‹ Bonaventure Des Periers: sa vie, ses poésiesChapitre 9 sur 43 · CHANSON DE CLAUDE DE BECTOZ · texte numérisé non relu

CHANSON DE CLAUDE DE BECTOZ

Quand vous voyez que restincelle De chaste amour soubz mon esselle Vient tous les jours à s'allumer, Ne me devez-vous bien aymer ?

Quand vous mQ voyez toujours celle Qui pour vous souffre et son mal cèle, Me laissant par luy consumer, Ne me devez-vous bien aymer ?

Quand vous voyez que pour moins belle Je ne prends contre vous querelle.

Mais pour mien vous veux réclamer, Ne me devez-vous bien aymer?

Quand pour quelque autre amour nouvelle Jamais ne vou^ sera y cruelle, Sans aucune plainte former, Ne me devrez- vous bien aymer ?

Quand vous verrez que sans cautelle Toujours vous auray esté telle Que le temps pourra affermer, Ne me Jevrez-vous bien aymer ?

Cette louable résignation est de courte durée. L'ingrat à qui elle écrivait naguère :

Serve me rend votre perfection,

a perdu ses droits à Tinduigence.

Désormais, s'écrie Claude :

(c La belle me semblera belle, <i La layde se semblera telle, o Et le doulx doulx, Tamer amer, a Amy, je ne veux plus aymer. »

Le temps est fini où Tamertume avait son charme. La jalousie même a fait place à T indifférence, et la folie, à la raison.

> VoL Rothschild, p. 65.

CHANSON DE aAUDE DE BECTOZ*.

Puisque nouvelle affection

A vaincu la perfection

Qui mon cœur peut seule enflammer,

Amy, je ne veux plus aymer.

Je ne veux plus que Ton me voye Porter ennuy et faindre joye, Mal recueillir et bien semer. Amy, je ne veux plus aymer.

Désormais en ma fantaisie N'entreront peur ne jalousie Qui mon cœur puissent entamer.

Amy, je ne veux plus aymer.

Désormais, de sainct jugement Je pourra y jurer franchement Le faulx et le vray affermer.

Amy, je ne veux plus aymer.

I La belle me semblera belle,

La layde me semblera telle,

Et le doulx doulx, Pâmer amer.

\ Amy, je ne veux plus aymer >.

• Ne me faictes plus remontrance Que c'est de foy ou de constance, Ces deux m'ont cuydé consommer.

Amy, je ne veux plus aymer.

Amour peut estre en autre endroit, Sera servy à meilleur droit.

Mais j'ay bien de quoy les blasmer.

Amy, je ne veux plus aymer.

Qu'il face s'il est si. grand Dieu Que deux ayment en meilleur lieu Et contons se puissent nommer, Alors vous me verrez aymer.

Qu'il donne à la terre clarté Et au ciel noir obscurité, Asseurance en la haulte mer, Alors vous me verrez aymer.

* Vol. Rothschild, p. 66.

Les strophes suivantes (?o1. Rothschild , p. 67) sont intitulées : Eéponse, Nous

|1 insiste, le pauvre poêle éconduit. Malgré tant de rigueurs,

<( II ne se peut garder d'aymer »,

et se souvenant de cette demande qu'on lui faisait autrefois :

« Ne me devez-vous bien avmer? »

il y répond; à Ten croire, il n'a que trop aimé; il en souffre «ujourd'hui :

Nonobstant sa grand' cruauté, Je voy en elle une beauté Qui vient tout mon cœur enflammer, Je ne me puis^garder d'aymer.

Son parler est bien rigoreux, Mais la grand doulceur de ses yeux Me font on amour allumer.

Je ne me puis garder d'aymer.

Puis elle dit : N'aymez-vous pas?

Moy d'aymer je me trouve las, Je voy ma queslo consonmier, Je ne me puis garder d'aymer.

Non, ces beaux serments de constance ne peuvent faire oublier à Claude les humiliations que son cœur a subies. Et, repoussant encore Bonaventure, elle fait une nouvelle allusion à ce Maître mystérieux dont elle disait :

« Un et môme mai^tre <c Cause mon ennuy. »

Fiction, nous l'avons dit; ce maître, cet ami, c'est le devoir, la Divinité, le Christ auquel elle est fiancée par un vœu éternel.

Ifg croyons la suite des précédeotesy comme le porte rédltion de P. Currozct, 1&48, le lAvre de diverses pièces, f. 76, v«; Arsenal, 11936. * Vet. RoUnohiMyp. 68.

<x Je ne sçauray qu un seul aymer. »

Au6si bien son dernier mot est-il un adieu.

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