‹ Bons cœurs et braves gensChapitre 14 sur 29 · L ME RACONTA SON HISTOIRE · texte numérisé non relu

L ME RACONTA SON HISTOIRE

quelque sérieux effort vers le bien dans la vie du père Médard, qui ne devait pas être réfractaire aux confidences et, trois jours après les noces d'or, je faisais ma « visite de digestion ». Le l)onhomme avait de la finesse ^t ne fui point dupe de mon

empressement. « Ah ! me dit-il, vous êtes curieux de connaître notre histoire et d'apprendre comment de pauvres enfants abandonnés, plus qu'orphelins, sont devenus des bourgeois ayant fait souche d'honnêtes gens; je vous le dirai volontiers, car je ne rougis pas du point de départ et j'aime à me rappeler les phases de ma vie, qui cependant n'a rien eu de compliqué. Je ne vous demande pas si vous avez le temps de m'écouter : vous êtes venu de bonne lieure, ce qui prouve que vous êtes préparé à entendre mon bavardage. Si je commets quelques erreurs dans mon récit, Denise me rectifiera. »

Assise dans l'embrasure d'une fenêtre, les pieds sur une chaufferette, maniant lestement ses aiguilles à tricoter, pendant qu'un gros chat blanc angora dormait sur ses genoux, Denise était près de nous dans une petite pièce chaude qui, aux jours ordinaires, devait servir de salle à manger et de salon. Elle leva doucement les épaules, tourna les yeux vers son mari avec une tendresse nuancée de fierté et lui dit : « Ne sois pas trop long, pour ne pas ennuyer monsieur. » Le père Médard me regarda comme pour me dire : « Voilà bien les femmes ! » puis, s'étant commodément installé dans un fauteuil, il me raconta son histoire et me fit le récit que je vais reproduire.

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