‹ BonaventureChapitre 5 sur 42 · SCENE IV · texte numérisé non relu

SCENE IV

BONAVENTURE. seul.

Encore carotie! toujours carotte! ce nom de légume qu'on me prodigue sans cesse me donne des vertiges. Ah çà, mais elle est donc bien horrible, ma teignasse? consultons encore le miroir de celte fontaine. (// s'y regarde.) Le fait est que c'est un peu hasardé, c'est même très hasardé! Il faut avouer que je suis né sous une étoile, ou plutôt sous une comète bien embêtante... c'est la queue de cet astre qui a fait pleuvoir sur ma tête cette série d'infortunes et de désagrémens, qui me poursuit depuis que j'ai mis un pied téméraire hors de mon berceau, où, par parenthèse, j'avais déjà le déboire d'entendre répéter à chaque instant par ma famille adorée : « Mon Dieu! que cet enfant est laid avec ses cheveux garances!» Plus tard, à l'école : « A genoux, vilain rouget ! les oreilles d'âne, vilain rou^t ! » Je veux entrer en apprentissage, on me répond : (( Ça n'est pas ici une fabrique de homards!» Je veux aimer, je veux aimer, et je ne trouve qu'une bossue, encore elle m'appelle écrevisse cuite! Enfin, maudit de Dieu et des femmes, paria de mon hameau, j'ai déserté le village natal, pour aller chercher fortune ailleurs, ce qui fait qu'il y a deux jours que je n'ai pas déjeuné. JEA>SK, en dehors.

Piou, piou, piou , piou!

liO>AVE>TtiRH, regardant en dehors.

J'entends une voix humaine... c'est une jeune bergère gardant son troupeau... de dindons... oh! que ne sont-ils seulement à la broche!

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