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LE COUP DE FEU

Le lendemain lundi, de bon matin, j'étais à la verrerie. Un à un ou par petits groupes les ouvriers arrivèrent, calmes et en somme indifférents aux événements que l'on pouvait prévoir, car depuis la révolution de Juillet la fabrication des bouteilles avait continué comme par le passé et nous n'avions eu à supporter ni chômage ni diminution de salaire. On se mit à la besogne et j'étais à mon poste, après avoir fait « macler » la matière en fusion et « écrémer le bain » pour en enlever « le fiel de verre ». J'avais la canne en main et je soufflais, lorsque vers dix heures un bruit sourd et ondulé retentit, comme un roulement de tonnerre lointain. Mon cœur se serra. Je ne fus pas le seul à entendre cette sorte de détonation étouffée ; tout le monde restait immobile et tendait l'oreille. Un ouvrier dit : « Voilà le charivari qui commence, on se bat à la Croix-Rousse ! » En ce moment la porte du bureau de M. Richelet,qui communiquait avec la salle où je travaillais, s'entr'ouvrit et le patron m'appela d'un coup d'œil. « As- tu entendu ? — Oui. — Ça se gâche. Va voir ce qui se passe, tu m'en rendras compte ; sois prudent, ne t'expose pas, mais tâche d'apprendre quelque chose de positif, afin que nous puissions être parés, en cas d'alerte. — Maison est bien tranquille à

la Guillotière ; tout cela ne nous concerne pas, c'est affaire entre

les canuts et les gros messieurs de la soierie. — N'importe ! quand la maison du voisin brûle, il est sage de se mettre en mesure de combattre l'incendie. Va ! » — Je ne me le fis point dire deux fois ; entre nous, je grillais d'aller regarder l'émeute, car je n'en avais jamais vu.

En prévision d'un accident qui pourrait m'empêcher de revenir à la verrerie, j'emmenai avec moi un vieil ouvrier que j'aimais beaucoup, parce qu'il était silencieux et très assidu à l'ouvrage. Sous l'Empire, il avait fait bien des guerres en qualité de soldat dans un régiment du génie ; de là son surnom de père La Sape. C'était un homme sûr. Depuis une quinzaine d'années qu'il travaillait à la verrerie, on n'avait pas eu à s'en plaindre ; il était illettré, ce qui l'avait maintenu au rang desimpie ouvrier, mais à chaque trimestre son assiduité était récompensée par une gratification, que l'on gardait secrète afin de ne point exciter la jalousie des camarades. Côte à côte et marchant lestement, nous nous dirigeâmes vers la Croix-Rousse, dont la rumeur, faite de cris, de fusillade et du galop des charges de dragons, devenait plus distincte et terrifiante à mesure que l'on s'en approchait.

Dès que nous arrivâmes sur les quais, nous eûmes, pour ainsi dire, le champ de bataille devant les yeux. La Sape s'arrêta, contempla un instant le spectacle qui se déroulait devant nous et dit ce mot familier aux vieux soldats en pareille circonstance : a 11 y a quelque chose. » Oui, il y avait quelque chose, car en vérité la bataille était partout. Les bâtiments de l'octroi fluvial, les baraques des inspecteurs de la navigation, les hangars remplis de marchandises, d'huiles, d'alcool, de laines, flambaient et répandaient une fumée sombre qui glissait au-dessus du fleuve.

On se fusillait sur les deux rives, et j'ai encore dans l'oreille le bruit mat des balles s'aplatissant contre les murs. D'ailleurs, dès qu'on était sorti du quartier qui servait de champ de bataille

UN BRAVE HOMMi:. 307

aux deux partis, on entrait dans des rues silencieuses ou nui ne semblait se douter qu'à quelques mètres de là des concitoyens s'égorgeaient. On le savait cependant; les commères jacassaient sur leur porte, les hommes causaient gravement entre eux. Dans les rues que nous parcourûmes pour rentrer à la verrerie, tout était normal, si ce n'est que l'on y paraissait plus assoupi que d'habitude et plus réservé, car ony parlait à voix basse, comme dans une chambre de malade. A notre atelier, on travaillait, mais mollement : on sentait que les esprits étaient ailleurs. Je causai assez longuement avec M. Richelet : « Tout cela, me ditil, après m'avoir écouté, est fort triste et peut devenir grave ; dans la journée, j'irai à l'hôtel de ville, afin de prendre langue. »

De temps en temps les crépitations de la fusillade parvenaient jusqu'à nous et le retentissement des coups de canon faisaient frémir nos vitrages. Le travail avait presque cessé ; je ne me montrais point exigeant, car il était naturel d'être préoccupé et par conséquent distrait de la besogne. La matière en fusion refroidissait au bout des cannes, pendant que les ouvriers bavardaient au lieu de souffler. Je les écoutais avec curiosité, car leurs opinions étaient celles qui avaient cours parmi le peuple lyonnais. Or ces opinions étaient contradictoires, mais elles n'en formulaient pas moins des idées dont l'ensemble était juste. On disait: « Les canuts sont trop rageurs; ils jettent leurs métiers par la fenêtre sur les tourlourous. La belle avance ! il leur faudra en acheter d'autres. » On répondait : « C'est vrai, mais il faut convenir que ces messieurs les fabricants sont trop chiens et trop fiers ; ils sont hautains comme des parvenus; ils s'imaginent que c'est pour eux seuls et à leur profit que les Parisiens ont fait la révolution de Juillet. » Je pensais que ces braves gens avaient tous raison et que leur simple

bon sens leur montrait clairement les causes de la catastrophe.

Vers quatre heures, M. Richelet revint de l'hôtel de ville. (( Ça prend mauvaise tournure, me dit- il : on délibère au lieu d'agir et on cherche à parlementer ; c'est trop tôt ou trop tard. On est cependant tombé d'accord sur un point : demain tous les ateliers resteront fermés. Donc tu vas congédier nos hommes; demain on ne travaillera pas, on se contentera d'entretenir le feu des fours. La journée n'en comptera pas moins comme journée de travail à la paye de quinzaine. »

Une demi-heure après, l'atelier était vide et je n'avais conservé près de moi que trois ouvriers (dont La Sape). On fît un bon dîner, grâce à un charcutier du voisinage, et l'on s'arrangea pour dormir à proximité des fours, dont la chaleur n'avait rien de désagréable par la température du mois de novembre. Les ouvriers sortaient alternativement pour aller recueillir des nouvelles, qui étaient trop divergentes pour que l'on pût y ajouter foi entière. A minuit cependant La Sape revint du dehors et nous apprit que la Croix-Rousse était définitivement victorieuse. La solution paraissait s'imposer d'elle-même ; le tarif allait être rétabli, et, si lamentable qu'elle eût été, du moins la lutte allaitelle prendre fin.

Cette espérance ne suffit point cependant à me rendre calme : j'étais tenu éveillé par l'inquiétude, car je pensais à ceux que j'aimais. Que sont-ils devenus pendant la bataille ? Certes Mme Pascal et Denise ont échappé à tout péril, car elles demeurent trop loin de la Croix-Rousse pour avoir eu rien à redouter ; mais nos gendarmes, mais mon pauvre brigadier ? Ceux-là ont dû être au milieu de la bagarre : en sont-ils sortis indemnes ? n'ont-ils pas eu, à cause de leur uniforme même, à porter le poids des colères, des rancunes d'une populace furieuse ? Malgré l'angoisse qui me poignait, la fatigue fut la plus forte et

le sommeil m'engourdit. Mon repos ne fut point de longue durée : je fus réveillé par le tocsin de Saint-Paul, qui ne sonne qu'à l'heure des désastres, et par la générale, que l'on battait dans toutes les rues.

C'est qu'au lieu de s'éteindre, comme j'y avais compté, l'insurrection s'était étendue. De la Croix-Uousse, elle avait maintenant gagné les autres quartiers de la ville.

Fort inquiet de ce progrès et des nouvelles qui lui en arrivaient, le matin, dès la première heure, M. Richelet fit partir, sans désemparer, sa famille pour sa campagne de Miribel et se rendit de nouveau à l'hôtel de ville, après m'avoir dit : « Je compte sur toi. »

Comme il tardait à revenir, craignant d'être inopinément obligé de battre en retraite, ou d'escorter le patron s'il tentait d'aller chercher un asile, j'enlevai mes vêtements de travail, ma longue cotte et ma blouse en toile bleue; j'en fis un paquet que par habitude j'entourai de la sangle de cuir qui me servait de ceinture. Je venais de le déposer près de moi, lorsque la porte de l'atelier s'ouvrit violemment, et je vis iM. Richelet courant à perdre haleine. Il se précipita vers son cabinet, me disant d'une voix haletante : « Ils sont à mes trousses : maintiens-les pendant cinq minutes, sinon je suis perdu. » Brusquement il pénétra dans son bureau, où, par l'entre-bâillement de la porte, je lançai mon paquet de bardes : « Au moins il pourra se déguiser ! » Il s'enferma et j'entendis le tac tac des verrous qu'il poussait. Tout cela n'avait pas duré dix secondes. Je saisis ma canne, j'en tâtai le fer pour m'assurer qu'il était solide, et j'attendis.

Je n'attendis pas longtemps. Ln groupe d'une quinzaine d'individus, dont pas un n'appartenait à la verrerie, entra dans l'atelier et marcha contre moi. J'étais devant la porte du cabinet, tenant ma canne à deux mains, étendue par le travers, avec

l'air aussi nonchalant que je le pouvais avoir. — Il fallait gagner du temps, — ■ « cinq minutes ». — C'est bien long. Je sentais que je touchais à un instant critique et que ma vie était en jeu. Vous ne me croirez peut-être pas, mais à ce moment je ne pensai ni au brigadier, ni à Mme Pascal, ni à Denise ; j'étais, pour ainsi dire, concentré sur un seul point : empêcher ces hommes de forcer la porte, afin que le patron pût se mettre à l'abri. Ce fut un^ lutte de paroles : « Où est ton patron? — Je ne sais pas. — Il doit être ici; nous étions sur ses talons, nous l'avons vu se glisser dans la cour. — C'est bien possible, mais il n'a pas traversé l'atelier; il a dû se rendre directement à la maison. — Tu me mens pas? — Ma foi, non ; je venais d'ôter ma cotte pour aller voir le remue-ménage. Le patron est où il veut, je m'en moque. » Ils hésitaient et se regardaient. Un d'eux fit un pas en avant et me dit : « Si le patron n'est pas derrière cette porte, pourquoi lagardes-tu ? On te connaît, toi, monsieur Claude, l'ami des gendarmes; tu n'es qu'un mouchard; ôte-toi delà! — Je garde cette porte, parce que c'est celle du bureau; parce que dans le bureau il y a la caisse et que la caisse renferme la paye de quinzaine ; parce qu'il ne faut pas que l'on y touche et que, si l'on y touche, il ne faut pas que l'on puisse dire que vous avez volé l'argent de vos camarades, l'argent des ouvriers, l'argent de vos frères. » Un des hommes dit : « Il a raison ; mort aux voleurs! » Je m'en croyais quitte et j'allais leur proposer de les conduire au « débit » pour leur offrir une « tournée », lorsqu'une bande armée se rua dans l'atelier.

Vous souvenez-vous de cet apprenti. Vilain Merle, dont j'avais mal accommodé la mâchoire le jour de mes débuts à la verrerie? C'est lui qui était à la tête des nouveaux arrivants. Ceux-ci paraissaient d'ailleurs animés de tout autres sentiments que les hommes auxquels je venais de parler et que la pensée seule d'un vol

suffisait à révolter. « Dis donc, joli contremaître, me cria-t-il, veux-tu décamper, oui ou non ? » Les pensées vont vite en telle circonstance ; je me disais : « Celui qui recevra ma canne en coup de pointe, aura la poitrine effondrée et pourra chanter son De profundis] mais ça n'en fera qu'un de moins et il ne sera pas à terre que je serai assommé. » A une nouvelle injonction, je répondis : « Vous n'entrerez pas ! »

Je vis alors Vilain Merle se reculer et m'ajuster. Instinctivement je me baissai ; le coup partit; je roulai comme une masse; j'aurais reçu un poids de mille kilos sur l'épaule, le choc eût été moins dur et moins lourd. Je m'étais abattu sur le seuil de la porte: « Si je me relève, ils vont m'achever. » Je restai étendu. Je sentis cependant encore Vilain Merle qui s'approcha de moi et me dit : « Toi tu as ton compte, et il est bon ; tu sais, je t'ai traversé la paillasse, j'ai bien visé. Mais je te dois un coup de pied et je vais te le rendre, afin que tu puisses le porter en paradis ! » Et de son pied chaussé d'un gros soulier ferré il me frappa à la tête. La douleur fut très vive ; mais il faut croire que j'étais aff'aibli par la perte de mon sang, car je m'évanouis.

Lorsque je revins à moi, j'étais toujours à la même place, mais assis, le dos contre la muraille, soutenu par un coussin de canapé, et La Sape, à genoux à mes côtés, dans la grande pièce saccagée, me baignait le visage avec de l'eau fraîche. Il me fit avaler un peu d'eau-de-vie. J'eus un fourmillement sur tout le corps, comme si des milliers d'aiguilles m'étaient sorties de la peau ; je reprenais connaissance. La sensation que j'éprouvais était celle d'un immense étonnement. Mon premier mot fut: » Et M. Richelet? » A voix basse La Sape répondit : « Filé! en route pour Miribel; je l'ai rencontré; je l'ai reconnu malgré la blouse et la cotte qui le couvraient ; je lui ai parlé. » Puis tout de suite : « Où as-tu mal? — En haut. » Il m'examina : « Tu n'as

rien à la poitrine : tu ne peux pas mouvoir ton bras : c'est à l'épaule que tu es frappé : ce n'est pas gai, mais on en revient ; qui est-ce qui a fait le coup? — Je ne sais pas. » La Sape me regarda fixement, et faisant un geste de commisération, il dit : « Pauvre Claude ! tu es tout de même un bon garçon. » Quelle chose étrange ! ces simples paroles me donnèrent envie de pleurer et je ne suis pas certain de n'avoir pas eu une larme aux yeux.

Non. je ne l'ai pas nommé; si j'en parle aujourd'hui, c'est parce que ces événements sont oubliés et que Vilain Merle n'est plus de ce monde. A quoi bon le dénoncer? Et puis cela aurait-il raccommodé mon épaule? Et puis je n'aurais pas eu le cœur d'aplomb dans ma vie, si j'avais su qu'un malheureux portait, à cause de moi, la casaque des forçats au bagne de Rochefort, de Brest ou de Toulon. En outre, — mais alors je ne m'en doutais guère, — c'eût été le payer d'ingratitude, car son coup de fusil me fut aussi bienfaisant que le coup de fouet du berger en mes jours de vagabondage. Plus que tout autre, je puis dire: A quelque chose malheur est bon.

Mes deux ouvriers étaient rentrés à la verrerie et me soignaient avec La Sape ; mais ils avaient en thérapeutique des idées qui ne me rassuraient pas. L'un disait : « Il faut mâcher du tabac et l'appliquer sur la blessure » ; l'autre ripostait : « Tu n'y entends rien: ce qu'il y a de meilleur, c'est de la poudre délayée dans de l'eau-de-vie: ça, c'est souverain. » La Sape haussait les épaules et répondait : « Vous êtes deux imbéciles; j'ai fait la guerre et je m'y connais ; une serviette et de l'eau froide en attendant le chirurgien » ; et il m'arrosait Tépaule. La nuit était venue ; un grand silence régnait, interrompu quelquefois par une cloche qui se mettait en branle ou par un coup de feu isolé. Je ne me lassais pas déboire, car j'avais une soif que rien ne pouvait éteindre. La Sape dit: <( Nous ne pouvons le laisser

là, il faut le porter à l'hôpital. — Mais nous ne passerons pas dans les rues, qui sont coupées de barricades et gardées par des postes d'ouvriers. — Ça aussi, répliqua La Sape, ça méconnaît; non seulement on ne nous arrêtera pas, mais on nous présentera les armes ; vous allez voir. » 11 donna des ordres aux ouvriers, qui allèrent chercher une des civières qui servaient au transport des marchandises. A l'aide d'un vieux sac et de paille d'avoine employée aux emballages, on confectionna un matelas. Je dis : a C'est inutile, je peux marcher, j'irai à pied. — Gardet'en bien ! s'écria La Sape, on te fera rebrousser chemin ; si tu veux avoir le passage libre, couche-toi là-dessus, ferme les yeux et laisse-moi faire. » Les ouvriers prirent le brancard sur lequel j'étais étendu ; La Sape se plaça devant et nous partîmes.

Rues obscures, réverbères brisés ; çà et là des feux de bivouac entourés par des hommes vêtus de blouses et armés. A chaque pas on était arrêté et la même scène se renouvelait: «Halte là! Qui vive? — Un blessé que l'on porte à l'hôpital. » Puis un froissement de fusils. « Présentez armes ! » et toujours une voix disait: « Honneur au courage malheureux ! » La Sape ricanait: « Ce n'est pas plus malin que ça ; je connais la mise en scène ; j'ai aidé à évacuer tant de blessés, lorsque je faisais la guerre. » Le trajet fut long; à toute minute il fallait parlementer avec les sentinelles, avec les postes, avec les patrouilles, c'est l'usage, car toute révolution qui se respecte, qui toujours s'accomplit au nom de la liberté, affirme son principe en commençant par entraver la circulation sur la voie publique. Enfin, après avoir subi bien des arrêts, après avoir reçu bien des fois les honneurs militaires, nous arrivâmes à l'hôpital. Tout y était en activité. Dans les corridors on voyait passer rapidement la cornette des sœurs ; les internes s'empressaient autour des blessés, les infirmiers ne savaient à qui répondre, car tout le

monde les appelait en même temps ; parfois on entendait un gémissement. On me fît attendre dans une salle où je vis plusieurs civières sur lesquelles des hommes étaient allongés; une à une on les emportait. Mon tourvint et j'entrai dans le cabinetdu chirurgien en chef, qui depuis la veillé se tenait là en permanence, la manchette retroussée, le tablier taché de sang autour des reins, environné de ses aides, l'œil scrutateur et la parole brève.

On découvrit ma blessure; il l'examina et parut surpris. Brusquement il me dit: « Contre qui donc t'es-tu battu, toi? pas contre la troupe de ligne assurément ; tu as reçu un bel atout ; mais ce n'est pas une balle qui t'a hypothéqué de la sorte, c'est un lingot et ça fait de vilaines blessures. Qui es-tu ? » La Sape, qui m'avait suivi, se pencha à l'oreille du docteur et lui parla bas. Celui-ci me regardait avec intérêt. S'adressant à une sœur qui tenait un carnet en main, il lui demanda : « Avez-vous encore une place dans la petite salle Sainte-Marthe, vous savez, la chambre aux six lits? » La sœur fit un signe de tête affirmatif. « Bien, mettez-y ce garçon-là ! » Puis, se tournant vers un de ses aides, il ajouta: « Un pansement provisoire; demain matin je ferai le nécessaire ; rédigez le bulletin : Plaie pénétrante à l'épaule droite, fracture de la clavicule. »

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