‹ Bordeaux vers 1450Chapitre 40 sur 79 · F O NT AINES · texte numérisé non relu

F O NT AINES

Nous possédons peu de renseignements sur les fontaines de Bordeaux au moyen âge. L'eau de quelques-unes d'entre elles y était probablement amenée par des aqueducs romains ; mais il y avait aussi un grand nombre de sources naturelles dans la ville et dans les faubourgs. Ces sources, dont l'eau était excellente, alimentaient encore, il y a vingt ans, une partie de la population de Bordeaux.

Nous laisserons de côté la fontaine Divone, sur l'emplacement de laquelle quelques personnes croient qu'a été bâti le clocher de Pey- Berland. Nous ne parlerons pas davantage des nombreuses sources qui, suivant Ausone, se jetaient dans le port intérieur, ni de celles qui bordaient la rive gauche de la Devise, très escarpée depuis son entrée en ville jusqu'aux environs de la rue des Lauriers, sources dont on retrouve les traces lorsqu'on reconstruit des maisons dans cette partie de la ville. Nous ne citerons que les rares fontaines dont nous avons trouvé mention dans les auteurs ou dans les textes originaux, et qui fournissaient de l'eau potable aux habitants pendant le xve siècle.

Audeya : Font Audeya; fons Odeia; fons d'Audeuya; font à'Odeie; font d'Audege; font iïAudau; fontaine Fondaudége (14, 22). — Cette fontaine, autrefois très abondante, était située sur le bord du chemin de

Soulac, ainsi qu'il résulte du texte suivant [C. de l'arch.] : « prope

» fontem d'Audeuya, in Magna-via-de-Solaco. » Le nom de font d'Audau lui est donné simultanément avec celui de font d'Audege dans des textes de l'an 1553 [Denomb.] : « Thomas Carteau a declairé tenir une adouberie » de cuyrs sur la font à'Audege les Bourdeaux. » — « Jean Lambert, pour » une adouberie seize à la font d'Audau. » — « Jean Belin, taneur, pour » une adouberie audit fon d'Audege. » Ces textes prouvent qu'au moins au xvie siècle, une certaine quantité de tanneurs avaient établi leur industrie sur le bord du ruisseau qui descendait de cette fontaine.

On voit encore, à la rencontre des rues des Tanneries et Fondaudége, un petit monument élevé sur la source de la fontaine.

Au xive siècle, on en détourna le cours naturel pour le diriger dans les fossés du nord du second accroissement de la ville. Depuis peu on a rétabli le ruisseau dans les environs de son premier lit, pour le faire passer dans le Jardin-Public

Or : Font de l'Or. — Cette fontaine était située sur le quai de La Grave, vis-à-vis la tour de Bayssac, qu'on appelait au xvne siècle tour de Courpet. Nous n'avons pas trouvé de titres constatant son existence au xve siècle.

Pedouillet : Font de Pedouilïet; font de Rua-Boqueria ; font de La Rocella; font des Trois- Cancïles ; les Fontaines; font de Las Salineyras; font des Salinieres; fontaine de Rue-Begueire; fontaine de Porte-Bouquiere (6, 22). — Cette fontaine était située à l'extrémité occidentale d'une impasse (impasse de La Fontaine-Bouquière) qui existe encore entre les deux murs du premier accroissement, entre les maisons de la rue Renière et celles du cours des Fossés. Une porte placée sur les Fossés, à l'est de la porte Bouqueyre, s'ouvrait sur un escalier composé de cinquante-une marches ; par cet escalier, encore en place, on descendait à la source, sortant de terre au fond des douves. Comme on y descendait aussi par un escalier qui avait son entrée dans la rue Bouqueyre, on l'appelait également font de Rue-Bouqueyre. Le nom de font des Trois- Canelles lui avait été donné parce qu'elle avait trois gros tuyaux (caneïcs ou caneres, en gascon) qui débitaient continuellement de l'eau. Vinet, dans son plan de 1565, la nomme tout simplement les Fontaines, et Bosco, notaire à Bordeaux, l'appelle font des Salinieres, dans un acte de 1493 : « Une maison debant la ribeyre, qui es en la parropia de » Sent-Miqueu, en la rua apperada La Rossella, entro" los dos portaus de » la barbacana de Las Salineyras, entre la maison..... et lo riu qui » descend de la font de Las Salineyras; et dura de la rua publica, de part » dauant, de l'un cap, à la yma de la mar, de l'autre cap. » Lopes [Lièv. S*-And.] lui donne le nom de fontaine de Rue-Begueire. Depuis peu de temps, on a interdit l'accès de la fontaine.

Poitevine : Fontaine de Rue- Poitevine; fontaine de Y Estey -derrière-

rue-Poitevine (7, 21). — Le 7 avril 1629, « M. le procureur-syndic repre- » sente que par le proces-verbal du mois de may 1628, il estoit constaté » que la fontaine qui estoit située près le ruisseau du Peugue, au-dessous « de la maison de Me Jean Puet, procureur au senechal, estoit la fontaine » d'Ausone tant renomée; laquelle il requeroit estre rétablie pour l'usage » des habitans des rues et quartiers de Sainct- Pierre, Sainct-Simeon, » Saincte-Colomle, rue des Epiciers, Chamelle et Pont- Saint- Jean , et » autres rues voisines. Sur quoy, MM. les Jurats, après avoir vu ledit » proces-verbal, les offres, consentement et réquisition desdits habitans, » délibèrent que, sous le bon plaisir de la Cour et de M. le Gouverneur » de la province, laditte fontaine seroit netoyée, bastie, voultée et remise » en bon estât, suivant le dessein qui en seroit fait par experts et gens » connoisseurs ; que la maison dudit Puet seroit achetée pour estre démolie » et convertie en une plasse qui serviroit à laditte fontaine; que, si ledit » Puet reffusoit de vendre laditte maison, il seroit présenté requette au » Parlement pour l'y contraindre; que les deniers nécessaires pour en » faire l'achat seroient cottisés sur tous les bourgeois et habitans de la » ville; et que M. le Procureur-sindic en feroit les diligences » [Inv.].

Cette fontaine, qui a été appelée quelquefois fontaine de YEsteyderriere-rue-Poitemne, n'existe plus ; elle a été détruite lorsqu'on a percé

le COUrS d'ALSACE-ET-L0RRAINE.

Tropeyta : Fons de Tropeyta; fontaine de Tropeyte; fontaine Daurade (10, 22). — Cette fontaine est signalée dans le texte suivant, de l'an 1489

[ïerr. Bos.] : « place de terre située sur les foussés (de Tropeyte),

» près la fontaine de 2"rojpeyte. » Elle était située à l'est et près de la

porte Medoc, au fond des fossés de l'enceinte romaine : « que s'il i a

» des fontaines, dit Vinet [Ant. B. et B., § 60], comme prés Sainct-Eleige » et le Chapeau-Rouge, teles fontaines seroint puis, et assés profonds, » quand la n'i eust eu fossés, aus fons desquels eles se sont trouvées, et » aus queles on descend par longues escheles. »

Cette fontaine était au niveau des hautes marées, et la Garonne y pénétrait par l'aqueduc qui conduisait les eaux de la source dans la rivière. On avait établi une écluse au bas de cet aqueduc, au lieu appelé au Murrat; le propriétaire de la maison appuyée contre le mur de la ville, et sous laquelle passait l'aqueduc, était obligé de fermer l'écluse à toutes les marées, pour empêcher la vase d'y pénétrer; et de l'ouvrir à tous les

descendants, pour laisser écouler les immondices qui s'accumulaient dans l'aqueduc [Inv.]. Cette source a été remplacée par la fontaine Daurade.

Il y avait encore dans la ville quelques autres fontaines. On cite celle qui coulait près de l'ancienne chapelle de Sainte- Catherine (9, 21).

L'inscription gothique incrustée dans un des contreforts du clocher de Pey-Berland atteste qu'une fontaine a existé dans le voisinage de cet édifice.

On peut consulter un mémoire sur l'ancienne distribution des eaux à Bordeaux dans le Bulletin polymathique (année 1817, p. 225). Nous nous contentons de le signaler, parce que les assertions de l'auteur sont trop problématiques pour être prises en sérieuse considération.

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