CINQUIÈME GALERIE; PAROI ANTÉRIEURE
Mon Ions anÛQ une secoade fois vers la dernière galerie pour y passer an revue les quatorze bas-reliefs restés visibles sur la paroi antérieure; car voilà tout ce qui nous reste des cent quarante dont se oompesait autrefois toute cette série , ainsi que nous Tavons dit plus haut, page 83.
Les enfoncements ressemblent k ceux de la précédente galerie; ils n'ont pas d'orneoients et sont séparés les uns des autres par des montants étroits ou par des compartiments intermédiaires, dont le plan ne rentre pas en deçà de la surface du mur. }
Ed entrant par la porte de Test nous ne tardons pas à voir qu'il n'est pas resté visible un seul tableau sur toute la paroi de la face orientale. En poursuivant notre promenade le long de la paroi du sud nous rencontrons , près de la porte , les deux premiers des bas-reliefs qui nous restent.
PI. CGCLXXXIX. 1. Le côté droit du bas-relief nous montre, au premier plan, un prince qui se tient debout et qui adresse avec assez de vivacité la parole à un autre homme de condition et à la suite agenouillée de ces deux personnages. Il est probable que l'événement que retrace le reste du tableau, lui fournit le sujet de son discours. Au premier plan coule un torrent, qui a débordé et qui a déjà atteint le seuil d'une maison située sur l'autre bord; nous apercevons dans cette maison un homme, peul^tre un Bhikshou, debout entre deux femmes agenouillées et portant un petit vase dans chaque main. A cdté de la maison trois hommes se cramponnent aux bras d'un autre homme , qui paratt un géant auprès d'eux; celui-ci n'entre que jusqu'aux genoux dans l'eau et tient à la main gauche la jatte des péni-
tents. Nous apercevons, à droite du dernier, trois autres hommes; l'un d'eux soulève son camarade sur ses épaules, et leurs cheveux défaits semblent indiquer que les flots les ont surpris et qu'eux aussi attendent leur salut du géant. Tout à fait au premier plan se trouve, à l'angle gauche du tableau, un petit édifice s'élevaot au-dessus de la surface des eaux sur un piédestal carré; des deux côtés de l'édifice se trouve un homme semblable aux malheureux qui sont en danger de périr. Devant le soubassement très élevé du petit bâtiment se trouvent trois hommes assis, dont l'un est probablement un Bhikshou; ceux-ci sont évidemment tout à fait hors de danger et s'entretiennent ensemble avec beaucoup de vivacité.
PI. GGGLXXXIX. 2. Des deux côtés d'un arbre symbolique sont assis neuf hommes de condition , qui s'entretiennent ensemble.
Les n^ 3 et 4, qui se touchent, se trouvent de l'autre côté de la porte; 3 nous montre également neuf hommes de conditioo, parmi lesquels il y en a quelques-uns qui portent tes armes, assis à l'ombre d'un arbre symbolique et s'entretenant ensemble.
— 4 , a quelque analogie avec le tableau du no. 1. A droite se trouvent deux princes et leur suite; l'un d'eux exprime évidemment par le geste de la main droite (la main gauche et la tète ont disparu) la surprise que lui cause la vue de la scène qui se passe à quelque distance; l'autre prince se tient respectueusement debout. La moitié gauche du tableau nous présente encore une nappe d'eau , qui provient sans doute aussi d'un débordement. Un grand nombre d'hommes de la classe inférieure essaient de se sauver; une partie de ces hommes réussis* sent en effet à se sauver, moyennant le secours d'un homme, habillé comme eux, et d'un cheval qui monte hors de l'eau. L'homme retient quelques-uns des malheureux par une écharpe ou un bandeau, dont il a saisi lui-même un des bouts; il faut supposer probablement qu'il a attaché l'autre bout à sa ceintuie ou à son cheval. Nous allons revenir tout-à-l'heure sur ces deux tableaux.
La paroi occidentale n'a conservé que trois bas-reliefs ; on trouve, un peu avant d'arriver à la porte,
PI. GGGXG. 5. Le côté droit de ce tableau fait partie d'un bas^relief précédent qui a disparu, et qui représentait sans doute un prince dont ce tableau nous montre la suite ; la moitié gauche nous présente quelques hommes de la suite du prince que nous trouvons sur le bas-relief suivant.
— 6. Un prince assis dans son palais, tandis que son serviteur se trouve à genoux à côté de lui. Il adresse ses discours à un autre prince, assis avec sg suite hors du palais. Autour du palais se trouvent à gauche un grand nombre d'hommes qui font de la musique en frappant sur des tambours, en jouant de la flûte traversière et d'instruments à cordes; nous voyons à droite quatre femmes qui jouent des cymbales. Il est clair que ce dernier détail a un sens symbolique; car le bruit assourdissant des instruments de musique ne s'accorde nullement avec le silence qu'exige le discours du prince. L'homme qui se trouve sur l'arrière-plan à gauche du palais, porte dans un bandeau , attaché autour du corps , et embrasse des deux mains un objet dont nous n'osons préciser la nature; peut-être est-ce un instrument de musique; dans ce cas il faudrait y voir une espèce de cornemuse; mais nous ne sachons pas que les Indiens aient jamais connu cet instrument-là.
— 7. Dix hommes de condition , assis à l'ombre d'un arbre symbolique, écoutent respectueusement le discours que leur tient le roi du précédent bas-relief.
La paroi antérieure de la face occidentale ne nous a pas conservé d'autres tableaux; mais en poursuivant notre tournée le long de la paroi septentrionale , nous trouvons encore sept tableaux qui se suivent sans intervalles , immédiatement au delà de la pc^te. Ce sont les n^ 8 à 14.
— 8. Treize personnages de condition, assis sous un arbre symbolique , portant des offrandes et des dons qu'ils destinent aux deux Bouddhas du bas-relief suivant.
PI. GGGXGI. 9. Deux Bouddhas (ou deux Bhikshous) assis sur des coussins de lotus, ayant la petite auréole derrière la tfrtei tandis qu'une auréole plus grande forme le fond de tout leur corps; ils se distinguent les uns des autres par la manière
dont ils tiennent la main droite , et reçoivent les hommages et les offrandes de plusieurs hommes de condition assis des deux cdtés. PI. GGGXGI. 10. Dix personnages de condition; les cinq qui se trouvent au côté droit du bas-relief font sans doute partie du précédent tableau. Il n'est pas aussi facile de nous expliquer ce que font ici les cinq autres hommes, ceux que nous montre la partie gauche du bas-relief En comparant leur attitude avec celle des hommes que nous rencontrons sur la première moitié du tableau suivant, n^ 11, nous inclinerions à penser que le dessinateur ne nous a pas indiqué la disposition exacte des basreliefs, planche XIV; à moins que l'architecte ou le sculpteur n'ait commis ici lui-même une erreur. Nous dirions en effet qu'il manque un bas-relief plus large entre 10 et 11 , et que ce tableau-là aurait dû nous montrer la scène à laquelle se rapporte l'attitude des hommes de la seconde moitié du n^. 10 et de la première moitié du n^. 11.
— 11. Encore une réunion d'hommes assis à l'ombre d'an arbre symbolique; les six qui se tiennent à droite avec leurs ofiVandes se trouvent en rapport avec une scène précédente, tandis que les six autres font partie de la suite que nous montre le bas-relief suivant.
— 13. Un saint prince reçoit les hommages et les cadeaux de quelques personnes: c'est à droite un Brahmane de condition et sa suite ; à gauche une foule agenouillée , composée de personnes qui semblent s'être élevées déjà à un haut degré de connaissance Bouddhiste, à en juger par les branches de fleurs que deux d'entre elles tiennent à la main.
PI. GGGXGII. 13. Ge tableau se rattache en partie au précédent. Les six personnages que la partie droite du tableau nous montre assis sous l'arbre symbolique, font partie du groupe par lequel se termine le dernier bas-relief Les six autres appartiennent à la suite que représente le bas-relief suivant. Ici encore nous inclinerions à admettre une erreur dans l'ordre que le dessinateur a suivi dans la reproduction des tableaux, en mettait ie bas-relief 11 à la place de 13. Il nous semble, en effet, qu'en mettant ce dernier tableau avant le n®. 12, nous trouve-
rons plus de rapport entre les différentes images; alors le soldat ou le Brahmane de condition avec sa moustache , que nous représente le no. là, aurait près de lui, dans le même groupe, un autre homme, que distingue également une longue moustache, et ferait ainsi partie de la suite d'un grand personnage, qui porte le même signe distinctif. Les personnages du n^. li , qui portent des cadeaux et qui se sont agenouillés sur le sol, figurent au contraire beaucoup mieux avec leurs drapeaux flottants à là suite de ceux du n**. 12.
PI. GGGXGII. 14. La scène représente une forêt garnie de fragments de rocher; ces objets, de même que les arbres, ne sont cependant visibles qu'en partie; d'où il faut conclure que l'artiste n'a voulu nous en montrer que le sommet. Au-dessus de cette forêt nous voyons à gauche le disque du soleil , à droite le croissant de la lune ; entre ces deux corps célestes on distingue sept globes ou disques plus petits, représentant apparemment des étoiles. Le bord inférieur des deux grands luminaires est entouré de flammes. Quantité de fleurs sont tombées dans la partie concave du croissant; d'autres fleurs flottent dans l'air à gauche du soleil, au-dessus de trois personnages de condition , que nous voyons assis dans une attitude respectueuse. Le côté opposé du tableau nous montre un prince qui a l'air d'adresser la parole à sa suite, armée en partie et assise derrière luj; Téléphant du prince se trouve auprès de la suite.
Ecoutons l'interprétation que M. Wilsen donne de ce bas-relief et des n^ 1 et 3 , sur lesquels nous avons promis de revenir ; ici encore il faut rendre hommage à la sagacité et l'imagination vive de cet artiste.
.Le bas-relief n^. 1 représente, selon lui, un des déluges qui, d'après la doctrine des Bouddhistes, doivent couvrir le monde à de .certaines époques. Les disciples vertueux de la doctrine du Bouddha n'ont rien à craindre ici ; le déluge ne les atteindra pas. Aussi le saint prince et sa suite, de même que les Bhikshous que nous voyons assis au premier plan à gauche (et que M. Wilsen suppose être en voyage) , n'ont pas plus à s'inquiéter du déluge qui approche que les deux prêtres assis sur la hauteur
près de l'édifice que M. Wilsen prend pour un couvent ou un Vihâra. Par contre , Thomme qui s'adonne avec ses deux femmes aux plaisirs de la vie, l'étourdi, le mondain, est en grand danger de périr dans les habitations qui s'élèvent sur les bords de l'eau. D'autres encore se voient menacés de la même catastrophe ; ce sont les habitants insouciants do la terre , qui à la dernière heure, trop tard peut-être, se cramponnent au géant qui représente ici la foi.
Pour trouver le sens du n^. 4, M. Wilsen nous renvoi^ à un tableau de la paroi antérieure de la seconde galerie , PI. GGXI. A. 291 ') , où nous voyons un éléphant et un cheval , qui passent rapidement à travers les airs. M. Wilsen pense que là le cheval représente Viçnou dans sa dixième incarnation, celle qui doit encore venir et où il portera le nom de Kaiki. Mais ici, sur la cinquième galerie, le cheval n'est plus Viçnou qui va apporter le salut et la délivrance à la génération actuelle et qui va créer une nouvelle période de bonheur; ici le cheval représente la parole divine, la doctrine du Bouddha, la planche de salut des malheureux, qui leur permet, lors même que les vagues menaçantes approchent déjà, de s'élever à un ciel Bouddhiste supérieur et d'échapper à la ruine générale. Celui qui est assis le plus près des étriers, représente le vrai croyant, qui a la force d'attirer à lui les autres hommes moins développés ou moins avancés dans le chemin de la connaissance et de la foi , et de les enlever avec lui vers le ciel supérieur. Le cheval est ainsi pour les Brahmanes le Viçnoa qui sauve, pour les Bouddhistes le Bouddha sauveur.
M. Wilsen voit dans le tableau du dernier bas-relief, n^. U, ime allégorie Bouddhiste d'un genre tout particulier. Les rochers et les arbres représentent selon lui la terre , qui se trouve cependant dans les profondeurs et à quelque distance du théâtre même de l'action; aussi ne voit-on plus que les cimes des rochers et des arbres. Plus haut, mais à une distance égale à celle de la terre, se trouvent le soleil, la lune et sept étoiles, la Pléiade,
I) Voyez, plus haut, page 359.
objets des spéculations d'un prince et de sa suite, qu^on voit occuper ici l'espace entre la terre et les corps célestes, plus spécialement la sphère où se trouvent les différents cieux des Bouddhistes. Le prince et les autres personnages de condition représentent ainsi les hommes qui ont triomphé de la terre et des choses terrestres, qui se sont détachés de la matière et des choses matérielles, pour s'élever à un ciel supérieur.
Nous accordons volontiers, que dans cette interprétation allégorique des trois tableaux il y a beaucoup qui nous sourit à plusieurs égards, et que l'idée générale se recommande en effet sous plus d'un rapport; mais nous n'osons admettre ici tous les points de détail. Nous avons surtout quelque peine à admettre l'interprétation que M. Wilsen nous donne du cheval , aussi longtemps qu'elle ne s'appuie pas sur des rapports écrits ou sur des traditions authentiques. Nous avons plus de peine encore à suivre l'honorable artiste, lorsqu'il va plus loin et qu'il caractérise le sujet général des tableaux qui occupent les parois antérieures des deux dernières galeries, en leur donnant pour titre: ffh puissance de la foi". Il nous semble trop téméraire de prendre trois tableaux sur les trente-huit qui nous sont restés d'un nombre de trois cent quatre , et de se fonder sur ces trois bas-reliefs pour conclure à l'idée générale de tous. Nous disposons de trop peu de données pour oser souscrire à celte conclusion.