COUVENTS
Si des ordres religieux s'étaient autrefois établis dans l'intérieur de l'enceinte romaine, il n'y en avait plus vers le milieu du xve siècle, à l'exception de la commanderie du Tem/ple, des pères de La Merci, et d'autres moines appelés dans nos textes latins Fratres de Sacco (voir Du Cange, au mot Saccï), et qui habitaient la rue Porte-Dijeaux.
Dans le premier accroissement, nous ne trouvons que le couvent de Saint- Antoine, appelé plus tard les Feuillants.
Les religieux, dès le xme siècle, et sans doute avant, s'étaient établis en dehors de ces deux enceintes. Au nord, dans le quartier de Tropeyte, nous trouvons les Jacobins ou Dominicains; dans celui de Campaurc, les religieuses de Saint- Dominique ou de Sainte- Catherine. Au sud, les Carmes, les Augustins, les Augustines, les Cordeliers ou Hennis, les Cordelières, les Bénédictins.
En dehors de Bordeaux, les Chartreux, qui ont donné leur nom au faubourg des Chartrons.
Augustinas : Conbent de las Augustinas ; domus Augustina/rum; couvent des Augustines (4, 19). — Il résulte de deux textes fournis par Baurein [Ms., p. 142 et 182] que ce couvent était situé dans la rue de X Enginli-du-Mirail, devant la porte du Mirait : « In rua que, ab Ingenio- » Mirallii, ducit versus domum Augustinarum. » — « In rua que, a puteo » de Miralho, ducit versus sorores Augustinas. » Enfin nous lisons ce qui suit dans un autre manuscrit [Inv. S^And.] : « Le chapitre a donné, à » perpétuité, aux religieuses, dames et sœurs de l'ordre de Saint- Augustin, » du couvent de Bourdeaux, le fondement du lieu auquel elles habitent, » devant le portai du Miralh, en la parroisse Sainct-Eloy, et ce moyen- » nant la pantion de certains corporaux et d'ung tomïlhon de bon linge,
» selon la descence et estât du cappitre et dignité de Bourdeaux et ce, » chacun an, à la feste Saint-André (du 12 juillet 1354). »
Augustins : Conbent deus Augustins; couvent des Augustins; domus Fratrum lieremitarum ordinis Sancti-Augustini (5, 19). — Ce couvent était situé près de la porte Saint-Julien, et à l'est de cette porte; son clocher est encore debout. L'extrait suivant de la charte de fondation de ce monastère prouve qu'il était dans le quartier du Miraïl et dans le territoire des paroisses de' Sainte-Eulalie et de Saint-Eloy .- « Universis » prsesentes litteras inspecturis frater Henricus de Lobanhevo, prior domus » Fratrum lieremitarum ordinis iSancti-Augiistini de Burdegala et con- » ventus ejusdem loci, salutem in Domino. Cum venerabile capitulum » Burdegalense , sede vacante, nobis dederit et concesserit licentiam » habendi et construendi ecclesiam seu oratorium et cimeterium, in par- » rochiis ecclesiarum suarum Sancte-Eulaïie et Sancti-Elegii Burdega- » lensium, in loco appellato apud Mirallum » [EgL metrop., p. 237].
Le jardin du couvent était près de la rue du Mirait [Inv. Ste-Cr.] : « Reconnaissance (en 1392) par Pey Eazac à l'abbé de Sainte Croix, d'une
» maison située rue du Mirait, parroisse Sainct-Eloy, près du mur
» du jardin des Augustins. »
Carmes : Conbent deus Carmes; domus Carmelitarum; couvent des Carmes (7, 19). — « Le 26 juin 1264, dit Lopes [Egl. metrop., p. 233], le » chapitre de Saint-André composa avec les PP. Carmes pour raison du
» monastère qu'ils avoient fait bastir dans son destroit Ce ne fut pas
» neantmoins cette année qu'ils furent premièrement fondés, comme l'ont » escrit MM. de Sainte-Marthe après de Lurbe dans sa Chronique, mais » longtemps auparavant; la première fois, environ l'an 1100, à l'endroit » qu'on appelle encore Lous C armes -Vieiïs, lequel lieu est à présent incor- » pore, en partie, dans le monastère des religieuses de Y Annonciade ; la » deuxième fois, au lieu où ils sont maintenant, l'an 1217, par Gaillard, » seigneur de La Lande »
L "église de ce couvent, qui a été démolie il n'y a pas longtemps, et dont nous avons vu quelques vestiges, était située sur le bord du cours des Fossés, entre les rues Sainte -Catherine et Canihac
Chartres : Conbent deus Cliartros; couvent des Cliartreux (13, 26).
— Il ne faut pas confondre cet ancien couvent avec la Chartreuse, construite par le cardinal de Sourdis. Le monastère dont nous avons à nous occuper fut fondé, en 1388, par la libéralité de Pierre de Maderan, notaire de Bordeaux. Ce couvent était situé sur le bord de la rivière, entre le pavé des Chartrons et la rue Latoup, à l'entrée du faubourg des Chartrons, auquel il a donné son nom. Il est indiqué dans les plans de Bordeaux antérieurs à 1789.
Jacobins : Conbent deus Jacobins; Los Predicadors ; couvent des Jacobins; le Chapelet (11, 22). — « L'année 1230, dit Lopes [Egl. metrop., » p. 227], les PP. Jacobins furent establis à Bourdeaux par la libéralité » d'Amanieu de Coulomb et de son fils, bourgeois de Bourdeaux, sauf » les droits du chapitre de Saint-Seurin dans le territoire duquel est le » monastère. » Ils occupaient un emplacement considérable situé, en partie, dans le quartier de 2yropegte et, en partie, dans celui de Campaure; leur église, qu'il ne faut pas confondre avec l'église de Notre-Dame ou Saint-Dominique, était située sur le bord occidental de la rue du Burga. Cet emplacement correspond à celui occupé par le trottoir et la chaussée pavée des allées de Tourny, devant les maisons placées entre les rues Gobineau et du Château-Trompette. Le cloître, entouré de constructions, était au sud-est de l'église. Les allées de Tourny ont été percées sur l'emplacement de ces constructions et d'une partie du jardin borné par les rues du Burga, de La Corderie et de Londres. Ces renseignements nous sont fournis par une copie d'un plan de l'ancien et du nouveau château Trompette [PI. mss.]. L'original, déposé alors dans les archives des PP. Jacobins, datait, sans nul doute, du xvne siècle; l'auteur de la copie, faite cent ans après, a tracé, à travers les lignes de l'ancien plan, les allées de Tourny, la nouvelle église des Jacolins (Notre-Dame), la rue Saint-Dominique (Jean-Jacques-Bel) et le Grand-Thé atre. Le couvent des Jacobins est nommé le Chapelet dans un texte de 1553 [Denomb.] : « Guillaume Eousseau a declairé tenir une maison seize devant le Chap- » pellet, parroisse Sainct-Maœens. »
La Mer ce : Conbent de La Mer ce; couvent de La Mercy (8, 21). — Ce couvent existait dès le commencement du xve siècle : « Et plus (los
» jurats 1414) ordenan que l'ostau de La Merce aya quatre boyssetz
» de froment » [Jurade]. Il occupait le coin de la rue Arnaud- Miqucu,
entre cette dernière rue et la place Saint-Projet. En voici la preuve fournie par un titre du 17 décembre 1411 : « Conoguda que Arnaud de « Saudun, marescaut, de la parropia de Sent-Progeit, et Guirauda de Mo- » namua, sa molher, esporleren de mossen lo dean, de tota aquera maison » et appentis, qui es en ladeyta parropia, en la grau rua per laquau hom » ba deu quayreforc de Scnt-Progeit bert la gleysa de Sent-Simeon, entre » la maison qui sole estai* de Guilhem Audoyn, et aras es de Thomas de » Nigers, d'una part, deuert occident, et la maison de Bertrand Sauuadge, » deuert orient, d'autra part; et dura, de lonc, de ladeyta rua de l'un cap, » entro au son deus Frayes de La 31e, ne, de l'autre cap » [Man. cap. Sli-And. Burd.].
Menuts : Conbent deus Menuts; lous Frays Menuts; Minorum convenais; couvent des Cordeliers; les Frères Menuts (5, 21). — « En 1247, » le grand couvent des Cordeliers est fondé et institué aux frais et dili- » gences de Pierre de Bourdeaus, gentilhomme et bourgeois de la dicte » ville » [Chr. bord. Lurb., p. 16, v0]. Il occupait un immense emplacement dans le quartier de Alaucaillau, paroisse de Saint-Michel, entre les rues Leyteyre et des Menuts. L'entrée du couvent était au nord, puisqu'il est dit dans un acte de 1491 [Terr. Bos.] que la maison et la place de La Crdberie étaient sur les Fossés, devant la porte des Frères Menuts.
Ses Menudas : Conbent de las Sos Menudas; Las Mcnudas; Las Mcnudas-Beïlias; Menudes-Bieilles ; Minorissas-Antiquas; Serors Menoretes; Minorissœ; Sœurs Menues; Sœurs de Sainte- Claire; les Clarisses; Sœurs de Saint-Damien (3, 21). — Les Sœurs Menues étaient établies à Bordeaux avant la fin du xme siècle. « Le terrain qu'elles occupaient » dans la ville, dit Baurein [Ms., p. 211, v"], s'étendoit depuis la rue
» Clare jusqu'aux environs de la rue de Nèrigean Un contrat
» de vente, du 30 novembre 1504, d'une maison située dans la rue de » Nèrigean, fait confronter cette maison vendue au jardin des Sœurs
» Menudcs Dans un ancien catalogue des titres de l'église de Saint-
» André, ces religieuses sont appelées Sœurs de Saint-Damien. » Une bulle de Grégoire LX, datée de 1240, leur donne le nom de religieuses
de Saint-François de Bordeaux, de l'ordre de Saint-Damien : « abba-
» tissa et monialibus Sancti-Francisci Burdegalensibus ordinis Sancti- » Damiani » [Arch. hist., t. XII, p. 326]. Dans son testament du
3 juin 1326, par-devant Guillaume de Juveni Artiga, notaire de Casteljaloux, Roze de Bourg, dame d'Albret, les appelle Serors Menoretes : « Item, à las Serors Menoretes de Bordel c soudz de Bordales » [Ms. Baur., p. 214, v0]. Ce couvent n'existait plus au commencement du xviie siècle. Il était autrefois situé, dit encore Baurein [Ms., p. 213, v°], « hors de la ville et aux environs de la porte des Capucins; il en est >: souvent fait mention dans les anciens titres : Tota aquera carreyra » de binha, est-il dit dans un titre de 1462, qui es en les Grattes de » Bordett, au loc apperat à las Menudas-Bellias. Dans une liève du » xive siècle, il est fait mention d'une grande pièce de vigne, situata in
« Gravis Burdegale, apud Minorissas-Antiauas Dans un titre de 1370,
» il est fait mention d'une grande pièce de vigne située à Barreyres, près » les Menudes-Bieilles; et, dans une reconnaissance de 1385, une autre » pièce de vigne du plantier de Gratecap est dite située detras las Mentt-
» des Une ancienne liève fait mention de divers fonds situés apud
» Minorissas-Antiquas, in quadam rueta que, a loco de Maupertus, ducit » versus meridiem, apud Minorissas, in magna via de Betgla que, a por- » tali de Myrallo, ducit versus Betglam. » Il résulte de tous ces textes que le couvent des Menues avait été transporté, vers le commencement du xive siècle, au nord de l'emplacement qu'il occupait auparavant, et qui fut, plus tard, complanté de vignes; que ce lieu était dans les Graves de Bordeaux, et que les murs du second accroissement de la ville traversaient les dépendances du couvent.
Sent-Antoni : Conbent de Sent-Antoni; couvent de Saint- Antoine; hospitalis, hospitium Sancti-Antonii ; commanderie de Saint-Antoine; les Feuillants (7, 20). — Ce couvent, occupé après le xve siècle par les Feuillants, et agrandi par ces derniers religieux, portait en même temps le nom d'hôpital et de maison de Saint-Antoine .- « Hospitale » ou hospitium Sancti-Antonii; domus Sancti-Antonii. » Il s'étendait depuis les murs du premier accroissement à l'ouest, c'est-à-dire depuis les fossés des Ayres jusqu'à la rue de Bertrand-Bouson (rue Montaigne). Il est maintenant occupé en partie par le Lycée.
Senta- Crotz : Conbent de Senta- CroU; les Bénédictins de Sainte- Croix (1, 22). ■ — L'église de Sainte-Croix existe encore; elle est maintenant paroissiale. Les bâtiments et le jardin du couvent s'étendaient, au
sud de l'église, jusqu'aux murs du second accroissement. Nous croyons inutile de prouver l'existence au xve siècle de ce monument de style roman.
Le bas-côte nord de l'église du couvent était jadis affecté aux offices de la paroisse [PL mss., n° 142].
Sos de Senta-Catharina : Las Sos de Senta- Cafharina; les Religieuses de Sainte- Catherine ; les Religieuses de Saint-Dominique (11, 22). — La chapelle de ce couvent était située entre les rues Mautrec et de Londres, sur l'emplacement occupé maintenant par I'Hôtel du Commerce, en face de l'église Notre-Dame.
Temple : Lou Temple; le Temple; la commanderie du Temple; la maison noble du Temple (11, 20). — Nous croyons inutile d'établir ici par des textes, que l'on trouvera d'ailleurs en abondance dans le cours de cet ouvrage, l'existence de la commanderie du Temple à Bordeaux. Il suffit de dire que la chapelle de ces religieux existe encore dans le côté oriental de la rue à laquelle elle avait donné son nom; que les dépendances du couvent s'étendaient au nord et à l'ouest de cette chapelle, de sorte que la rue du Temple se terminait au nord par une impasse à partir de la rue Porte-Dijcaux.