :
« Au nom de cette cité fière et glorieuse de sa conduite « patriotique, pendant le cours de la Révolution, et dans « les temps les plus critiques et les plus périlleux; au nom « de la Société et des amis incorruptibles de la Liberté et « de l'Égalité ; comme mandataires des sept cents citoyens « qui la composent, nous venons avec confiance, en prc- « sence de l'administration supérieure, pour démentir « hautement les noires calomnies que l'on a vomies contre « le peuple Corse, contre l'administration qui a toujours
l. Salicetti et Lacombe Saint-Michel au général Maudet^ 17 avril. — Le général Maudet aux Commissaires , 23 avril. — — Mss. Archives de la guerre.
« été fidèle à ses devoirs, contre le citoyen général Paoli « qui, malgré soq grand âge et son mérite a été la victime « des complots audacieux de ces imposteurs, lui qui aurait « dû trouver autant de défenseurs qu'il y a d'amis de la « Liberté et de la vertu. »
A la Société populaire, Bonaparte ne se montra pas Tun des moins zélés dans cette sorte d'appel à la bonne foi de la grande Assemblée. Ce fut lui qui rédigea l'adresse, et quelle adressé!
a Représentants,
« Vous êtes les vrais organes de la souveraineté du « peuple. Tous vos décrets sont dictés par la nation, ou « immédiatement ratifiés par elle. Chacune de vos lois est « un bienfait et vous acquiert un nouveau titre à la « reconnaissance de la postérité, qui vous doit la Répu- « blique, et à celle du monde, qui datera de vous sa « liberté.
« Un seul de vos décrets a profondément affligé les « citoyens de la ville d'Ajaccio; c'est celui qui ordonne à « un vieillard septuagénaire, accablé d'infirmités, de se « traîner à votre barre, confondu un instant avec le « scélérat corrupteur ou le vil ambitieux.
<( Paoli serait-il donc corrupteur ou ambitieux?
«Corrupteur! et pourquoi? Est-ce pour venger la « famille des Bourbons, dont la perfidie politique accabla « sa patrie de maux et l'obligea à l'exil? Mais ne vient-elle « pas de périr avec la tyrannie, et ne venez-vous pas « d'assouvir son ressentiment, s'il en conserve encore, « dans le sang de Louis?
« Corrupteur! et pourquoi? Est-ce pour rétablir Taris- « tocratie nobiliaire et sacerdotale? Lui qui, dès l'âge de « treize ans... lui qui, à peine arrivé à la tête des affaires, « détruisit les fiefs qui existaient et ne connut d'autre
« distinction que celle de citoyen? Lui qui lutta, il y a « trente ans^ contre Rome, et fut excommunié, s'empara « des biens des évêques, enfin qui donna, après Venise... « en Italie
«Corrupteur! et pourquoi? Pour donner la Corse à « l'Angleterre, lui qui ne l'a pas voulu donner à la France « malgré les offres de Chauvelin, qui ne lui eut épargné « ni titres ni faveurs!
« Livrer la Corse à l'Angleterre! Qu'y gagnerait-il, de « vivre dans la fange de Londres? Que n'y restait-il pas « lorsqu'il y était exilé?
« Paoli serait-il ambitieux? Si Paoli est ambitieux, que « peut-il désirer de plus? Il est l'objet de l'amour de ses « compatriotes, qui ne lui refusent rien ; il est à la tête de « l'armée et se trouve à la veille de devoir défendre le « pays contre une agression étrangère.
« Si Paoli était ambitieux, il a tout gagné à la République,
« et, s'il se montre attaché à lors de la constituante,
« que ne doit-il faire aujourd'hui que le peuple est tout?
« Paoli ambitieux ! Représentants, lorsque les Français « étaient gouvernés par une cour corrompue, lorsqu'on « ne croyait ni à la vertu ni à l'amour de la patrie, l'on a « dû sans doute dire que Paoli était un ambitieux. Nous*. « avons fait la guerre aux tyrans; cela n'a pas dû être « pour l'amour de la patrie et de la liberté, mais par « l'ambition des chefs ! C*est donc à Coblentz que Paoli « doit passer pour ambitieux; mais à Paris, dans le « centre de la liberté française, Paoli, s'il est bien « connu, sera le patriarche de la liberté, le précur- « seur de la République française; ainsi pensera la « postérité, ainsi le croit le peuple. Rendez-vous à ma « voix; faites taire la calomnie et les hommes profondé- « ment pervers qui l'emploient.
« Représentants ! Paoli est plus que septuagénaire, il est « infirme : sans quoi il serait allé à votre barre pour con- K fondre ses ennemis. Nous lui devons tout, jusqu'au bon-
« beur d'être République française, fl jouît toujours de « notre confiance. Rapportez, en ce qui le concerne, votre « décret du 2 avril, et rendez à tout ce peuple la jdie... »
A Gorté, également, les membres du directoire, et particulièrement Pozzo di Borgo, se montrèrent inquiets des conséquences d'une scission définitive avec la France. Ils prirent la résolution de tenter un nouvel effort, en vue d'une conciliation. Malheureusement, dans cette afTaire du décret survenant au lendemain de la démarche de Salicetti, ils crurent voir un acte de préméditation de la part des Commissaires. Il en résulta qu'au lieu de s'adresser directement à eux et de communiquer par leur intermédiaire avec la Convention, ce fut à la Convention même qu'ils en appelèrent.
Le 26 avril, Paoli lui fit parvenir une lettre fort digne : « ... Au reste, disait-il pour terminer, si cette « prétendue influence est un délit, si vous croyez, « citoyens représentants, que pour la paix et la sûreté « de ce pays et pour raffermir en Corse la liberté et « l'égalité, il soit nécessaire que ma présence ici ne « donne plus de prétexte de haine, de défiance et de « jalousie, parlez et je m'éloignerai, sans murmurer, « de mon pays, que ma vie et mon nom ont honoré. « Je compléterai, par ce nouveau sacrifice, ceux que « j'ai eu la satisfaction d'offrir à la patrie et à la « Révolution, emportant avec moi la seule consolation « du reste de mes jours, l'estime, les souhaits de mes « compatriotes, enfin une conscience pure et exempte a de tous reproches. » Le même jour, le Conseil envoyait deux députés extraordinaires, MM. Marsili et Berthola» avec mission de protester de leurs senti-
îî5-2 BONAPARTE EN CORSE.
menlâ de dévouement à la République française. Ils invitaient également deux autres de leurs concitoyens, MM. Constantini et Ferrandi, alors en France, à se constituer leurs défenseurs auprès de la Convention. L'un était l'auteur du premier projet d'expédition en Sardaigne ; le second, frère de l'un des administrateurs du directoire, avait rang de lieutenant-colonel au deuxième régiment d'infanterie, alors à l'armée du Nord. « Leurs vertus civiques, disait la protestation, « leur ardent amour pour le pays, leur profond atta- «. chement à la République, prouvé par des services « multiples et non interrompus, répondent au Conseil « général de la confiance qu'ils doivent inspirer. » Ces messieurs, en efret, surent se montrer dignes du choix qu'on avait fait d'eux. Dans ces tristes circonstances, ils déployèrent un zèle vraiment touchant. Mais, cette fois encore, une sorte de fatalité implacable devait s'opposer au bon effet de ces démarches. Les émissaires de Paoli furent arrêtés ,jrun àBastia, l'autre à Marseille. Quant aux dépêches émanant du Conseil, elles n'arrivèrent à Paris que le 23 mai, le jour même où la Convention, sur la proposition de Barère, votait une adresse aux Corses ^