‹ Bordeaux vers 1450Chapitre 32 sur 79 · HOPITAUX · texte numérisé non relu

HOPITAUX

Il existait, au xve siècle, dans la •ville de Bordeaux et dans les faubourgs, une assez grande quantité d'hôpitaux. Ils furent réunis à l'hôpital neuf Saint- André, fondé par le président Boyer dans la première moitié du xvie siècle. Ces établissements de charité étaient généralement fort petits et ne contenaient qu'un nombre de lits assez restreint. Ils sont presque tous nommés dans le testament d'un certain Mathieu Picabet, cordonnier ou savetier (sàbatey), testament daté du 18 avril 1467 [Min.

Johannis. — Arch. dép.J : « Item, a dat,.... lodeit testaire aus

» hospitaus qui son dedens los murs de Bordeu, cum son los hospitaus » deu Sant-Esperit-de-la- Cordaria, de Nostra-Dona-deu-grant-Caffernan, » de Sant-Johan-deu-Pont, de Sant-Andriu, de Sant-Jacme, de Sant- » Antoni, de Sant-Marsau-de-Bocglon, de Sancta-Crotz de Bordeu, et » deus hospitaus de Sent-Pey, parropia de Sant-Seuerin, et de Sant- » Julian, près et fora los murs de Bordeu; so es assauer : aus paubres » malauds de cascun deus deytz hospitaus, cinq sos de la moneda do » Bordeu, una betz pagadors. »

A cette nomenclature, fournie par Mathieu Picabet, nous devons ajouter l'hôpital des Galiets, de La Peste, de Pucli-MoiUon et de Saint- Lazare.

Gahets : Hospitau deus Galiets, Gaffets, Guaffcts, Gaplietz, Galotz; gteysa Sent-Nicolas ; ecclesia Sancti-Nicholai, -Nicolay; église Saint- Nicolas- de-Graves , -dès-Graves (4, 16). — L'église Saint- Nicolas -de- (haves, dit Baurein [Var. Bord., t. IV, p. 15], « étoit dans le principe » destinée pour des hommes qu'on prétendoit être atteints de ladrerie ou » de la maladie de la lèpre; » et il ajoute [p. 19] que « la noble dame » Rose de Bourg, dame de Vayres, fille de Guitard de Bourg, cheva-

» lier, seigneur deVerteuil en Médoc, et veuve de feu noble homme » Ayquem Wilhem, seigneur de Lesparre, par son testament du 14 no- » vembre 1287,.... laisse aux Gaffets de Bordeu xx sols. Le noble seigneur » Pierre Amanieu, chevalier, captai de Buch, leur légua cinquante sols

» dans son testament du 20 mai 1300 La noble dame Assalide de

» Bordeaux, épouse de noble et puissant baron Pierre de Grely, vicomte » de Benauges et de Castillon, par son testament, daté du 2 avril 1328, » laissa dix livres, une fois payées, à la communauté des Galiets de » Bordeaux. »

Voici ce que nous apprennent, de leur côté, d'autres titres anciens

[Inv. S*- And., — et Ste-Cr.] : (1350) « une pièce de vigne près Sainct-

» Nicolas, devant les Galiets ; » — (1365) « une pièce de vigne, près

» l'csglise Sainct-Nicolas, près les Galiets ; » — « pièce de vigne

» seize en Graves, au lieu appelé au Plantier de Sainct-Nicolas, près les » Galiets,.... confrontant, d'ung costé, à la mette devant l'esglise Sainct- » Nicolas, tirant à Saincte-Eulaye, et, d'ung- bout, au grand chemin royal » tirant à Talence. » Baurein affirme, de son côté, que l'église Saint- Nicolas, qui, dans le principe, n'était pas paroissiale, était affectée à l'usage des Galiets.

Voici un texte de 1553 qui vient à l'appui de l'affirmation de cet auteur : « Le sieur Jean Esteve, seigneur de Lengon, declaire qu'il tient certaines » quautes, en faulxbourgs de la présente ville, en la parroisse de Saint- » Nicolas- des- Graves, aultreinent appellée aux Galiets, sur toutes icelles » maisons, jardrins et vignes; laquelle caute peult monter soixante solz » ou environ ; qu'il declaire ne savoir s'ilz sont comprins pour faulx- » bourgs; pour aultant qu'il est un g lieu où ne habite que ses pauvres » gens quy ne conversent avecq ceulx de la ville, pour raison de leur » maladie. ïoutesfois dict qu'il a comprinzes lesdictes cautes en la decla- » ration de son arriere-ban, et que ce est près les meurs de la ville. » Si l'église Saint-Nicolas n'était pas paroissiale dans le principe, elle l'était du moins au milieu du xve siècle, ainsi que le prouve l'acte suivant daté du 18 décembre 1448 : « Conoguda que Guiraud de Genissac, par- » ropian de la parropia de Sent-Nicolau, foras lo portau Scnt-Julian,

» esporlet de tôt aquet trens de binha qui es en las Grauas de

» Bordeu, au loc apperat à Sent-Nicolau ; aissi cum es entre las binhas

» de et lo cimeteri de la gleysa de Sent-Nicolau et dura et ten, en

» long, deu gran camin communau de Sent-Jagmes, de l'un cap, entro

Ancienne église Saint-ÎSicolas.

» à la rueta communau, de l'autra cap » [Man. cap. StLAnd. Burd.]. Quoi qu'il en soit, l'église Saint-Nicolas n'était pas sur l'emplacement de celle

qui porte maintenant le même nom.

Nous venons de citer un texte prouvant qu'une ruelle, passant devant l'église Saint-Nicolas, se dirigeait vers Sainte-Enlalie , et que le chemin royal passait de l'autre côté de la pièce de vigne désignée.

Ce chemin, maintenant route de Ba yonne, longeait le côté sud de l'église, située, en effet, à la rencontre de ces deux voies, c'est-àdire à l'embranchement de la route de Bayonne et de la rue Millière [Lattre].

La paroisse Saint-Nicolas s'appelait, au xvie siècle : Saint-Nicolas-des- Gahets [Terr. 15 cur.].

La Peste : Hospitau de La Peste; hôpital de La Peste, de La Contagion, d1 'Arnaud -Quiraud, de La Santé; couvent des Capucins; le Grand-Séminaire (2, 21). — Les Capucins ont, en 1610, fondé leur couvent sur l'emplacement occupé jadis par l'hôpital de La Peste. Cet emplacement « qui consistoit, dit l'abbé Baurein [Ms., p. 205], en deux » grands enclos séparés par une rue et entourés de murs, dans lesquels » il y avoit diverses chambres et maisonnettes, s'étendoit depuis la rue » de Nèrigean, qui étoit à son nord, jusques aux terrasses qui étoient » auprès des murs de la ville. Il étoit borné vers le couchant par la rue » Saumenude; quelques-unes de ces maisonnettes avoient leur entrée dans » la rue Traversant » Un contrat de baillette fait par la ville de Bordeaux

en faveur des Capucins, s'exprime ainsi : « toutes les maisons et

» places vuydes scizes et scitués en la parroisse Saint-Michel, près l'abbaye » Sainte-Croix, appartenans à ladicte ville de Bourdeaux, où souloit estre » l'hospital de La Peste, anciennement consistant en pluzieurs maison- » nettes et deux grandz enclos de muraille, une rue entre deux; confron- » tant : d'un costé, vers le nord, à rue appellée Nèrigean; d'autre cousté, » vers le sud, aux terrasses qui sont autour des murs de ladicte ville; d'un

» bout, vers soleil levant, à un jardrin appartenant à ung nommé : Ougeon, » cordier; d'autre cousté, vers le couchant, à rue Sauïmenudes; duquel » cousté de rue Saulmemides y a deux maisons deppendantes dudict » hospital, appellées : Les Crambottes, et troys petites maisonnettes, » avec leurs jardrins, entrées et sorties par la rue Traversane, confrontans » lesdictes troys maisons, d'un costé, à une chambre et jardrin des hoirs » de feu maistre Jean Casau, quand vivoit, eslu, pour le Roy, en Guienne; » et à une maison de Jean de Neres, vitrier; et, dans chescun desquelz » grandz enclos, y a un puis » [Livre des privilèges, p. 187. — Arch. mun. Bord.]. Le Grand-Séminaire est établi dans l'ancien couvent des Capucins.

Nostra-Dona-deu-Carmel : Hospitau de Nostra-Dona-deu-Carmel ; hospitale Beate-Marie-de-Carmelo. — La mention de cet hôpital qui, dans un texte de l'an 1400 [C. de Pareil.], n'est désigné que par cette phrase : « Hospitale Beate-Marie-de-Carmelo solvit in s. ix den., » est intercalée dans le compte des fiefs de la paroisse Sainte-Eulalie et du quartier du Cayffeman. Nous avons tout lieu de croire que c'est le même que l'hôpital de Notre-Dame-du-Cayffeman, qui était situé assez près du couvent des Carmes.

Nostra-Dona-deu-Cayffernan : Hospitau de Nostra-Dona-deu- Cayffernan, hospitale Beate-Marie; hospitale Beate-Marie- de- Cayffernano; hospitale de Cayffernano; hospital de Nostre-Damc, de Nostre-Dame-du- CaJieman (7, 20). — Cet hôpital était situé à l'extrémité méridionale de la rue du Cayffeman, près des fossés des Carmes. Une des tours de la porte du Cayffeman, celle du nord-ouest, était dans ses dépendances. Ces faits sont attestés par Baurein [Var. Bord., t. III, p. 342] et par

les textes suivants : En 1404, « Hospitale de Cayffernano pro domo

» que est in rua de Cayffernano, in qua est dictum hospitale » Le

contrôleur de l'archevêque, après avoir dénombré, en 1457, des maisons dans les rues Entre-deux-Murs et Cayffernette, ajoute : « Johanna de » Coturas débet, pro medietate unius soli quod est juxta hospitale Beate-

» Marie » Puis, dans l'article qui suit : « Hospitalarius Beate-Marie-

» de -Cayffernano...., pro alia medietate unius soli in quo est domus

» lapidea, in angulo rue de Cayffernano » [C. de l'arch.]; — en 1487,

« Baillette faicte par Guilhem de Lestonna de toutes iceulx deux pieds » de place, scituée sur le pont des Carmes, devers soleil couchant, en

» toute la muraille qui est d'icelle part, et, de long1 de la tour qui » est dudict de Lestonna, entre à l'autre tour qui est de l'hospital de » Caheman» [Terr. Bos.]; — en 1505, « Exporle par Pierre Tarneau de » toute icelle maison...., sur les fossés des Tanneurs...., entre le jardin » dudit Tarneau, d'une part, et la terre et place qui est réservée à faire » chemin pour tirer à Sainct-Anthoyne....; et dure et tient, en long, de » la rulie publicque, de par devant, de l'ung bout, entre au jardrin de » l'hospital de Arostre-Dame...., de par derrière, de l'autre bout; » — en 1538, « Guilhem de Lestonnac a reconnu des maire et jurats toutes » icelles maisons, tour et jardin, en ung tenant, scituées sur le foussé de » la ville, devant le couvant des Carmes, confrontant, à la grand ruhe » publicque, du cousté dudict couvant, à la maison de Gailhard Duro, » d'une part, à la maison de la Munition de la ville, que l'on souloit » appeller l'hospital de Nostre-Dame, faisant le quanton de la ruhette » Sainct-Anthoyne, aussy au jardin de ladicte ville que, a présent, tient » sire Jehan du Brana par devers la ruhe de Cafernan, d'autre part; à

» la maison de...., d'ung bout » [Terr. Cast.]. Et, pour prouver que

la maison de Lestonnac était bien à l'ouest de la porte du Cayffeman,

nous ajoutons ce texte tiré du môme terrier : « maison scituée sur

» les foussés des Tanneurs et au devant le couvant des Carmes, confron- » tant à la maison...., vers l'occident, d'ung costé; à la ruhe du Caheman, » vers le levant, d'autre costé; à ladicte ruhe des Fosses, vers midj, d'ung » bout; et à la. maison et tour des héritiers de feu Guillaume de Lestona, » vers le nord, d'autre bout. »

Après l'abandon de l'hôpital, les bâtiments qui le composaient, servirent à « serrer les munitions de la ville. » Cet arsenal, qui probablement n'était que provisoire, fut abandonné à la fin du xvie siècle : « Noël Dubourg a » reconnu, en 1579 [Terr. Dest.], des maire et jurats, toute icelle maison, » chay, place vuide et puys y estant, tout en ung tenant, scituée en la » rue Sainct-Anthoyne, confrontant, d'ung- bout, à la place environnée de » murailhes qui souloyt servir pour mettre l'artilherie de la maison com- » mune de ladicte ville; d'autre bout, au jardrin des hoirs de...., et d'autre » costé, où est l'entrée de ladicte maison, à la ruhe Sainct-Anthoyne. » L'arsenal dut, vers cette époque, être transporté dans les dépendances de r ] Hôtel-de- Ville, vis-à-vis l'emplacement qu'il occupait de l'autre côté de la rue du Caheman; c'est du moins là qu'il est placé dans un plan de Ymtel-de- Ville [Mon. hist., 1849, p. 14].

Puch-Moton : Hospitau de Puch-Moton, de Puch-Mauton; hôpital de Puch-Mouton. — Il existait, à la fin du xve siècle, sur la place de Canteloup, au coin de la rue du Casse, un hôpital appelé l'hôpital de Puch-Mouton. Voici des titres qui nous signalent son existence, le nom de son fondateur et l'emplacement approximatif qu'il occupait : Le 17 novembre 1494, Pey Pibanh, laboureur, paroissien de /Saint-Michel de Bordeaux, reconnaît tenir une maison dans la rue Peymentade-de- Maucallum, « deu bencrablc et discrète persona mossen Johan Félix, » prestre, caperan et administrador de la gran caperania et hospitau de » Puch-Mauton, instituda et fondada dintz la gleysa de Sent-Migueu de » Bordeu per Arnault de Puch-Mauton, lo beilh, qui fo, deffunct » [Terr. P. Moût.].

Le 14 mars 1495, Pey de Nepas, prêtre, reconnaît tenir de la chapelle fondée à Saint-Michel par Arnaud de Puch-Mouton « tôt aquet treus de » muralha contenent sept pas ou enbiron de long, ont est la chemineya, » laquau muralha comprent la part de l'androna de l'espitau de Puch- » Mouton, apartenenta tota ladeita androna audeit hospitau, à causa de » la renda dejus declarada. »

Le 13 février 1557, Me Laurens Yzeau, prêtre, reconnaît « tout iceluy » lopin de murailhe contenant sept pas ou environ, en laquelle est la » cheminée devers derrière de la maison du tenancier, size en la rue >; du Casse, parroisse Sainct-Michel, laquelle murailhe comprend la part » de l'androne appartenant à l'hôpital de ladictc chappellenie » [Sém. S^Raph.]. En titre de ces deux derniers actes, le copiste a écrit : « Place » de Canteloup. »

Un acte du 24 novembre 1450 nous apprend que cet hôpital était situé entre la rue de Maucalhau et la rue Sausseyre : « Conoguda que mossen » Pey Bonet, prestre, demorant lo jorn duy, en la parropia de Sent-Miqiieu » de Bordeu, esporlet, cum priuada persona...., de tôt aquet hostau, ab » la bouta que es dedentz, et ab lo casau qui es de part detras, ab lo » mur entegre, et ab l'androna foras deudeit mur, deuert l'ostau de l'ospi-

» tau de Puch-Moton qui es, en ladeita parropia Sent-Miqueu, en la

» rua apperada de Maucalhau, aissi cum es entre l'ostau et casau deudeit » hospitau de Puch-Moton, d'una part, et l'ostau et casau de Ramon- » Guilhem de La Nau, donzet; lo sou de Arnaud Girard et de Isabe deu » Puy, d'autra part, et dura de long de ladeita rua de Maucalhau, de l'un

» cap, eiitro à la rua apperada Sausseyra, de part detras, de l'autra cap » [Man. cap. Su-And. Burd.].

Sent-Andriu : Hospitau Sent-Andriu ; hospitale Sancti-Andree; hôpital Saint-André ; hôpital de Sainte-Marthe (10, 19). — Cet hôpital, fondé par Vital Caries en 1390, était peu considérable en étendue, puisqu'il n'occupait que l'emplacement de deux maisons; on trouve en effet dans un texte du commencement du xve siècle [C. de l'arch.] le renseignement suivant : « Johannes Gibonis, hospitalarius Sancti-Andree Burdegale, » débet v solidos pro hospitale Sancti-Andree Burdegale constructo de » novo in et super duobus solis; » et dans un autre texte, de l'an 1400, du même manuscrit : « Hospitale Sancti-Andree solvit, pro solo in quo » solebat esse domus, quod est prope portam Sancti-Andree et muros

» civitatis — Idem hospitale solvit, pro solo contiguo quod est in

» angulo, videlicet in capite rue Sancti-Pauli Idem hospitale solvit,

» pro turre que est in muro civitatis, et pro solo quod est ante dictam

» turrim » Dans la suite des mêmes comptes, en 1404, on lit : « Hos-

» pitale Sancti-Andree solvit, pro solis in quibus est cimeterium et turris » prope portam Sancti-Andree »

Ces textes prouvent que l'hôpital Saint-André possédait deux maisons : l'une, près du mur romain, à toucher la porte Saint-André, et ayant sa façade dans la rue Saint-André; l'autre, voisine de la première, et faisant le coin de la même rue et de la rue Saint-Paul; enfin, dans cette dernière rue, un sol attenant qui aboutissait à une tour, et servait de cimetière; maisons, sol et tour avaient appartenu, en 1367, au seigneur de Veyrines (voir Tours romaines de l'ouest, p. 103). Ces textes, il est vrai, ne disent pas expressément que l'emplacement de ces trois immeubles fût celui de l'hôpital lui-même ; mais un autre document va nous édifier complètement à cet égard et certifier, en outre, que, malgré l'opinion généralement admise à Bordeaux, l'hôpital qui a été démoli il y a trente ans environ et remplacé par la Caisse d'épargne n'était pas à l'endroit où avait été édifié celui de Vital Caries. L'hôpital le plus récent avait été construit, au commencement du xvie siècle, dans un terrain dépendant de la maison et du jardin du président Boyer. Il avait été doté par les dispositions testamentaires de ce magistrat, au moyen des revenus des autres hôpitaux, des libéralités de plusieurs officiers du Parlement et d'un grand nombre de personnes charitables. En 1695, à l'occasion d'un procès entre

les jurats de Bordeaux et les administrateurs de l'hôpital Saint- André, pris, en grande partie, parmi les membres du Parlement, l'avocat du bureau fait de cet hôpital un historique qui fixe parfaitement l'emplacement de celui de Vital Caries : « Il y avoit, dit-il, deux hôpitaux dans » le voisinage de Sainct-André, le plus ancien estoit celui de Vital-Caries, » scitué près d'une chapelle dédiée au nom de Saincte-Marthe, et séparé » d'elle par la rue appelée Sainct-Paul; l'autre, appelé Y Hôpital- Neuf, » estoit contigu à cette chapelle de Saincte-Marthe, et devoit son establis- » sèment au président Boyer, qui avoit donné la place pour le bastir et » en avoit fait commencer l'édifice pendant sa vie; et puis, en mourant,

» l'avoit institué son héritier par son testament daté du 25 mars 1538

» Celui de Vital Caries eut le même sort que les autres (hôpitaux de » Bordeaux) dont les biens furent appliqués à l'augmentation du grand » hôpital {l). Son bastiment, qui subsiste encore, a servi quelquefois de » demeure aux teigneux, et, à présent, il est habité par diverses per- » sonnes qui l'occupent à titre de location » [Arch. Lar.] (2). Ainsi donc, l'hôpital de Vital Caries occupait l'emplacement des deux maisons qui formaient le coin des rues Saint-André et Saint-Paul , c'est-à-dire des rues modernes des Trois-Conils et des Facultés, du côté de l'ouest.

Si, cependant, on en croit un mémoire daté de 1760, et fourni par le chapitre de Saint- André aux commissaires nommés par le roi pour vérifier les bornes de la sauvetat de Saint-André, en réponse à celui produit par les jurats, A ital Caries aurait fondé son hôpital au nord de la Devise, sur le bord de la rue de Mimisan, et près d'une porte appelée porte Basse, s'ouvrant au bout oriental de cette rue. L'auteur du mémoire se fonde sur ce que Vital Caries s'exprime ainsi dans son testament : « Jo Vidau » Caries, chante de la egleiza Sent-Andriu de Bordeu, fondy, doty et » orden un hospitau près la saubetat de ladite gleiza Sent-Andriu, en la » parropia Sent-Pau...., et dura de long de la carreire commun, per » laquau on ba à porte Basse, de part deuant, de l'un cap...., loquau » hospitau beuil que aye nom et sia apperat l'hospitau Sant-Andriu. » L'auteur du mémoire ajoute que la sauvetat de Saint-André s'étendant jusqu'à la Devise, l'hôpital ne pouvait pas être au sud de ce ruisseau,

(') L'hôpital de Vital Caries ne contenait que 26 lits ; celui du président Boyer en avait plus de 240. (5) Un ancien plan [PL mss., n° 38] place l'hôpital des Teigneux au coin des rues Saint-Paul et de Y Hôpital-Saint- André.

mais au nord, puisqu'il n'était pas dans la sauveté, mais près d'elle; et il conclut que la porte Basse était au bout de la rue Mimisan ('). « Il est » constaté, dit-il plus loin, par les actes annexés à celuy de la fondation, » que Vital Caries ne tarda pas à franchir le ruisseau et à bâtir sur les » jardins situés dans la sauvetat. » Nous savons qu'en 1390, Vital Caries possédait les maisons voisines de la porte Saint-André, puisque le 5 mars 1387, il les acquit, par échange, du chapitre de Saint-André, pour fonder l'hôpital. Voici comment s'exprime l'auteur de l'inventaire des titres du chapitre : « Permutation et eschange faict entre le chappitre et M. Vidau » Caries, chantre de la présente esglise, d'ung sol et place avec les » madères quy y sont, sciz en la parroisse de Sainct-Pol, rue Saint- » André; et plus d'une maison avec les madères quy y sont, sciz au » même lieu, lesquelles ledict sieur chantre tenoit en fief du chapitre; à » savoir lesdictz solz et place à certaine esporle et 14 sols bordelois de » cens; et ce pour la fondation de l'hospital. Et en contreschange ledit

» sieur chantre » Le procès entre le corps de ville et le chapitre de

Saint-André fut long et animé ; les deux parties produisirent des mémoires qui se succédèrent rapidement et dans lesquels il est difficile de discerner la vérité.

Dans l'un d'eux on lit : « L'hôpital n'étoit pas dans la sauvetat, mais » tout auprès; en effet, il estoit au delà de la rue Saint-Paul (2). » Dans un autre, on trouve ces lignes : « A la vérité l'hôpital de Sainte-Marthe,

» fondé par Vital Caries est près de la sauvetat et est encore aujour-

» d'hui séparé de l'hôpital neuf de Saint-André par la rue Saint-Paul et » par le ruisseau de la Devise qui coule sous ladite rue » [Arch. dép., série H, hôpitaux. — Hôp. S^And.]. Ces quelques lignes renferment deux erreurs : en premier lieu, l'hôpital ne s'appelait pas de Sainte-Marthe, puisque Vital Caries dit expressément qu'il veut qu'on l'appelle hôpital de Saint- André. En second lieu, il n'était pas séparé de l'hôpital neuf par la Devise, puisque tous les textes, depuis le commencement du xive siècle, nous apprennent que ce ruisseau passait au nord de l'église Saint-Paul, et qu'entre son cours et la rue Saint- André, il y avait une certaine quantité de maisons. En somme, les textes anciens sont positifs, et nous

('•) La porte qui était au bout de la rue Mimisan s'appelait porte Saint-Symphorien; la porte Basse était au bout de la rue Saint-André.

(2) Nous avons fourni la preuve que les maisons du côté oriental de la rue Saint-Paul étaient hors de la sauveté. (Voir saubetat de Saint-André, p. 151, et chapelle de Seuta-Martàa, p. 350.)

devons nous en rapporter à eux pour fixer l'emplacement de l'hôpital Saint- André : il était situé, comme nous l'avons dit plus haut, à la rencontre de la rue Saint-André (des Trois-Conils) et de la rue Saint-Paul (des Facultés), du côté de l'ouest.

Sent-Antoni : Hospitau de Sent-Antoni. (Voir conbent de Sent- Antoni.)

Sent-Esperit : Hospitau deu Sent-Esperit ; hôpital du Saint-Esprit; prieuré du Saint-Esprit (12, 22). — Un hôpital de ce nom existait au xive siècle, puisque le 31 mars 1374, Assalhide de Fargues, veuve de Jean de La Lande, seigneur de La Brède, légua « aus paubres malaus » de l'hospitau Sent-Esprit de Bordeu, sinquante soudz de la moneda » corssabla à Bordeu, una betz paguadurs » [Arch. hist., t. IV, p. 133]. Il est probable que cet hôpital, qui fut ensuite changé en prieuré, est le même que celui signalé dans le texte suivant : « Le séminaire Saint-

» Raphaël, à cause de l'union faite par du prieuré du Saint-Esprit

» qui étoit fondé près la porte Saint- Germain, à présent de Tourny »

[Sém. SVRaph.]. Bernadau [Viog. Bord., p. 84] cite « un titre de 1568, » dans lequel une maison de la rue de La Corderie est désignée comme » confrontant, d'un côté, à l'église de l'hôpital du Saint-Esprit. » Baurein, de son côté [Ms., p. 29, v°], dit qu'il était situé près de la tour à'Audeyole; mais nous avons vu que cet auteur confond cette tour avec la tour Saint- Georges. En conséquence, nous devons chercher l'emplacement de l'hôpital du Saint-Esprit, au bout oriental de la rue de La Corderie, entre la porte Saint-Germain et la tour Saint-Georges. Le cours de Tournon traverse maintenant cet emplacement.

Sent-Jacmes : Hospitau de Sent-Jacmes, de Seut-Jagmes; hospitale de Sancti- Jacoli ; hôpital de Saint- Jacques ; prieuré de Saint-James (6, 20). — La chapelle de cet hôpital existe encore dans la rue du Mirail, à gauche, en entrant par le cours des Fossés; ses dépendances et ses jardins s'étendaient, à l'ouest, jusque auprès de la rue Boau.

Sent-Johan : Hospitau de Sent-Johan, de Sent-Jean-deu-Pount, deu Pount-Sent-Johan; hospitale Sancti-Johannis-de-Ponte; hôpital de Sainct- Jean-de-Hierusalem ; hôpital de Saint-Jean; oratoire du Pont- Saint- Jehan

(7, 22). — Cet hôpital était situé sur la rive gauche du Peugue, daus la rue de la Chapelle- Saint- Jean, et à l'ouest de cette rue. La chapelle de cet hospice s'élevait de l'autre côté de la même rue; c'était en dernier lieu une propriété particulière ; elle a été démolie ainsi que les maisons adjacentes, lorsqu'on a percé le cours d'ALSACE-ET-LoRRMNE.

L'hôpital au Pont- Saint -Jean existait au commencement du xme siècle, puisque, en 1224, il fat passé une transaction par laquelle « l'oratoire » du P ont- Sainct- Jehan » reconnut devoir au chapitre de Saint-André soixante sous de cens [Inv. S1- And.], ou trente-six sous, d'après Lopes [Egl. metrop., p. 118], qui s'exprime ainsi : « L'hospital de Saint- Jean- » de-Hierusalem, luy paye (au chapitre) 36 s. de cens annuel, pour la » chapelle qu'il a fait bastir au Pont-Neuf, maintenant appelle le pont » Sainct-Jean, et y fut condamné par une sentence donnée par l'évesque » de Périgueux (c'estoit Eadulphe de Tours), subdelegué du S. Siège, le » lundy de Pasques, l'an 1224 »

Sent-Julian : Hospitau de Sent-Julian; hospitale Sancti-Juliani; hôpital de Saint-Julien; prieuré de Saint-Julien (4, 18). — Cet hôpital, dont la fondation remonte à l'an 1231, était situé hors de la porte Saint- Julien. Voici comment s'exprime l'inventaire des titres du chapitre de Saint-André : « Fondation du prieuré de Sainct-Julien faicte par Guilhem » Coutereyr et sa femme, nommée Bruna, duquel ils ont la volation et » disposition du chappitre, à condition que à l'advenir, à perpétuité, » les pauvres et pellerins y seront receus, selon que les facultés de la » maison se pourront estandre. » Le texte suivant du même manuscrit indique à peu près l'emplacement de cet hôpital : « Contract (1369) par » lequel Guilhem Dubosq a esté investi feument par le chapitre de toute » icelle pièce de vigne et de jardrin qui est, hors le portail Sainct- » Julien, devant l'esglise de l'hôpital Sainct-Julien. » Un texte, daté du 17 août 1426, nous prouve que l'hôpital n'était pas loin de ce portail : « Conoguda causa que Jehan Esteue, notari, parropian de Senta-Euladia, » esporlet (en faveur du chapitre de Saint-André) de tôt aquet trens de » terra et de binha qui es près deu portau Sent-Julian, près la gleisa de

» Sent-Julian, lo gran camin entre mech; loquau era entre la rueta

» comunau, d'una part, et la binha de Helias Faure, apperat Maledent, » d'autra part; et dura deu gran camin comunau, de l'un cap, entro à la » binha de Arnaud Masso, borges de Bordeu, de l'autra cap » [Man. cap.

Su-And. Burd.]. Voici deux extraits d'actes du xvie siècle [Terr. 15 cur.] qui uous fixent plus exactement encore sur la place qu'il occupait :

En 1571, « toute icelle pièce de vigne scituée en Graves de Bour-

» deaulœ, au lieu appelé à La Serize, près Thospital de Sainct-Julien

» joignant le grand chemin par lequel on va du portai Sainct-Julien

» aux Gahectz (chemin de Bayonne); » — en 1596, « à La Serize,

» près l'hôpital Saint- Julien, et joignant le grand chemin par lequel on » va du portai Sainct-Julien aux Gahetz, et, d'autre bout, joignant le » grand chemin par lequel on va de Bourdeaulx au Sàblona (route de » Toulouse). » L'hôpital était donc placé hors de la porte Saint-Julien, entre les routes de Bayonne et de Toulouse, et probablement sur l'emplacement occupé maintenant par la place extérieure d' Aquitaine.

Sent-Ladre : Hospitau de Sent-Ladre, de Sent-Lazer, de Sent-Lazerde-la-Reclusa , hôpital de Saint-Lazare (12, 19). — Cet hôpital était situé dans le territoire de la paroisse Saint-Seurin et dans le tènement de Campaure, à l'angle de la rue du Palais- Gallien et de la rue qui conduisait de la porte Dauphine à Saint-Seurin. C'est ce qui résulte d'une grande quantité de titres cités par Baurein dans une notice étendue sur l'église de cet hôpital [Var. Bord., t. III, p. 336].

Sent-Marsau : Hospitau de Sent-Marsau; hospitau de Sent-Marsaude-Bocglon; hospitau de Botglon, de Bouglon, de Boglon; hôpital de Saint-Martial (7, 20). — Cet hôpital était situé au fond de l'impasse Saint-Paul, autrefois ruette de Bouglon, à l'est de la Maison-yrofcsse et de ses dépendances (église Saint -Paul moderne). Au xve siècle, des maisons particulières le séparaient de la rue des Ayres, ainsi que le prouve un titre de 1463, cité par Baurein [Ms., p. 185] : « Tôt aquet » niech hostau, qui es en la deyta parropia de Sancta-Coloma.... ayssi » cum es entre lo mech hostau de Johan Andriu, speciey...., d'una part, » et la plassa de l'espitau de Sent-Marsau, apperat de Botglon, d'autra » part; et dura et ten, de lonc, de la deyta carreyra de Las Eyras, de » part dauant »

Sent-Martin-deu-Mont-Judec : Hospitau de Sent-Martin-deu-Mont- Judec; hospitale SoMcti-Martini-de-Monte-Judaico; hospitau de Sent-Pey; hospitau de Sent-Pey-de-Sent-Seurin; hôpital de Saint- Martin -du- Mont-

Judaïque (12, 18). — Cet hôpital, fondé par Pey Berland, archevêque de Bordeaux, sous le patronage de saint Pierre, était situé, dans la paroisse Saint- Seurin, au couchant de la place qui s'étendait devant la chapelle de Saint-Martin- du-Mont- Judaïque. « Il ne subsiste plus depuis long- » temps, dit Baurein [Var. Bord., t. III, p. 297]; on sait seulement qu'il » a été métamorphosé en une chapellenie, maintenant connue sous la » dénomination de la chapellenie à'Andernos. »

Senta -Grotz : Hospitau de Senta-Crotz; hôpital de Sainte -Croix (2, 23). — Nous n'avons pas trouvé de mentions de cet hôpital, avant la seconde moitié du xve siècle. Le 18 avril 1467, Mathieu Picabet, cordonier, faisant son testament, par devant Johanis, notaire, lègue cinq sous bordelais à chacun des hôpitaux de Bordeaux. Dans la nomenclature de ces établissements de charité, il nomme l'hôpital de Sainte-Croix de Bordeaux (voir ci-dessus page 359).

Nous lisons ailleurs [Inv. Ste-Cr.], à la date de 1491 : « Reconnaissance » faite par Jean Faure à l'abbé de Sainte-Croix, d'une maison, issue et » jardin situés rue Sanguinengue, ou de Saincte-Ci-oix (du côté de l'ouest), » paroisse de Sainte- Croix devant l'hôpital de Sainte-Croix. » Il est probable, d'après cela, qu'il occupait l'extrémité méridionale de la rue Sainte-Croix, du côté de la rivière, où s'établirent, plus tard, les Bénédictines.

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