‹ Bons cœurs et braves gensChapitre 17 sur 29 · ELLE LAVA LA PLAIE DE MO.N DOS · texte numérisé non relu

ELLE LAVA LA PLAIE DE MO.N DOS

avait les yeux liumides et que le brigadier, le front appuyé contre les vitres de la fenêtre, semblait attentif à ce qui se passait dans la cour.

Au dîner, qui fut somptueux, car il était composé d'une soupe, d'un morceau de bouilli entouré de légumes, d'une poignée de bigarreaux et de pain de munition, je ne mangeai guère; je souffrais de ce que j'appelais mes brûlures et j'avais dans les oreilles un sifflement qui me fatiguait. Le brigadier disait : « Ce n'est rien, tu as besoin de dormir, tu vas faire une bonne nuit et demain il n'y paraîtra plus. » Il entra dans une chambre où je vis un grand lit et, non loin, une couchette dont les matelas étaient recouverts d'un couvre-pied en indienne ; il resta silencieux pendant un moment, puis il dit : « Il sera bien là. » Mme Pascal prit de petits draps dans une armoire, les mit à la couchette, battit le traversin pour le rendre plus souple et me dit : « Allons, mon enfant, fais ta prière. » Je la regardai avec surprise : « Quelle prière? — Comment ! on ne t'a pas enseigné à prier? — Non. — Mais enfin on t'a parlé de Dieu? — Je ne me souviens pas. » Elle semblait consternée : « Pauvre petit, ce n'est pas ta faute ; mets-toi à genoux à côté de moi et répète ce que tu vas entendre. » Elle commença : « Notre père, qui êtes auxcieux » ; je répétais chaque phrase qu'elle prononçait, j'étais ému, sans savoir pourquoi. Ce fut ma première oraison.

Je me couchai ; la sensation fut très douce, car jamais je ne m'étais étendu entre deux draps, déshabillé, dans un lit. La nuit commençait à descendre; la chambre était dans une demiobscurité; le brigadier, accoté contre le chambranle de la porte, regardait vers moi ; Mme Pascal s'était assise à mon chevet et m'avait pris la main. Tout à coup elle inclina la tête sur sa poitrine; elle dit très bas : « Mon Dieu, mon Dieu! « et éclata en larmes. Son mari vint à elle, la prit dans ses bras, la serra

contre son cœur; il sanglotait : « Du courage, ma pauvre femme. — Ah! s'écria-t-elle, il aurait son âge î » Pressés Tun contre l'autre, ils pleuraient, et je pleurai comme eux en les voyant pleurer.

J'ai su plus tard pourquoi ma présence leur avait causé une si poignante émotion ; elle avait ravivé la plaie inguérissable, celle

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