‹ Bonaventure Des Periers: sa vie, ses poésiesChapitre 7 sur 43 · BONAVENTURE DES PERIERS A CLAUDE DE BECTOZ · texte numérisé non relu

BONAVENTURE DES PERIERS A CLAUDE DE BECTOZ

Qui cèlera l'affection

Qui souffrir ne peut fiction,

Et faict un cœur tant enflammer

Ne sçaurait Ion, sans mal aymer?

Hélas! amour, bien le savez Que contenter vous ne pouvez.

Sans me faire désestimer :

Ne sçaurait Ion, sans mal aymer?

Le mien désir me faict querelle, La crainte me trouve rebelle,

> Vol. Rothschild^ p. 63.

Tous deux vont mon cœur entamer :

Ne sgaurait Ion sans mal aymer?

Raison ne veult que j'y consente; L'amour me force et me tourmente.

mort, venez moy consommer :

I Ne sçaurait Ion sans mal aymer?

Je crois qu'ouy : car vray honneur De passion est le vainqueur :

Parquoy devons tous présumer Que l'on peut bien sans mal aymer.

Mais Claude, dans une réponse pleine d'un malicieux scepticisme, montre au poêle qu'elle ne se méprend pas sur ses intentions, et qu'elle connaît assez le monde pour savoir se mettre en garde contre les attaques de son trop terrestre amour.

RESPOxNSE DE CLAUDE DE BECTOZ A DES PERIERS'.

Quand vous verrez un serviteur De plus d'une solliciteur Tascher à toutes enflammer, Il ne sçaurait sans mal aymer.

Quand vous le verrez trop bien dire, Du cœur et de la bouche rire, En lieu de se plaindre et pasmer, II ne sçaurait sans mal aymer.

Quand il entre seul voulentiers En un lieu, sans second ni tiers, Et tâche à tous les huis fermer, Il ne si^aurait sans mal aymer.

I Quand il ne se peut appaiser, < Que par toucher ou par baiser, I Qu'il sçait seulement estimer, l II ne sçaurait sans mal aymer.

Quand sa main trop lëgière et preste En lieu de prière el requesto De tout prendre ose présumer, Il ne sçaurait sans mal aymer.

1 Vol. Rothschild, p. 64.

« Il ne sçaurait sans mal aymer »,

a répondu Claude, mais Tamoureux ne se décourage pas. On pourrait bien sans mal aymer, reprend-il ; seulement, il joue sur les mots; et le mal signifie cette fois les chagrins que lui causera son amour.

« De vostre gré l'amer me sera doulx »,

écrivait-il peu de temps avant. Cette même pensée glisse encore de sa plume, et donne à la dernière strophe de la pièce une douce mélancolie.

Voici ces vers, qui se trouvent du reste dans le Recueil des Œuvres :

CHANSON A CLAUDE BECTONE, DAULPHINOISE ».

Si Amour n*estoit tant volage Ou qu'on le peust voir en tel aage Qu'il sceust les labeurs estimer.

On pourroit bien sans mal aymer.

Si Amour avait congnoissance De son invincible puissance.

Laquelle il oyt tant reclamer, On pourroit bien sans mal aymer.

Si Amour descouvroit sa veue Aussi bien qu'il faict sa chair nue, Quand contre tous se veult armer.

On pourroit bien sans mal aymer.

Si Amour ne portoit les flèches Dont aux yeux il faict maintes brèches Pour enQn les cueurs consommer.

On pourroit bien sans mal aymer.

Si Amour n'avoit Testincelle, Qui plus couverte et moins se celle. Dont il peust la glace enflammer, Ou pourrait bien sans mal aymer.

Si Amour, de toute coustume, Ne portoit le nom d'amertume

' Hecueil des (ouvres, éd. Lacour, t. I^ p. 16S.

Et qu'en soy n*eùt un doux amer, On pourroit bien sans mal aymer.

lis Claude ne répond pas aux plaintes de son ami ; ses derniers vers, elle lui reprochait Tallure trop libre m amour. Pourquoi la sympathie du cœur ne lui suflît- )as? C'est l'éternel reproche féminin, et c'est encore qu'elle fait au poëte, mais d'un ton moins sévère et erce une gracieuse coquetterie.

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