‹ Bordeaux vers 1450Chapitre 13 sur 79 · PORTES · texte numérisé non relu

PORTES

Audeyola : Porta ou portau à? Audeyola; porte à'Audeyole (11, 24) ('). — « Cette porte étoit, dit l'abbé Baurein [Ms., p. 100], dont nous citons » en entier l'article, une porte de l'accroissement de la ville vers le nord. » Elle a été démolie avec le mur où elle étoit construite, lorsqu'on bâtit le » nouveau château Trompeté. Elle étoit à la suite et au levant de celle de » Saint-Germain, et à peu près vis-à-vis le Jardin-Royal; j aiant néan- » moins une certaine distance entre cette porte et le local où est actuelle- » ment ce jardin. Il paroit qu'en 1414, on confia les clefs de cette porte et » de toutes les autres, jusqu'à celle de Saint-Pierre, à Jean Ferradre, qui » étoit pour lors jurât : item, las claus deu portau ft Audeyola, entro à » Sent-Pey, à Jean Ferradre. Sur l'avis qu'on reçut, le 18 novembre 1420, » des approches d'un vaisseau ennemi chargé d'un grand nombre de gens » d'armes et de traits, il fut délibéré qu'on fermeroit les portes de la ville, » à l'exception néanmoins de quelques-unes, entre autres de la porta de » la tor d' Audeyola, ce qui annonce que cette porte étoit à côté de cette » tour, si tant est qu'elle n'y fut pas pratiquée, et que celle-ci ne formât » pas un même édifice avec elle. » — Puisque l'abbé Baurein a été amené, en parlant de la porte à'Audeyole, à dire un mot de la tour de même nom, continuons à le citer encore in extenso : « Cette tour, dit-il, en parlant » de la tour de Saint-Georges [Ms., p. 80, v°], qui, suivant lui, était la » même que la tour à'Audeyole, étoit adossée aux murs de la ville, aux » environs de la Corder ie, entre la porte Saint-Germain et l'ancien » château Tropeyte. Dans une ancienne reconnaissance, où il est question » d'une maison située rue du Prat, actuellement démolie, il est énoncé » qu'elle étoit près la tour Saint-Georges, paroisse de Saint-Maixant .• Brie

(') Les numéros entre parenthèses correspondent aux mêmes numéros, gravés dans le cadre du plan. Le nom cherché se trouve dans le carré formé par la rencontre des sections latérale et verticale désignées par ces numéros

» de Poitevin, veuve, donne à faizandure, par contrat du 22 octobre 1421, » retenu par .Jean de Chadafautz, notaire, toute icelle pièce de vigne, » située, dans la palu de Bordeaux, au derrière de la tour Saint- Georges,

» confrontant à la vigne d'un certain Raymond , d'une part, et dure

» et tient en long du chemin commun, jusqu'au mur du jardin de la dicte

» dame Dans le plan que Vinet a fait dresser de Bordeaux, on

« remarque une tour adossée au mur de la ville entre le château Tropeyte » et la porte Saint- Germain. Il y a apparence que c'est celle qu'on » appeloit tour Saint- Georges. Elle a été appelée dans la suite tour de » Riquet et tour à'Audeyole, et même quelquefois tour de La Trinité. » Il dit ailleurs [Ms., p. 29, v°] qu'avant de s'appeler tour de Riquet, elle s'appelait tour du Saint-Esprit, à raison d'un hôpital de ce nom qui en était voisin.

Ainsi donc, pour l'abbé Baurein, et pour tous ceux qui l'ont copié, la porte et la tour à' 'Audeyole et la tour Saint-Georges ne font qu'un même monument. Ici, nous croyons que Baurein a commis une erreur. Il a dû être trompé par la lecture de titres dans le genre des suivants, datés de 1543 et de 1568 [C. de l'Arch.] : « Cibault Ber, pour certaines vignes » près la tour de Audeiolla alias Sainct- Georges, vers les Cliartreux. » — a Thibault, pour certaines vignes près la tour de Audiato alias Sainct- » Georges, près les Chartreux. » Faisons remarquer, en passant, que ces Comptes sont du xvie siècle, de cent ans et plus postérieurs à la construction du premier château Trompette.

Pendant la première moitié du xve siècle, la porte et la tour à? Audeyole étaient parfaitement distinctes de la tour Saint-Georges, où il n'y avait pas de porte de ville. Le 4 octobre 1406, les jurats ordonnèrent de mettre des gardes aux portes et aux tours de la ville; la tour & Audeyole, qui faisait partie de la jurade de porta deus Paus, reçut sept gardes, et la tour Saint-Georges, qui était dans la jurade de Sent-Proj eyt, en reçut onze. En 1407, le jurât Bernard de Corn eut la garde des clés de la tour à! Audeyole : « Item, las claus deu portau de V Orne- de- Casse, de » porta deus Paus, et d'aqui en jus entro à la tor à'Audeyola inclusi- » vament, Bernard de Corn » [Jurade]. Il n'est pas parlé ici de la tour Saint- Georges, parce qu'il n'y avait pas de porte de ce nom. Nous trouvons encore la délibération suivante, en date du 30 septembre 1415 : « Et plus, » ordeneren que, en certas tors principaus, fossan mandadas las guardas, « cum en los portaus principaus debert terra, en la tor Sent-George, à la

» tor d'Audeyole.... » Le 21 avril 1416 [Jurade], les jurats promulguèrent une ordonnance par laquelle chacun d'eux serait obligé de mettre des sentinelles dans les tours de sa jurade. Le trésorier de la ville, qui était à la tête de la jurade de Tropeyte, fut chargé de faire garder la porte du Casse et la tour d'Audeyole, et le prévôt eut la garde de la tour Saint- Georges : « Lo tresaurey, jurât de Tropeyta, au portau deu Casse et » à la tor d'Audeyola; — lo perbost, à la tor de Sent-Georges. » Le

16 juillet 1421, Richard Sedet, jurât, avait la garde des clés depuis la porte d'Audeyole jusqu'au pont de La Mousquc. Dans cette délibération encore, il n'est pas dit un mot de la tour Saint-Georges, parce que cette tour, n'ayant pas de porte, n'avait pas de clés à faire garder.

Maintenant qu'il est bien reconnu que la tour d'Audeyole et la tour Saint- Georges étaient deux ouvrages distincts, cherchons quel était l'emplacement de la porte et tour d'Audeyole. En 1415, les jurats ordonnèrent de mettre des gardes dans toutes les tours qui étaient du côté de la terre; mais dans trois seulement de celles qui étaient sur la rivière, et la tour d'Audeyole en était une : « Plus fo ordenat que fossan mesas » guardas à las tors debert terra, totas; et, debert mai*, en très partz; » so es assaber : à la toi* d'Audeyola; à la torrelete deu Pount-Sent- » Jolian, debert La Rossela; et en la tor Grande-de- Santa- Crotz. » Le

17 novembre 1420, ordre des jurats de fermer les portes qui donnaient sur la Garonne, excepté la porte de la tour d'Audeyole et quelques autres : « Et plus, que sian barradas totas las portas debert la mar, » exceptât de la tor de Audeyola. » Nous trouvons une autre preuve de ce fait dans un titre du xve siècle. C'est une reconnaissance du 3 janvier 1428-29 [Arch. B.-LaL], consentie par Johan de Mirapeys, en faveur de Richard et Pey de Makanan, père et fils, d'un sol situé au lieu appelé aus darreys cliay et fors la tor d'Aîideyola, sur le bord de la Garonne. Aus darreys cliay était situé vers le milieu du bas côté nord des Quinconces.

De toutes les citations ci-dessus, il résulte que la porte et la tour d'Audeyole étaient situées sur le bord de la rivière, et probablement près du lieu où le ruisseau d'Audeyole se jetait dans la Garonne, c'est-à-dire sur l'emplacement du château Tropeyte, construit par Charles VII de suite après la conquête, et non, comme l'a dit l'abbé Baurein, lors de la construction de celui bâti par Louis XIV. Alors elle dut être démolie, et il est probable que, peu à peu, on prit l'habitude d'appeler tour

<XAudeyole la tour Saint- Georges, qui était située sur le bord du même ruisseau.

Banhacap : Porta de Banhacap. — « In rua que, de porta Digeu, ducit » ad portam de Banhacap. » Quoique ce texte, qui date de 1360 [C. de l'Arch.j, nous paraisse une erreur de copiste, nous avons cru devoir le signaler, dans l'espoir que, tôt ou tard, elle sera parfaitement reconnue, uu que d'autres titres viendront nous apprendre que le nom de porte de Banhacap a été quelquefois donné, au xive siècle, à la porte des Pauœ, qui était la seule à laquelle on pouvait aller, en ligne droite, depuis la porte Dijeaux. Cependant, nous croyons qu'on peut rétablir ainsi ce texte : « In rua que, de porta Bigeu (Biguey), ducit ad puteum de » Banhacap, » car nous trouvons, dans la même série de comptes, un texte de 1459 qui s'exprime ainsi : « En la ruhe qui va de porte Begiere » au puits de Banhacart. »

Bassa : Porta Bassa; porte Basse (8, 20). — Cette porte s'ouvrait dans le mur de l'enceinte romaine, à la rencontre de la rue de Cheverus et du cours d'ALSACE-ET-LoRRAiNE. Elle était ainsi nommée probablement parce que le Peugue, ayant été voûté et le sol intérieur de la ville exhaussé, elle n'avait plus la hauteur convenable. Elle peut donner une idée de ce qu'étaient les autres portes romaines de Bordeaux. Nous savons avec quelle précipitation et avec quels matériaux ces remparts furent construits; les portes, seules parties de ces remparts où l'on pouvait faire un peu d'architecture, se ressentirent de cette précipitation. Les pierres qui composent la porte Basse, dit un auteur du commencement de ce siècle, avaient, comme celles des murs voisins, « une longueur » moyenne de lm65 sur 0m55 de hauteur, brutes ou taillées pour d'autres » usages, à peine dégrossies sur le revêtement, posées sans mortier, » d'une manière si irrégulière, que, dans certains endroits, les joints » des pierres se trouvaient perpendiculairement sur la même ligne, et » laissaient de grands vides entre eux. Au milieu de ce massif est une » ouverture de 3 mètres de larg-eur et 4m50 de hauteur. »

Le cintre de la porte Basse était formé de pierres progressivement plus saillantes jusqu'à la pierre du couronnement, qui formait clé de voûte entre les deux pierres supérieures. Au-dessus de la porte était construite une maison qui appartenait au Chapitre de Saint-André. C'est dans le

mur de cette maison qu'était, du côté du nord, dans une niche de style

gothique, une statuette de 0m75 environ de hauteur.

Le peuple l'appelait Saint- Bordeaux, ou Minge-Bourcleu. Elle est déposée au musée des antiques de la ville. Il existait, au xve siècle, une porte du même nom qui s'ouvrait à l'extrémité occidentale de la grande rue Saint -André.

(Voir porta Sent-Andriu.)

Bayssac : Porta ou porte de Bayssac, Beyssac; portail de Baissac (3, 23).

— Cette porte était située sur le quai, entre Sainte- Croix et Saint-Michel. Elle s'ouvrait sous une tour carrée placée obliquement sur le rempart [PL mss., n° 91]. Il en est fait mention en 1381 [Inv. S*- And.], en ces termes : « Contract » par lequel le chapitre a » investi feumentMarqueze « Blanc d'une maison seize » au portail de Baissac. »

Plus tard, le 4 octobre 1406, les jurats ordonnèrent de mettre six gardes à la porte de Bayssac [Jura de].

Le 8 janvier 1406-07, ils prescrivirent de ne tenir que quatre portes ouvertes

Porta Bassa.

Porta do Bayssac.

du côté de la rivière. Il est probable que les habitants des environs de la porte de Bayssac, laquelle n'était pas au nombre des quatre, firent des réclamations; on exigea alors la connaissance des noms de ceux qui devaient la garder pour délibérer ensuite : « Et plus que acquetz qui

» demandera de hubrir la porta de Bayssac » balhen los noms d'aquetz qui la bolen g'uar- » dar, et segond aquo, hom los fara resposta » [Jurade]. Depuis cette époque, la porte de Bayssac dut rester murée; mais on laissa subsister la tour qui la surmontait, c'est du moins ce que paraît prouver l'extrait suivant d'une baillette [Terr. Bos.] consentie, en 1493, par les maire et jurats, d'une place située dans la paroisse Saint-Micliel « deuant la riueyra, qui es près » la tor de Beyssac, bis à bis l'ostau deudeyt.... confrontant au guoys » (égout) et belh portail per ont passen las aygues de la rue Androne, » d'une part, et lo paduent de la deyte bille, d'autre part, et dura de la » carreyra publica, de l'un cap, entro à la muralha de l'autre cap. » Ce belhportau était probablement l'ancienne porte de Bayssac.

Au xvne siècle, la tour de Bayssac s'appelait tour de Courpet [Inv.] : « Délibération par la quelle MM. les Jurats cometent M. Durribaut, » jurât, pour faire faire la recherche des sources de la fontaine appelée » de Y Or, située près de la tour de Courbet; » — « où étoit la machine » hydrolique pour diriger, vers les fontaines de la ville, les eaux de la » font de l' Or. »

Begueyra : Porta Begueyra; porta Beguey, Bigueyra, Bigueria, Begeria, Vigeria, Vigeira, Vigueria, Vicaria; porte Begueyre (8, 21). — « La porte Begueyre étoit pratiquée, dit Baurein [Ms., p. 105], dans le » mur méridional de la première enceinte de Bordeaux. Elle étoit placée » dans la rue qui conduit du Marché au canton du Pas- Saint- Georges, » dans l'espace qui se trouve entre les entrées des rues Poitevine, du » Cerf-volant, du Loup et Dessous-le-Mû.... Elle existoit encore en 1515.... » Il y a apparence que la porte Vigerie, dont il est fait mention dans un » accord passé en 1175 entre le chapitre de Saint- André et le monastère » de Sainte- Croix, est la même que la porte Begueyre; car celle-ci est » appelée porte Yigerie dans une liève de 1356 : In parrochia Sancti- » Simeonis, y est-il dit, in rua que, ab ecclesia Sancti- Andrée, ducit ad

» portam Vigeriam Il est fait mention de cette même porte dans

» l'extrait suivant d'une liève du xve siècle : Rua, y est-il dit, de Yeteri-

» Ecclesia que, a porta Vigeria, ducit versus puteum de Banliacaj) J"ai

» trouvé cette porte appelée dans un ancien titre porta Vicaria. Il résulte » de ces extraits que cette porte étoit indifféremment appelée porte Yigerie » et porte Begueyre. » Elle portait aussi, eu 1438, le nom de porte Begitey [C. de l'A. — Arch. mun.] : « Johanes Bonelli, pasticerius.... pro domo » que est a porta Beguey. »

Boqueyra : Porta Boqueyra; porta Bogueria) porte Bocaire, Bou-

quere, Bouqueyre (6, 21). — Cette porte, qui a été démolie au commencement du xvne siècle, avait, dit Baurein [Ms., p. 35, v°], pris son nom de la rue à l'extrémité méridionale de laquelle elle s'ouvrait. Vinet, dans son plan, la fait passer entre deux tours rondes, mais il est probable que, se trouvant dans les mêmes conditions que les autres portes voisines, elle devait en avoir primitivement quatre comme elles. Elle était ouverte dans les murs qui enveloppaient le premier accroissement. Lorsque ces remparts devinrent inutiles, après la construction de ceux de la troisième enceinte, les jurats firent construire des maisons dans les fossés, sur les ponts qui précédaient les portes, et dans tous les padouens de la ville; puis ils les donnèrent en fief, ainsi que le prouvent les textes suivants : baillette, en 1491 [Terr. Bos.], d'une « place qu'est dans le fossé de la

» ville sur le pont de porte Bouqueyre; » et ailleurs : « à côté du

» pont de porte Bouqueyre. » Ce pont partait, dit-on, du bout de la rue des Fauves, et traversait diagonalement les fossés. Ce dernier fait, que nous avons puisé dans le Bulletin polymathique (vol. IV, 1806), me paraît bien hasardé, car nous savons que ce que nous appelons cours des Fossés n'était pas les douves, mais leur retranchement extérieur, et qu'en conséquence, un pont de cette nature n'avait pas sa raison d'être.

Brisson : Porta, portau ou portaus deu Brisson; lo ou le Brisson; lo Brisson deu pount Senl-Johan; porta deu Peugue (7, 23). — Le Brisson était, croyons -nous, l'ouverture grillée par où s'écoulaient, dans la rivière, les eaux du Peugue, entre les deux tours qui défendaient l'embouchure de ce ruisseau. Le texte suivant paraît du moins le confirmer : Le 27 juillet 1407, les jurats se partagent les clés de la ville; celles du

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Brisson furent confiées à Jean de Kale : « Item las deu Brisson deu pont » Sent-Johan au dict Johan de Kale. » Le 26 juillet 1415, « la clau deu » Brisson est remise à Ramon Guassias. » Le 8 août 1416 : « que lo filh » de Seguin Gaucein sia arrestat, et las fempnas, per cause que passeren » per lo Brisson. » Le 27 juillet 1420 : « Et plus aqui médis, fo balhada la » garda de las claus de totz los portaus, deu Brisson entro au portau » de Las Salineyras, a Bigoros Estebe.... A Galhart de Sentsius la garda » de la clau deu Brisson. » Enfin le 26 juillet 1421 : « (fo ordenat) que » Ramon Gassias aya la clau deu portau deu Brisson. »

Le texte suivant, de 1497 [Terr. Bos.], est plus clair : « Baillette faite » à Grimon Eyquem, comme tuteur de Jean de Ferranhes, de toute » icelle place qui est scituée au Pont- Sainct- Jean, confrontant entre la

» place de terre qui est vers le Brisson, d'nne part, et le gouys qui

» est entre la maison dudit de Ferranhes et Léonard Grelier, vers l'hôpital » Sainct-Jean, d'autre part, et dure de large de la ruhe publicque dudict » Pont- Sainct- Jean, de l'ung bout, entre audict hestier dudict Pont- » Sainct-Jean, d'autre bout. » La maison de Jean de Ferranhes était en conséquence placée sur la rive droite du Peugue; elle avait sa façade tournée vers le midi, dans la rue du Pont- Saint- Jean; à l'ouest coulait un égout (gouys), et le Brisson était à l'est. Grimon Eyquem, grand-père de Michel Montaigne, avait une maison située du même côté et appuyée contre la tour qui défendait l'entrée du Peugue au sud; cette tour s'appelait, en 1609, la tour du Brisson ou & Eyquem-de-Montaigne [Terr. Dest.] :

« une maison au Pont- Saint- Jean , confrontant, du costé devers

» levant, à la murailhe de la ville et tour appelée du Brisson, autrement » la tour di1 E y quem-de- Montaigne, d'autre costé devers le couchant, à la

» maison de d'ung bout, par le devant, devers midy, à ladicte ruhe

» du Pont- San et -Johan; d'autre bout, devers nord, à l'ester dudict Pont- » Sanct- Johan. »

Les deux tours du Peugue, dit Baurein [Ms , p. 67], existaient encore au siècle dernier « dans la rue Richelieu, au levant de l'ancien hôtel de la » Bourse. » Une de ces tours était un fief noble, et appartenait alors à M. de Ségur-Cabanac. Nous donnons ci-contre la réduction d'une partie d'un plan manuscrit de 1773 [PI. mss., n° 1012], ayant pour titre : « Terrain des bâtiments de la vieille Bourse, partie du bureau des » Finances et vieille Monnoie. entre la place du Palais et le mur de culée » de la voûte du Peugue. »

Galhau : Porta ou portau deu Calhau; porte du Caillau; porte du Palais (8, 23). — La porte du Caillau actuelle, que l'ou appelle aussi porte du Palais, n'a été construite qu'en 1495; nous n'aurions donc pas à nous en occuper ici, si une porte du môme nom n'eût pas existé auparavant. Nous en trouvons la preuve dans divers textes du xve siècle; ainsi, par ordonnance des jurats du 4 octobre 1407 [Jurade], on chargea cinq hommes de garder « lo portau deu Calhau ». Le 27 juillet 1407, Jean de Kale eut en garde les clés de cette porte : « Item, dit l'ordonnance, » las (claus) deu Calhau et d'aqui en jus, entro au deit portau de porta » deus Paus inclusiuament, Johan de Kale; » l'année suivante il les

rendit : « Johan de Kale, perbost, restituit las claus deu portau de

» Calhau. » Le 21 avril 1416, les jurats chargèrent Arnaud Fort, jurât de Saint-Pierre, de faire garder de nuit le « portau deu Calhau » [Jurade]. Mais nous savons que cette porte n'occupait pas la place de celle qui a été construite à la fin du xve siècle. On remarque dans les diverses vues cavalières de Bordeaux, depuis celle de Vinet jusqu'à celle de Cornélius Danckerts, gTavée à Amsterdam, au milieu du xvne siècle, que le rempart dévie d'une manière considérable à partir de la porte du Brisson, pour venir rejoindre la porte du Palais, et se diriger ensuite en zigzags jusqu'à la tour de Watqfel, laquelle aussi est bien en avant des murs qui, de la Devise, se dirigeaient vers la porte des Paux; mais si, des tours du Brisson, nous traçons une ligne à peu près droite jusqu'à la rencontre du mur qui, venant du nord, s'arrête brusquement derrière l'église de Saint- Pierre, et que nous suivions l'ancien tracé passant au-dessus du niveau des plus hautes marées qui inondent aujourd'hui le pied de la porte du Palais, nous trouvons l'emplacement de la première porte du Calhau, à l'abri des inondations. Elle était située en face de la seconde maison que l'on rencontre à gauche en sortant de la rue Ausone. (Voir la gravure de la page 51, représentant la porte du Brisson.) On peut donc considérer les murs qui s'attachaient à la porte du Palais comme faisant partie d'un accroissement de la ville contemporain peut-être de cette dernière porte.

Gayffernan : Porta deu Cayffeman; porta de Cayffemano ; porte du Caheman; porta Carmelitaruni; porta deus Carmes (7, 20). — Cette porte était située à l'extrémité méridionale de la rue du Caheman. On l'appelait aussi, au milieu du xiv° siècle, porte des Carmes, c'est ce qui résulte d'un

DO

Porta deu Cayffernan.

titre de 1356 [Ms., Baur., p. 186, v°] : « lu parrochia Sancte-Eulalie, » in magna rua de Cajjffernano, <|iie, a porta Carmelitarum, sive de

» Cayffernano, ducit

^0S^k. S !S " versus l'uam de

(W j» JMl Im " Areis. » Elle por-

^ae*^ H^B| im tail aussi le nom de

' porte des Carmes en 1360 [C. de l'Arch.] :

« In dicta parrochia » Sancte-EuladieBm- » degaie, in meta » que, a porta Car- » melitarum, ducit, » juxta m uni m Bur- » degale, versus domum Sancti-Antonii, sive ad portam Areis. » Le 25 octobre 1389, le duc de Lancastre donna aux jurats de Bordeaux la permission de bâtir des maisons « en le place qui est a le pourte du » Caffernan, devant l'églisie dez Carmes [Liv. Bouil., p. 300]. » Elle était, » dit Baurein [Ms., p. 49], fortifiée par une seconde porte.

La porte du Cahernan se composait d'un long couloir DB, fortifié par quatre tours rondes [PL mss., n° 149]. Deux de ces tours étaient considérables; elles s'élevaient du côté de la campagne; les deux autres, beaucoup plus minces, étaient en arrière des premières, à côté de la seconde porte. Derrière celle-ci, contre deux pieds-droits faisant partie du mur intérieur, devait s'appuyer une troisième fermeture, un pont-levis sans aucun doute; nous savons, en effet, qu'il y avait deux fossés et deux murs paralèlles devant la seconde enceinte. Les deux petites tours s'élevaient entre les deux fossés, et se reliaient au mur extérieur. Les deux grandes formaient un fortin avancé sur l'alignement de la contrescarpe du fossé creusé devant ce dernier mur. Le fossé semi-circulaire qui les protégeait se reliait à celui qui longeait la courtine. Il fallait donc, pour entrer en ville, franchir trois ponts-levis et passer sous trois portes.

Nous croyons devoir ajouter à cette description purement archéologique, donnant l'état de la porte lorsqu'elle servait de fortification, deux reconnaissances du xvie siècle [Terr. Dest.], qui la décrivent aussi, et qui feront comprendre les changements opérés sur le parcours de

la clôture du premier accroissement de la ville, lorsque, par suite de la construction des remparts du xive siècle, cette clôture devint inutile. Le premier de ces titres, daté du 28 décembre 1578, s'exprime ainsi : «Jehanne de Las Tastes, veuve de feu Pierre Galineau, a recogneu » toute icelle tour ronde scituée près et joignant les fossés de la liaison » commune de ladite ville, et la maison dans laquelle feu Guillaume de » Lestona et Ysabeau Eysselin souloyent faire leur rezidence, confrontant » d'ung costé, vers soleilh levant, au jardrin qui souloyt appartenir aulx » hoirs feu Jehan Mousset, fils de feu Henry, et, à présent, appartient » aulx hoirs Bernard de Latapy, fief de laditte ville; d'aultre coste, à la » maison de Pierre Duroy, maistre chirurgien, fief de la ditte ville; d'ung » bout à la ruhe publique, par laquelle on va et vient de la ruhe du » Caliernan à la ruhe Bouliault; lesquelles confrontations est comprins la » moytie de la voulte et galerie par laquelle l'on va et vient par dessus » laditte tour jusques à l'autre tour, illec près, appartenant ausditz sieurs » de Lestonac et Eysselin, sadicte femme ; dans laquelle galerie y a une » cheminée qui est des appartenances de laditte tour de laditte de Las » Tastes, sans tirer plus oultre. »

La seconde reconnaissance est du 18 août 1579; on y lit : « Guilhem » Arnaud, comme curateur du sieur Loys du Sault, fils de feus Jehan du » Sault, sieur d'Agassac, et Jacquette de Lestonnac, ledict du Sault, » héritier de laditte Jacquette, a recogneu tous iceux corps de logis, » l'entrée d'iceux entre deux, à la murailhe qui est joignant les fossés de » la Maison comune et un jardrin, le tout joignant ensemble, scitué en la » grand ruhe du Caliernan, et au bout d'icelle, vers les fossés de laditte » ville, audit Loys du Sault, obvenues par le décès de Yzabeau Eysselin, » mère de laditte Jacquette, confrontant d'ung coste, vers midy, le » couvent des Carmes, aux deux corps de logis de hoirs feue Heliete » Eyquard, qu'il a acquis dudict feu Guilhume de Lestonna, dès le » 15 janvier 1515; estans, lesditz deux corps de logis, des appartenances

» de l'antienne maison dudict Guillem de Lestona et la maison à

» présent appartenant à M. Me Massip, conseiller du roy en la cour, » laquelle maison avait été démembrée de celle des Lestonnac; « d'aultre » costé à la murailhe et tour de la maison et chay ou souloyt estre » antiennement l'artillerie, appelle antiennement l'hospitai Nostre-Dame, » appartenant ladicte tour, muralhe et chay en propriété ausditz sieurs » (maire et jurats); d'ung bout, vers le couchant, à la maison et jardrin

» de et, de l'aultre bout, aux fossés de laditte Maison commune

» et à la tour ronde et montée du courroyr du portai du Cahernan, » appartenant ladicte tour et moytié du courroyr aux hoirs feu Pierre » Galineau. »

Dij eus : Porta Dijeus; porta Digeus, Dijeu, de Giu, de Giou, Dijius, Digaus, etc.; porta Judaica, Judayca; porte Dijeaux (11, 19). — Nous

avons vu que le mur du xive siècle, à l'est de la ville, était très rapproché du mur romain. Une porte, qui ressemblait très probablement à la porte Basse, s'ouvrait à l'extrémité de la rue Porte-Dijeaux, dans ce mur romain; devenue inutile, elle fut démolie, et aucun des titres que nous avons consultés n'en fait mention. Elle a été remplacée, au xive siècle, par une porte construite à 10 à 12 mètres environ plus à l'ouest, et qui s'ouvrait entre deux tours rondes en saillie dans le fossé [Lattre. — PL mss., nos 44 et 119] C). Bernadau [Viog. Bord., p. 180] dit qu'elle s'élevait au milieu de quatre grosses tours crénelées et flanquées d'une redoute. Tous les plans que nous avons consultés, bien antérieurs à Bernadau, ne nous présentent que deux tours. Devant la porte s'avançait une longue barbacane semi-circulaire, défendue par un fossé qui l'enveloppait complètement. On y entrait, au nord, par une porte précédée d'un pont-levis; puis on traversait le fossé, entre la barbacane et la porte, sur un autre pont-levis. L'existence de la porte Dijeaux est signalée dans les textes du xve siècle. Le 4 octobre 1406 [Jurade], les jurats ordonnèrent de mettre cinq gardes au « portau de la porta Digeus ». Les clés de cette porte furent confiées, le 27 juillet 1407, à Arnaud Constantin. Le 21 avril 1416, le jurât Aysselin fut chargé par ses collègues de faire garder pendant la nuit le portau

Porta Dijeus.

(') Ces deux derniers plans nous ont servi à tracer celui qui accompagne cette notice.

Digeus; et le 26 juillet 1420, cette garde fut confiée à Arnaud Boneu. Le nom de cette porte reviendra si souvent dans la suite de cet ouvrage, qu'il est inutile de fournir d'autres preuves à l'appui de son existence et de son emplacement au xve siècle. Elle a été remplacée, en 1748, par la porte monumentale que l'on voit aujourd'hui.

Duras : Porta de Duras; porta de Rausan; porta Angebin; porta Néba; porte Neuve (11, 20). — Cette porte, percée dans le mur romain, était au bout septentrional de la rue de Duras (rue de Grassi), qui de la rue Porte-Dijeauœ aboutissait aux fossés de Campaure (cours de I'Intendance).

Son nom de porte Neuve prouve qu'elle avait été ouverte au moyen âge dans les murs romains, pour remplacer, sans doute, celle que les Templiers, en construisant leur couvent, avaient dû murer, et qui correspondait à celle ouverte au sud de la cité, en face de l'abside de Saint- André. Baurein dit [Bull, polym., année 1817] en parlant de cette dernière porte : « Il est à présumer qu'il y avait dans cette place » (vers la petite place Saint-André) une porte de ville pratiquée dans » l'ancien mur qui la traversait. Il semble au moins qu'on peut l'inférer » d'un ancien statut de l'église Saint-André, de l'an 1366, dans lequel il » est fait mention d'une maison canonicale placée, y est-il dit, à la sortie » de la porte par laquelle on va de l'église Saint-André vers le moulin. » Juxta exitum porte per quam itur ab ecclesia versus molendinum » Sancti- Andrée, que domus usque ad primum ostium ejusdem molendini » se extendit. »

Engin deu Mirail : Porta de V Engin deu Miralh. (Voir Porta deu Mirail.)

Entre-dos-Murs : Porta Entre-dos- Murs; porte Entre-deuœ-Murs (10, 23). — « C'étoit, dit l'abbé Baurein [Ms., p. 193, v°], une des portes » de la première enceinte qui étoit située aux environs de la place Saint- > Rémi. Le samedi 19 janvier 1414 (1415), les jurats permirent au curé et » aux paroissiens de Saint-Rémi d'établir un pont sur le fossé du Pont- » de-La-Mousque, vis-à-vis de la porte qui étoit entre deux murs, par

» laquelle on alloit à l'église Saint-Rémi Die sabbati xix mensis

» januarii anno Dornini millesimo quadringentesimo decimo quarto. Et

» plus, fo ordonat et autreyat au bicari et parropiantz de la gleysa » Sent-Aremedi, que edz fessan ung* pont à trauers deu fossat deu Pont- » de-la-Mosqua, drey lo portau que es entre dos murs, per ont hom ba » à la deyta gleysa, per ayssi que, tos temps, pusca estre ostat que » aux senhors de la bila playra. » Nous avons vu sur le même emplacement un passage, qui a été interdit, il y a une vingtaine d'années, et qui allait de la place Saint-Rémy au cours du Chapeau-Rouge.

Espaignau : Porta Espaignau. (Voir porta deu Far et A porta Espaignau. Ce dernier nom est dans l'article consacré aux quartiers.)

Far : Porta deu Far, deu Har; portale de Farro; porta de Spanos, Espaignau; La Tornapiqua deu Far; porte du Ha (9, 18). — La porte du Far était construite dans le mur de la troisième enceinte de Bordeaux. Il en est fait mention dans un texte de 1378 [C. de l'arch.) : « Vitalis

» Boquer débet, quolibet anno, m solidos census, pro uno solo in quo

» portale de Farro, et murus sive fossatum ville sunt in parte cons- » tructi. — Blanqua uxor condam Guillelmi Arnaldi de La Porta débet, » quolibet anno, ni solidos, pro uno solo contiguo, quodquidem solum » nunc est occupatum propter fossatum ville Burdegale quod est in eo » factum. »

Si l'on en croit la Chronique Bordelaise, cette porte fut murée en 1404; le fait est qu'en 1406, elle n'est pas sur la liste de celles qui devaient être gardées, suivant la délibération de la jurade du 4 octobre; mais, le 27 juillet 1407, elle était ouverte, puisque les clés « deu portau deu Uary> furent confiées à Guiraud Miqueu; que, le 21 avril 1416, les jurats chargèrent l'un des leurs, Gaillard de Junqueyres, d'y placer des gardes pendant la nuit : « Galhard de Jonqueiras au portau deu Far; » et, en 1421, il fut ordonné que le même « Guiraud Miqueu tenga la clau deu » Far. » En 1360 [C. de l'arch.], on appelait aussi cette porte : porta de Spanos : « apud portam de Spanos sive de Farro. » On lui donnait également, pendant toute la période anglaise et jusqu'au xvie siècle, le nom de « La Tornapiqua ou Tornapica deu Far. »

L'emplacement de cette porte, démolie lors de la construction du château du Hâ, n'est pas douteux; elle était située sur le côté occidental de la rue du Palais-de-Justice, juste en face de la rue du Ha. (Voir rue de La Tornapiqua deu Far et A porta Espaignau.)

La Gadena : Porta ou portau de La Cadena; porte de La Cadéne; porte des Trois-Maries (8, 20). — Cette porte, appartenant au mur romain, était dans l'alignement de la rue Sainte-Catherine, au midi de la rue du Loup. On l'appelait aussi porte des Trois-Maries, ainsi que le prouvait une inscription conçue en ces termes : icy estoit la porte des trois-maries , qu'on avait incrustée dans le mur d'une maison bâtie à la place de cette porte, démolie en 1728 (1).

La Graba : Porta de La Graba, La Graua; porte de La Grave; porte de Seguinot, de Seguinot-Beti, Seguinot-Bety (4, 23). — Cette porte était « située, dit l'abbé Baurein, près de l'église Saint- Michel, d'où elle abou- » tissait sur la rivière. » Elle était, en effet, à l'extrémité orientale de la rue deu Puyaduy-de-La- Graba, qui forme maintenant la continuation de la rue des Faures. Bernadau, qui avait vu la porte de La Grave, dit [Viog. Bord., p. 298] qu'elle s'ouvrait dans une tour ovale; cependant, si les anciennes vues à vol d'oiseau nous la représentent aussi dans

une tour circulaire, quelques plans, qui doivent mériter toute notre confiance [PI. mss., nos 65 et 91], lui donnent la forme d'un hexagone irrégulier.

Il est fait mention de cette porte dans des textes du commencement du xve siècle; en 1406, on met six gardes « au portau de La Graua »

Porta de La Graba. x .

[Jurade]. Elle s appelait aussi, a la fin du même siècle : porte de Seguinot ou de Seguinot-Beti [Inv. Ste-Cr.]. « Reconnais-

» sance par Guilhem Gascq d'une maison et place près du portail de

» Seguinot, parroisse Sainct- Michel, sur la Grave. » En 149*7 [Terr. Bos.] : « Toute icelle pièce de terre vacante, quy est, en la parroisse Sainct- » Michel, près le portai Seguinot alias Seguinot-Bety, confrontant entre » le goix qui escoule les eaux qui viennent de la ruhe des Fours, d'une

» part et dure, à la murailhe de la ville, d'ung bout, à la ruhe

» publicque, d'autre bout. » Les deux extraits suivants [Bénéf. S^Mich.] des baillettes de la même maison prouvent que le nom de Seguinot-Beti

(') Cette maison a été démolie il y a trente ou quarante ans, et au lieu de placer la pierre, sur laquelle était l'inscription, dans le mur de la nouvelle maison, on l'a transportée au musée des antiques. Enfin cette dernière maison a été abattue à son tour lorsqu'on a percé le cours d'ALSACE-ET-LoRRAiNE.

et celui de La Grave étaient donnés à la même porte : « Vente (en 1 466) » de certain droit d'exporle et de vingt sous de cens, à l'œuvre de Saint-

» Michel pour raison d'une maison près le portai de Seguinot-Beti ; »

et plus loin : (au xvnr9 siècle) : « déclaration faite au roi par Jehan de

» Pontcastel, lequel déclare tenir une maison, près le portai de La Grave, » du fief des Bénéficiers de Saint-Michel, à vingt sous bordelais de » rente »

La Palu : Porta de La Palu. — Nous n'avons rencontré le nom de cette porte que dans l'analyse suivante d'un titre de 1388 [Fr. Prêch.] : « Reconnaissance faite en faveur du couvent par Élie Boey, d'une maison » sise dans la rue du Prat, paroisse Saint-Meœens, proche la porte de » La Palu » La rue du Prat passait dans deux paroisses : celles de Saint -Maixent et de Saint-Rémy, depuis la rue Burga jusqu'à la Garonne. Elle était près de la tour Saint-Georges et au nord de la rue Notre-Dame. (Voir rua deic Prat.) La porte de La Palu ne pouvait être la porte d'Audeyole, située dans la paroisse Saint-Rémi. Si ce n'était pas la porte Saint- Germain, bâtie à l'extrémité de la rue Burga, qui divisait les paroisses Saint-Maixant et Puy-Paulin, ce n'était qu'une poterne ou une porte sans importance qui s'ouvrait, vers les marais, près la tour Saint- Georges.

La Rocella : Porta de La Rocella; porta Rosella, Rocella, Rocerra; porte de La Rousselle (6, 22). — « Elle était placée, dit l'abbé Baurein » [Ms., p. 45, v°], à l'extrémité de la rue du même nom, dans le mur du » premier accroissement de la ville, vers le midi; n'étant plus d'aucune » utilité, et mettant obstacle à la liberté du passage, elle fut démolie en » 1606, ainsi que nous l'apprend Darnal dans sa Chronique. » Cette porte (voir le plan ci-après) (4) paraît avoir été bâtie sur le même plan que celles du CaJiernan et de Saint-Eloy, c'est-à-dire qu'elle avait plusieurs portes passant entre des tours. Pour les portes, le fait est attesté par les deux textes suivants : En 1319 [Rôl. gasc] : « Pro Lupo Burgundi de » Burdegale habendo domum que est, inter duas portas de Rosella, in » civitate predicta. » En 1489 [Terr. Bosc] : « Baillette de fief nouveau

(4) Ce plan est extrait d'un grand plan de Bordeaux [PI. mss., n° 149] levé vers le milieu du xvine siècle; il donne, à leur place respective, la porte de La Rousselle, A; celle des Saliniires, B; la porte Bourgogne, C; et un mur moderne, CD, auquel on avait relié cette dernière porte.

» faicte à Amanieu Pelleau de toutes icelles deux chambres, l'une

» joignant l'autre, scituées au bout de la ruhe de Rousseïle, entre les » deux portais, confrontant aux niurailhes de la ville, d'une part, et à la » maison qui souloyt appartenir à feu Bernard de Lanau, d'autre part; » dure et tient en long de la ditte ruhe de La Rousseïle, de par devant,

A, Porta de La Rocella.

B, Porta de Las Salineyras.

C, Porte Bourgogne.

CD, Mur plus moderne.

» de l'ung bout, entre à la murailhe du dit Bernard de Lanau, d'autre » bout. » On aperçoit cette porte dans plusieurs vues à vol d'oiseau, qui placent les tours les plus élevées et les plus grosses du côté de la ville, tandis qu'ailleurs, et dans les divers plans que nous avons eus sous les yeux, elles sont du côté de la campagne. On ne cite pas de barbacanes ayant fortifié les portes du Cahernan et de Saint-Eloy; la porte de La Rousseïle en avait une, puisque, à la fin du xme siècle, Pierre Andron, citoyen de Bordeaux, fit construire une maison qui avait

une issue dans cette barbacane [Ms. Baur., p. 45, v°] : « fundata per

» muros et turellas ville Burdegale, specialiter et expresse cum exitu

» seu porta in dicto inuro facta ex parte barbacane dicte porte. » Des maisons furent construites, plus tard, dans l'intérieur de la barbacane. C'est ce qui résulte du texte suivant, de 1489 [Terr. Bosc] : « Baillette à » fief nouveau faicte à Jehan de Guerreaux de toute- icelle chope qui est » dernier sa maison et chay, qui est au dedans le balouard (l), dernier les » chay s de La Roussette, » confrontant des côtés à deux échoppes, « dure » et tient, en long, de l'aleye et chemin quy va au portai dudict baluard, » de l'ung bout, entre à la murailhe dudict baloard, d'aultre bout. »

Les autres portes du premier accroissement paraissent n'avoir été d'aucune utilité après la construction des murs du xive siècle; mais la porte de La Roussette servait encore au commencement du xve, et tous les soirs on la fermait. Le 28 octobre 1420, celui qui était chargé de ce soin ayant manqué à son devoir, fit amende honorable devant les jurats [Jurade] : « Lo médis jorn, Guilhem de Belin, marchant, se sotzmetut de » la offensa que feit abe, per so que no abe barrât la gran porta publica » de La Rosela, le dimenge d'abant Nadau, en la torn de ix horas de » nuitz. »

Las Eyras : Porta de Las Eyras ; pourtal des Eyres; porte des Ayres, des Aires; portau de Nostra-Dona-de-Las-Eyras; porta ou portale de Areis ; portau de la Majestat-de-Nostre-Done-de-Las-Eyras (8, 19). — Cette porte, ouverte clans le mur du premier accroissement de Bordeaux, au bout occidental de la rue des Ayres, se voit dans le plan de Bordeaux dessiné par Vinet; elle existait donc encore, du moins en partie, au xvie siècle. Nous la trouvons mentionnée pour la première fois en 1367 [C. de l'Arch.], à l'époque où elle n'était plus d'aucune utilité pour la défense de la ville, puisque alors l'enceinte du commencement du xive siècle était construite : « Bernardus Jordan i débet pro solo in quo est » turris, juxta domina suam cornelariam que est juxta portale de Areis ;» et onze ans plus tard : ci pro uno solo in quo est turris que est juxta » portale de Areis in parrochia Sancte-Eulalie. » En 1389 [Liv. Bouil., p. 300], il est accordé la « permission de bâtir maisons en la place qui est » auprès le pourtal des Eyres. » — « Il est fait mention de cette porte, » dit l'abbé Baurein [Ms., p. 78], dans un titre de 1461, où il est question

(') On désignait par ce mot, à la fin du xve siècle et pendant le xvie, un ouvrage de fortification avancé qui remplaçait les barbacanes des anciennes forteresses. (Viollet-Le-Duc, Dict. d'arch.)

» d'une maison située dans la rue des Ayres : dauant lo portau, y est-il » dit, de Nostra-Dona-de-Las-Eyras. Dans un titre de 1463, cette porte est » appelée : portau de La Maj ' estat-de-Nostre-Done : tôt aquet portau, y » est-il dit, qui es en la parropia de Santa- Euladia de Bordeu, en la rua » apperada à Las Eyras, près deu portau de La Majestat-de-Nostre- » Done. »

Si nous interprétons bien le texte suivant [Lièv. P. Berl.], cette porte était, comme toutes celles de la seconde enceinte, protégée par quatre tours ; nous croyons du moins qu'il signale deux tours du côté du midi : « Rue des Ayres, qui conduit du portai des Ayres vers le Marché, et au » midi d'icelle; nota : que, joignant le dit portail des Ayres, chemin entre » deux, il y a une grande maison cornalière de dame Trenque de Borbon, » en franc allû, ensuite vient le fief du dit seigneur archevêque. — Dame » Trenque de Borbon, pour un sol, où il y a une tour, joignant la grande » maison cornalière. — La ditte Trenque de Borbon, femme de Jean de » Jalais, pour un sol, place et maisons, joignant les maisons cy dessus, » où il y a une tour. »

S'il y avait deux tours au sud de la porte, il est évident qu'il devait également en exister deux au nord, en face des premières.

Las Salineyras : Porta ou portau de Las Salineyras; porte des Saliniéres; porte des Palières, Paillères (5, 23). — Lorsque, au commencement du xive siècle, on entoura de murs tout le quartier qui s'était formé au sud de l'enceinte romaine et de celle du premier accroissement, on appuya l'extrémité nord-est de ces nouveaux murs contre la porte de La Roussette; et, près de cette porte, on conserva une ouverture tournée vers l'est, en face du Puyaduy de Las Salineyras (cours des Fossés). On l'appela porta de Las Salineyras. (Voir le plan page 62.) Si l'on en croit les diverses vues ca\'alières de Bordeaux, elle s'ouvrait tout simplement dans le mur; aucune tour ne la fortifiait. Il est fait mention de cette porte dans des textes du commencement du xve siècle. Le 27 juillet 1407, les clés en furent confiées à Seguinot Beti : « Item las (claus) deu portau de » Las Salineyras et d'aqui en sus à Seguinot Beti. » Johan Argui les gardait en 1421 ■ « Fo ordenat que Johan Argui (tenga) las claus deu » portau de Las Salineyras entro à Santa-Crotz. » Le 21 avril 1416, on ordonna à Johan Esteue, jurât, d'y placer des gardes pendant la nuit [Jura de].

On l'appelait encore porte des Sàlinières en 1576. Voici comment s'exprime notre compatriote Pierre de Brach [Brach, p. 76, v°, et Brach Dez., t. II, p. 82], après avoir parlé de la rue de Tropeyte :

« Car au portail du nom où le sel se descharge,

» Une rue aboutit et plus longue et plus large,

» Retenant toutes deux des vieux siècles passés,

» Chacune en son quartier, le nom des grands fossés.

» Tesmoignage assuré que l'une et l'autre rue

» Jadis de nostre ville ont borné l'estendue. »

On l'appelait aussi porte des Palièrcs ou des Paillères.

Medoca : Porta Medoca, Medoqua, Medulca, Medouque, Medoque, Médoc (10, 22). — Une porte romaine devait s'ouvrir, dans le mur de la première enceinte, près du bout septentrional de la rue Sainte-Catherine, sur l'alignement de la seconde maison, à gauche, en sortant de la rue de la Maison-Daurade; mais celle dont parlent les texte.-; du moyen âge a été construite à quinze mètres en avant de ce mur dans la même rue Sainte-Catherine, entre la rue de la Maison-Daurade et la place de la Comédie. « On se tromperait, dit Baurein [Bull. Polyrn., an. 1817, p. 353], » si on cherchait l'ancien mur septentrional (romain) dans l'alignement » de la porte Médoc; il faut rentrer quelque peu dans la ville pour le » trouver. » On a substitué, dit encore Baurein [id., p. 355], à la porte romaine « la porte Médoc, qui a été construite un peu plus loin, dans le » mur d'un petit accroissement de la ville, vers le nord. » Cet accroissement, suivant Vinet [Ant. B. et B., § 51], n'était qu'un « boulevart de » nouvelle façon, basti devant l'antienne porte ; laquelle peut avoir eu la » première ce nom de porte Medouque. »

Quoique des remparts eussent été construits au xive siècle, à l'extrémité septentrionale des allées de Tourny, bien en avant de cette porte, elle était encore utile un siècle plus tard, puisqu'en 1414, les jurats décidèrent

d'aller la visiter : « fo ordenat que los tots (jurats) anessan beder los

» parets de porta Medoca, que son entre los dos portaus » [Jurade]. Ce texte nous prouve en outre qu'il y avait là, au xve siècle, deux portails ou fermetures. Les deux portes Médoc existaient encore au siècle suivant, puisque, par arrêt du 9 août 1555, il fut défendu aux bouchers et tripiers

de Bordeaux de vendre ailleurs qu'à et « à porte Medoque, entre les

» deux portaux » [Stat. B.. p. 213].

Un plan manuscrit [Coll. J. Delp.] gravé par P. Lacour [Bull, polym., ann. 1819, p. 112] représente la porte Médoc s'ouvrant entre deux tours à pans coupés vers la campagne, et à sections droites du côté de la ville.

Miralh : Porta ou portau deu Miralh; portau Neu-deu- Miralh ; portale de Miralho; porte du Mirail (4, 20). — C'est une « ancienne porte de » ville, dit Baurein [Ms., p. 181, v°], construite dans le mur du second » accroissement de Bordeaux, vers le midi. Elle avoit pris son nom du » quartier du Miralh, dans lequel elle se trouvoit placée. Elle n'existe » plus; mais on ne sauroit révoquer en doute qu'il n'y ait eu une porte de » ce nom, qui étoit située entre celle de Saint-Julien et l'endroit où l'on » a construit celle des Capucins. En voici les preuves : Pro vinea situata » in magna via de Betgla, est-il dit dans une ancienne liève, que a portali » de Miralho, ducit versus Betglam. Dans un titre de 1366, il est fait » mention d'une maison située dans la paroisse de Saint-Eloy, près lo » portau deu Miralh. Il paraît, par un titre du 12 juillet 1354, que le » couvent des Sœurs Augustines, situé rue du Fagnas, étoit auprès deu » portau de Miralh. L'extrait suivant d'une liève du xve siècle ne permet » pas de confondre cette porte avec celle de Saint-Julien, qui en étoit » voisine. Apud Lavodat, j est-il dit, in ruetta stricta que, a fossato ville, » videlicet inter portale Sancti Juliani et portale de Miralho, ducit versus » meridiem. La porte de Saint-Julien étoit située' dans la paroisse de » Sainte- Eulalie, au lieu que celle du Miralh étoit placée dans la paroisse » de Saint-Eloy : In parrochia Sancti- Elegii, apud Miralhum, prope » portale de Miralho, est-il dit clans une ancienne liève, in rua que, à » puteo de Miralho, ducit versus Sorores Augustinas. Il paroît, par là, » qu'on peut placer la porte du Miralh dans la rue du Fagnas, car c'est » dans cette rue qu'étoit situé le couvent des Sœurs Augustines. » On l'appelait aussi; en 1313, portail neuf du Mirail [Inv. Ste-Cr.] : « Recon- » naissance par Guilhem Batignan d'un sol de terre hors le portail neuf » du Mirail. »

Nous venons en outre de voir que le chemin de Bègles était alors entouré de vignes; voici un texte, tiré des Comptes de l'archevêché, qui prouve que ces vignes s'avançaient jusqu'à la porte du Miralh . « Pro » magna pecia vinee que est apud Minorissas prope portale de Miralho. » Cette porte, dont on ne voit pas la trace dans les vues anciennes de

BORDEAUX VEfiS 14 50. 67

Bordeaux, qui u'est pas indiquée dans le plan de Lattre, n'est jamais citée dans les registres des délibérations de la jurade du commencement du xve siècle. Elle n'existait peut-être plus alors.

Navigera : Porta Nanigera. — A l'époque romaine, cette porte donnait entrée dans le port occupant alors l'emplacement des rues basses qui avoisinent le ruisseau de la Devise. On a pensé que c'était la même que la porte Saint-Pierre ; mais, faute de documents positifs, nous ne pouvons nous prononcer à cet égard.

Voici ce qu'en disait Paulin de Pella au ve siècle :

« Burdigalain veni; cujus speciosa Garumna » Mœnibus oceani refluas maris invehit undas » Navigeram per portam : quse portum spatiosum » Hac etiam mûris spatiosa includit in urbe ('). »

(Paulin de Pella, fiucharàticon, v. 44etsuiv., t. I, p. 354 de l'Ausone de Corpet.)

Il n'en restait déjà plus aucun vestige au xvie siècle [Vin. Aus., 209 C].

Ome-de-Casse : Porta de VOme-de-Casse,- porta ou portau deu Casse; porta de Corn, de Bernard de Corn; porta de Tropeyta; porte du Chapeau- Rovge (10, 23). — L'abbé Baurein [Ms., p. 331] dit que la porte du Casse dut être démolie lorsqu'on construisit, pour la première fois, le château Tropeyte, et qu'elle devait nécessairement exister entre la porte Saint- Germain et celle du Chameau- Rouge. C'est laisser de la latitude aux suppositions. Bernadau [Viog. Bord., p. 85] est plus explicite : il dit que la porte du Casse est la même que le portau Barrât; mais Baurein avance, d'un autre côté [Ms., p. 124], que le portau Barrât s'était primitivement appelé porte de Tropeyte. Voyons ce que disent les textes : Le 27 juillet 1407, les jurats, se distribuant les clés des portes de la ville, celles de la porte de Y Ome-de-Casse fut confiée à Bernard de Corn : «Item, dit la délibération [Jurade], las claus deu portau de YOme-de- » Casse, de porta deus Paus, et d'aqui en jus, entro à la tor d'Audeyoïa » inclusiuament, Bernard de Corn. » La tour et par conséquent la porte

(') « Enfin.... je vins à Burdigala, dans ces murs où la Garonne majestueuse amène le reflux des » ondes de l'Océan par une porte ouverte aux navires, enfermant ainsi un vaste port dans la vaste » enceinte de la cité. » (Trad. de Corpet.)

» de Y Ome-de- Casse, car ces deux monuments n'en faisaient qu'un, étaient voisines de la tourette du Pont- de -la- Mousque; en effet, le 4 octobre 1406, les jurats ordonnèrent de mettre des gardes aux portes et aux tours de la ville. Dans la liste des tours que la jurade de la porte des Paux devait faire garder, on trouve : « la tor redonda deu Pont-de-la- » Mosca, la torretta deu Pont-de-la-Mosqua, la tor de Y Orne- de- Casse, la « tor de rua 1/cdoc, la tor deu Retge, la tor à'Audeyola. » Il y avait donc deux tours et une porte, celle du Retge, entre celle (YAudeyole et celle de 1: 'Ome-de- Casse, qui était assez éloignée de la tour YAudeyole, et fort rapprochée de la tourette du Pont-de-la- Mousque. En 1416, les jurats chargèrent « lo tr'esorey, jurât de Tropeyte » de mettre des gardes de nuit « au portau deu Casse et à la tor ftAudcyola. » Le 6 août 1421, il fut ordonné par les jurats « que Arnaud Aramon âges la garda de las claus » de la tor (YAudeyola, entro au portau deu Casse. »

Nous devons remarquer que les délibérations de la jurade de 1406 à 1420 ne signalent jamais la porte de Corn ni celle de Tropeyte, dans les distributions des clés que se font les jurats; que, dans ces mêmes délibérations, la porte du Retge est indiquée comme s'ouvrant entre la tour (YAudeyole et la tour de rue Mêdoc; que la tour de l' Ome-de- Casse, ne faisant qu'un même édifice avec la porte du même nom, ou étant située à côté d'elle, était voisine de la tourette du Pont-de-la-Mousque ; et qu'enfin, en 1407, Bernard de Corn gardait la clé de la porte de Y Ome-de- Casse. Nous concluons de tous ces textes que la porte du Casse ou de Y Ome-de- Casse était, au commencement du xve siècle, celle que, plus tard, on appela porte de Corn, porte Tropeyte, et enfin porte du Chapeau-Rouge.

Nous venons de dire que la porte de Corn et celle du Casse étaient la même sous des noms différents; nous avons vu aussi qu'en 1407, Bernard de Corn fut chargé de la garde des clés de la porte de Y Ome-de- Casse; ce jurât nous paraît avoir donné son nom à la porte près de laquelle il demeurait, et qu'on nomma d'abord « porta de Bernard de Corn », nom qui, quelque temps après, devint assez connu pour que les jurats, dans une délibération du 17 novembre 1420, le lui donnassent officiellement : « Et plus, que sian barradas totas las portas deuert la mar, exceptât la tor

» de Audeyola, la porte de Bernard de Corn et la porta deu Calhau »

Après la mort de Bernard, la porte continua encore longtemps à s'appeler porte de Corn, le peuple laissant de côté le nom de Bernard, qui n'existait

plus, pour ne conserver que le nom de la famille, ou plutôt celui de la maison voisine, on oublia peu à peu le nom de porte du Casse, et, en 1493, le notaire P. de Bosco ne la connaissait probablement plus que sous le nom de porte de Corn : « et dura, dit-il, de la grant carreyra qui ben

» deu portau de Corn et ba au castet de Tropeyta » Ailleurs, il dit que

la maison de Corn était située près de cette porte. Un autre acte [Ter. Cast.] en parle ainsi : Reconnaissance, en 1538, par Leroy de Gans « d'icelle maison où il y a apendu l'enseigne du Chapeau-Blanc, scituée

» près le portai de Corn, confrontant à la maison de d'une part, à

» l'eschelle par laquelle l'on monte et descend sur la murailhe de la ville, » d'autre part; à la rulie publique, par devant, de l'ung bout, jusques à la » murailhe de la ville, le chemin publicq, par dessus, entre deux, d'autre » bout. » Le nom de cette porte était déjà corrompu du temps de Vinet, et commençait à se métamorphoser en celui de porte du Chapeau- Rouge : « Porte de Cor, dit-il [Ant. B. et B., § 48], autrement dite

» du Chapeau -Rouge; » et ailleurs [§ 57] : « Petite ville en son

» premier aage environnée de fossés pleins d'eaue, larges et pro-

» fons, tant du costé du midi, où passe encore le Peaugue, et du bout » regardant l'occident, que du costé du nord et septentrion ou i a » aujourdhui maisons et jardins et cette belle rue de Porte-de-Cor, » laquelle rue a tousiours retenu le nom de ce qui fut là premièrement,

» et s'appelle Fossés »

Cette porte s'appelait aussi alors porte de Tropeyte. Voici ce qu'en dit Pierre de Brach, en 1576 [Brach, p. 76, v°, et Brach Dez., t. II, p. 82] :

« Et prenant le plus court, hardiment j'entrerai » Par le premier portail que je rencontrerai.

» 0! portail de Trompeté, encor bien qu'a l'antique » Tu ne sois embelli par un pillier Dorique, » Et qu'un terme, ou qu'un plinte, ou qu'un grand chapiteau » N'enrichisse le tour qui bande ton arceau, » Si est ce toutefois qu'aux cent portes ouvertes » Dont Thebes a pleuré les ruineuses pertes » Un de ses cent portaux jamais ne fut trouvé, » Pour si haut que l'ouvrier eust ton front eslevé, » Percé d'un si beau jour, ni gardant à l'entrée » Une rue en largeur droitement mesurée » Si belle que la tienne où dedans marcheront, » Sans s'entre-coudoyer, cinquante hommes de front;

» Qui, depuis ton entrée ou répond sa sortie,

a A de mille grands pas sa longueur aboutie :

» Ayant ses deux grands flancs bordés esgalement

» Des fronts hauts eslevés de maint grand bastiment,

» Qui souvent ont logé nos grands Roys et nos Princes

» Et ceux qui sont venus des estranges Provinces. »

Au xviue siècle, une belle grille en fer forgé s'appelait porte du Chapeau-Rouge. Joseph Vernet l'a dessinée dans ses vues de Bordeaux.

Paus : Porta deus Pans; porta de Palis ; porte des Paux, Pespaux (9, 23). — Nous pensons, comme Baurein [Bull, polym., année 1817, p. 353], qu'il a existé deux portes du même nom, et que la seconde a usurpé celui de la première. On sait, en effet, que le mur romain, enveloppant la ville du côté de l'est, passait au bout oriental de la rue Saint- Rémi (voir le plan ci-après), et suivait à peu près la ligne des maisons qui bordent, à l'ouest, la place de la Bourse; là s'ouvrait une porte qui, en 1262, se nommait porte des Paux, et en dehors de laquelle s'élevaient des maisons [Liv. Bouil., p. 369]. Il y avait près de là une ruelle qui conduisait de la grande rue des Paux (') à la maison à'Arsac : « Item » dicimus [Liv. Bouil., p. 371], quod juxta domum Arnaldi Guilhelmi deus » Paus, prope portam deus Paus, est quedam rueta publica et communis

» que ducit, a magna carreria deus Paus, usque ad aulam ftArsac »

Nous verrons, en parlant de la ruetta d'Arsac, que cette ruelle, longeant intérieurement le mur romain, il ne peut être question ici que de la porte qui était dans ce mur. Lorsque, plus tard, on construisit les remparts qui passent sur le bord de la rivière, à 30 mètres des murs romains, on y ouvrit une nouvelle porte en laissant l'autre en arrière. Cette porte se trouvait dans l'espace compris entre la Bourse et la fontaine des Grâces. C'est probablement celle dont il est parlé dans les titres du xive siècle. En 1407 [Jurade], la clé de la porte des Paux fut donnée en garde à Bernard de Corn, et Martin Poitevin en fut chargé en 1421 : « Martin » Peitabin, de porta deus Paus entro au Brisson. »

D'après un plan sans numéro [PI. mss.], elle s'ouvrait dans le mur, sans tour ni ouvrages avancés ; c'est du moins ainsi qu'elle est dessinée dans la vue cavalière de la CosmograpJiie de Munster et dans un plan

(l) Voir rua Sent-Remedi.

du xvme siècle dont nous donnons ici un extrait. Mais, dans la vue dessinée par Vinet, il y a un semblant de tour, et le titre suivant, de 1499

PORTKS DES PAUS.

A Porte des Pau? romaine.

AB, Rua Sent-Rémedy.

AK, Ruetta d'Arsac.

BC, Rua S'nt-SeuTin.

DF, Mur romain.

HQ, Rua de la belha Corderia J, Porta des Paus du xiv° sièc;e.

L, Emplacement de la statue de L uis XV, maintenant de la fontaine des Grâces.

MN, Mur du xiv sièc e.

[Terr. Bos.], semble donner raison à cet auteur : « Toute icelle maison » scituée rue de Porte-des-Pauœ, confrontant à la murailhe de la ville, » d'une part, et à la ruhe publicque par laquelle on va au pont de

» La Mousque, d'autre part, et dure et tient en long du coing- du jainbaige » de la tour de porte Despautc, de l'ung bout, entre le premier eschelon » de l'eschelle par laquelle l'on monte à la murailhe de la ville, d'aultre » bout. » Si l'on en croit le dessin de Vinet, cette tour était carrée. La vieille porte romaine existait encore en 1540, ainsi que le prouve une reconnaissance citée par Baurein [Bull, polym., année 1817, p. 353].

Pellerains : Portai des Pellerains. — « Pierre Gaillard, tanneur, pour » deux maisons joignant le portai des Pellerains. » Ce texte, datant de 1553, a été puisé dans un manuscrit [Denomb.] où les erreurs sont assez nombreuses ; nous pensons qu'il faut lire port au lieu de portai; à moins qu'on ait donné quelquefois, au xvie siècle, le nom de porte des Pèlerins à la porte Saint-Jean qui s'ouvrait près du port des Pèlerins.

Peugue : Porta deu Peugue (7, 23). (Voir porta deu Brisson.)

Pey-Miqueu : Porta de Pey-Miqueu; porta deu Pin; porte de Pierre- Michel (5, 23). — L'existence de cette porte nous est signalée en 1323,

de la manière suivante [Obit. P., p. 58] : « Nota quod dictam domum

» tenet nunc Helieta, filia dicti Pétri de Lion, uxor magistri Pétri de

» Guiraudon et erat ipsa domus, die compilationis hujusmodi libri,

» loco predicto vocato ad Puyatorium de Las Salineyras, videlicet in « capite ruete per quam ascenditur, a portali quod est juxta turrim Pétri » Micliaelis, versus Las Salineyras. » Au siècle suivant, les jurats ordonnèrent de mettre des gardes aux portes et aux tours de la ville [Jurade] ; la tour de Pey-Miqueu en reçut six; alors, la porte était murée, puisque, le 11 mars 1421-22, les jurats permirent à cinq bourgeois de Bordeaux de l'ouvrir, à la condition que ceux-ci promettraient de bien l'entretenir, et de la condamner ou de la murer toutes les fois que l'ordre leur en serait donné : « Au jorn duy fo donat congeit à Arnaud de Lespinassa, Bertrand » deu Pin, Johan de Bonhan, Guilhem Boneu, Stebe Conte, de hubrir lo » portau qui se ten ab la toi* de Pey-Miqueu, per aissi que prometierem » de barrar et enmurar lodeit portau totas horas et totas betz que, per » mossenlior lo mager et juratz, qui aras son, o per temps a bénir, seran « mandatz, sens aucuna contradiction; et lodeit portau de tenir de bonas » portas et de clau et ferradura, et lo peymentar dejus, et autrament lo » tenir en dert de totas causas qui besonh y feran. »

La tour de Pey-Miqueu s'appelait encore ainsi à la fin du xive siècle; le texte suivant nous en donne la preuve [Inv. S^And.] : « Contrat (1394) » par lequel le chapitre de Saint-André a investi Estienne de Ganegua » d'une maison seize près Les Salinières, -devant la tour de Pierre- » Michel. »

Mais au commencement du xve siècle, ce monument commençait à changer de nom; alors, en effet, il est mentionné sous celui de porte et tour du Pin. Nous avons vu qu'un des cinq bourgeois cités plus haut s'appelait Bertrand deu Pin; cette tour lui appartenait, peut-être même l'habitait-il ; et l'on prit l'habitude de donner à la porte et à la tour le nom de leur propriétaire; c'est d'ailleurs ainsi que les jurats eux-mêmes la désignaient le 27 juillet 1407 [Jurade].

Elle devait porter officiellement ce nom à la fin du xve siècle, puisque Braconi et de Bosco, notaires de la ville, le lui donnent dans deux actes de vente. La première vente fut faite, le 8 juillet 1469, par Tallesa de La Targaria, femme de Herry de Chaumont, habitante de la paroisse de Saint-Michel, à Perrin Galhard, charpentier : « So es à ssauer, dit » l'acte, tota aquera tor, ab una brassa de terra deuert dauant ladeyta » tor deuert la bila, ab la terra, etc., laquau sole estar de Bertran deu Pin, » laquau medissa tor es en la parropia Sent-Miqueu, au loc apperat : à » La Fustaria, deuert Las Salineyras, ayssi cum es et se confronta entre » lo mur de ladeyta ciutat d'un a part et d'autra, et dura de long de la » carreyra qui ben deu portau de La Graua, per laquau hom ba deuert » lo portau de Las Salineyras, de part dauant, de l'un cap, entro à la y ma » de la mar, de part detras, de l'autre cap; et plus tôt dreyt, etc., per lo » pretz de 95 franexs bordales...., saups los dreytz deus nobles senhors : » lo mager et jurats de la ciutat de Bordeu » [Min. de Braconi, notaire à Bordeaux; — Arch. dép.]. L'autre vente est faite par Etienne Mauret, de la paroisse de Saint- Michel, à Johan Ferron, l'aîné, bourgeois de Bordeaux : « Tota aquera tor, y lit-on, qui es en la parropia de Sent- » Miqueu, de Bordeu, en la rua de Las Salineyras, apperada la tor deu

» Pin et dura de la deyta rua publica, de part dauant, de l'ung cap,

» entro à la y ma de la mar, de l'autro cap » [Terr. Bos.].

L'emplacement de la porte et de la tour du Pin n'est pas difficile à trouver. Lorsqu'en 1406, on mit des gardes dans les tours et aux portes de la ville, le jurât de La Roussette fut chargé de munir celles qui donnaient sur la Garonne, depuis Sainte-Croix jusqu'au pont Saint-Jean;

leur liste commence à la grande tour de Sainte- Croix et finit à la tourelle du pont Saint- Jean; celle de Pey-Miaueu est nommée de suite après la porte de La Grave et avant la tour de PMlippot-de-Mortemar . D'ailleurs, nous venons de voir, dans l'acte de vente retenu par Braconi, qu'elle était entre la porte de La Grave et celle des Salinières. Les vues cavalières des xvie et xvne siècles donnent aussi ce nom à la tour carrée qui est entre ces deux portes.

La rue qui passe actuellement près de l'emplacement de cette tour s'appelle rue de la Tour-du-Pin.

Puts-de-Toscanan : Porta deu Puts-de-Toscanan; porte du Puitsde-Toscanan; porte du Puy -de- Toscanan. — Le seul texte que nous possédions sur une porte de ce nom s'exprime ainsi : « Reconnaissance » (en 1365) d'un jardin qui est, sous le mur, près de la porte du Puy- » Toscanan » [Inv. S4- And.].

Cette porte pourrait être, à la rigueur, la porte Basse; mais nous croyons plutôt que c'est la porte de Toscanan.

Retge : Porta deu Retge; portau Barrât; porte Notre-Dame; porte de Tropeyte (10, 24). — Cette porte était à côté de la tour du Retge, dans le quartier de Tropeyte, entre la tour de Rue-Médoc et celle iïAudeyole; c'est du moins la place qu'elle occupe dans la liste des tours où les jurats mirent des gardes le 14 octobre 1406 [Jurade] : « Tor de VOme-de- Casse..., tor de rua Medoc..., tor deu Retge..., tor » (ÏAudeyole... » — «Le 14 juillet 1414, il fut ordonné, dit l'abbé Baurein » [Ms., p. 122], que Guilhem Brun, drapier, seroit détenteur de la clé » d'une porte située à côté de la tour du Retge; qu'il y feroit faire une « bonne porte, à laquelle contiïbueroient tous ceux qui voudroient s'en » servir.... Et plus fo ordenat que Guilhem Brun, draper, aye la clau » deu portau costa la tor deu Retge, per aissi que y fassa bona porta, et » qui s'en borra ajudar que y contribuisca. » Baurein pense que la porte et la tour furent démolies lors de la construction du premier château Trompette, en 1454.

Cette porte est, pensons-nous, celle qu'on appela plus tard : portau Barrât. Remarquons qu'elle n'était pas bien utile au public, puisque les jurats n'en avaient toléré l'ouverture que pour être agréables à quelques bourgeois; qu'elle était assez rapprochée de la porte de V Ome-de- Casse et

de la porte à'Audeyole, entre celle-ci et la tour de rue Mèdoc; et qu'en conséquence, on peut supposer que c'est celle qu'on voit dans les plans gravés par Lacour [Bull, polym., 1819, p. 112 et 148], au bout oriental de la rue Dissente, et qui était à égale distance des portes à'Audeyole et de V Ome-de- Casse, à l'extrémité septentrionale de la rue dnportau Barrât.

Nous croyons que la porte Notre-Dame, signalée dans le texte suivant, du 22 juin 1499 [Terr. Bos.], n'est autre que la porte du Retge : « Baillette » à fief nouveau faicte à Grimon Eyquem (d'une maison ou place), scituée » au cournau de Tropeyte, près la tour et porte de Nostre-Dame, confron- » tant à la place de Jean de Tardetz, d'une part, et la place de...., d'autre » part; et dure et tient en long de la ruhe publicque, de par devant, de » l'ung bout, entre à la murailhe de la ville, d'autre bout. » La place de Jean de Tardetz confrontait à dix pieds de terre qui avaient « été réservés » pour faire la porterie. » Il faut observer, en effet, que la rue Notre-Dame était au nord et très près de la rue Dissente, qui aboutissait directement à la porte du Retge, et qu'une porte située au bout de la rue Notre-Dame aurait été à peu près inutile ; d'ailleurs, on avait démoli l'extrémité orientale de la rue Notre-Dame lors de la construction du château Trompette en 1454 [Bull, polym., 1819, p. 148; plan]. Une porte Notre-Dame distincte de la porte du Retge ne pouvait donc pas exister, en 1499, au bout de cette rue.

Baurein [Ms., p. 123, v°] appelle cette même porte : porte de Tropeyte : « Elle avoit pris son nom, dit-il, du quartier dans lequel elle étoit cons- » truite ; elle étoit au nord de celle du Chapeau-Rouge, et dans le même » alignement; elle a été dans la suite appelée portail Barrât. » Baurein, ordinairement si prodigue de preuves, n'en donne aucune dans cette occasion.

Sent-Andriu : Porta Sent-Andriu ; porte Saint-André; porta Sancti- Andree; porta Bassa; porte Basse (10, 19). — Cette porte s'ouvrait, dans le mur romain, à l'extrémité occidentale de la rue des Trois-Conils, appelée alors rue de Saint-André ou de Guillaume- Arnaud- Moneder .• « Rua Guillelmi-Arnaldi-Moneder, dit un titre cité par l'abbé Baurein » [Ms., p. 171, v°], que rua videlicet ducit directe, a porta Sancti- Andrée, » versus quadrivium in platea Sancti-Projecti. » Elle s'appelait aussi porte Basse à la fin du xive siècle; c'est ainsi que la nomme Vital Caries,

fondateur de l'hôpital Saint-André, dans son testament [Hop. S1- And.]. On lui donnait encore ce même nom au commencement du xve siècle; c'est en effet de cette façon qu'elle est désignée dans le testament de messire Géraud, chanoine de Saint-André et de Saint-Seurin, du 24 février 1404, où il est dit que la grande rue Saint-André aboutit du carrefour de Saint-Projet à la porte Basse et à l'hôpital de Saint-André [Bull, polym., année 1817, p. 356]. Vinet, qui l'a dessinée dans son plan [Vin. Aus.], dit [Ant. B. et B., § 44] que, de son temps, on l'appelait porte Basse, « comme ele est fort basse, à cause des bourriers qu'on a là » aportés, dont on l'a veuë quelquefois toute bouchée. » On la trouve encore désignée sous cette dénomination en 1495 [Min. de Dart.] : « Baillette, des terrains compris entre les deux murs de la ville , près » la porte Basse, entre la muraille de la ville et le chemin creux qui » conduit de la porte Basse à la porte Dijaux, le long de la muraille » de la ville, touchant le jardin de monseigneur l'Archevêque, et, de » l'autre bout, près de l'extrémité de la haute muraille de la ville. » Elle était située dans la portion de la rue des Trois-Conils qui est entre la rue des Remparts et la rue des Facultés. Lorsqu'on a construit le souterrain qui conduit de la Caserne municipale à la Mairie, on a trouvé les pieds-droits de cette porte. Elle était aussi appelée porte Basse dans un rôle des tours de la ville en 1572 [Rôl. tours]. Baurein avance, dans un mémoire présenté, en 1760, par le chapitre de Saint- André pour vérifier les bornes de La Sauvetat de la cathédrale, que la porte Basse était au bout de la rue Maumisant (Montméjan); mais cette dernière porte était appelée, aux xrve et xve siècles, porte de Saint- SympJiorien, et, au xvie, par Vinet, porte du Pape; Baurein lui-même assure qu'en 1404 la porte Saint- André s'appelait porte Basse.

Sent-Aubin : Porta Sent-Aubin; porta Sancti-Albini; porta de la Torde-Gassias; porte de la Tour-de-Gassies (8, 22). — Elle s'ouvrait dans le mur romain, à côté de la tour du même nom (voir tour de Sent- Aubin), au milieu de la rue Obscure (rue de la Tour-de-Gassies). En 1262, un bourgeois de Bordeaux, nommé Guillaume de Saint- Aubin, demeurait dans cette rue ; c'est lui peut-être qui a donné le nom à la porte • « Item dici- » mus quod inter domum Guillelmi de Sancto-Albino et domum Rogerii » Comitis est carreria et porta publica et communis que ducit ad mare » [Liv. Bouill., p. 372].

Sent-Bincent : Porta Sent-Bincent; porte Saint- Vincent. — Un titre de 1356 [Inv. Ste-Cr.] désigne ainsi cette porte : « Bail à cens » consenti par l'abbé (de Sainte-Croix) en faveur de Pierre Fusaler, d'un » trens de vigne aux Graves de Bordeaux, lieu appelé : sous la porte » Saint -Vincent. » Il existait près du ruisseau de Bègles, au sud de Sainte- Croix, une chapelle appelée Saint-Vincent- de -Lador s ; pour y aller, en partant de Bordeaux, on devait passer par la grande porte de Sainte-Croix, située sur l'emplacement de 1' Abattoir; nous pensons que c'est cette porte que le notaire de 1356 nomme porte de Saint- Vincent.

Sent-Elegi : Porta Sent-Elegi; porta Sent-Aloy ; porte Saint-Éloy ; porta Sancti-Jacooi; porta Sent-Jacmes, Sent-Jagmes; porte Saint- James; porte de 1' ' Hôtel-de- Ville ; porte de la Grosse-Cloche (6, 20). — La porte Saint-Eloy avait été primitivement construite sur le même plan que la porte du Cahernan; mais elle subit une modification notable au milieu du xme siècle. « Un catalogue des titres de l'église de Saint- André, » dit Baurein [Ms., p. 62, v°], fait mention d'un acte passé en 1246, » scellé du grand sceau de la ville de Bordeaux, par lequel il paroît » qu'on avoit donné le terrain qui étoit entre l'église de Saint-Éloy et le » lavoir du nouveau mur, aussi bien que l'espace qui se trouvoit entre les » deux murs de la ville, en compensation du terrain qu'on avoit pris à » l'entrée de cette église Saint-Eloy, pour y construire ces deux tours » et une nouvelle porte de ville. — Item, habemus quamdam litteram, » magno sigillo Burdegale sigillatam, qualiter, in recompensationem » terre occupate in introitu ecclesie Sancti-Elegii, pro duabus turribus » et portali edificandis, dederunt, de terra communie Burdegale, que est, » juxta dictam ecclesiam, inter duos muros, in commutationem terre dicte » ecclesie occupate; videlicet ad opus et ad restaurationem ecclesie pre- » dicte; videlicet ab angulo dicte ecclesie, usque ad labatorium mûri » novi, et totam amplitudinem positam inter muros. Anno Domini mille- » simo cc.xlvi. »

Ces deux dernières tours, bâties sur l'emplacement du rempart intérieur, portèrent à six le nombre des tours de cette porte, et achevèrent d'en faire une défense de premier ordre.

L'entrée de l'église était placée, à l'est du passage, entre deux tours.

Les deux du milieu étaient beaucoup plus étroites que les autres, qui,

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