‹ Bordeaux vers 1450Chapitre 8 sur 79 · III · texte numérisé non relu

III

DEUXIÈME ENCEINTE Premier accroissement.

Les remparts romains furent les seuls à protéger la ville de Bordeaux jusqu'au xne siècle. Avant cette époque, le développement qu'avait pris la population avait obligé de permettre la construction de maisons hors des murailles

romaines. Ces maisons formèrent bientôt un faubourg considérable au sud de la cité. Il fut nécessaire de le fortifier. Il dut se passer ici ce qui arrivait dans toutes les forteresses naissantes : on creusa des fossés défendus par de simples palissades ; mais à la fin du xue siècle et dans le cours du suivant, on éleva des murs et des tours.

Cette seconde clôture s'appuyait contre le mur romain à l'ouest de la porte Basse, et suivait le côté intérieur du cours des Fossés jusqu'au quai, d'où, tournant au nord, elle allait rejoindre l'enceinte romaine.

Deux fossés parallèles protégeaient aussi cette seconde enceinte. Un des murs était sur l'escarpe du fossé intérieur, et l'autre entre les deux fossés, à 10 mètres environ en avant du premier. Ils étaient tous deux flanqués de tours.

Cette nouvelle enceinte avait environ 660 mètres de long, de l'est ,à l'ouest, sur 270 de large, du nord au sud. Les remparts, au moins dans certaines parties, n'étaient qu'un blocage composé, dit Jouannet, de pierres de lest étrangères au pays. Il était facile, il y a peu de temps, de reconnaître la vérité de cette assertion dans les démolitions entreprises pour ouvrir le prolongement de la rue Buhan.

On entrait dans cette enceinte par six portes : celles de Toscanan et de Las Eyras, à l'ouest ; celles deu Cayffernan, de Sent-Elegy , Boqueyra et de La Rocella, au sud. Nous n'avons aucune preuve de l'existence de portes s'ouvrant, à cette époque, sur le quai.

TROISIÈME ENCEINTE Second accroissement.

Il dut se passer, dans le courant du xme siècle, ce qui avait eu lieu dans les siècles précédents : la ville, trop à l'étroit, sortit des murs et s'étendit, en faubourgs, au nord et au sud. Il fallut alors protéger les nombreuses maisons et les monastères récemment construits. Aussi, en 1302, « il fut » ordonné [Chr. bord. Lurb., p. 20 v°] que les faux bourgs » de la ville d'un costé et d'autre, dans lesquels estoient tous » les couvens et monastères, seroient, aux despens publics, » clos de muraille et incorporez en ladicte ville. »

Ici, comme partout, on dut commencer par creuser les fossés, les garnir de palissades, en attendant les murs qui ne tardèrent pas à être construits; déjà même, avant cette époque, on avait élevé certaines fortifications, qui ont peutêtre motivé l'ordonnance de 1302; cependant on dut les modifier et sans doute les augmenter, puisque, pendant tout le xive siècle et dans la première moitié du xve, il est fait mention de fortifications que l'on construisait ou réparait. Cette nouvelle enceinte, qui renfermait beaucoup de vacants, agrandit considérablement la ville de Bordeaux du côté du nord et surtout du côté du sud.

Nous allons en suivre le tracé à travers les rues et monuments actuels de Bordeaux.

Elle partait de l'angle nord-est du mur romain, se dirigeait vers le nord en suivant le bord de la Garonne, jusqu'au point

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où se trouvent les colonnes des Quinconces; de là, elle tournait, vers l'ouest, jusqu'aux environs de la rencontre de la rue Boudet et du cours de Tournon, d'où, se dirigeant vers le sud, elle passait au bout des allées de Tourny, puis entre la rue Condillac et le cours de Tourny, entre la place Dauphine et la rue de la Vieille-Tour, entre les rues Bouffard et des Remparts, sur le bord occidental de la rue de I'Hôtelde- Ville, au milieu de la place Rouan, à l'ouest des rues du Pal ais-de- Justice et Jean-Burguet jusqu'au coin sud- ouest de la place Sainte-Eulalie, d'où, tournant vers l'est, elle se dirigeait, par une ligne en zigzag, jusqu'à 1' Abattoir, en passant sur le bord méridional de la rue de la Miséricorde, à travers la place Henry IV, sur le côté méridional de la rue Saincric, autrefois rue du Chemin- de -Ronde, et de la place intérieure d' Aquitaine. Elle traversait ensuite en diagonale le pâté de maisons qui est entre la rue Candale et la rue Bigot, pénétrait jusqu'au milieu de cette rue, dont elle suivait le côté méridional jusqu'à la porte des Capucins, à laquelle elle se reliait; passait à travers 1' Abattoir; d'où, tournant légèrement au nord-est, elle bornait au sud l'abbaye Sainte -Croix, et atteignait la rivière. Elle la côtoyait ensuite jusqu'à la porte Bourgogne, passant entre les quais et les rues du Moulin, Carpenteyre et de la Fusterie. Près de la porte Bourgogne, elle se reliait à la porte de La Rocella, laquelle faisait partie du premier accroissement.

Au delà de ce point, le mur allait, en traversant les maisons qui sont entre le quai et la rue de La Rousselle, rejoindre le côté occidental de la rue des Portanets, celui des rues Ausone et du Chai-des-Farines, d'où il se dirigeait, en ligne à peu près droite, jusqu'au point d'où nous sommes partis.

De toute cette immense muraille , bosselée de nombreuses tours, percée d'un grand nombre de portes, il ne reste d'apparent que deux ou trois fragments entre la porte d' Aquitaine et 1' Abattoir; et, sans le plan de Lattre fait en 1733, et de nombreux plans manuscrits, il serait presque impossible actuellement de tracer, avec exactitude, un plan de Bordeaux au moyen âge.

Dans ce long développement de remparts, nous n'avons compté que vingt-et-une portes, qui sont, à partir de l'extrémité inférieure du cours du Chapeau-Rouge :

1° La porte de l'Orne-de-Casse, au bas du cours du Chapeau- Rouge;

2° La porte deu Redge, qui s'ouvrait sur l'emplacement des bains des Quinconces ;

3° La porte d' Audeyola, dans les environs des colonnes rostrales ;

4° La porte Sent-German, au bout nord-ouest des allées de Tourny, entre le café des Mille Colonnes et la rue Condillac ;

5° La porte Dijeus, sur l'emplacement de la porte Dijeaux;

6° La porte Sent-Syphorian, vers le milieu de la rue des Remparts ;

7° La porte deu Far, au bout occidental de la rue du Ha;

8° La porte Senta-Eulalia , au sud de l'église Sainte - Eulalie ;

9° La porte Sent-Jidian , au bout méridional de la rue Sainte-Catherine ;

10° La porte deu Mirailh, au sud de la rue du Mirail et à l'est de la porte d' Aquitaine ;

11° Lo Grand- Portait -de- Senta- Or otz , sur l'emplacement de 1' Abattoir;

12° La porta Senta-Crotz-debert-la-Ribeyre, au bout inférieur de la rue du Port ;

13° La porte de Bayssac, au bout de la rue de Beysac;

14° La porte de La Graba, au bout oriental de la rue des Faures ;

15° La porte de Pey-Miqueu, entre la rue des Faures et la porte Bourgogne;

16° La porte de Las Salineyras, à l'ouest de la porte Bourgogne, et non loin de l'entrée de la rue de la Rousselle;

17° La porte Sent-Johan, près de l'extrémité orientale du

COUrS d'ALSACE-ET-LORRAINE*,

18° La porte deu Peugue ou deu Brisson, à l'embouchure du Peugue dans la rue Ausone ;

19° La porte deu Calhau, au bas de la place du Palais, un peu à l'ouest de la porte actuelle ;

20° La porte Sent-Pey, derrière l'église Saint-Pierre ;

21° La porte deus Paus, un peu au nord de la fontaine des Grâces.

Presque toutes ces portes étaient précédées de barbacanes plus ou moins importantes.

Outre les portes principales, il devait y avoir une certaine quantité de poternes, sans compter les ouvertures que certains bourgeois avaient obtenu la permission de pratiquer dans les chais appuyés contre les remparts; mais qu'ils devaient murer à la première injonction du maire et des jurats.

Des tours nombreuses fortifiaient ces remparts : les unes s'adossaient simplement aux courtines, d'autres étaient presque entièrement en saillie ; d'autres enfin ressortaient en dedans et en dehors des murs. Il y en avait au-dessus ou à côté de presque toutes les portes. Les unes étaient carrées; les autres rondes, semi-circulaires ou à pans coupés.

Nous ne connaissons ni le nom, ni l'emplacement de toutes ces tours; nous savons la place de quelques-unes dont le nom ne nous est pas connu; mais, par contre, nous ignorons la partie des remparts où se trouvaient quelques autres.

Voici la liste de celles dont nous savons le nom au xve siècle :

1° Tour de rua Médoc, sur la rivière, au nord de la porte de V Ome-de- Casse ;

2° Tour deu Retge, sur la porte du même nom ;

3° Tour d'Audeyola, sur la porte du même nom;

4° Tour Sent-Georges, vers la rencontre du cours de Tournon et de la rue Boudet ;

5° Tour de l'Ermite (ou peut-être de la Reclusa), sur le bord du cours de Tourny, entre la rue Buffon et la place Dauphine, presque en face de l'entrée du Théâtre-Français ;

6° Tour de Senl-Seurin, à l'entrée de la place Dauphine, au sud du cours de ITntendance ;

7° Tour de Sent-Pau, dans le mur romain en face des dépendances de la caserne municipale;

8° Tour de Senta-Eulalia, au coin sud-ouest de la place Sainte-Eulalie ;

9° Tour deus Cinq-Qtcayres , entre la porte d' Aquitaine et Sainte-Croix ;

10° Tour deu Casse, entre la porte d' Aquitaine et Sainte- Croix ;

11° Tour de Senta-Crotz- deu -grand -Portait, sur ou près la Gran-Po r ta-Sen ta- Cro tz ;

12° Tour deu Merle, derrière l'église Sainte-Croix ;

13° Tour de SentarCrotz-debert-la-Ribeyre, à l'angle sud-est de la ville ;

14° Tour de Bayssac, sur la porte du même nom;

15° Tour de Pey-Miqueu, sur la porte du même nom ;

16° Tour de Philippot-de-Mortemar , dans le quartier de la Rousselle;

17° Tourette du Pount-Sent-Johan, vers l'extrémité du

COUrS d'ALSACE-ET-L0RRAINE ;

18° Tour deu Peugue, à l'embouchure de ce ruisseau;

19° Tour de Wataffel, à l'embouchure de la Devise;

20° Tour Neba - de - Tropeyta •■, sur l'emplacement de la Bourse ;

21° Tour deu Potmt-de-la-Mosca, sur l'emplacement de la Bourse.

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