‹ Bordeaux vers 1450Chapitre 19 sur 79 · PORTS · texte numérisé non relu

PORTS

Les différents mouillages de l'ensemble du port de Bordeaux avaient, au xve siècle comme à présent, des noms particuliers, empruntés souvent aux quartiers dans lesquels ils se trouvaient. C'étaient, à partir du nord, le port de Tropeyta, celui de Sent-Pey, ceux du Calhau, de Sent-Jehan-deu-Pount, de La Oràba, et quelques autres dont nous ne connaissons pas exactement la place.

Calhau : Port deu Calhau ; portus deu Calhau ; port de YOmbreyra, Umbreria (1, 23). — Le port de Calhau est signalé de la manière suivante en 1395 [C. de l'arch.] : « Solvi saqueriis pro faciendo portare de portu » deu Calhau ad g-ranerium archiépiscopale...., » Il est évident que ce port était en face du château de YOmbrière; c'était le même que celui nommé port de VOmbrière en 1262 [Liv. Bouil., p. 370] : « Item, dicimus, » quod portus et platea de YOmbreyra et domus cum platea de Umbreria, » in quibus sc'riptor communie morari consuevit, prout extenduntur a » domo Guillelmi Artus usque ad esterium, et a domo que fuit Pétri de » Ebradi, et a domo prepositure de Umbreria usque ad ymum maris, » sunt paduentum. »

Espanos : Port deus Espanos. (Voir porta deu Far.)

La Graba : Port de La Graba; port de La Graua; port de La Grave (4, 23). — Ce port devait se trouver en face de la porte de La Grave; il en est fait mention de la manière suivante dans un texte de la fin du

xive siècle [C. de l'arch.] : « Portare unum tonellum ad portum de

» La Grava, pro mittendo apud Quinsacum. »

La Mar : Port de La Mar; port de La Mer. — Ce port est peut-être le même que le port de La Grave; son existence est prouvée par le

texte suivant [Inv. S4-And.] : « Baillette faite par le chapitre d'une maison » seize sur le port de La Mer, au lieu appelé à La Grave. »

Lassoys : Port de Lassoys. — Ce port ne peut être que celui de La Souys, auquel on donne encore le même nom, mais qui, au xve siècle, devait se trouver bien en avant dans le ruisseau qui traverse le village de La Souys.

Pelegris : Port deus Pelegris; port des Pèlerins; portus Sancti- Johannis-de -Ponte (7, 23). — « On donnait à l'embouchure du Peugue le nom de port des Étrangers, port deus Pelegris » [Mon. hist., 1848. p. 28]. D'après Baurein [Ms., p. 67], on l'appelait ainsi depuis l'embouchure de ce ruisseau jusqu'au pont Saint- Jean. On le nommait aussi, en 1274, « port de Saint- Jean-du-P ont » [Arch. hist., t. V, p. 318] : « Willel- » mus Artaud, civis Burdegalensis, habet medietatem in portum Sancti- » Johannis-de-Ponte. »

Romain : Port Romain. — Ce port, dont on a toujours cherche vainement à fixer les limites et la forme exacte, s'ouvrait dans l'intérieur de la ville, où il occupait l'emplacement des rues du Cancera, de la Devise et du Parlement ; l'entrée de ce port, appelée porte Navigère, s'ouvrait près de l'église Saint-Pierre. Voici comment en parle Ausone :

« Per mediumque urbis fontani fluminis alveum; » Quem pater Oceanus refluo quum impleverit sestu, » Allabi totum spectabis classibus sequor ('). »

Nous avons déjà eu l'occasion de citer ce qu'en dit Paulin de Pella. (Voir ci-dessus, p. 67.)

Sent-Pey : Port de Sent-Pey; port de Saint-Pierre (8, 23). — Ce port est signalé, en 1262, dans une enquête faite, le 29 octobre de cette année, à propos des padouens de la ville. Un témoin déclare qu'il est depuis longtemps considéré comme padouen : « N Arnaud Andraut, qui » habebat iiii" annos et amplius, disso, sobre son segrament, que las

(') <> Et, au milieu di la ville, le lit d'un fleuve alimenté par des fontaines; lorsque l'Océan, pèn

des eaux, l'emplit du reflux de ses ondes, on voit la mer tout entière qui s'avance avec ses flottes » [Aus., t. I, p. 248].

» gualeas estauan au port Sent-Pey quant lo rey de Castilha bingo esta » terra, e que tos temps es padouens » [Liv. Bouil., p. 367]. Ce port devait être situé à l'embouchure de la Devise.

Trajeyt : Port de Trajeyt; port de Trujey; portus de Trajecto; portus de Trajectibus; port de Trajet; portus de Montibus; port de Mons (3, 26). — Le port de Trajet était situé sur la rive droite de la Garonne. Il existe, près du pont tubulaire du Chemin de fer, un ruisseau appelé l'estey de Trugey, un chemin de Trugey et un groupe de maisons nommées à Trugey {Trejey, suivant de Belleyme). Il est évident, pour ceux qui ont vu, il y a trente ans seulement, les bords marécageux de la Garonne aux environs de La Bastide, avant la construction du quai de La Souys, qu'un port ne pouvait exister de ce côté qu'au bout d'un ruisseau s'écoulant dans la rivière, et il n'y avait pas en face de Bordeaux d'autre ruisseau offrant le même avantage que celui de Trugey. Une enquête, faite en 1337, à la suite d'une plainte portée par les habitants de l'Entre-deux-Mers au roi d'Angleterre contre les exactions du sénéchal, nous prouve qu'alors le personnel de ce port était fort nombreux, puisque les habitants de quinze paroisses de cette contrée se plaignirent qu'ils étaient pillés, tous les ans, au moment de la récolte, par les nautoniers du port de Trajet [Cart. S. maj., p. 126].

Une motte fortifiée s'élevait près de ce port, pour le protéger sans doute; elle est signalée dans un titre de 1383 [C. de l'arch.] : « Helias » Bos, pro mota quam tenet ante villam Burdegale prope portum de » Trajectibus. » D'autres textes antérieurs [Id.] nous apprennent le nom de cette motte : en 1367, « Johannes Bos, parrochianus Scmcti-Mickaelis » Burdegale, débet pro mota vocata de Montihis, prout est magnis fos- » satis circumdata; » en 1375, « Helias Bosonis, parrochianus Sancti- » Michaelis Burdegale.... pro mota quam tenet ante Burdegale, et feudo » vocato de Montz. » C'est sans nul doute ce qui avait fait nommer quelquefois le port de Trajet port de Mons : en 1387 [C. de l'arch.], « Helias

» Bos pro mota terre et vinee quas tenet ad portum de Montibus. »

Une reconnaissance du 23 février 1509 [Terr. de l'arch.] s'exprime ainsi : « Reconnaissance par Pierre Balestard, masson de la parroisse de Saincte- » Euladyc de Bourdeaulx, à l'archevesque, de toutes icelles quinze pièces » de vinhe qui sont en la parroisse de Cenon en Queiries, devant Bour- » deaulx, au lieu appelle au port de Mons. » Une autre reconnaissance,

du 23 mars de la même année, nous apprend que « noble homme de

» Rostaing a reconnu de l'archevêque certain plantier de vigne, avec les » terres, jardrins, vimières, aubarèdes, boix, etc., qui sont apud Queyries, » devant Bourdeaux, en la parroisse de Cenon Entre-deux -Mers, au lieu

» appelle au port de Mons, près Trageyt. » Ailleurs, en 1538, « au

» port de Mons, près le pavé de La Bastide » . Il devait y avoir un lieu appelé à Trajet du côté de Bordeaux. Le texte suivant, de 1378, pourrait

le faire croire : « in loco de Las Compnas, qui locus est inter

» Sanctam-Crucem et Trajectum, et appellatur vulgariter : Lo Meyan de » La Canau, et est a parte Sancte-Crucis. »

Tropeyta : Port de Tropeyta (9, 23). — Ce port, qui devait être situé à l'extrémité du cours du Chapeau-Rouge, alors appelé fossats de Tropeyta, est signalé dans un titre de 1395; des denrées y étaient débarquées et, de là, transportées au palais archiépiscopal : « de portu de Tropeyta » ad palatium archiépiscopale » [C. de l'arch.].

Les Ports paraissent avoir, en partie, conservé ces diverses dénominations jusqu'à la fin du xvir3 siècle : « Les parties ou grèves d'icelui (port » de Bordeaux) sont assignées à l'assiette et réception de certains navires, » bateaux ou marchandises. Entre l'estey nommé de Fines terres et la » porte de ville nommée Dcspau, est le port, l'ancrage et le sit des » navires qui sont au fret, qui chargent ou déchargent; de la porte » Despau jusqu'à la porte de Caillau, est l'abri et la rade des vaisseaux » pour hyverner; à la suite et devant le Pont- Saint- Jean est le sit et » l'abordement des barques chargées d'oranges, de citrons, de bled, de » légumages, et de poisson salé, sec ou verd; ceux du sel, aux Salinières, » et finalement à La Grave est la retraite des vaisseaux qui ont besoin de » radoub ou des œuvres de marée » [Us. et coût., p. 35, note 3]. Il est probable que les places qu'occupaient, dans le port de Bordeaux, les navires chargés de ces divers produits, leur étaient assignées depuis longtemps.

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