‹ Bordeaux vers 1450Chapitre 43 sur 79 · MONUMENTS · texte numérisé non relu

MONUMENTS

Il y avait, au xive siècle, dans la ville de Bordeaux, outre les églises, les couvents, les tours et les portes, quelques autres monuments remontant, soit au temps de la domination romaine, soit aux premières époques du moyen âge. Nous dirons ici quelques mots de ceux que les documents anciens nous ont signalés.

Archibescat : Archibescat, Archiépiscopales ; palatium Archiépiscopale; sedes Episcopi; domus ArcMepiscqpaïis; domus Archiépiscopales ; palais Archiépiscopal; Archevêché (9, 19). — Ce palais était bâti au nord de l'église métropolitaine contre laquelle il s'appuyait; il était borné, au nord, par la rue Saint-André (rue des Trois-Conils); à l'ouest, par une ruelle qui suivait le bord intérieur des remparts du xive siècle, au delà desquels s'étendait le jardin de l'archevêché. Son entrée était à l'est, sur l'alignement de la porte royale de la Cathédrale.

Caïphas : Tombe de Cdiphas; tombeau de Wa'ifer, tombeau de Gaifer, etc. — On appelait tombe de Cdiphas un monument dont on ne connaît ni l'origine ni la destination, qui n'a été décrit par personne, mais qui a exercé la sagacité des savants des derniers siècles. De nombreuses dissertations ont été faites à son sujet. Elles nous en apprennent moins que ne l'aurait fait un dessin. L'abbé Venuti [Dissertations sur les anciens monuments de la ville de Bordeaux, p. 112] doute de l'existence de ce monument. D'après l'abbé Baurein [Var. Bord., t. III, p. 324 et suiv.], la tombe de Caïphas (si elle a existé) était placée au nord du ruisseau de la Devise et près de ce cours d'eau, dans le quartier de Pont-Long, aux environs du tènement de Pipas.

Deanat de Sent-Andriu : Deanat de Sent-Andriu ; Decanatus Sancti- Andree; Domus Decani; Doyenné de Saint-André (9, 19). — Le Doyenné

du chapitre de Saint-André était situé au nord de l'abside de la Cathédrale, dont il était séparé par une rue; il longeait la rue Sainte -Hélène, par laquelle il était borné à l'est; à l'ouest et au nord, il était appuyé contre des maisons qui ont été démolies, en même temps que lui, en 1866. Le monument qu'on a détruit alors ne remontait pas plus haut que la fin du xve ou le commencement du xvie siècle ; mais il en existait un autre à la même place dès le commencement du xive siècle, et c'est sans doute de lui qu'il est question dans le texte suivant [Obit. Sl-And.] : « Anniversarium Pétri de Furno et magistri Guillelmi de Vallato, avun- » culi sui, débet fieri vi idibus octobris; et obiit idem Petrus anno » Domini m0 ccc° xxxvn0, et legavit, pro suo anniversario , mior libras » x solidos, supra quamdam domuin que est in salvitate, prope Decana-

» tum » C'est aussi ce Doyenné qui est cité dans la relation de l'entrée

à Bordeaux de l'archevêque Artus de Montauban, le 18 novembre 1466 :

« Il continua sa marche, dit l'auteur de la relation, avec cette cere-

» monie, suivi d'une grande affluence de peuple, jusqu'à la maison du » doyen du chapitre, qui est au-devant de l'église métropolitaine » [Egl.

metrop., p. 136]. Le texte original s'exprime ainsi : « et duximus

» eum usque ad domum Dccani Burdegalensis, et ibidem descendit, et ibi

» induit sacras vestes » [Act. cap. StLAnd., 1466 à 1480, fol. 27. —

Arch. dép.].

Enginh deu Miralh : Enginh deu Miralh; Engeynh deu Miralh; Ingenium Miralhi; Engin du Miraiïh (4, 19). — L'Engin du Mirait était placé à l'extrémité méridionale de la rue de l' Engin-deu-Miralh, à l'autre extrémité de laquelle était placé le couvent des Augustines; c'est ce qui résulte d'un titre cité par l'abbé Baurein [Ms., p. 142] : « Geralda de » Boqueyrano, parrochiana Sancti-Elcgii Burdegale, débet pro domo » situata apud Miralhum, in rua que, ab Ingenio MiralM, ducit versus » domum Augustinarum. » Un compte de l'archevêché de l'an 1400 nous donne, en d'autres termes, les mêmes indications. Baurein ajoute que « X Engin du Mirait étoit placé dans le même lieu où étoit ce qu'on a » appelé, dans la suite, le Château Gaillard, ce qui fait présumer, dit-il, » que ce n'étoit qu'une même chose qui, en divers temps, avoit porté diffé- » rents noms. » Baurein dit ailleurs qu'on lui avait sans doute donné le nom d'Engin parce qu'il avait « quelque chose de singulier dans ses dis- » position et structure. » Si Y Engin du Mirait était indépendant de la

porte du Mirait, il était placé près de cette porte; c'était, dans ce cas, un donjon, un fort ou un château qui existait encore à la fin du xvie siècle, ou qui avait laissé son nom à la localité qu'il avait occupée, puisqu'on lit dans un manuscrit de 1596 [Inv. S1- And.], en marge de la reconnaissance d'une maison, ces mots : « à YEngeynh, près la porte du Mirailh. » La même indication nous est fournie par les extraits de deux titres de 1367 puisés dans le même manuscrit : « Reconnaissance par Arnaut de Mont- » larin d'un trens de vigne à VEngein du Mirait, près le portail du Mirait; » — « Reconnaissance par Amanieu de Montlarin d'un trens de vigne, à » V Engin du Miraïl, sur les fossés de la ville, Graves de Bordeaux. » Ces mots : « à l'Engin du Mirait, » pourraient bien ne vouloir indiquer ici que le quartier où se trouvait la vigne d' Amanieu de Montlarin; mais voici qui est plus explicite : en 1277, Ramond de Carabes vend à <a Guilhem Constantin, religieux de Sainte- Croix, 20 sols de cens avec » droit d'exporle sur des fiefs qu'avoit ledit de Cambes hors la porte de » l'Engin du Mirailh » [Inv. Ste-Cr.]. Il est évident que, dans ce texte, il ne peut être question que de la porte du Mirait elle-même ou de celle d'un fort particulier. Suivant la Chronique bordelaise, les murs du second accroissement n'auraient été construits qu'après 1302; en conséquence, la porte du Mirait, qui faisait partie de cet accroissement, daterait du xive siècle; mais il arrivait souvent, à cette époque, que les villes étaient entourées de fossés et de palissades, et avaient des portes fortifiées avant la construction des murailles. Baurein, en outre, exprime quelque part des doutes sur la date jusqu'ici acceptée de la fondation de la troisième enceinte qu'il croit avoir existé avant 1302; et un acte publié dans les Archives historiques de la Gironde [t. II, p. 309] nous apprend qu'en 1290, le maire de Bordeaux s'était servi, pour la clôture du faubourg*, des pierres que les Augustins avaient fait transporter pour construire leur monastère. 'L'Engin du Mirait était donc, ou une forteresse particulière, ou la porte du Mirait elle-même, avec sa barbacane, ses barrières et tout ce qui servait à la fortifier, porte qui aurait déjà existé à la fin du xuie siècle.

La Meta de l'Archibescat : La Mota de VArcMlescat; Mota Archiepscojpalis; Mota Archiepiscoj>atus ; La Motte du jardin de V Archevêché (10, 19). — La Motte de l'Archevêché était une butte artificielle située, en dehors des murs de la ville, sur le bord du ruisseau de la Devise qui, à

cet endroit, était appelé parfois ruisseau de La Motte. Elle était près du jardin de V Archevêché, entre les portes Saint-André et Saint-Symphorien. Les textes suivants font connaître ses diverses dénominations, son emplacement et le nom de quelques-uns de ses possesseurs.

En 1367, elle appartenait à Pierre Lambert : « Petrus Lamberti, civis » burdegalensis , débet, pro casali, albareda sive loco quod est juxta » motam terre que est prope domus Archiepiscopatîis, v sol. Burd. » [C.

de l'Arch.]. — « pro mota rétro Domum Archiepiscojpalem, extra

» muros...., » dit un titre de la fin du xive siècle. A la même époque

(1395), on lit ceci : « Guillelmus de La Garda solvit pro mota terre

» quam tenet, prope ortum A.rchicjnscojmtîis, in Peïago....; » — en 1400 : « Gauterius Aymerici solvit, pro nemore et rausario que sunt, prope » Motam ArcMepiscopaïem, apud Pelagum....; » — en 1457 : « Johanna » Constantini débet, pro casale et albareda que est, juxta motam terre, » que sunt prope Domum ArcMepiscopatus...., extra portam Sancti- Andrée, » ultra murum urbis, quod est prope clausuram ville....; » — en 1553 : u Hugues de Bannes, hoste de VAgnns Dei, doibt, pour la mothe qu'il » tient près le jardin de Y Archevesché » [C. de l'arch.].

Il résulte des deux textes suivants, le premier du 12 février 1473, et le second de 1535, que cette butte, qui avait dû servir, dans les temps anciens, de poste avancé, avait donné son nom au quartier dans lequel elle s'élevait : « Conoguda que Girart Nolianssand, cordurey...., sporlet

» de tôt aquet trens de binha qui es en las Grauas de Bordeu, au loc

» apperat a, La Mota, près deu portau Diyaus; aissi cum es entre lo fossat » de la bila de Bordeu, d'una part, et la binha de Guiraud Blanc, d'autra )) part; et dura et ten en long deu camin comunau qui ba bert lo fossat » de la billa, de l'un cap, entro à la may de la riu qui ben de Pont-Long, » de l'autra cap » [Man. cap. StLAnd. Burd.]; — « Nicolas de Redel a » reconnu de monseigneur de Gramond une maison, vigne et aubarede » en un tenant, le tout, environné de fossé, scitué à La Mothe, derrière » Y Archevesché, que anciennement se souloit appeler le portai de Sainct- » Symphoricn, confrontant à la rieu comunau du Peugue, d'una part, au » jardin de mondit seigneur archevesque, le mur entre deux, d'autre part; » à la rieu descendant du Peugue, par l'un bout, jusqu'au fossé de la » ville, par l'autre bout » [Terr. Cast.].

Palay-Galian : Lou Palay-Gatian; lo Palays-Galiana; Palatium

EORDEAUX VERS 1450. 421

Galiane; las Arenas; Arène; les Vieilles -Aray nés; le Palais-Gallien (15, 21). — Les Arènes, monument gallo-romain dont il reste encore des fragments considérables, se trouvèrent comprises, au moyen âge, dans le territoire de la paroisse Saint-Seurin, à l'ouest et à une certaine distance de la porte Saint-Germain, à côté du chemin de Soulac. On les nommait, dans les titres gascons : las Arenas, lou Palay-Galian, lo Palays- Galiana; dans les textes latins du xive siècle : Arène, Palatnim Galiane, et au xvie siècle : les Vieilles- Aray nés. C'est ce qui résulte en partie des titres suivants, pris au milieu d'un grand nombre d'autres : « Conoguda... . » que Johan de Bracunliac, mariney, demoran à rua Pey-de-VOstau, de » la parropia de Sent-Remedy, borges de Bordeu, esporlet (15 septem-

» bre 142(5) de tôt aquet trens de binha qui es, en las Grauas de

» Bordeu, près de La Reclusa...., et dura deu gran camin comunau qui » ba bert lo Palays-Galiana, de l'un cap » [Man. cap. Su-And. Burd.];

— c a parte Palatii Galiani, et deinde itur versus ruam Sancti-

» Gcrmani per magnum iter... ; » — « .... locus inter SancUim-Severinum

» et Arenas » [C. de l'arch.]; — « Palais-Gallien, autrement appelle

» les Vieilles- Aray nés » [Lièv. S^Seur.]. La description du Palais-Gallien a été faite par Vinet [Ant. B. et B., § 17, 18 et 19], et par Pierre de Brach [BrachDez., t. II, p. 87].

Pilars-de-Tudela : Los Pilars-de-Tudela; Piliers-de-Tutelle; los Pilars; les Pillas (10, 22). — Le monument nommé Pilicrs-de- Tutelle était un temple romain de ceux qu'on appelle périptères-hexatiles ; il avait vingt-quatre colonnes, dont six sur chaque façade et huit sur les flancs. Ces colonnes d'ordre corinthien, posées sur une double stylobate, étaient surmontées, en guise de frise, d'une arcature sur les pieds-droits de laquelle, en dedans et en dehors, s'adossaient, au droit des colonnes, des cariatides de dix pieds de hauteur. Ce monument a été démoli lorsqu'on a construit l'esplanade du château Trompette. Sa description a été faite si souvent qu'il est inutile d'y revenir [Vinet, Ant. B. et B., § 14 (*).

— Brach Dez., t. II, p. 85. — Perrault : Les dix livres de Vitruve, 2e édit., p. 317]. On voit dans des plans manuscrits des alentours de ce temple [Col. J. Delp. — PL mss.], plans dans lesquels sont tracés la porte et les

(') On trouve dans les éditions d'Ausone données par Vinet en 1580 et 1590, des gravures sur bois représentant le Palais-Gallien et les Piliers-dc-Tvtclle dans l'état où se trouvaient ces ruines à la fin du xv ie siècle.

fossés du Chameau-Rouge, la porte Medoc, les fossés de Campaure, la rue du Burga et toutes les rues détruites lors de la reconstruction du château Trompette, que les Pïliers-de-T'utelle étaient situés en face de la rue Mautreyt, à l'est de la rue du Burga, à l'ouest de la rue de Bassan, sur l'emplacement occupé maintenant par l'angle nord-ouest du Grand- Théatre, angle qui correspond à peu près au centre de l'ancien temple.

Les Pilier s-de- Tutelle étaient, au xvie siècle et fort probablement auparavant, qualifiés maison noble; c'est ce qui résulte des titres suivants de 1553 [Denomb.] : « Isabeau Andrée, damoiselle, femme de Pierre de » La Forcade, a declairé tenir et posséder la moytié d'une maison noble » et voulte scittuée en la parroisse de Puy-Paulin, appellée de Tutelle, » scituée près les Jacobins, en la rue du Chappélet, et l'autre moytié » appartenoit à feu Jean Belhouet, son feu mary, toutesfois, à présent, y » a procès entre elle et les enfants dudit feu. » La lecture de ce titre peut laisser des doutes sur l'identité de cette « maison noble et voulte » et des Pilicrs-de- Tutelle , car ce monument était situé, croyons-nous, dans la paroisse Saint-Mcxent et non dans celle de Puy-Paulin; une maison noble appelée de 2\telle aurait pu exister de l'autre côté de la rue du Chapelet, en face des Piliers, et dans la paroisse de Puy-Paulin; mais un autre passage de ce môme manuscrit lève tous les doutes à cet égard; il s'exprime ainsi : « Izabeau Andrée, femme de Pierre de La Forcade, » pour raison des pilliers, voulte et maison estans dans iceulx, paye » quatre francs de rente à M. de Candalle. » Le premier titre ne nomme que la maison noble de Tutelle, le second cite les piliers. Nous savions déjà qu'au xve siècle, le soubassement de ce monument, voûté en plafond, s'appelait le Chay-de-La-Retge.

Umbreyra : Castet de V Umbrcyra; castrum Regium; castrum Domini Régis ; TJmbrcria; castrum Umbrarie ; chasteau de VOmbriere; castrum Burdejale; lou castet de Bordeu\ tabula Régis ; le Palais; le palais de YOmbrière (7, 22). — Ce château était bâti sur le mur romain, à l'angle sud-est de la première enceinte. Son plan formait un polygone irrégulier se rapprochant de l'ovale. On le voit dans tous les anciens plans de Bordeaux, manuscrits ou imprimés. Il était borné, au sud, par la rue Poitevine, à l'est, par la place de VOmbriere, au nord-est, par la rue des Argentiers et l'impasse de la Comptablerie, à l'ouest, par la rue & Enfer et, au nord-ouest, par la rue du Puits-des-Juifs. Un fossé l'entou-

rait de toute part excepté peut-être du côté de la rue Poitevine, mais là encore il était défendu par le Peugue. Nous croyons inutile, tant ce monument est connu et son emplacement incontestable, de donner des preuves à l'appui de ce que nous venons d'avancer. Une porte s'ouvrait, à l'est, au coin de la place du Palais, au bout de la rue des Argentiers. Nous croyons qu'une autre porte existait, au sud-ouest, à la rencontre des rues Poitevine et à!Enfer, et peut-être, primitivement, y en avait-il une troisième s'ouvrant dans la ville. Une tour ronde s'élevait au sud et s'appelait tour Royale ou tour du Roi, l'autre, qui était carrée avec des contreforts plats, était au nord-est, et s'appelait YArlalesteyre. Voir, à cet égard [Arch. hist., t. XII, p. 124], une gravure du château et de la place de VOmbrière, d'après une copie d'un dessin du xvme siècle.

Le nom de Table du Roi était quelquefois donné à ce château. Nous savons que le mot table {taule en gascon) signifie maison noble. Quelques maisons de la rue des Argentiers étaient adossées au château; il est probable que la maison signalée dans le texte suivant était dans ce cas : « Item solvi, pro quadam magna basina et duabus aliis minoribus, et pro » duobus pelvibus, sive bassins, emptis, a quodam mercatore, juxta » Tabulam Régis, que omnia erant de cupro » [C. de l'arch., 1357].

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