LK COMMANDANT PAM PI.KMOUSSE. CO
j'allais monter en voiture, il nie (hjnna une dernière accohulc, et, se penchant à mon oreille, il me dit: « Sois sans inquiétutle, conscrit, il y aura toujours des Heurs à .M(jnlinartre. » Je le compris : Montmartre, c'était le cifnetiènî où dormait fi' grand 'mère.
Pauvre Pamplemousse! je ne devais plus le revoir. Au mois de mars 1850, pendant que j'étais campé à Djebel Aboucir, au delà de Wadi-llaH'a, un courrier venu du Caire me remit mes lettres de France. Une d'elles, écrite par Diane, m'apprenait que le vieil ami de mon enfance avait pour jamais fermé ses bons yeux, qui avaient une expression si douce lorsqu'il parlait de (( la petite ». 11 avait vu venir la mort avec sérénité et avait demandé à être enterré non loin de sa marraine. Aux dernières heures, le soldat reparut. Déjà envahi par les pâleurs suprêmes, il dit : « Un fut de colonne surmonté d'un casque ». On comprit qu'il indiquait la forme de son tombeau.
Diane devint veuve lors de l'épidémie de choléra qui s'abattit sur Paris en 1854. Elle resta seule, dans l'appartement où elle avait vécu heureuse pendant bien des années. Elle était riche, car à la fortune conjugale s'était ajoutée celle de Pamplemousse, qui ne s'était ménagé aucune économie pour ne pas manquer à ce qu'il appelait « son devoir ». Bienfaisante avec simplicité, elle était mêlée aux bonnes œuvres, surtout à celles qui s'occupent avec prédilection de l'enfance orpheline, maladive ou abandonnée. Elle y mettait un zèle extrême, et si parfois on l'engageait à se modérer, à ne point abuser de ses forces, elle répondait : « Je paye mes dettes ». J'ai retrouvé son souvenir, demeuré vivant et respecté, dans plus d'une des institutions secourables que j'ai étudiées.
Je la voyais toujours avec plaisir, mais parfois à de longs intervalles, car la vie mulli[)le, les voyages, les villégiatures
mettent bien des intermittences dans les relations. J'ai passé de bonnes heures à causer avec elle, dans le salon où sur la muraille resplendissait un portrait de Pamplemousse, en costume de chef d'escadrons de cuirassiers, peint par Alaux et si ressemblant que je ne pouvais guère le regarder sans émotion. J'avais beau rester parfois plus longtemps qu'il n'eût convenu sans aller faire visite à Diane, notre intimité était la même, sans réserve et pleine de confiance, car l'affection que nous avions portée à son père adoptif était un lien qui ne se distendit jamais.