PAROISSES
Nous ne pouvons pas déterminei' les époques précises où ont été fondées les paroisses de Bordeaux; nous savons seulement qu'aux xive et xve siècles on en comptait quinze : « Los quinze capperans de las » quinze capperas parrochianas de Bordeu, » dit un titre du 3 septembre 1381, cité par Baurein [Var. bord., t. III, p. 336]. Elles se répartissaient ainsi : dix avaient leurs églises situées dans l'enceinte romaine; c'étaient Saint- André, cathédrale ; Saint-Paul, Notre-Dame-de-La-Plo.ee, Saint- Christoly, Notre-Dame-de-Puy -Paulin, Saint-Projet, Saint-Mexent, Saint-Simèon, Saint-Rémy et Saint-Pierre, dont la moitié était dans cette enceinte, et l'autre moitié, le chœur, dans l'accroissement du bord de la rivière. Les églises de deux autres paroisses étaient dans le premier accroissement; c'étaient Sainte- Colombe et Saint-Eloy. Cette dernière était bâtie entre les deux murs qui fortifiaient la seconde enceinte. Les trois dernières étaient situées dans le second accroissement au midi de la vieille ville; c'étaient Sainte-Eulalie, Saint-Michel et Sainte- Croix. Le territoire de quelques-unes de ces paroisses était très restreint ; celui de quelques autres était considérable, et s'étendait au loin dans la campagne. Nous n'avons pas tracé dans notre plan les limites des paroisses, parce que certaines de ces limites ne nous sont données que par des textes obscurs ou contradictoires. Toutes les limites que nous allons déterminer ont été extraites par nous de documents anciens.
Nostra-Dona-de-La-Plassa : iVostra-Dona-de-La-Plassa; Notre- Dame de-La-Place; Platea;Sancta-Maria-de-Platea; gleysa Sent-Eutropy, Sent-Eutroppi ; église Saint- Eut r ope (9, 20). — Cette église, située en face de l'abside de la cathédrale, n'est plus livrée au culte. La paroisse était en grande partie dans le territoire de la sauveté de Saint- André; ses limites vers l'orient passaient derrière les maisons qui bordaient, à l'est, la rue Juda/ique jusqu'à la Devise. Elle était bornée au nord par ce ruisseau;
à l'ouest, par une ligne qui passait au milieu de l'îlot de maisons séparant les rues Sainte-Hélène et de Saugars; au sud, par le mur romain. Elle fut plus tard incorporée dans celle de Saint-Projet.
Cette paroisse était quelquefois nommée paroisse de La Place (Platea) ; on lit en effet dans un texte de l'an 1400 [C. de l'arch.] : Abbas Sancti- » Salvatoris-de-Blavia débet, pro domo que est in rua de Saugars, in » parrochia de Platea. » Au xvie siècle, elle était aussi connue sous le vocable de Saint-Eutrope, ainsi que le prouvent les textes suivants de l'an 1553 [Denomb.] : « Maistre Gaillard de La Vie, conseiller du roy, a » déclairé tenir certaine partie de maison et jardrin, seize en la parroisse » Sainct-Eutroppi, mouvante d'une chapellenie fondée en l'esglize métro-
» politaine Sainct- André de Bordeaux. » — « en la parroisse Sainct-
» Eutroppe, près le puis de Cadaujac. » — « une maison et jardrin,
» scittuée audict Bourdeaux, en la parroisse Sainct-Eutropy , confrontant » avec la grande rue Sainct- André, près l'hospital, et les maisons de » Monsieur Longa, mouvant du chappitre Sainct- André. »
Nostra - Dona - de - Puch - Paulin : Nostr a-Don a-de-Puch-Paulin ; Sancta-lJaria-Podii-Paulini; Notre-Dame-de-Puy-Paulin (10, 21). — L'église s'élevait au nord de la place Puy- Paulin. C'est là du moins qu'on la trouve dans tous les anciens plans de Bordeaux manuscrits et imprimés. La paroisse était bornée à l'ouest par les murs de la troisième enceinte, qui la séparaient de Saint- Seurin; au nord, elle s'étendait quelque peu dans la campagne, du côté de Saint- Germain. La ligne qui la circonscrivait au nord-est et à l'est passait par les rues Burga, Porte- Mèdoc, Porte-Dijeaux, Brayac, Margaux, Castillon; la rue Porte-Dijeaux. à partir de la rue Castillon jusqu'à la porte Dijeaux, la bornait au sud.
Sent-Andriu : Sent-Andriu; Saint-André; La Majestat, cathédrale, église métropolitaine (9, 19). — L'église de Saint-André, qu'on appelait aussi La Majestat, est située à l'angle sud -ouest de l'enceinte romaine. Nous n'avons pas de données exactes sur les limites de la paroisse; à vrai dire, cette église, qui, à une époque reculée, n'était pas paroissiale, n'avait pas alors de territoire proprement dit; à une époque moins éloignée, ses dépendances étaient bornées par les murs romains, au sud et à l'ouest: par la grande rue Saint- André, au nord, et par la paroisse de Notre- Dame-de-La-Place, à l'est.
Sent-Christoly : Sent -Christoly; Sanctus-Christojphorus; Sent- Christauli; Saint- Christolla (10, 20). — La paroisse Saint- Christoly avait pour limites : à l'ouest, les rues de Magudas et du 2yemj)le; au nord, la rue Porte-Dijeaux et la rue Salàbert; à l'est, la rue Castïllon et la rue du Pont-de-Brion jusqu'à la Devise; au sud-est, la Devise, et au sud, la grande rue Saint-André. Quelques rares textes lui donnent pour limites la Devise au sud et au sud-est. Les restes de l'église Saint- Christoly se voient encore sur le côté septentrional de la rue Montméjan, en face de la rue Saint-Christoly, au coin de la rue de Grassi.
Sent-Elegi : Sent-Elegi; Saint-Eloy (6, 21). — L'église de Saint- Eloy était bâtie à l'est de la porte Saint-Eloy et contre cette porte. Elle ne se composait primitivement que d'une nef resserrée entre les deux remparts de la seconde enceinte; plus tard, on a bâti au sud un bas-côté. Les limites de la paroisse, au nord, étaient formées par une ligne qui partait du midi de l'hôpital Saint -Marsau, traversait le pâté de maisons situé entre le Marché et la rue Cayffemette, suivait la rue des Agassars, et allait rejoindre le milieu de la rue Neuve par une impasse située à l'ouest de cette rue. Au couchant, la ligne séparative suivait la ruelle de Bouglon et une autre ruelle qui reliait la rue Cayffemette à la rue Entre-deux-Murs ; puis coupait en deux la Maison de Ville, les jardins et les maisons situés entre les rues Boau et du Mirait, et passait enfin à travers le couvent des Augustins, dont une portion était dans Sainte- Eulalie. La paroisse s'étendait au sud dans la campagne. La ligne qui la délimitait à l'orient rentrait, dans la ville, à l'est de la porte du Mirait, suivait la rue Leyteyre, puis la rue Bouqueyre jusqu'à la rencontre de la limite du nord.
Sent-Mexent : Sent-Mexent (9, 21). — L'église de Sent-Mexent n'existe plus; l'établissement qui porte aujourd'hui le nom de Magasin universel a été bâti sur son emplacement, au coin des rues Sainte- Catherine et Saint-Mexens (rue du Parlement). La paroisse était bornée, au sud, par la Devise, depuis la rue du Pont-de-Brion jusqu'à celle du Putz-de-Banhacat. Cependant, le texte suivant, daté de 1553 [Denomb.], place la limite dans la rue de La Monede (impasse Sainte-Catherine) : « M. de Mignot, advocat en la court, doibt la rente d'une maison qu'il » tien en la reue de La Monede, parroisse Sainct-Mexans. » L'extrémité
septentrionale de la rue du Putz-de-Banhacat la bornait à l'est; la ligne de limite remontait ensuite la rue du Far-de-Lesparre jusqu'à la rue Bedillon, qu'elle suivait, ainsi que les rues Corlin et de La Brousse; la paroisse s'étendait ensuite dans les marais derrière les Chartreux. Les limites de l'ouest étaient les rues Burga, de Porte-Mèdoc, de Brayac, Margaux et Pont-de-Brion.
Sent-Miqueu : Sent-Miaueu ; Saint-Micliel (4, 22). — Cette église est bâtie près de la Garonne, sur la déclivité d'un coteau qu'on appelait le Puyaduy de Sent-Miaueu. La paroisse, qui s'étendait au sud dans la campagne, était, dans la ville, bornée, du même côté, par les rues de Las Sos-Menudes, le carrefour de Y Ome-de-Pa/pon, les rues Traversante, de Nerayen et de Car~boneu; à l'est, par la Garonne; au nord, par le Peugue jusqu'au pont Saint-Jean; à l'ouest, par la rue Neuve et la paroisse Saint-Eloy.
Sent-Pau : Sent-Pau; Saint-Paul (10, 19). — La paroisse de Saint- Paul, dont l'église, actuellement détruite, était située dans la rue Saint- Paul, sur la rive droite de la Devise, s'étendait à l'ouest dans les marais, bien au delà des murs de la ville; elle avait pour limites, au sud, la grande rue Saint- André ; à l'est, les rues de Magudas et du T'emple; au nord, la rue Porte-Dijeaux.
Sent-Pey : Sent-Pey ; Saint-Pierre (8, 22). — L'église Saint-Pierre s'élève sur la rive gauche de la Devise, et près de l'embouchure de ce ruisseau. Sa façade était dans l'enceinte romaine, et son abside dans l'accroissement du bord de la rivière. La paroisse était bornée, à l'est, par la Garonne; au sud, par le Peugue; à l'ouest, par les rues à!Enfern, de Las Combas, de la Cileysa-Belha, de Pousse-Penilh et de Pey-Macau, et au nord, par la rue du Putz-des-Cujoles, et par une ligne qui, partant du bout occidental de cette dernière rue, se terminait à la Garonne.
Sent-Projeyt : Sent-Projeyt; Saint-Projet (8, 20). —L'église existe encore au nord de la place Saint-Projet, mais elle n'est plus livrée au culte. La paroisse était bornée, au sud, par les murs romains; à l'ouest, par la paroisse de Notre-Dame-de-La-Place ; au nord, par celle de Saint- Mexent. Les rues du Petit- Cancera et Amaud-Miqueu la bornaient à l'est.
Sent-Remedy : Sent-Remedy ; Saint-Rémy (9, 23). — L'église s'élève près de l'angle nord-est de l'enceinte romaine ; elle sert actuellement de magasin. La paroisse était bornée, à l'ouest, par celle de Saint-Mexent; au sud, par une portion de cette même paroisse et par celle de Saint- Pierre; à l'est, par la Garonne; elle s'étendait fort loin, au nord, dans le faubourg des Chartreux.
Sent-Symeon : Sent-Symeon; Saint- Simèon; Saint- Barthélémy (8, 21). — L'église existe encore sur le côté septentrional de la rue Saint- Simèon; elle sert de magasin à un industriel. Un dénombrement des fiefs de la ville, fait en 1553, nous apprend qu'elle était aussi sous le vocable de Saint-Barthélémy . La paroisse était bornée, au sud, par le mur romain; à l'est, par la paroisse Saint-Pierre; au nord, par celle de Saint-Mexent, et à l'ouest, par celle de Saint- Projet.
Sent-Seurin : Sent-Seurin; Saint- Seurin (14, 19). — L'église de Saint-Seurin existe encore. La paroisse, jadis dans les faubourgs, est maintenant un des quartiers les plus peuplés de Bordeaux; ses limites, du côté de Test, ne dépassaient pas les remparts de la ville.
Senta-Colomba : Senta- Colomba ; Sainte- Colombe (7, 21). — L'église de Sainte- Colombe s'élevait au milieu de la place actuelle de Sainte- Colombe.
En 1526, cet édifice tombant en ruine, on creusa les fondations d'une nouvelle église près et au sud-est de l'emplacement qu'occupait l'ancienne. Cette construction resta sans doute inachevée; mais après la chute entière du monument, arrivée à la fin du même siècle, les habitants et propriétaires des maisons de la rue Sainte- Colombe et des lieux circonvoisins nommèrent des syndics qui, par acte passé, le 20 août 1691, pardevant Me François Cazenove, notaire de Bordeaux, décidèrent ce qui suit : « La dicte entière place qu'occupoit l'antienne esglize de Sainte- » Colombe, et tout l'espace qui estoit au-devant, au-dernier et aux costés » de la dicte esglise, demeurera libre; confrontant la dicte place, du » levant, au puys qui est entre les deux rues quy passent aux costés de la » dicte place ; du bout du couchant, vers le Marché, à la fourche de ladicte » rue qui vient du Marché et quy passe aux costés de la dicte place ; et
» des deux costés, aux dictes rues ; contenant la dicte place, en longueur, » vingt-six toises, à prendre despuis le dict puys du bout du levant, » jusques à la fourche de la ditte rue, du bout du couchant, à ce compris » la place vuide qui estoit au-devant et sortie de la dicte esglise, qui est » en pointe ; et de largeur, sur le millieu de la ditte place, cinq toises un » pied; deux toises troix piedz joignant le puys; et quatre toises troix » piedz du bout du couchant. »
Une des conditions expresses de l'acte est que « tout le dict espace, par » entier (de l'ancienne église) demeurera en place publicque, sans qu'on » y puisse faire aucun edifïïce publicq ou particulier, ny l'occuper ou » embarrasser de quelque manière que ce soit; mais demeurera la ditte » place de présent et à toujours libre et vuidde, excepté toutes fois qu'il » sera permis et loisible aus dits sieurs Miramond et Castaing (Pierre » Miramond et Philippe Castaing, bourgeois et marchands de la ditte » ville, syndics), aus dits noms, de faire mettre sur la ditte place, au » lieu le plus convenable, une statue du Roy ou de Monseigneur le » Dauphin; et aus dits sieurs syndics une croix sy bon leur semble » [Coll. J. Delp.].
L'église du xvir3 siècle n'existe plus. Les limites de la paroisse étaient, au sud, celle de Saint-Flop ; à l'est, la rue Neuve jusqu'au Peugue; au nord, le Peugue jusqu'à la fontaine de la rue Poitevine, d'où la ligne de délimitation, se dirigeant vers le nord, allait rejoindre les murs romains, qu'elle suivait jusqu'en face de la rue de Cqffey ; à l'ouest, la rue de Cqffey et le côté occidental de l'hôpital Saint- Marsmi.
Senta-Crotz : Senta- Crotz; Sainte- Croix (1, 22). — Sainte- Croix était en même temps abbaye et paroisse. L'église, le monastère et le jardin occupaient l'angle sud-est de la ville. La paroisse était bornée, au nord et au nord- ouest, par celle de Saint- Michel; à l'est, par la Garonne ; au sud, elle s'étendait au loin dans la campagne.
Senta -Eulalia : Senta - Eulalia ; Sainte -Eulalie (7, 18). — L'église Sainte- Eulalie était située à l'angle sud- ouest de la ville; elle existe encore. La paroisse était bornée, à l'est, par celles de Saint-Eloy et de Sainte- Colotribe; au nord, par le mur romain; au sud et à l'ouest, les limites étaient à une grande distance au delà des remparts de Bordeaux.
SAUVETÉS
« Sauveté et asyle étoient synonimes ; ils signifioient l'un et l'autre un » lieu de refuge, où les criminels, à l'abri de l'immunité des églises, » faisoient intercéder, ou composoient pour le crime qu'ils avoient com-
» mis. » [Précis responsif pour les maires de la ville de Bordeaux,
contre le chapitre de Saint-. Seurin. — Arch. mun.] Les magistrats de la ville ni les chefs des corporations ouvrières ne pouvaient exercer aucune juridiction sur les artisans et autres personnes qui habitaient la sauveté.
Nous connaissons à Bordeaux trois sauvetés ou sauvetats : celles de Saint- André, de Sainte- Croix et de Saint- Seurin.
Sent-Andriu : Saubetat de Sent-Andriu; salvitas Sancti- Andrée ; sauveté de Saint-André. — Cette sauveté était limitée, à l'est, par la rue Judaïque; au nord, par la Devise; à l'ouest, par la rue Saint-Paul ; au sud, par le Peugue. C'est ce que nous prouvent :
1° Les lettres-patentes de Charles VIII, en faveur du chapitre de Saint- André, citées dans un mémoire fait en faveur du chapitre et présenté en 1760 aux commissaires nommés par le roi pour vérifier les bornes de la sauveté et juridiction du chapitre; mémoire dans lequel on lit : « Au » levant, cette masse (des maisons que ces lettres permettent au chapitre » de clore) aboutit à la rue Judaïque, qui coupe, en droite ligne, d'un » ruisseau à l'autre. Le côté de cette rue qui est vers Saint-André est » entièrement composé de maisons appartenantes aux titulaires de l'église ; » la plupart en pleine propriété, les autres en fief. C'étoit l'extrémité des » jardins dont on a démembré partie pour bâtir. » Cette limite est signalée aussi dans un texte du xve siècle [C. de l'arch.] : « Pro domo situata in » parrochia Béate- Marie-de-Platea, in rua que, a quadrivio quod est in » fine salvitatis Sancti- Andrée, videlicet in capite rue de Saugars, ducit » versus puteum Sancte- Gemme. »
2° Une bulle d'Alexandre III, datée du 3 des ides de juillet 1170; une
autre bulle de Lucius III, du 18 des calendes de janvier 1180 [Arch. dép.J, et enfin une troisième bulle de Grégoire IX, du 12 août 1228, citée par Lopes [Egl. metrop., p. 362], où l'on trouve que les limites du nord et du 6ud s'étendaient d'un lavoir (ruisseau) à l'autre : « Jurisdictionem quam » habetis in urbe vestra et in suburbio ab una lotori (alias latori) usque ad » aliam. » Lopes et l'auteur du mémoire sont d'accord pour voir dans ces deux ruisseaux le Peugue et la Devise; cependant, ce dernier auteur avance qu'au xvnr3 siècle, les maisons bâties sur le côté méridional de la rue Caguemule, et situées par conséquent au nord du Peugue, n'étaient pas réclamées par le chapitre comme faisant partie de la sauveté, parce que, lors de la première délimitation de ce territoire, le Peugue était plus large que lorsque ces maisons furent construites; qu'il s'avançait plus près des remparts, et qu'en conséquence ces remparts et une bande étroite de terrain, séparant le mur du ruisseau, limitaient alors la sauveté au sud.
3° Enfin les mêmes lettres de Charles VIII donnent pour limites, à l'ouest, les remparts; c'est probablement le mur romain; mais, comme un chemin existait primitivement à l'intérieur et au pied de ces murs, et que ce chemin a été, plus tard, couvert par des maisons que l'on a adossées aux remparts, il est probable que ces maisons ont été considérées comme n'étant pas dans la sauveté; de même que celles qui bordent la rive gauche du Peugue, bâties après le tracé des limites, n'en faisaient pas non plus partie; de sorte que Vital Caries [Hop. S*- And.] a pu avoir quelques raisons de dire que son hôpital, bâti à l'ouest de la rue Saint- Paul, était yrès de la sauveté et non dans la sauveté.
D'ailleurs, un autre mémoire [Arch. mun.], fait aussi pour le chapitre, donne la rue Saint-Paul pour limite à la sauveté, et n'y fait pas entrer
les maisons qui s'élèvent sur le côté occidental de cette rue : « il est
» constant, dit l'auteur de ce mémoire, que l'hôpital neuf, fondé par M. le » président Boyer, est dans la sauvetat, et celui de Vital Caries, établi » dans cette ville en l'année 1390, étoit hors de la sauvetat, mais près » d'icelle, dédié à saint André et sainte Marthe, situé dans la paroisse » Saint-Paul, de l'autre côté de la rue Saint- Paul, qui le séparoit » de l'hôpital neuf; ce qui se concilie avec l'expression de la fonda- » tion, par laquelle il est porté que l'hôpital de Vital Caries étoit prèz » de la sauvetat; en effet, il n' étoit séparé de l'hôpital neuf, qui est
» dans la sauvetat, que par la rue Saint- Paul » (Voir hospitau
Sent-Andriu.)
Senta-Crotz : Saubetat de Senta- CroU; salvitas Sancte-Crucis ; sauveté de Sainte-Croix. — Nous ne savons pas quelles étaient exactement les limites de cette sauveté; seulement nous voyons par des textes de 1415 [Jurade] que des masures qui s'élevaient sur le bord de la Garonne, près des moulins de Sainte-Croix, en faisaient partie. Nous trouvons ailleurs [Inv. Stc-Cr.] que les rues du Peyrat, des Gallères, de Nacaran, & Arnaud- de- Lauberg aria, de La Fusterie, du Port, Sanguinengue et du Moulin j étaient comprises, ainsi que le cimetière et le quartier de Larrïbet. Ce quartier étant assez éloigné hors des murs, cela prouve que la sauveté de Sainte-Croix s'étendait dans la campagne.
Sent-Seurin : Saubetat de Sent-Sem'in; salvitas Sancti-Severini; sauveté de Saint-Seurin. — Un plan manuscrit du commencement du xvme siècle, appartenant à M. l'abbé Cirot de La Ville et intitulé : « Plan » du faubourg et parroisse Saint-Seurin, fait par nous Charles Martin, » arpenteur juré, à la réquisition de messieurs du chapitre Saint-Seurin, » nous donne les limites de la sauveté de Saint-Seurin ; elles reliaient par des lignes droites la Croix-Blanche à la Croix-de-Seguey; une autre ligne droite se dirigeait de ce dernier point vers le cours du Jardin- Public, en laissant dans l'enceinte l'hôtel de la Marine; suivait de là le cours de Tourny jusqu'au Peugue, qu'elle remontait jusqu'à un point que rejoignait une ligne droite partant de la Croix-Blanche et passant par la Croix-du-Sdblonat. Cette étendue considérable de terrain donnée par l'auteur du plan de la sauveté correspond aux délimitations fournies par un plan manuscrit bien plus ancien (1629) et fort grossièrement exécuté [PI. mss., n° 94]. L'auteur de ce plan a dessiné, sur le bord d'un chemin qui de la porte Dijeaux se dirige vers l'ouest, une croix qu'il appelle de Pont-Long. De cette croix, un chemin se dirige vers le nord jusqu'à la rencontre d'un carrefour; il appelle cette route : « chemin qui sépare » Caudèran de la sauvetat »; près du carrefour, il dessine une croix, qu'il appelle Croix- des -Badets, laquelle ne peut être que la Croix- Blanche, puisqu'elle est sur le chemin qui de la porte Pauphine, située au bout du cours de I'Intendance, se dirige vers Caudèran; là s'ouvre un chemin qui incline vers le nord-est, et qu'il nomme « chemin de séparation de la sauvetat et Bousquat » , au bout duquel est une croix qu'il appelle Croix - de -Seg tire; c'est évidemment la Croix-de-Seguey. Rien
n'indique le tracé des limites au sud et à l'est, où sont marqués les murs et les fossés de Bordeaux, depuis la porte Dijeaux jusqu'à la porte Saint-
Germain; mais près de la Croix-de-V Epine, l'auteur a écrit « Sauvetat » Saint- Seurin y> . Un texte de 1381 [C. de l'arch.] confirme l'étendue de
ces limites : « Johannes de Magudars solvit pro vinea quam habet in » salvitate Sancti-Senerini, loco vocato au Biber. » Le Bvoer ou Viver était situé au nord de la Chartreuse.
Quant à la juridiction, voici ce qu'on lit dans une liève du chapitre de Saint-Seurin du xvme siècle, dans laquelle d'ailleurs l'auteur paraît considérer la sauveté comme ne faisant qu'un avec la juridiction : «Premièrement, déclare que le dict chapitre a tout droit de justices » hautes, moyennes et basses du faubourg Saint-Seurin, confrontant, » du levant, aux fossés de la ville de Bordeaux ; du couchant, aux limites » de Caudêran, Bouscat, Villenave; du midi, au ruisseau appelé la mer » du Peugue; du nord, aux palus de Bordeaux. »
JURADES
Au xv° siècle, la ville de Bordeaux était gouvernée par douze jurats qui avaient chacun sous sa direction un quartier de la ville qu'on appelait Jurade; ils étaient chargés d'administrer la cité et d'en défendre les remparts. Ces jurades, dont nous n'avons pas trouvé les délimitations exactes, étaient au xve siècle :
1° La jurade de La Roussette, dedans et dehors (dedins et deffora).
2° La jurade de Porte-Bouaueyre , dedans et dehors.
3° La jurade de Saint-Eloy , dedans et dehors.
4° La jurade de Saint- Projet.
5° La jurade de Saint- Pierre.
6° La jurade de Saint-Siméon.
1° La jurade de la Porte-des-Paux, dedans et dehors.
8° La jurade du Cahernan, dedans et dehors.
9° La jurade des Eyres, dedans et dehors. 10° La jurade de Porte-Mèdoc, dedans et dehors.
11° La jurade de Saint- Christoly , ou de La Plasse, ou de Saint-Paul.
12° Lajitrade de Sous-le-Mur, dedans et dehors [Jurade, 1414].