‹ Bordeaux vers 1450Chapitre 47 sur 79 · CHAIS · texte numérisé non relu

CHAIS

Les celliers ou grands magasins dans lesquels les marchands de -vin et les propriétaires emmagasinent leurs tonneaux sont appelés chais, dans le Bordelais. Ils sont nommés, dans les titres gascons du moyen âge, chays ou chais; et chaium, chaia ou chayum, chaya, en latin. Ces titres mentionnent quelques chais en les accompagnant de désignations particulières; nous ne parlerons que de ceux-ci; les autres, en très grand nombre, dépendaient presque toujours des maisons des riches négociants de Bordeaux; ils étaient généralement situés dans les rues qui longeaient la rivière ou y aboutissaient, ou sur les quais, hors des murs et appuyés contre eux. Dans ce dernier cas, les jurats accordaient quelquefois au propriétaire l'autorisation de percer une ouverture dans les remparts, lorsque ces remparts séparaient le chai de la maison; mais à certaines conditions, entre autres celles de bien surveiller ces ouvertures et de les murer en cas de siège.

Blanc : Lou chay Blanc. — Ce chai était situé, en 1355, dans le quartier de La Grave : « Reconnaissance par Seguin d'Agressan (*), à l'abbé » de Sainte-Croix, d'une maison et chay appelé le chay Blanc, à La » Grave, parroisse Saint-Michel» [Inv. Ste-Cr.].

Camparian : Chay de Camparian. — Ce chai était situé, en 1329, dans la rue des Argentiers [Inv. S1- And.] : « Reconnaissance au chappitre » de la tierce partie ou environ d'un chay, appelé le chay de Camparian, » sciz en la rue par laquelle on va du chasteau de YOmlriere vers l'esglise » Sainct-Pierre. » Nous savons que cette rue est celle des Argentiers.

D'ailleurs, on lit dans le même inventaire, à la date de 1387 : « chay

» sciz en ladicte parroisse (Saint- Pierre), rue des Argentiers, appelé le

(') Les comptes de l'archevêché appellent ce personnage Ayrcssan.

» chay de Caniparian. » En 1438, l'archevêque de Bordeaux levait un impôt sur un autre tiers de ce chai, ainsi qu'il résulte du texte suivant [C. de l'A. — Arch. mun.] : « Johannes Makanan pro tertia parte chaii de » Camjpariano débet »

Dissenta : Chay Dissenta. — Il résulte du texte suivant, daté du 4 juin 1411, que le chai Dissenta était situé dans le quartier de Tropeyte, à l'angle des rues Dissente et de Remard-Mos : « Conoguda que Pey » Guilhem, carpentey de tonetz, de la parropia de Sent-Arremedi, esporlet » de mossen lo dean, de tota aquera mayson, que es en ladeyta parropia, » en la rua apperada de Remard-Mos, darrey lo chay apperat Dissenta; » aissi cum es entre la mayson de Bernard de Corn, d'una part, et la » mayson de Saudra Gaudin, d'autra part; et dura de ladeyta rua, de part » dauant, de l'un cap, entro au casau de Johan de Johan, de part detras, » de l'autra cap; laquau mayson aue comprat de mossen Amaniu Beguey, » caualey, per lo pretz de xxv liuras » [Man. cap. Su-And. Burd.].

La Retge : Chay de La Retge. — « Le mardi huit janvier 1415, -» vieux style, les sacquiers, mandés par les jurats, déclarent que Richard » Makanan et Guillemot Torney ont caché du bled au chay de La Retge, » situé au quartier de Tropeyte, sous les Pilliers-de-l\telle; ce qui donne » lieu de présumer que le chay de La Retge pouvoit être la cave qui étoit » pratiquée au-dessous de cet édifice » [Ms, Baur., p. 123].

Pierre de Brach en parle en ces termes :

« De ses soubassemens sa grandeur eslevée » Dans son milieu reserre une voûte cavée

» A la plate façon »

[Brach Dez., t. II, p. 85.]

Dans la gravure des Piliers de Tutelle, donnée par Vinet, on voit un homme vendant du vin au détail, devant la porte de ce chai.

D'après Perrault [Les dix livres d'architecture de Vitruve, 2e édition, p. 217], cette cave n'avait pas plus de neuf pieds de haut, et la voûte plate était faite en béton.

Macanan : Chays de Macanan ou Makanan. — Nous savons que la famille Macanan possédait un grand nombre de maisons à Bordeaux. Elle y

avait aussi des chais. Nous venons de voir qu'en 1415, le chai de La Belge était, en partie, à Richard Macanan, soit à titre de loyer, soit à titre de propriété. Le texte suivant, daté du 29 octobre 1411, nous apprend que sa femme avait un chai dans la paroisse Saint-Michel, près de la porte de Bayssac : « Conoguda que Maria d'Estambit, molher de Richard Makanam, » merchant de la parropia de Sent-Miqueu,.... esporlet de mossen lo dean

» de tôt aquet chay qui es en ladeyta parropia, qui es au portau de

» Baissac, entre l'ostau et chay de Ramon Carpentey et la rua Carloneu, d et deuert mechjorn, d'una part, et.... la rua de Baissac, et deuert sep- » tentrion, d'autra part, et dura, de lonc, de la yma de la mar, deuert » occident (*), de l'un cap, entro à l'ostau et yssida deudeyt Arnaud » Mesquin, de l'autra cap » [Man. cap. Su-And. Burd.]. Ce chai devait occuper une bonne partie de l'extrémité inférieure de la rue Carloneu, du côté du nord, et avoir, sur le bord de la rivière, une ouverture percée dans le rempart du xive siècle.

En 1438, Pierre Macanan avait un chai dans la rue des Anglais : « Petrus Makanan, pro domo, sive chayo, cum exitu. » C'était la maison venant après celle qui formait le coin de la rue des Anglais du côté de la rue Carloneu [C. de l'A. — Arch. mun.].

Montferrand : Chays de Pey de Montferrand; chaya Pétri de Monte-

ferrando. — Pierre de Montferrand, Soudan de La Trau (2), possédait en

1438 plusieurs, emplacements dans la rue Carloneu, et des chais dans

celle des Anglais : « Petrus de Montferrando, alias lo soudic...., pro solo

» vacuo quod es in rua Carlonelli Item pro medietate unius soli

» contigui » — « Petrus de Monteferrando, pro chayo quod est supra

» Gravant, inter ruam Sancte- Crucis et ruam deus Angles — Idem

» Petrus, pro chayo contiguo » [C. de l'Arch.].

Monges de La Seuba : Chays deus Monges de la Seula; chaya deus Monges; chaya Monacliorum; chaya Monacliorum- Grandis-Silve; chais des Moines de La Sauve. — Les moines de La Sauve-Majeure possédaient dans Bordeaux des chais situés dans le quartier à'Audeyole (vers les

(*) Nous croyons qu'on doit lire Orient au lieu d' Occident ; la mer ou la Garonne ne pouvait être qu'à l'est du chai de Maria d'Estambit.

(*) La famille de Montferrand était une des plus illustres de la Guienne. Voir, Guienne Militaire, 1. 1, p. 95, une notice sur la soldanie de La Trau ou La Trave.

allées de Chartres); nous en trouvons la preuve consignée dans divers

titres [C. de l'Arch.] : (1355) « ratione terre que est rétro chaya

» deus Monges » — (1361) « pro terra quam tenet rétro chaya

» Monacfiorum, sive apud Audeyolam » — (1367) « rétro chaya

» Monacfiorum Grandis-Silve, apud Audeiolam » — (1457) « apud

» locum qui dicitur Audeyolo pro via et terra que est rétro chaya

» Monacliorum Grandis-Silve »

Sent-Andriu : Trulh (l) de Sent-Andriu; torcular Sancti- Andrée ; treuil de Saint-André, pressoir de Saint-André. — L'existence de cet établissement est signalée dans plusieurs titres que nous avons cités en parlant de la rue Sous-le-Mur, et par les deux textes suivants de l'an 1400 [C. de l'Arch.] : « .... pro solo quod est in rua de Sultus-Murum, videlicet

» inter portam de Toscanani et torcular Sancti- Andrée » — « Michael

» de Campolonguo, canonicus Burdegalensis, débet pro molendino quod

» est juxta torcular Sancti-Andree » Ces textes nous apprennent que

le pressoir de Saint-André était dans la rue Dejus-le-Mur, à toucher le moulin de Saint- André situé sur le Peugue, au bout de la rue des Palanques; il est probable qu'il était adossé au mur romain passant au sud du cloître de la cathédrale; ce cloître, monument historique du xive siècle, remarquable comme architecture, et précieux à cause des tombes sculptées qu'il renfermait, a été démoli, en 1866, ainsi que les constructions de la même époque qui l'entouraient, malgré l'avis de la Commission des monuments et documents historiques de la Gironde et de tous les amis de l'histoire et des arts.

Sent-Seurin : Trulh de Sent-Seurin; torcular Sancti-Severini; treuilh de Sainct-Seurin ; chais de Saint-Seurin. — Nous avons donné plus haut (voir rua Sent-German, p. 297) la preuve de l'existence de ce pressoir, qui était situé au bout occidental de la rue Saint- Germain, et près de l'église Saint-Seurin. Ce fait est, en outre, confirmé par un ancien plan [PI. mss. n° 136] dans lequel le pressoir et les chais de Saint-Seurin sont placés au nord de l'église.

(') Nous avons réuni les pressoirs (trulhs en gascon, torcularia, en latin) avec les chais parce que, dans les grandes exploitations vinicoles, le envier, le pressoir et le chai font partie du même établissement, bouvent même le pressoir et le cuvier sont réunis, et le chai ou cellier est ordinairement à côté.

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