PROSODIE
chaque strophe commence par une rime féminine pour se terminer par une rime masculine.
Il évite aussi, par une naturelle délicatesse d*oreille, les consonnances de rimes masculines et féminines entre le dernier vers d*une stance et le premier de la stance suivante.
Ce qui manquait donc à Des Periers, ce n'était ni Tin* stinct prosodique, ni la facilité à couler sa pensée dans le moule de Tode. Il en avait pressenti les règles et s*y serait aisément soumis. Mais ces règles n'existaient pas encore; et c'est à Malherbe que devait revenir l'honneur de les imposer.
Enfin, Bonaventure avait dû s'essayer dans la poésie dite mesurée où l'on cherchait à reproduire avec la langue française les rhythmes latins. En effet, ce n'est pas, comme on le croit communément, Etienne Jodelle qui fut l'inventeur de ce genre qu^mitèrent Denisot et Pasquier. Avant eux, un petit poste, aujourd'hui oublié, Mousset^ traduisit en vers mesurés VIliade et VOdyssée. D'Aubigné ^ dit que cette traduction remonte à environ cent ans en arrière, et en cite le premier vers :
a Chante, déesse, le cœur furieux et Tire d*AchilIes. »
Mais ce qui nous intéresse davantage, c'est la note sui« vante de Prosper Marchand ' :
a Un seul auteur, dit-il, imita alors Mousset, et est resté (c à cet égard aussi inconnu que lui. Cet auteur est le fa* « meux Bonaventure Des Periers, dont le Cymbalum a fait « autrefois tant de bruit dans le monde, mais dont on n'a
* Petites Œuvres mêlées^ p. 126. Éditées chez Pierre Aubert, 1630.
> Dictionnaire historique, t. II, p. 79, A. Voy. auMi E. Egger. Hellénisme en France, I. I, p. 274, et Œuvres de B. Pasquier, éd. L. Feugère, II, p. 79, note.
170 fiONAVENTURE DES PERIERS.
« pas même connu les vers mesurés. Des Accords est le « seul que je sache qui en ait parlé. Encore ne Ta-t-il fait « qu'en deux mots et simplement, par occasion. Voici ce « qu'il en dit :
« Bonaventure Des Periers, Arnay-le-Duchois, s'en est « voulu mesler (de faire des vers mesurés) en la traduction « de quelques vers d'Horace; comme aussi de noire temps a quelques-uns qui ont voulu réformer notre poésie selon (( les quantités et mesures latines. Mais cela est si froid que (( rien plus, et il est bien asseuré que telles œuvres ne vice vront pas. Je ne dis pas que pour plaisir et pour dompter « la romaine arrogance, nous n*cn puissions faire par forme (( d'esbat, et je suis de Topinion de Belleau qui disait qu'il « on fallait faire pour dire : J'en ai fait, mais ce n'est nul « grand cas. Nous ferons toujours nos vers rimes, car sans u rimes ils ne sauraient être vers. »
(( Quelque superficiel et badin que fût Des Accords, cona linue Prosper Marchand, il a très-judicieusement pensé u à cet égard ; et il est très-honorable pour lui que dans (( ces derniers temps, nos plus habiles gens aient pensé de u même. »
Le savant commentateur ajoute que les essais de poésie mesurée de Bonaventure n'ont pas dà être imprimés et ne sont pas parvenus jusqu'à nous.
Résumons brièvement et d'une façon méthodique les traits principaux de la prosodie de Des Periers.
Il a employé presque toutes les sortes de rAy /Ames. Cependant, il préfère à Valeœandrtn le vers de dix syllabes. 11 observe la césurey s'interdit les coupes féminines et, suivant Tusage des poètes du temps, enjambe volontiers d'un vers âurraulre. En g(^néral, chez lui, la rime esl riche. Elle est