‹ Bôrô-Boudour dans l'ile de JavaChapitre 18 sur 33 · ÉDIFICES SACRÉS SUR LE CONTINENT ET A JAVA · texte numérisé non relu

ÉDIFICES SACRÉS SUR LE CONTINENT ET A JAVA

La description détaillée que nous avons donnée dans les chapitres précédents de l'édifîce en général et de ses parties pourrait sufBre au fond pour fixer notre opinion sur le caractère de Bôrô-Boudour et sur le but spécial qui en a dicté la construction. L'examen des bas-reliefs rend surtout la chose assez claire. Nous ne croyons pas cependant qu'il soit superflu d'examiner encore ultérieurement ce point important, et nous demandons à jeter en passant un coup d'oeil sur quelques autres édifices antiques du même genre, tant du continent de Tlnde que de Tîle de Java elle-même.

Après la mort du Bouddha et après que son corps eut été brûlé solennellement, on fit huit parties des cendres et des autres restes du maître, qu'on distribua parmi un nombre égal de villes ou de personnes qui pouvaient prétendre le plus à l'honneur de pos-

séder ces trésors'). I^jBs traditions postérieures racontent qu'Âçôka, ou Piyada3i , roi de Magbada , qui a joué un si grand rôle dans les premiers siècles de Thistoire du Bouddhisme, et qui a tant contribué à propager la doctrine du Bouddha, fit rouvrir sept endroits sur les huit dans lesquels ou conservait les restes sacrés, plus de deux siècles après le piort du maître. On organisa alors un nouveau partage; les rester furent déposés dans 84000 vases ou bottes, faites d'or, d'argent, de cristal et de pierre d*azur, qu'on envoya ensuite à différentes villes du pays, où chaque vase fut enseveli sous une espèce dq tertre, ou Stoûpa. Les ordres du roi furent proclamés en outre dans chaque ville, immortalisés peutêtre par des insioriptions , tandis qu'on fit construire un cloître ou une Vihâra dans le voisinage de chacun de ces Stoûpas. Açôka fonda encore des Tcbâityas dans tous les endroits où le grand prophète avait vécu et travaillé ^). Voilà la tradition. Nous n'aborderons pas la question de savoir jusqu'à quel point elle a ajouté ici des légepdes à l'histoire; même en dehors de cette question il se comprend facilement, que le respect qu'on vouait aux cendres et à la mémoire du Bouddha ait dû faire passer bientôt la fondation de monuments et d'édifices sacrés pour une oeuvre pieuse et méritoire ; il devait en résulter une augmentation considérable du nombre des reliques, et par conséquent des Stoûpas et des Tcbâityas. Ce nombre dut augmenter encore, lorsqu'on commença à rendre les mêmes honneurs aux restes de ses principaux disciples et aux cendres de princes qui avaient rendu , plus que les autres , des services importants au Bouddhisme '). Nous ne sommes donc nullement surpris d'apprendre que les Stoûpas Bouddhistes ont été très nombreux dans l'Inde, qu'on en trouvait autrefois partout dans le pays, et qu'on en trouve toujours encore un très grand nombre ^).

1) Voyez Barthélémy St-Hilaire, Du BouddMsmt p. 81.|; Lassen IndÎMche Allerthunukunde II page 79; et plus haut, page 174.

S) Lassen, Indische Altertkumêkunde II p. 266.

8) Weber, AhademtBche Vorlesungen ûber Indtsche JUieratur etc. 1852. p. 206. Baroonf : Introduction etc. p. 349 sniv.

4) On distingne trois espèces d^édifices sacrés chez les Bouddhistes: I^Des Stoûpas, S® des Tdiâityas et S* des Vihftras. La différence entre les Stoûpas et les Tchàityas

Clément d'Alexandrie , qui a puisé probablement ces détails dans les écrits de Mégasthène, lesquels ne s'étaient pas encore perdus à cette époque, renferme la plus ancienne donnée concerDaot ces monuments; il les désigne sous le nom de pyramides, et y voit des monuments bâtis au-dessus des ossements d'un saint, objets de culte pour les Semnoi (il entend sans doute ici les Çramanas ou les Bouddhistes '). En considérant que Mégasthène a visité l'Inde environ trente ans après la mort d'Alexandre, et qu'il a étendu son voyage jusqu'à Patalipouttra, où se trouvait la cour du roi Tchandragoupta, le maître du puissant empire Bouddhiste de Maghada, il faudrait en conclure que les Topas ou les Stoûpas construits dans la forme de pyramides, laquelle était déjà une modification importante de la forme primitive , remontent au commencement du troisième siècle avant notre ère. Fa Hian, le fameux voyageur chinois, vit sept ans plus tard, au commencement du cinquième siècle de notre ère , une quantité de ces monuments; et les recherches de plusieurs savants de nos jours, qui ont ouvert les anciens Topas ou qui ont visité et décrit les Dagohs, dans les endroits où ces monuments sont encore un objet de culte, suffisent pour prouver que les Bouddhistes sont restés fldèles aux institutions de leurs pères pendant une série ininterrompue de siècles, et qu'ils n'ont introduit dans

n*68t pas trèfl nette on très facile li saisir. D*aprè8 Bnrnonf, Introduction à rhistoire du Bouddhisme, on applique les deux noms au même genre d^édifices; il n^ aurait que ce seul point de différence, que Stoûpa désignerait plutôt le Topa ou le tertre, le monument funéraire, le mausolée, considéré au point de vue des matâîanx et de la forme. Tchftitya serait au contraire le Topa considéré comme édifice sacré k cause de son contenu. Chaque Stoûpa qui contient, soit les cendres ou d'^antres restes du Bouddha , soit un objet dont il s^est servi , ou seulement la mémoire d^nn endroit que sa présence avait illustré autrefois, devient par cela seul un Tchftitya on tertre sacré; mais on n^a pas le droit d^appeler chaque Tch&itva un Stoûpiu C*est ainsi que le nom de Tch&itya peut être accordé & un édifice dans lequel se trouve une image du Bouddha, ou même h. un arbre qui se distingue par un insigne sacré de ce genre; mais on ne saurait le designer sous le nom de Stoûpa. Dans le Pégou, dans TA va, dans Tile de Ce^lan et ailleurs Dagob est le nom qui s^accorde assez avec celui de Stoûpa; mais le sens de Dngob est plus large; Dajçob est un édifice qui a la forme d^n Stoûpa et qui est souvent richement orné. Consultes sur les Stoûpas, Cari Ritter, J)ie Stupas (Topes) Berlin. 1838.

1) Voyez Clem. Alex. Stromaia I. S .(Pott.) p. 539. Barthélémy St.-Hilaire Du Bouddh, pp. 26, 27. '

ces usages que les modifications que la différence des âges et de la nationalité ont rendues nécessaires. On n'a pas du tout trouvé de restes humains dans plusieurs Topas en Afghanistan; d'où il ûiut conclure que ces Topas étaient devenus des espèces de cénotaphes, dont la fondation passait pour une oeuvre méritoire, sans qu'il fût nécessaire de les élever à un endroit donné ou d'en eouvrir des restes sacrés. Gomme ces dernières conditions n'étaient pas indispensables, cette oeuvre de dévotion se trouvait donc plus à la portée de tout le monde. Il va sans dire que plusieurs saisissaient avec empressement ce moyen de prouver leur zèle religieux; leur exemple dut trouver des imitateurs, et comme les prêtres avaient sans doute de l'intérêt à encourager ces bonnes dispositions, il en résulta un nouveau motif d'augmenter le nombre des monuments consacrés au Bouddha.

Les Dagobs, car voilà le terme dont nous allons nous servir dans la suite pour désigner les sanctuaires Bouddhistes que nous avons en vue, étaient complètement fermés et massifs, ou bien contenaient à l'intérieur un compartiment de dimension différente. Cet espace vide, fermé dans quelques Dagobs par de la maçonnerie ou par d'autres moyens, était alors complètement inaccessible, tandis que sur d'autres des portes ouvraient l'accès à ce compartiment intérieur.

Un autre point de différence concerne la forme et les ornements , rétendue de l'édifice principal, ou le nombre des constructions accessoires et l'emplacement qu'occupait le Dagob. Quelques-uns se trouvaient tout à fait isolés en plein air, d'autres occupaient l'intérieur d'un temple, construit dans ce but spécial et taillé le plus souvent dans la roche. Il n'est pas difficile de ramener toutes les formes, même celles qui ont subi le plus de modifications et qui se sont écartées ainsi le plus de l'original , de la forme primitive, c'est-à-dire du tertre ou du Topa, comme disent les naturels du pays. Cette forme là se présente encore avec deux nuances, selon qu'elle se rapproche le plus d'un hémisphère ou d'un cône. Le cône établit la transition à la forme pyramidale, ^hémisphère à celle de la coupole ou de la cloche. Nous allons énumérer brièvement quelques-uns des principaux Dagobs du con-

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continent de Tlnde et de i'tle de Geylan, pour examiner ensuite lequel d'entre tous ces édifices offi*e le plus d'analogie avec Bôr6* Boudour. Nous voulons procéder par ordre chronologique, c'est-àdire que nous allons suivre la marche qu'a suivie l'histoire de la propagande Bouddhiste; nous commençons ainsi par l'Hindostân proprement dit, où la doctrine du Bouddha a été violemment persécutée au cinquième siècle de notre ère, et où elle a été presqu'entièrement exterminée à cette époque. On comprend que les édifices religieux aient dû tomber en ruines en grande partie dans le cours des siècles, surtout lorsqu'ils étaient petits et qua la solidité de la construction laissait à désirer, d'où il résulte que, pour se faire une idée de leur état primitif, il faut s'adresser souvent à des restes passablement détruits ou endommagés. Ceci s'applique spécialement aux Stoûpas et aux Dagobs isolés , qui n'ont pas trouvé d'abri dans un temple taillé dan^ la roche.

 Manikyala, dans le Pendjab, se trouve un édifice qui s'élève à une hauteur de 21 M. et que sa forme d'hémisphère range bien évidemment dans cette catégorie; cet édifice n'a pas d'ouverture qui puisse servir d'entrée , et ne présente pas à l'intérieur un espace vide. Il en est un autre, non loin de Bénarès, dont la partie supérieure s'est effondrée , mais cet édifice présente aussi le même caractère. La partie inférieure s'élevait perpendiculairement au-dessus du sol, la moitié supérieure se rétrécissait peu à peu et se terminait par une coupole ').

Ce Dagob encore ne renfermait pas de compartiment intérieur. Dans l'Inde centrale Guningham a ouvert, près de Sanki, les Stoûpas de Bbilsa, qu'on compté parmi les plus anciens de l'Inde. Ils étaient de grandeur différente; un d'eux avait un diamètre de 33,3 M. '), tandis que le plus petit, celui des environs de Bhogpour, mesurait seulement 1,88 M. Le premier avait quatre entrées et appartenait ainsi à la catégorie de ceux

1) Von Hamboldt, Ueher die Kawispraehe, page. 160.

2) D^autres données indiquent 37,7 snr nne haatenr de 17,6 M. La base est entonrëe d^nn mnr d'^enceinte très élevé, dans lequel on a ménagé, à des distances égales, quatre portes avec des portails. Voyes Kngler, Handbuch der Kunstgeêchichêe, fie Avflage 1861. Vol. T, pages 272, 273.

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qui avaient un vide à Tintérieur et que Tusage destinait ainsi à garder des cendres ou d'autres reliques; Tintérieur des Stoûpas de cette catégorie était quelquefois accessible *).

Les Dagobs qui se trouvaient abrités par les temples taillés dans la roche, ont été mieux conservés. Le temple de Karli, qui se trouve sur la route entre Bombay et Pouna, se compose de plusieurs halles longues et larges.

La plus grande de ces halles , longue de 39,6 M. et large de 20,1 , présente deux rangées de colonnes, qui la divisent ainsi en trois espaces formant, pour ainsi dire, une grande nef avec deux bas-côtés. La voûte qui la couvre se termine au fond en un hémisphère. C'est là que se trouve le Dagob colossal, qui a la forme d'un cylindre et dont la partie supérieure se termine dans une coupole. Au-dessus de cette coupole se trouve, au milieu, uqe petite pyramide renversée, au-dessus de laquelle s'élève une autre toiture en forme de dôme, comme un parasol ou payong ouvert '). Il se trouve un Dagob dans le temple taillé dans le roc, non loin de Bang, sur la route de Guscrat à Malwa; la partie inférieure de ce Dagob n'a pas la forme d'un cylindre, mais présente six faces, tandis que le grand toit en forme de dôme s'élève sans ornements environ jusqu'à la voûte ').

Nous n'osons nous prononcer sur la question de savoir si les ruines importantes connues sous le nom de Bouddha-Gayâ ont jamais renfermé un édifice ressemblant de près ou de loin à un Dagob. RafQes ^), et après lui von Humboldt ') , croient retrouver dans ces ruines une foule de points de rapport avec Bôrô- Boudour. Mais il ne paraît pas que cette analogie s'étende à la présence de Dagobs , pour autant que nous pouvons juger de ces éditices par la description de Buchanan' Hamilton ®). Les ruines

1) Miy. A.Cnningham, Opening of thê topes or BuddkUt monuments of Central India, Journal of the R, A. S, XIII. p. 108; LMsen, 1. c IL s. 1175.

2) Valentis, Voyages and travels to India, Ceylon etc. Vol. II pages 148 et suiv. PU. 27, 28.

3) Von Humboldt, Kawisprache I. p. 174.

4) Baffles, History of Java II p. 62.

6) Von Humboldt, Kawisprache I. p. 174.

6) F. Bnehanan Hamilton , Description of the ruins of Buddha (raya, TVansaction» of the R, As, S 0f Qreat Brittain and Ireland, Il p. 40. saiv.

se composent de deux groupes, situés, Tun vers le nord, l'autre vers le sud. Le plus grand de ces deux groupes, celui qu'on désigne actuellement encore sous le nom de Râdjaslân ou de palais, était entouré de remparts et de fossés. Le plus petit de ces deux groupes renfermait des édifices sacrés, parmi lesquels a été conservé le plus important, appelé le Mandir. Ce Mandir, comme tous les autres bâtiments de Bouddha-Gayâ qui nous sont restés, a été construit avec des briques plâtrées au dehors. L'ensemble a la /orme d*une pyramide tronquée ayant quatre faces égales, divisée en trois étages superposés, qui contiennent chacun une chambre. Autour du second étage circule, le long de trois faces, une terrasse ou une galerie, vers laquelle on monte par deux escaliers qui se trouvent au rez-de-chaussée, des deux côtés de Tentrée. Hamilton parle encore d'un certain nombre de pierres, qui avaient la forme de ruches d'abeilles avec des images du Bouddha; c'est sur ces objets que von Humboldtse fonde également pour trouver un rapport d'analogie entre ces ornements-là et les niches ou les cloches de Bôrô-Boudour. Cependant le nom qu' Hamilton prèle à ces objets s'accorde assez mal avec la description qu'il en donne. Il les désigne comme des blocs de pierre carrés, ornés sur chacune des quatre faces d'une image de Bouddha, et présentant au-dessus une //cavité destinée à y brûler de l'encens". Tout cela s'écarte évidemment de la forme des bâtiments à cloche ou à niche de Bôrô-Boudour. Peut-être Hamilton a-t-il pu trouver un point de comparaison dans les terrasses; mais ce n'est là encore qu'une analogie très imparfaite, car il y a une différence énorme dans la manière dont les terrasses ont été construites; enfin, les trois compartiments «ou étages superposés et accessibles du dehors suffisent pleinement pour nous faire nier toute [espèce de rapport entre les ruines de Bouddha-Gayâ et le monument de Bôrô-Boudour. Nous ne parlons pas même de l'hypothèse parfaitement inadmissible de Raffles, partagée par von Humboldt, d'après laquelle il faudrait attribuer la construction [des deux édifices au même peuple, peut-être aux mêmes artistes.

Hodgson ') nous parle des Stoûpas du pays du Népal , et leur donne la forme hémisphérique ou celle de la coupole , pour ce qui concerne la principale partie de la construction; cette forme, très simple et très nette à l'origine, a failli disparaître plus tard sQus l'abondance et la richesse des ornements; mais il est toujours possible de la retrouver, comme étant la forme première. On voit d'ordinaire un cône ayant une base carrée s'élever audessus de la coupole; ce cône, divisé en treize étages, qui se rétrécissent à mesure qu'ils s'élèvent, porte le nom de Tchoura ou Tchoura-mouni , et se rapporte , d'après quelques-uns , aux treize cieux ou mondes des Bodhisattvas ').

Au pied de l'édifice en forme de coupole se trouvent régulièrement les images des Dhyâni-Bouddhas '). Plus tard cependant on s'est écarté de la simplicité primitive et l'on a adopté des formes plus compliquées, comme cela résulte d'un dessin que nous fournit Hodgson *) , et qui représente un temple , qu'il distingue plus spécialement par le nom de //Tchâilya composé." Il semble d'ailleurs, que quelques-uns des Stoûpas ou Dagobs du Népal ont été creux et accessibles à l'intérieur; celui que Hodgson nous présente PI. III a une porte à deux ballants. Ge qui est aussi très remarquable, c'est que ceux d'entre les édifices à coupole du Népal qu'on trouve le plus souvent et qui appartiennent au genre simple, s'accordent d'une manière frappante avec une foule de cloches en terre cuite rouge, de la grandeur d'une sonnette de table, qu'on a déterrées dans les environs d'un vieux temple Bouddhiste de Yarnath , près de Bénarès, non loin de Gayâ ^).

Ges objets ont presque tous la forme des Dagobs ornés du Tchoura-mouni que nous venons de décrire, sauf une légèce modification de la partie supérieure chez quelques-uns.

l) B. H. Hodgson'B Sketch of Buddkism, Transact. of the R. As. Soc. of Or. Br. and Irel II. 248.

S) Hodgson, 1. c. pi. III.

9) Hodgson, 1. c pL II p. 857.

4) Hodgson^ 1. c. pi. Y.

5) Sykes, On the miniature Chaityat and inêcriptions of thê Bouddhist religiouê dogma, found in the temple oj lamath near Benarea. Journal of the R* A»^ Soc, Vol. XVI PI. L p. 87, BUÎY.

M. le lieutenant Sykes les désigne comme les reproductions en petit des grands Topas que Fa Hiou et Hiouen Thsang ont vus et décrits, et des Stoûpas qu'on trouve encore actuellement à Ragoun, près de Malwa, et dans le Pégou.

Dans rtle de Geyion nous retrouvons de nouveau l'ancienne forme de l'hémisphère ou de la coupole ') ; mais ici , tout comme dans THindostân nous voyons souvent la coupole des Dagobs que Ton trouve dans les temples taillés dans le roc, soutenue par un grand cylindre massif '). La coupole y prend quelquefois la forme d'une cloche, comme nous le montre un dessin conservé par Davy ') ; et lorsqu'on nous ouvre l'intérieur du fameux sanctuaire à Gandy, qui renferme la dent célèbre du Bouddha, nous y voyons la précieuse relique cachée sous sept cloches placées les unes par-dessus les autres *). Un des plus fameux parmi les temples qui ont été taillés dans le roc, celai de Damboulou ^), se compose de trois nefs; deux de ces nefs renferment des Dagohs, dont la forme concorde avec celui de Karli, que nous avons décrit plus haut. Près des temples qui n'ont pas été taillés dans le roc se trouve d'ordinaire un Dagob, isolé il est vrai , mais placé en dedans de Tenceinte que forment les bâtiments accessoires du temple. Un très grand Dagob près Dunder-Head repose sur une terrasse ronde de 50,2 M. en circonférence; ce dernier porte, tout comme les Dagobs du Népal, une flèche en forme de cône sur un piédestal carré. Une porte et un escalier conduisent à la terrasse et à la coupole '}. A Galané, npn loin de Golumbo, se trouve un Dagob plus élevé encore qui a peut-être 19 M. de haut, et qui a aussi en dessus la forme d'une coupole. L'intérieur consiste en une masse de terre solide, revêtue au dehors d'un mur assez

l'^, Upham Hiiiory and doctrine o/ Buddkitm. p. 19.

2) Von Hnmboldt, Kaynspraehe p. 146.

3) Davy, Account of the interior of Ceylon 258. fig. 5.

4) Van Rhijn , Reis door den Indischen archipel ( Voyage dans- C Archipel Indien,) p. 637; Sir J. Emerson Tennent, Ceylon, an account of the leland &c«

5) Davy, Account of the interior of Ceylon, p. 466 et suit.

6) Vove/. von Hnmholdt, Kawisprache, p. 150, et les aatears cités par lui kreodroît indiqué.

mince en maçonnerie '). Si ce Dagob a renfermé en effet des reliques ou d'autres objets de cuite, il faut admettre qu'ils aient été cachés probablement sous le sol. Nous savons du reste qu'on plaçait aussi les reliques dans le Dagob et non pas toujours au desaous; Toiià du moins ce que nous apprend la description du eérémoniel avec lequel on fermait lés sanctuaires de ce genre , description que M. Upham a tirée du Mahavansi, un des livres sacrés du Bouddhisme à Geylan. Lorsque tout avait été bien préparé, on convoquait le peuple pour adorer les reliques sacrées, qu'on tenait renfermées dans un vase richement orné, et pour assister à la cérémonie, lorsque les reliques seraient déposées dans l'enceinte qui devait les recevoir. On fermait alors Touvertuto de cette enceinte par une large pierre, et on la fermait si bien qu'il était impossible, comme le déclare expressément le Mahavansi^ de faire entrer un cheveu dans les jointures '). Les Dagobs de l'Inde au-delà du Gange se distinguent tous par leur forme pyramidale; ce sont des Dagobs isolés, placés au milieu des petits temples et des petites chapelles qu'on a construits tout autour, et occupant ainsi la place du sanctuaire proprement dit. On trouve aussi quelquefois sous les Dagobs des appartements voûtés , qui renferment alors la principale statue du Bouddha. Le temple Thapin-nyou, fondé, entre la fln du onzième et le milieu du douzième siècle , dans la ville de Pougan , qui fut détruite en 1356^ possédait un Dagob massif en forme de cône ou de pyramide, placé sur un soubassement carré, qui avait des deux côtés une aile également carrée; ces ailes soutenaient les images de Gaoutama (le Bouddha des Siamois '). Dans le pays des Birmans et à Ava les Dagobs consistent en une masse solide de maçonnerie , qui s'élève d'ordinaire sur une terrasse très large et très haute. Il doit y en avoir qui arrivent à une hauteur de 94f à 157 mètres. Sur le sommet s'élève une espèce de parasol déployé, composé d'un treillage de barres de fer, auquel ont été suspendues des cloches. Souvent ces grands Dag(As sont

1) Voyes Ton Hnmboldt, 1. c

S) Upham Mahavanri I. p. 159, 193.

3) Von Hnmboldt, Kawispraehe, p. 149.

entourés d'une série de Dagobs plus petits '). Le grand Dagob Ghoumadou dans le Pégou s'élève sur deux terrasses, qui ont la forme d'un carré oblong, et qui s'élèvent ensemble à une hauteur de 9,4 M. Des escaliers de pierre conduisent à la terrasse supérieure et au Dagob, qui est ici encore le sanctuaire proprement dit. Ce Dagob consiste en une pyramide massive à huit faces, dont chacune a une largeur de 50,87; la pyramide atteint en tout une hauteur de 104 mètres. La partie inférieure se compose d'un certain nombre, treize à ce qu'il paraît, d'articulations, qui rentrent l'une sur l'autre en forme de gradins ; suivent alors quelques articulations circulaires qui rentrent également à mesure qu'elles s'élèvent; de telle sorte que par cette superposition , la forme du monument se change d'une pyramide octogone en celle d'un cône. Le couronnement de l'édifice se compose d'abord de quelques ornements d'architecture, ensuite du parasol tressé, si du moins il est permis de désigner sous ce nom l'objet qui paraît être indispensable au sommet des Dagobs dans les Indes au-delà du Gange. Deux terrasses font le tour de Tédifiee central, tandis qu'il s'élève sur l'une et sur l'autre une cinquantaine de petites tourelles coniques, qui ont une hauteur de 8,4f8 M. et une circonférence de lâ,56 M. *).

Le Ghoudagon , près de Rangoun , qu'il faut considérer en tous .points comme le plus remarquable des édifices d'Ava, ressemble assez à celui que nous venons de décrire , sauf qu'il est plus richement orné. Il a huit faces en dessous, et présente en dessus la forme d'un cône. Plusieurs rois ont considérablement augmenté le volume du Dagob , en augmentant sans cesse le nombre des revêtements en maçonnerie. On a supposé à tort qu'il se trouvait un grand compartiment rempU de trésors à l'intérieur de cette maçonnerie massive. Le chemin qui conduit de la ville au temple est garni des deux côtés d'un grand nombre de tourelles en forme de cônes , dont les niches renferment des statues du Bouddha.

1) T. Baehansn HamiltOD, On the religion and the literature of the Purmas, dans le» Aêiatic Reèearcheê VI. 293. *

2) Von Hamboldt, Kawispraehe p. 151. suiv.

En Siam les principaux ornements des temples sont les constructions coniques qui les entourent; Tinclinaison de la ligne extérieure de ces édifices est assez insignifiante, on peut donc à quelques égards les considérer comme se terminant en forme de coupole. La coupole d'un grand nombre d'entre eux est surmontée de flèches de métal assez élevées et très minces. D y en aussi parmi ces édifices à coupole dont le diamètre varie quatre ou cinq fois par suite de saillies et rentrées alternatives, sans que toutefois la forme générale du cône en souffre >). M. Tenlayson ') donne une description des Dagobs de Siam , qu'on désigne dans ce pays par le nom de Pra-tchâ-di ; il en parle comme de bâtiments grands, solides, massifs, sans ouverture, et placés le plus souvent dans le voisinage d'un temple. Le Pra-tchâ-di ou Dagob n'est pas en lui-même un objet ou un lieu de culte; il le devient parce qu'on le considère comme un mausolée ou un monument consacré à la mémoire de Gaoudama, ou du Bouddha, et parce qu'il contient d'ordinaire l'une ou l'autre relique du mattre. Le principal Dagob de Bangkok, haut en tout de 78,5 M. se compose, pour la moitié inférieure, d'une série de douze terrasses, qui rentrent Tune sur l'autre et sur lesquelles s'élève l'autre moitié; celle-ci a la forme d'une tour ronde bombée. Sur le sommet de la tour repose un grand globe de verre. On trouve d'ordinaire des bâtiments de ce genre auprès de tous les temples; la base sur laquelle ils s'élèvent a le plus souvent douze faces, quelquefois elle en a dix-huit.

Il est du plus grand intérêt pour la question qui nous occupe dans ce moment d'examiner le beau temple d'Angcor, sur les bords du Grand Lac en Gamboge, que les voyageurs nous vantent comme la Saint-Pierre ou la Notre-dame du Bouddhisme, et qui mérite ce nom tant k cause de l'ensemble qu'à cause des détails ').

i) Von Humboldt. 1. e.

2) Tenlayson, Bombay Tranêoct, T. 1 p. 37 raiv. Voyez enoore lar le temple de Bangkok J)e zending van G, Tenlayson naar Siam en naar Hue (Mission de G. Tenlayson k Siam et h Hue). Dordiecht 1827. Vol. II. p. 35.

3) On troare de belles reproductions de ce temple dans C Illustration , Samedi 8 Cet. 1868. p. 215, et snrtont dans Le tour du monde 1870, livraisons 543 et 549, article de Francis Gamier.

Nou8 concluons de ce qui précède qu'on peut ramener les différentes formes des Dagobs à un seul et même type; que ce type a été le plus fidèlement conservé dans Tlnde proprement dite, dans le Népal et à Geyian; qu'enfin ce type se retrouve aussi dans la principale partie de Bôrô-Boudour , notamment dans la grande coupole sur la terrasse supérieure et dans les coupoles plus petites de chacune des trois terrasses supérieures , ainsi que dans les coupoles qui ornent les murs d'enceinte. Ce qui rend l'analogie encore plus complète, c'est le cdne qui s'élève sur son piédestal carré et qui ne manque pas sur une seule de ces coupoles. Cependant, si nous voulons comparer l'ensemble de Bôrô- Boudour avec les Dàgobs que nous venons de décrire, nous arrivons involontairement à comparer notre temple aux Pratchâdis ou Dagobs de Tlnde au delà du Gange. Les points de rapport sont trop évidents: ce sont les différentes terrasses à plusieurs faces et les galeries qui reculent en montant, les terrasses rondes qui reculent également en s'élevant les unes audessus des autres, et enfin la grande coupole; tout cela fait que le monument, vu à quelque distance, fait l'effet d'une pyramide qui se termine en dessus dans un cône. On aurait pu trouver encore des points d'analogie dans les nombreuses coupoles, garnies de statues de Bouddha, qui s'élèvent sur les terrasses rondes, et dans les bâtiments à niche avec leurs images de Bouddha qui occupent les murs d'enceinte. Il y a en effet une forte analogie entre ces bâtiments et les petits bâtiments isolés ayant la forme de tourelles, qui sont disposés, comme nous l'avons vu, en une double rangée autour du principal bâtiment de Siam. Tout cela ne nous empêche pas de trouver encore plus de rapport entre notre temple et les plus anciens types d'architecture de l'Inde en deçà du Gange et de Geyian; car Bôr6-Boudour se distingue avantageusement par son caractère plus grandiose et par ses lignes plus sévères des formes assez barroques que les ornements fantasques et sans goût ont données à plusieurs édifices Bouddhistes dans les empires de Tlndé au delà du Gange.

Voyons maintenant si nous pourrons trouver encore quelques

données utiles pour l'appréciation de BdrA-Boudour , en passant en revue les ruines d'anciens édiflces dont il se trouve encore un si grand nombre à Java même. Les matériaux d'un tel aperçu se trouvent dans les ouvrages de RafBes, Grawfurd, von Humboldt, spécialement aussi dans le grand ouvrage de Junghuhn, puis dans les Verhandelingen (Mémoires) et dans le Tijdschrift van het Bataviaasch Genootschap (Revue de la Société de Batavia), dans plusieurs autres Revues, notamment dans la Revue van Nederlandsch Indië (de VInde Néerlandaise)^ dans quelques Annuaires publiés à Java, dans les Reizen over Java, Madura en Bali de Van Hoevell (Voyages dans les îles de lava^ de Madura et de Bali), et surtout dans les Indiana publiés par feu M. le pasteur Brumund, dont les deux premiers volumes ont paru il y a déjà dix-huit ans, sans avoir été suivis d'autres Ces deux volumes nous fournissent une description exacte d'une série remarquable d'anciens édifices et d'anciennes sculptures. Malheureusement le savant et regretté auteur n'a pu remplir ses engagements envers le plubic, et n'a pu donner la suite de son intéressant travail, qui aurait dû contenir le reste de la description des antiquités Javanaises qu'il a visitées. Heureusement nous avons eu l'avantage de consulter ses notes écrites, et nous avons pu en recueillir quelques données générales qui nous ont paru indispensables pour l'objet que nous avons présentement en vue.

Nous pouvons ramener les anciennes constructions Javanaises à trois groupes : les palais , les aqueducs avec les étangs ou bains maçonnés (qui n'étaient peut-être le plus souvent que les appendices habituels des palais royaux, mais qui, construits peutêtre en partie séparés de ces palais, étaient destinés alors à l'usage du public) et les édiflces religieux. Bien qu'il y ait eu ainsi trois groupes, il n'est pas resté de ruines de palais proprement dits. Probablement ces palais n'avaient pas été assez solidement bâtis ou n'étaient pas d'assez grande étendue pour pouvoir résister suffisamment à la force destructive du temps, du climat et des guerres entre peuples et tribus. Si on les a fait de briques, de bambou ou de bois, ce qui n'est pas

improbable , il est clair que les matériaux eux-mêmes n'étaient pas de nature à en garantir la conservation. Il ne reste même à peu près rien des murs et dei^ portes qui entouraient et qui fermaient jadis les capitales de puissants empires ou de résidences priiicières. Quant à Tjandi Kalasou près de Prambanan , un édifice qui doit avoir eu une destination différente de celle des temples qui Tenvironnent , à en juger par son plan, par sa distribution 'et par ses ornements, il est possible qu'il faille y voir un bâtimeot public d'un autre genre, mais il n'y a pas assez d'espace pour qu'il ait été le palais d'un prince.

On a conservé dans plusieurs endroits les restes d'aqueducs et d'étangs. Ces étangs étaient construits souvent sur des ter^ rasses superposées; quelques-uns d'entre eux peuvent avoir servi de bains. Brumund , dans son ouvrage Indiana ') , donne une description fort intéressante d'un ancien établissement de batoe, Djoloh-tondo dans la Résidence de Sourabaja.

Les édifices religieux consistent en: des temples ou des liem de prière, taillés dans les rocs, ou pour mieux dire, des grattes naturelles qui ont été appropriées à cet usage ; des temples ou des groupes de temples de forme et de grandeur différentes; et des hauteurs en forme de terrasses destinées à être des lieux de culte, sur lesquelles s'élèvent souvent de petits temples ou des statues, érigées en plein air ou assez mal couvertes'. Ces constructions en forme de terrasses supportaient souvent des édifices sans compartiment vide à l'intérieur, ou du moins^ sans ouverture qui donnât accès à un tel compartiment, teôt comme nous l'avons vu à Bôrô-Boudour. Elles étaient donc exclusivement destinées à être des monuments religieux, à ré* veiller et à ranimer la piété des fidèles et à être les centres ée pèlerinages, qu'on entreprenait pour présenter ses hommages à la divinité dont ces lieux de culte devaient conserver la mémoire.

Ceux qui s'attendent à trouver dans l'île de Java des grottes servant de temples, dans le genre des magnifiques sanctuaires taillés dans la roche, que nous irésente le continent de l'Inde

1) Vol. II page 218.

ou rtle de Geyian, ceux-là se verront désappoiotés. Java ne nous offre, pour autant que nous pouvons en jug^er, que des grottes servant de chapelles ou méritant, tout au plus, d'être appelées des chambres. S'il y avait eu autrefois réellement des temples de ce genre , on en aurait certainement trouvé des débris , depuis que rtle a été parcourue et explorée dans tous les sens. On .pourra découvrir encore un grand nombre de chambres d'une dimension moyenne, taillées dans le roc du dans les parois de montagnes, ou des grottes naturelles arrangées et ornées dans un but religieux. Celles qu'on a découvertes jusqu'ici se trouvent dans les résidences de Bagelen et de Kédiri et sur le Mérapi. Le sanctuaire du Mérapi est situé près de la maison de campagne Kédaren; il a été taillé dans la paroi d'une montagne à une hauteur de plus de 12,5 M. et se conrpose de six chambres assez petites reliées entr'elles par des galeries très courtes. Brumund, qui a été le premier à mettre par écrit ce qu'il avait recueilli - sur ces chambres , a trouvé encore deux chambres , garnies de sculptures aux parois intérieures, dans la section Toulong Agong, résidence de Kediri, dans les montagnes de Wadjak. Ses annotations ne disent rien sur la forme , les dimensions et le contenu de ces appartements.

Nous possédons des descriptions plus étendues des autres cbmabres taillées dans le roc, dans les rapports du docteur Jtidghuhn et de M. A. W. Kinder; le premier de ces deux savants a décrit les grottes de Kédiri, l'autre celles de Bagelen. Mackenzie ') parle encore de trois grottes plus petites qu'il dit avoir trouvées à peu de distance de Brambanan. Mais il y a là probablement une erreur; car nous n'aurions pas manqué de les retrouver dans les descriptions qu'on a données plus tard des antiquités de ces contrées.

Le groupe de grottes de Kediri, connu sous le nom de Sélo Mangling, a été taillé dans la roche trachy tique, dans la proximité immédiate de la capitale. Ce groupe se compose de deux

1) Mackensie, Narrative of a joumey io examine the remairu of an ancient dty and tempUê at Brambcman in Java, Verhandd. v, A. Bataviaasch Genootieh. (Mémoires de la Société de Batavia) T. VII.

chambres assez grandes et de deux plus petites. Les deux plus grandes ont une longueur respective de 5,2 et de 3,14 H., sur une largeur de 3,14 et de 1,57 M.; elles s'élevènt environ à hauteur d'homme et ont des entrées séparées. Celle qui est située au nord, a une petite chambre attenante octogone, longue et large de 1»88; l'autre, située plus au sud, possède également une petite chambre attenante, qui a à peu près ia forme d'un hémisphère et qui atteint une hauteur d'environ 1,57; on y entre en sortant de la grande chambre par un passage, haut et large de 1,256. Dans toutes ces chambres se trouve une espèce de piédestal ou d'autel placé contre la paroi du fond; au-dessus ou à côté de cet autel une niche a été taillée dans le roc. Dans la chambre qui se trouve plus au sud cette niche a été ménagée dans lune saillie de la paroi du fond et renferme un Bouddha assis, haut de 0,785 M.; à côté de cette niche, un peu plus haut, se trouve une autre niche plus petite mais sans statue. La petite chambre attenante renfermait encore également la statue du Bouddha qu'on y avait taillée dans le roc. Les parois des deux grandes chambres et de la première des chambres attenantes sont ornées de rinceaux sculptés, tandis que celles de la grande chambre du sud présentent en outre des images d'hommes et des fleurs de lotus, disposées parmi les rinceaux et les arabesques ').

Les grottes de la résidence de Bagelen, que M. Kinder a découvertes et décrites le premier ^), forment quatre groupes différents. Il y a d'abord dans la paroi des rochers de Goun<xig Lawang deux grottes en forme de dôme, l'une à côté de l'autre; on entre dans chacune d'elles par une entrée difiTérente, c'est-àdire par la croisée d'une porte taillée dans la paroi extérieure.

1) Voy^z, pour la description d« ces grottes de Solo MangliDg, Jnngfaahn, Ltz ruines de .Tava, dans le Tijdsehrift voor Nederlandack IndiS, YI Année, Vd. II. pages 311 — 381, et le grand ouvrage da même antenr: Jcomi, destel/s gedacaUe, behieeding en inwendige siructuur,

2) A. W. Kinder, De tempelgrotien van KoetO'Ardjo in de Residentie Bagel^, v$t een woord aver haren ouderdom en hare vertnoedelijhe bestemming; dans le Tijdfcknft voor Ind. TaaU land- en volkenhtnde publié par la Société de Batavia , Vol. I , psg* 89—117.

A cet endroit le rocher a été travaillé avec soin sur une largeur de 18,8 M. et une hauteur de 5,3 M. Les portes ou les entrées sont garnies de moulures, polies et lissées avec soin. La plus grande des deux grottes a une circonférence de 15,69 et une hauteur de 2,51 M., tandis que l'autre a une circonférence de 7,53 sur une hauteur de 1,88 M. seulement. Dans chaque grotte se trouve un piédestal, sur lequel s'élève un cylindre qui se termine au sommet en forme d'hémisphère; à côte de ce piédestal est un bassin, tandis qu'une entaillure a été faite dans un fragment de rocher qui fait saillie à l'un des côtés de l'autel; tout cela a été taillé dans le roc, et l'entaillure devait servir probablement à faire découler vers le bassin l'eau qu'une des cérémonies du culte ordonnait de yerser sur le cône. Les petites grottes qui environnent ces deux grottes plus grandes renferment de petites niches, qui se terminent au sommet en forme de coupole.

Le deuxième groupe, celui de Gounong Tébassan, a une espèce de vestibule en forme de dôme, ouvert au devant sur toute sa largeur; cette largeur atteint 19,78 M., sur une profondeur de 7,85 et une hauteur de 2,355. La paroi du fond et celle d'une des faces présentent trois sièges taillés grossièrement en forme d'arcades. Au milieu de la paroi du fond se trouve une ouverture qui conduit dans une autre chambre. .Gelle-ci a également la forme d'un dôme, elle mesure 13,19 M. en circonférence, et renferme un cône qui s'élève sur un piédestal, tout comme nous l'avons vu dans le groupe que nous venons de décrire. La paroi septentrionale du vestibule office un passage tout à fait semblable, qui conduit vers une autre chambre située un peu plus haut; celle-ci a la même forme et à peu prèç la même dimension que la précédente. Il n'est resté que des débris cassés du piédestal avec son cône.

Le troisième groupe, celui de Watou Lawang a également un vestibule avec des sièges sculptés dans la paroi. Une galerie taillée dans le milieu de cette paroi conduit vers une (Cambre complètement vide maintenant; de là on passe par une espèce de porte dans une seconde chambre, où se trouvent encore

les débris d'un piédestal , d'un cône et d'un bassin dans le genre de ceux que nous avons décrits plus haut. Les deux chambrei se terminent plus ou moins en forme de dôme, et leur étendue parait s'accorder assez bien avec celle des précédentes.

Le quatrième groupe est celui de Sélo Gréjo ou Grio, à Gounong Merden; celui-ci compte deux chambres, qui ont été taillées dans la roche calcaire, mais qui n'ont pas été achevées; peut-être fait-on mieux de voir dans ces grottes les vestibules d'autres appartements dans le genre de ceux que nous venons de décrire; car elles sont entièrement ouvertes par devant. L'une de ces grottes, celle où le travail est le plus avancé, a un plafond eo forme de dôme, tandis que six pilastres grossièrement taiUés dans la roche s'élèvent le long de la paroi.

Nous avons cru bien faire en donnant une description assez détaillée de ces chapelles taillées dans le roc, parce qu^ellessont assez rares. On aurait tort sans doute de conclure de la forme seule, qui est celle d'un dôme et qui est la même pour presque toutes ces chambres, à leur caractère religieux. Car il va sans dire que cette forme est la plus simple et la plus naturelle, lorsqu'il s'agit de faire des chapelles ou des chambres dans les rochers. Mais, en dehors de cette forme, il y a des objets qui mettent ce caractère religieux hors de doute: ce sont les Bouddhas assis dans les grottes de Sélo Mangling en Kediri , et les cônes avec leurs piédestaux dans celles de Bagelen. La nature des images qui se trouvent dans les premières de 'ces grottes, montre clairement que celles-ci étaient vouées au culte de Bouddha. Mais M. Kinder croit devoir attribuer un caractère Çivaïstique aux grottes de Kouto Ardjo, à cause des piédestaux surmontés de cônes où il croit reconnaître le lingam; il faut observer cependant qu'il n'y a rien dans la forme et dans les propo^ tions de ces . cônes qui puisse nous empêcher d'y voir de petits Dagôbs, c'est-à-dire des objets du culte Bouddhiste. Si cette dernière interprétation est juste, il faut supposer que les chapelles que M. Kinder a découvertes et décrites, ont été des lieux de culte où l'on adorait les cendres ou les reliques du maître, que le Dagob était censé renfermer , ou seulement sa mé-

moire; tandis que dans les grottes de Kediri on rendait un culte à rimage du mattre lui-même. Mais il y a bien des détails qui semblent militer en faveur de l'idée de M. Kinder; c'est surtout la présence du bassin et de tout l'appareil de Taspersion du cône; car ceci rappelle en effet l'usage, établi ailleurs, de Tendre ainsi hommage au lin am, l'emblème du culte de Çiva. Peut-être n'est-il pas trop absurde d'admettre , que - le désir de concilier entre eux deux cultes, si hostiles d'ailleurs, et qui se trouvent aux deux pôles, ait exercé une influence assez puissante pour amener une certaine fusion entre la forme des principaux symboles de ces deux religions, le Dagoh du Bouddha et le tingam du culte de Çiva, au point de flnir par en faire à peu près un seul et même objet. En supposant que ce rapprochement des deux cultes ait eu lieu réellement dans les grottes sacrées de Kouto Ardjo, nous pouvons fort bien admettre qu'il y ait eu des statuettes de Bouddha dans les petites niches voûtées, et que toutes les grottes que nous avons énumérées, tant celles de Kédiri que celles de Bagelen, aient été consacrées au Qulte du Bouddha, sauf que dans celles de Bagelen on ait introduit tout l'appareil d'une cérémonie religieuse qui appartient au Çfvaïsme. Le Bouddhiste sévère pouvait prendre cette cérémonie pour un hommage rendu au Dagob du divin maître, tandis que le Javanais dont le coeur était toujours encore attaché à Çiva, pouvait croire qu'il honorait ainsi son ancien dieu. Maintenant il est vrai qu'on ne peut voir dans ces grottes des temples proprement dits, et qu'elles ne sauraient rivaliser, à titre de lieux de culte, avec les magnifiques temples taillés dans le roc qu'on trouve dans l'Inde. Mais elles prouvent en tout cas que les anciens habitants de Java avaient aussi l'habitude de se servir de grottes comme lieux de culte, et que ces grottes présentaient sous plus d'un rapport de l'analogie avec les temples du même genre que possède le continent, notamment en ce qui concerne la forme, la statue du Bouddha et le cône qui ressemble à un Dagob.

Nous avons rangé dans une autre catégorie d'édifices religieux les terrasses ou les constructions qui ont la forme de terrasses;

il y en avait parmi celles-ci au-dessus desquelles ne s'élevaient pas d'édifices et qui n'étaient ainsi que de simples lieux d'adoration en plein air, n'attirant l'attention des fidèles que par des images ou des emblèmes de la divinité; ailleurs s'élevaient au-dessus de ces terrasses des autels et des édifices destinés plus spécialement aux cérémonies religieuses des prêtres; celles-ci se distinguaient par des portes et des parois ornées avec plus ou moins de richesse et de goût. Nous ne rangeons pas cependant dans cette catégorie d'édifices les. constructions à terrasses dans le genre de Bôrô-Boudour , qui constituaient dans leur ensemble un grand édifice ; nous ne rangeons pas non plus dans cette catégorie des terrasses qui s'élèvent les unes derrière ou au-dessus des autres , et où il ne faut voir que les parties accessoires de quelque temple. Si nous voulions donner celte étendue à notre catégorie, il faudrait parler ici d'un très grand nombre d'édifices religieux de Java, qui se distinguent par des soubassements en forme de terrasse. Il est clair que dans un pays accidenté , où les versants des montagnes sont habités, où l'agriculteur y dispose ses champs » que dans un tel pays il est inévitable de faire des terrasses de dimension différente, suivant que l'occasion s'en présente ou que le travail l'exige. Si le sommet d'une colline qu'on destinait à être un lieu de prière ou de culte, n'ofirait pas assez d'espace pour ce but , il fallait bien aller chercher plus bas ; et c'est ainsi qu'on voyait apparaître tout naturellement une suite de terrasses qui couvraient l'espace qu'on avait voulu réserver au but religieux. Les terrasses les plus simples consistaient en un plateau situé sur le sommet de la montagne ou sur tel autre point élevé, qu'on avait nivelé autant que possible et qu'on avait entouré de murs pour en prévenir Tafiaissement. Les plus compliquées présentaient un aspect difiérent; le sommet de la montagne y était entouré de diverses terrasses; ou bien on suivait la pente, en montant par les terrasses qui se succédaient Tune à l'autre jusqu'au dernier plateau, le plus élevé de tous, où se trouvaient les objets du culte, soit des autels, soit des élévations en maçonnerie, qui devaient rapprocher le fidèle encore plus du ciel ou qui pouvaient rendre la cérémonie religieuse visible à

ané plus grande distance et à un nombre plus grand d'adorateurs. Le docteur S. Muller >) et M. 6. A. de Lange ') ont découvert plusieurs de ces lieux de prière découverts: sur le Boukît Toungal et le Tjikonaï , dans les districts connus sous le nom de Régences du Préang, (sur cette dernière montagne, le Tjikonaï, plusieurs terrasses entourent le sommet nivelé) ; sur le Salak dans la résidence de Buitenzorg; sur le Soubang dans celle de Ghéribon. Aucune de ces terrasses ne portait la moindre trace d'anciennes constructions en maçonnerie. Le docteur Junghuhn décrit ^) des lieux de culte du même genre, qu'il a trouvés en trois endroits différents du Widodaren , (le Widodaren fait partie de TArdjouno) , et sur le Kawi; il les décrit comme des terrasses formées par des plateaux nivelés qu'entourait une muraille délabrée, taodis que sur une de ces terrasses se trouvaient les débris de quelques petites chambres. Une autre série de terrasses, plus étendues et arrangées sur une plus grande échelle, est celle que le Résident M. Demis *) a découverte sur la crête de montagnes qui relie l'Ardjouno avec Tlndrakila. Des marches vous font passer par cinq portails et vous conduisent vers cinq terrasses qui se succèdent Tune à l'autre et dont la dernière, la plus élevée , se distingue par des ruines assez remarquables , ce qui lui donne quelque ressemblence avec les lieux de prière bien connus de Soukou. Ces lieux sacrés qui ont la forme de terrasses se rencontrent sur d'autres montagnes encore , telles que les sommets du Willis et du Tampomas , et il est fort probable qu'on en trouvera toujours plus , depuis que l'attention a été fixée sur ces objets. Mais les plus connues et les plus remarquables d'entre les séries de terrasses sont celles de Soukou et de Tjetto sur le mont Lawou , dans la résidence de Sourakarta. Soukou a trois terrasses et en comptait beaucoup plus encore autrefois, avant que les Javanais des temps postérieurs

1) Bifdragen iot land- en volkenkunde 9an Neirlcmdteh ItuUë, Vol. IV, noa 1 et 2.

2) Natuurkundig tijdschrift voor Nederlandsch Indië, vol. XI, liTraiiions I, 2, 3. pages 79 — 118.

3) mTaoa, deszel/s gedaante, behUeding en inwendige structuur, VII, p. 709, 713,

4) Inditch Magcunjn, 1. p. 194.

«D eussent bouleversé quelques-unes pour en faire des jardins. En montant par des marches d'une terrasse à l'autre on trouve sur la^ dernière , ou la plus élevée , les objets du culte » paroii lesquels on voit, en dehors d'autres bâtiments , une pyramide tronquée en maçonnerie massive , sauf qu'il s'y trouve à l'intérieur un passage étroit avec un escalier qui conduit au plateau supérieur. Il faut voir probablement dans ce dernier plateau non seulement le plus élevé, mais aussi le plus important et par conséquent le plus sacré, le principal lieu de culte.

Les terrasses dans les environs de Tjetto sont restées au nombre de treize. Là aussi on monte par des marches d'une terrasse à Tautre, jusqu'à ce qu'on arrive à la plus élevée, la dernière de toutes, sur laquelle se trouvent les objets du culte *). Après leur conversion à l'Islam les Javanais n'ont pas abondonnée cette méthode de construction. On rencontre, par exemple, encore des terrasses près de Ghéribon; ici la te^ rasse supérieure d'un groupe renferme le tombeau du Gh^k Moulâna, qui a donné son nom à toute la constructicMi. On trouve également des terrasses sur la sainte montagne près du village Magiri dans le pays de Matâram.

Il nous reste à signaler une troisième catégorie d'édifices religieux, les temples ou les chapelles proprement dites, qui renferment un ou plusieurs appartements où l'on plaçait les images de la divinité ou d'autres objets de culte, où l'on apportait ses offrandes, où l'on prononçait les prières. Les différentes modifications de forme et de disposition des temples se laissent réduire , en général, à un seul genre. C'est la forme d'un simple carré assez étroit, où il n'y a pas de place pour un grand nombre d'adorateurs. La statue, l'autel, ou quelque nom qu'on préfère donner aux bases ou cubes qui ont été conservés, occupent leur place en face de l'entrée; les parois latérales à droite et à gauche présentent des niches destinées à

1) VoyesB la description détaillée, avec les deraini dee monuments de Sonkon et de Tjetto, par le doctenr 0. J. van der Vlis. dans les Verhandelingen vm het Bâtaviaaseh gtnootachap Vol. XIX.

recevoir des images, et souvent au-dessus de ces niches des ouvertures servant à laisser passer le jour. L'ensemble est couvert d*un toit en forme de pyramide, composé d'assises de pierres qui rentrent successivement un peu Tune en deçà de l'autre, jusqu'à ce qu'enfin une pièce de dessus, une clé de voûte , ferme la dernière ouverture.

Mais les parois extérieures de l'édiflce ne sont pas non plus toujours nues. On y trouve des images sur la face de devant des deux cdtés de l'entrée, de même que sur les façades latérales et sur la façade de derrière; ces images occupent des enfoncements ou des niches ménagés à cet effet dans l'épaisseur du mur. Quelquefois ce sont des images détachées, travaillées dans un seul bloc de pierre, et placées alors dans des niches plus larges qui ne tardent pas à s'élargir toujours plus jusqu'à devenir de petites chambres ou des chapelles. Ces chapelles ont alors la môme forme que le principal appartement , et sont pour*vues à la façade de devant d'ouvertures qui servent d'entrées , tandis que des toits qui ont la forme de pyramides s'élèvent au-dessus. Un portail ou un vestibule se trouve devant l'entrée du principal appartement; ce vestibule a, au dehors, les mêmes dimensions et la même forme que les trois chapelles latérales, tandis qu'un escalier qui monte à l'intérieur conduit au centre même du sanctuaire. Cette disposition se trouve, par exemple, dans te Tjandi Loro djongrang près de Prambanan. L'ensemble de rédiiice prend encore plus d'extension dans les endroits où l'on a fait avancer les trois chapelles latérales et le vestibule; alors l'espace qui sépare les parois postérieures de ces petits bâtiments de l'édifice central, est couvert et forme une galerie autour de ce ^rnier édifice. Des portes ou des passages, pratiqués dans les parois postérieures des trois chapelles latérales , établissent une communication directe entre celles-ci et la galerie. On entre alors par l'entrée principale et par le vestibule dans le grand compartiment central; mais on peut aussi, au sortir même du vestibule, prendre à droite ou à gauche la galerie de pourtour et visiter les chapelles latérales. Les images ou les autels ont été placés contre les parois extérieures de l'appartement central,

vu qu'elles ne trouvaient plus de place contre les parois postérieures des chapelles, où leur place était prise par les ouvertures qui conduisaient à la galerie dont nous avons parlé tout à l'heure. Les objets en question se trouvent donc maintenant dans la galerie de pourtour; mais ils sont disposés de manière à frapper les regards dès qu'on entre dans les chapelles. Les magnifiques ruines de Tjandi Séwou , près de Prambanan , nous offrent un exemple, unique jusqu'ici, de ce genre de construction.

Il pouvait arriver que l'intérieur de l'édifice ne fût pas assez bien disposé pour qu'on le couvrît d'un toit en forme de pyramide à quatre faces. Dans ce cas on changeait la forme carrée eo forme octogone, et la pyramide qui servait de toit avait alors huit faces. Les moulures de la base et de la corniche étaient particulièrement propres à recevoir des ornements de tout genre, surtout parce que la base était plus élevée que d'ordinaire; aussi en recevaient-elles beaucoup. L'édifice lui-même s'élevait sur une terrasse qui l'entourait de tous côtés et qui reposait souvent à son tour sur une terrasse plus grande. Des escaUers avec des balustrades sculptées conduisaient du rez-de chaussée à ces terrasses, et à travers celles-ci au sanctuaire; les faces des terrasses étaient souvent aussi ornées de sculptures.

On trouve le plus souvent un certain nombre de temples ou de chapelles de formes et de dimensions assez identiques, réunis dans un seul groupe, sans qu'on puisse dire pour cela qu'ils forment un ensemble. Mais Prambanan nous fournit les exemples de groupes divers qui forment réellement un ensemble indivisible. Car le principal édifice y est entouré d'une ou de plusieurs rangées de chapelles, placées à des distances égales les unes des autres, et formant ensemble des carrés, au milieu desquels se trouve alors le temple proprement dit. De cette manière les chapelles forment, pour ainsi dire, les murs d'enceinte des terrasses qui s'élèvent les unes (non pas derrière mais) au-dessus des autres, tandis que le sanctuaire proprement dit s'élève au-dessus de la dernière, tout comme nous l'avons vu à Bôrô-Boudour. Il y a cependant un point de àïSèrence, c'est qu'ici les terrasses sont remplacées par des plateaiff

ou des cours, qui ne s'élèvent pas les unes au-dessus des autres , mais que séparent entre elles de petites chapelles disposées sur une même ligne. Le Tjandi Loro djongrang, mais surtout Tjandi Séwou (les mille temples) fournissent des exemples de cette dernière méthode de construction.

Il y a un certain nombre de temples ou de groupes de temples qui renferment d'ordinaire un petit bâtiment , plus large au frontispice, dont la disposition s'accorde avec celle des autres édifices, et qui a servi peut-être de séjour au gardien ou à un surveillant du temple. Peut-être Tjandi Kalasan près de Prambanan avait-il été construit dans ce but-là , et peut-être faut-il expliquer la disposition plus large et les dimensions plus grandes que celles des bâtiments analogues qu'on trouve ailleurs, par le fait que les temples de Prambanan surpassaient tous les autres en richesse, en étendue et en prestige. Rappelons enfin qu'il se trouve souvent dans ces temples un puits, dont la profondeur varie, creusé dans le sol de l'édifice ou des chapelles attenantes, et qui occupe presque tout l'espace du sol à Tintérieur de l'édifice. Ce dernier détail achève la description générale que nous avons voulu donner de ces temples. Observons cependant, au sujet de ces puits, qu'ils manquent souvent, ou du moins qu'on n'a pu en constater toujours la présence, à défaut d'occasions favorables à de telles recherches.

.11: est clair que les différentes parties des édifices ont dû subir des modifications considérables, tant par suite des ornements dont on les a chargées que par suite d'autres causes, bien qu'en général les formes fondamentales aient pu être conservées. Quant aux toits, très peu seulement nous en sont restés intacts. Et cela n'est pas étonnant; les toits étaient évidemment exposés plus que tout le reste à être endommagés et à s'écrouler; aussi ne pouvons-nous en appeler ici qu'à un nombre restreint de modèles. Le Tjandi Bima, le plus bel édifice des groupes divers de temples qui se trouvent dans les montagnes du Djeng, nous fournit un échantillon d'un toit orné avec une richesse toute particulière. Ce temple est le plus grand de tous de ces groupes, bien qu'il soit relativement assez petit, car l'intérieur mesure seulement 3,14

mètres sur 3,765. Nous notons ici ces dimensions , parce qu'elles sont à peu près les mêmes pour les chapelles ou pour les temples , et qu*il ne faut pas nous exagérer l'étendue de ces anciens sanctuaires de Java ').

Passons maintenant à quelques édifices dont la forme s'écarte notablement de celle que nous avons trouvée jusqu'ici , mais qui , en dépit des grands points de différence, présentent toujours encore assez de points de rapport pour se rattacher aux formes générales que nous avons décrites plus haut.

A vingt bornes ') (environ B'/a lieues) au delà du chef-lieu de Probolingo, un chemin de traverse conduit vers un temple, du nom de Djabong '} , jusqu'à présent le seul de son genre dans toute l'île de Java. Il a été construit en briques, s'élève peutêtre à une hauteur de plus de i 8 M. et a un toit en forme de coupole. La base ou le socle s'élève à une hauteur assez considérable, de sorte que, à défaut des escaliers de pierre qui s'y trouvaient autrefois , on monte à présent par une échelle jusqu'à l'entrée du temple. Le dehors des murs a été sculpté de maio de maître, et les sculptures ont été conservées en grande partie intactes. On ne paraît pas encore avoir examiné si la base élevée contient par hasard un puits qui s'ouvre dans l'intérieur du temple. A une centaine de pas plus loin se trouvent les ruines d'un autre édifice, construit également en briques, mais à peu près entièrement délabré maintenant, et par conséquent méconnaissable; peut-être y a-t^il eu là un second édifice semblable à celui que nous venons de décrire.

Au delà de Banjouwangi, non loin du chef-lieu du district de Rogodjampi, se trouvent, parmi les ruines étendues de Matjanpoutih^ entre autres celles d'un temple, construit en partie en briques, en partie d'une pierre assez molle, mais qui , exposée au grand air, ne tarde pas à s'endurcir. Il n'est resté que peu de chose de cet édifice étrange, mais il en est resté assez pour nous faire voir qu'il s'écarte entièrement de tout ce qui a été

1) Noas reparlerons plni bM des templeB dans les montagnes dn Djeng.

2) »FaIen*\ Toyez page 4 note I.

3) Van fioëvell, Reis etc. Vol. II, p. 157.

conservé à Java. Les murs, pour autant qu'ils sont restés intacts, présentent au dehors des panneaux carrés, ornés de riches sculptures de fleurs, de guirlandes et d'autres ornements. Les parois intérieures sont faites de briques, le dehors des murs au contraire construit en une pierre d'un blanc très vif, qu'on trouve actuellement encore à â7 bornes de distance, dans les carrières à Gradjahan, sur la côte méridionale de Java; cette pierre est d'abord assez molle mais elle s'endurcit peu à peu et finit par devenir dur comme du marbre. Ces pierres taillées ont été flxées les unes sur les autres sans aucun ciment, par le seul effet du frottement des surfaces. Le soubassement du temple se compose d'une tortue et de deux serpents de pierres de lave. Les tètes de ces trois animaux s'unissent sur la face ouest et forment l'entrée >).

Brumund dans ses notices donne la description de quatre temples dont il a examiné les ruines et dont nous aurions tort de ne pas faire mention ici, parce qu'en effet le plan d'après lequel ces temples ont été construits, difi^re sous plus d'un rapport de ce qu'on trouve ailleurs. Voici la traduction du texte même de Brumund.

irDans les montagnes de Wadjak derrière le chef-lieu de Toulong Agong, résidence de Kediri, je trouvai quelques ruines qui méritent une mention spéciale à cause du plan général et de kur disposition , qui les distinguent de toutes les autres constructkms. La première ruine, située au pied de la montagne médiocrement élevée de Sangrahan, à quatre ou cinq bornes derrière Toulong Agong, était faite de pierre de taille et semblait avoir servi de soubassement à un temple à compartiment ^), qui a cependant entièrement disparu.

If En montant plus haut j'arrivai à une ruine très délabrée en partie, qui offrait un très beau point de vue et qui dominait la

l^ \oyez F. Kpp, Banjoewangi dans le Tijdêchri/t voar ^ederlandsch Indië 1S49 p. 258; Yftn Hoëvell, Reis Vol. II pages 195 suiv.

2) Kamertempelt temple à chambre; c^eet par ce nom que Brumund désigne les temples oa les chapelles proprement dites, ponr les distinguer des bfttiroents qui n^offi'ent pas de TÎde à Tintérienr.

plaine. En y entrant je me trouvai d'abord dans une avantcour qui avait la forme d'un carré oblong» entourée de murs. Deux escaliers montaient de là le long de Tédifice à une partie plus élevée, et deux autres escaliers, placés symétriquement contre rédifice, me conduisaient de ce dernier point sur une élévation qui formait une espèce de bâtiment antérieur ; derrière celui-ci se trouvait l'édifice principal , qui en était séparé par un- couloir intermédiaire situé un peu plus bas. Il ne restait cependant de cet édiiice que l'ouverture très large d'un puits, dont les murs sont restés en partie debout, tandis que la plus grande partie s'est écroulée. L'ensemble était entouré et couvert d'arbres et de broussailles et pour le reste environné de murs. Le mur d'enceinte avait conservé par ci par là des fragments d'ornements en forme de tourelles. Au nord un escalier descendait de l'avantcour (dont les entrées regardent le nord et le sud) le long de la montagne et se perdait bientôt dans les arbres et dans les broussailles.

//On apercevait sur le bâtiment antérieur qui avait la forme d'un carré oblong, les ruines de deux ou trois petits temples à niche , dont il n'était pi us guère possible de reconnaître la forme primitive. //Nous quittâmes cette première ruine pour monter toujours, et nous arrivâmes bientôt à une seconde ruine, moins étendue toutefois. Mais là encore je trouvai le grand puits encombré en grande partie; j'y trouvai en outre le môme bâtiment antérieur de la forme d'un carré oblong, sur le quel je vis trois petits temples , hauts d'environ quinze pieds, larges et profonds de six pieds, et qui n'avaient qu'une petite entrée.

^La troisième ruine, qui se trouvait plus haut et qui était encore plus délabrée, avait également son grand puits et, plus en avant, un grand tas de pierres, probablement les restes d'un bâtiment antérieur dans le môme genre que les autres.

f/Le mieux conservé de tous les monuments était le quatrième, situé sur le sommet d'une petite montagne; ce monument consistait en un bâtiment dont la base était un carré avec des angles saillants et dont le dessus avait la forme d'un octogone. Ce monunaent n'a pas de sculptures et n'est garni que de quelques simples mou-

lares. Je oe pus découvrir nulle part les restes d'un escalier de pierre. J'y montai donc par une échelle, car le monument avait plus de deux fois la hauteur d'un homme. Je vis alors qu'il consistait en un large puits de dix-sept pas de circonférence, entouré d'un mur épais. Ce puits était plus ou moins voûté à l'ouverture, ce qui me fit supposer qu'il avait été couvert autrefois d'un toit en forme de coupole. 11 était vide, je trouvai à l'ouest une ouverture dans le bas du mur, par laquelle je fis passer un Javanais; celui-ci ne put me dire cependant plus que je n'avais déjà vu moi-même en y plongeant le regard, c'est-à-dire qu'il se trouvait au dedans de l'herbe et des broussailles. Ce monument est isolé, sans bâtiment antérieur et sans mur d'enceinte.

i/Devant le temple de Kidal , situé dans la régence de Malang, je trouvai encore un bâtiment antérieur du même genre, séparé du temple, long de 13 et profond d'environ 5 pas. Je montai l'escalier de cinq marches qui était resté intact d'Un côté, et je vis de nouveau trois autels ou trois petits temples entièrement délabrés qui avaient des niches dans les murs extérieurs. Je n'ai plus rencontré dans tout mon voyage à travers l'île de Java des temples de ce genre , qui se distinguaient des tjandis à compartiment aussi bien par un bâtiment antérieur que par d'autres détails."

Bien que cette description ne nous donne pas une idée très claire de ces constructions — il nous faudrait d'ailleurs pour cela un dessin ou un bon plan — il est cependant permis de voir un élément tout particulier des anciens temples Javanais dans ce que Brumund appelle un bâtiment antérieur. Ce qui donne à ce bâtiment un caractère plus étrange encore, ce sont les trois petits temples qui le surmontent, tandis que les oniements en forme de tourelles qu'on reconnaît sur un mur d'enceinte des ruines de Toulang Agong, semblent rappeler plus ou moins les ornements du mèn^e genre de Bôrô-Boudour.

Quant aux //angles saillants" du quatrième monument de Tou* lang Agong , il ne semble possible de nous les expliquer que si nous nous représentons le plan de la base du temple comme un carré

ordinaire ayant des enfoncements dans les murs de derrière et de côté, ce qui devait naturellement faire avancer les angles. Ce temple n'avait pas de bâtiment antérieur et parait avoir été disposé de la manière la plus ordinaire.

La partie la plus élevée, et probablement aussi la plus importante, le sanctuaire proprement dit, celle dont Brumond nous parle, au moins dans la description d'une de ces ruines, comme étant //séparée du bâtiment antérieur par une galerie intermédiaire", est ici encore un temple avec un puits; car bien qu'il ne soit fait mention dans la description des ruines de Toulang Agong que des puits seulement, nous pouvons admettre en toute sécurité que ce puits a été construit, non pas en plein air, mais sous un temple.

Quant à ce dernier point , ce que Brumund nous dit du temple de Kidal confirme suffisamment notre supposition ; il décrit cet édifice comme //un monument en forme de pyramide , haut d'environ 30 pieds, richement orné de sculptures."

Mentionnons enfin les temples des résidences de Kediri et de Pasouropan, qui s'écartent du plan ordinaire et qui présentent quelque analogie avec Bôrô-Boudour. Nous nous permettons ici encore de citer à peu près littéralement la description de Brumund. Il dit d'abord d*une de ces ruines, celle de Panataran à Blitar, résidence de Kediri: //on réussira le mieux à s'en faire une idée en se représentant trois blocs de trachyte en forme de cubes, dont celui de dessus est le plus petit, celui de dessous le plus grand. Chacune des faces du cube inférieur a une longueur de trente-six pas. Un bâtiment carré, une espèce de bastion, s'avance en saillie au milieu de chacune des faces; le devant de ce bastion a une longueur de seize pas. Le second cube a les mêmes bastions aux angles. Le troisième cube s'élève tout droit. Deux escaliers conduisent de l'ouest à la surface supérieure du premier cube, laissant un peu d'espace des deux côtés des bastions saillants; cette surface a la forme d'une te^ rasse sur laquelle on peut faire le tour du second cube. Delà un escalier de dix marches , placé égalernent au milieu de la face d'ouest, conduit à la surface du second cube, où nous

trouvons la même terrasse, tandis qu'un escalier de dix-sept marches conduit au troisième cube."

//Au milieu de la surface du cube supérieur se voit l'ouverture d'un puits carré , qui se rétrécit en s'élevant , mais dont Touverture mesure encore environ sept pieds carrés. Autour de ce puits s'élève un mur d'environ 3 pieds d'épaisseur. De l'autre côté de ce mur se trouve de nouveau une espèce de fossé qui en fait le tour en formant un carré; ce fossé est passablement étroit, mais on y voit, à des distances égales, des parties saillantes qui avancent vers le bord du cube et qui forment ainsi des espèces de puits, longs de quatre et larges d'environ trois pieds. La profondeur du puits et celle du fossé est environ la hauteur d'un homme. L'édifice qui s'élevait autrefois au-dessus du puits a complètement disparu; il est donc impossible de rien préciser sur sa forme ').

ifli faut se faire une idée analogue de l'autre temple appelé Toumpang et situé dans la régence de Malang, résidence de Pasourouan. Celui-ci consiste également en trois parties , qui s'élèvent l'une sur l'autre; mais ces étages ont une forme oblongue, et l'on n'y trouve pas les bastions de Panataran. L'étage inférieur a une longueur (largeur?) de quarante pas, une largeur (profondeur?) de vingt-quatre pas, et rentre quatre fois parallèllement aux plus longues de ses faces; d'où il résulte qu'il n'a que dix pas de large par devant. Chacune des faces a un escalier de sept marches dans la quatrième ou dernière partie rentrante; cet escalier conduit à une petite terrasse ou une petite estrade saillante, longue d'environ dix pas, située devant le second étage; on peut faire ainsi le tour du second

1) Compares sur ce temple» sur les édifices attenants on groupés atitonr et sur les ««très débris, enfermés aatrefois tous dans tin mur d^enceinte de trachjte qui est encore parfaitement visible , et occupant une surface d''au moins une borne , un article du Javabode, cité par le Nederlandsche Speciaior du 24 Août 1867 n''. 34, pages 265, 2ft6. Cet article nous apprend aussi que Thabile photographe M. Kinsbergen a fait environ une centaine de photographies de ce temple et des antres deln-is, qui devaient être distribuées aux membres de la Société dite Bataviaasch Genovtschap. Si ce projet a été exécuté réellement, il faut supposer que cette libéraUté ne s''est pas étendue jnaqnWx membres de la dite société» établis hors des Inde» Néerlandaises.

étage , dont les faces mesurent quinze et vingt-quatre pas. Les murs de cet étage présentent tout autour des saillies et des parties rentrantes qui forment des angles droits avec la ligne du mur. Deui escaliers , chacun de douze marches , conduisent vers la partie supérieure. Le second étage fait saillie entre ces esea* liera. De là deui autres escaliers conduisent au troisième étage. Ces derniers escaliers ne sont pas cependant adossés à l'édifice , mais montent le long du mur. Le troisième étage tout comme le second I a également une petite estrade saillante; mais cette estrade est moins grande que o^le du premier étage.

//Sur le troisième étage s'élève la ruine d'un temple à compartiment, dont la porte, haute de six pieds, large et profonde de deux pieds et demi, subsiste encore. Il s'ouvrait également un puits carré dans le compartiment du temple; mais ce puits n'avait pas les mêmes dimensions que le puits de Panataran.

//Les murs de Panataran et de Toumpang sont couverts, tout comme les galeries de Bôrô-Boudour , d'une qu»tité de bas-retiefs comme on n'en trouve pas sur d'autres temples.

AT Les bas-relie& qui entourent le cube inférieur du premier temple nous offrent des scènes de la Ramâyana , le Râma Javanais." Brumund reconnaît également sur le Toumpang des scènes tirées du même poème ').

D'après une communication qui nous vient de M. A. F. H. van de Poel, à cette époque résident de Kediri, (maintenant résident de Samftrang) il se trouve encore dans cette résidence les débris da deux édifices du même genre. L'un , appelé Sourowino , est situé à 2Va bornes de Paré , dans le district de Soukoredjo , l'autre dans le district de Papor. Il nous décrit les deux édifices comme ayant la même forme que le temple de Panataran ; celui de Papor a des galeries dont les parois sont ornées de sculptures. A Test une pierre carrée de 1,5 M. de large est adossée contre le temple; sur cette pierre ont été sculptées deux images , celle d'un homme et celle d'une femme, dont on ne voit que la tête et le buste;

1) Voyez RIT Toempang^ le Biang lala, TVe. Année, IVe. Utt., p. 60.

ces images ont des anneaux au nez et des figures pleines d'expression.

Nous regrettons de ne pas avoir à notre disposition des dessins de ces édifices, surtout des deux premiers; ces dessins pourraient nous aider à éciaircir ce qu'il y a de confus et d'inc^tain dans la description. Quant aux bastions que Brumund a signalés aux angles du second étage à Panataran, il faudra sans doute expliquer ce détail de la même manière , que nous avons expliqué plus haut un détail analogue d'une des ruines de Toulang Agong, c'estrà-dire qu'il ne faudra sans doute y voir que les angles des quatre faces de cet étage, qui n'ont l'air de faire saillie au-delà du carré primitif, que parce que les murs rentrent un peu, ou bien parce qu'on y a ménagé des enfoncements d'une certaine profondeur. Voici comment nous croyons pouvoir expliquer le mieux le puits qui se trouve au centre de la surface de l'étage supérieur, et les puits de moindre dimension qui l'entourent et que relie ensemble un fossé: nous supposons que devant chacune des quatre faces du puits central il y a eu un autre puits , et qu'une chapelle ou un petit temple a été construit au-dessus de chacun de ces puits. Il faudrait alors se représenter le troisième étage de Panataran comme étant le sanctuaire proprement dit, partant un temple entouré de quatre petites chapelles , dont l'une pouvait servir de vestibule à la chambre centrale. De cette manière l'ensemble s'accorderait assez bien avec ce que nous avons constaté plus haut à propos du Tjandi Loro djongrong près de Prambanan.

On pourra admettre dans tous les cas , en se fondant sur l'analogie du Toumpang dans la régence de Malang, qu'il s'est trouvé un petit temple sur cet étage supérieur.

D'ailleurs , et quoiqu'il en soit des incertitudes qui nous restent par rapport à quelques détails de ces édifices, nous connaissons maintenant assez bien leur caractère général. Ces édifices se composent de différentes terrasses superposées, dont les murs d'aplomb sont ornés de sculptures; on monte par des escaliers d'une terrasse inférieure à une terrasse supérieure, jusqu'à ce qu'on arrive enfin sur la troisième terrasse, où l'on aborde le

sanctuaire proprement dit. Si les bords des terrasses avaient été pourvus de parapets ou de balustrades, nous aurions pu parler ici de galeries, comme nous l'avons Tait pour le monument de Bôrô-Boudour ; mais il n'y a pas trace de parapets ou de leurs débris. Il est vrai que la proportion de la largeur par rapport à la hauteur doit avoir donné une forme plus svelte à nos édifices; cependant, si Ton se représente le petit temple de la terrasse supérieure couvert d'un toit en forme de pyramide, l'ensemble doit avoir fait à quelque distance un effet analogue à celui de Bdrô-Boudour , bien que sur une échelle beaucoup plus petite. Il est fort possible qu'il y ait eu jadis encore d^autres constructions du même genre dans les résidences de Kediri et de Pasourouan, ou même ailleurs dans Ttle de Java; des fouilles exactes pourraient peut-être en faire découvrir les débris parmi les ruines nombreuses qui se trouvent surtout dans la première de ces deux résidences ou dans ses environs immédiats. II est également possible que l'île de Java possède encore d'autres édifices ou d'autres ruines , dont la disposition et la forme se distinguent de ce qu'on a trouvé jusqu'ici. Il est souvent impossible, même à l'architecte de profession, de se faire par de simples ruines une idée exacte de l'ensemble et de la disposition d'un édifice dont il n'a pas eu l'occasion de connaître d'une autre manière la forme et les détails; mais il est clair que dans de telles conditions l'on peut bien moins encore attendre une description exacte et claire de la plume d'un amateur. Il faudra donc nous préparer à voir apporter plus tard des modifications et des reeti- (ications aux données que nous avons reproduites plus haut. Il est tout aussi sûr qu'il faudra dans la suite augmenter considérablement le nombre des détails exceptionnels , c'est à dire de ceux qui s'écartent des formes que nous avons admises comme étant les formes ordinaires. Malgré tout cela nous osons nous fier en général aux données dont nous disposons ot aux conclusions qu'on pourra en tirer; nous avons là sans aucun doute une base solide pour des recherches ultérieures; quelquefois même elles pourront nous mettre en état de rétablir l'ensemble avec les quelques fragments qui nous en sont restés.

Mais il nous reste encore une grave question à aborder, avant de pouvoir dire que nous avons atteint notre but et que nous avons acquis assez de renseignements sur la nature et la destination de Bôrô-Boudour, par suite d'une comparaison établie entre cet édifice et d'autres édifices religieux de Java. Il s'agit, en effet, de connaître plus ou moins exactement les sectes qui ont fait usage de ces temples et des autres lieux de culte. Il est évident qu'il doit y avoir eu quelque rapport entre la disposition d'un temple et la secte qui s'en servait, et il n'est pas moins certain que nous aurions grand intérêt à connaître la nature de ces rapports. Surtout si nous pouvions constater que telle forme ou telle disposition des sanctuaires appartient exclusivement à telle ou telle secte spéciale. Nous ne songeons pas seulement ici aux deux principaux systèmes , celui des Brahmanes et celui des Bouddhistes, ou aux branches dans lesquelles se divisaient surtout les adhérents des différentes sectes du Brahmanisme, suivant qu'ils se vouaient plus spécialemmt au culte d'une des nombreuses divinités du panthéon Hindou. Mais il faut nous attendre à trouver des traces de cultes très anciens, qui existaient déjà parmi les habitants primitifs de Javsi avant que les missionnaires Hindous y aient apporté la religion du continent, et qui ont exercé leur influence sur la nouvelle doctrine. Cette influence peut avoir modifié considérablement les usages de la nouvelle religion , ne fût-ce que par la fusion d'une divinité ancienne hautement estimée par les aborigènes avec le principal personnage du nouveau culte. La modification apportée par cette fusion a dû se manifester entre autres, aussi dans la manière dont on se représentait le nouveau dieu, et peut avoir donné à l'image de celui-ci une tout autre forme, un autre costume, d'autres ornements, d'autres attributs. Si nous ne faisions pas attention à ces changements, ils pourraient facilement nous induire en erreur et donner lieu à des conclusions erronées. Enfin, il ne faut pas perdre de vue les relations amicales qui existaient entre les Brahmanes et les Bouddhistes, après que les deux cultes eurent été introduits parmi les Javanais pacifiques et que ce peuple les eut adoptés. Il n'y a pas lieu en effet de mettre en doute ces bons rapports,

quoique d'autre part nous ne voulions pas nier que les adhérents des deux systèmes aient pu essayer de s'élever les uns au détriment des autres. Il y a eu des périodes pendant lesquelles les deux partis religieux ont été plus ou moin hostiles, surtout dans quelques contrées spéciales de l'tle; mais cet antagonisme n'a pas duré, et nous pouvons admettre en général que les deux religions ont vécu en paix l'une à côté de l'autre, même en admettant que les circonstances ont changé quelquefois la proportion de leurs partisans et que l'une ou l'autre a pu se vanter pendant quelque temps d'un prestige plus grand et d'une gloire plus éclatante.

Nous savons par Fa Hian, le voyageur chinois, qu'il y avait déjà des Brahmanes à Java ') au commencement du cinquième siècle de notre ère. Il est vrai que Fa Hian ne mentionne que des hérétiques et des Brahmanes ; mais il n'est pas nécessaire de conclure de son silence par rapport au Bouddhisme , que cette de^ nière religion n'avait pas encore été adoptée à cette époque par les habitants de l'Archipel indien. Car le voyageur chinois peut avoir visité une partie de l'île où les missionnaires Bouddhistes n'avaient pas encore pénétré. Au sixième siècle les deux cultes, celui de Çiva et celui de Bouddha, florissaient en paix à Java l'an à côté de l'autre. Au neuvième siècle le Bouddhisme a eu le plus d'influence, une influence qu'il a dû céder au Çivaïsme vers le treizième, peut-être déjà au douzième siècle. Il faut chercher probablement la cause de cette recrudescence du Çivaïsme soit dans l'arrivée de nouveaux émigrants venus du continent de l'Inde, soit dans la politique des princes que l'intérêt de leur règne a peutêtre engagés à protéger le culte de Çiva. Il paraît que depuis lors le Bouddhisme ait vu disparaître peu à peu son prestige dans l'tle de Java. Il n'a pas pourtant complètement disparu; les

1) Ou bien Sumatra, car il n^est pas sûr laquelle de ces deux tles Fa Hian désigne sous le nom de Ye-pho-ti, vu que Sumatra portait autrefois aussi le nom de Java. Une faiseriptioB qu'ion a trouTée dans cette ile et que le docteur Friederidi a déofaiffrèé, désigne Sum&tra comme 'prathfkma JaTa^% c*est-à-dire le Java antérieur ou premier. Voyez le Dr. Friedericfa, Oi^sr intcripiiën van Java en Sumatra, pages 69 et 76; VerhandeHngen van het Bâta». Gen, v, K. en WetenscA, Vol. XXTI.

adhérents de cette religion se rendirent à Bali, où il se trouve aujourdMiui encore dans la population entièrement Çivaïte un petit nombre resté fidèle à la doctrine du Bouddha.

Ce n'est pas tout; non seulement les deux religions ont fleuri autrefois l'une à côté de l'autre; il y a même eu de bonne heure entre elles un rapprochement heureux, qu'on pourrait appeler peut^tre à plusieurs égards une fusion, et dont les traces se retrouvent en abondance, aussi bien dans des écrits que dans des traditions et dans des sculptures des anciens temps. Mais on trouve des preuves encore plus certaines de cette fusion ou de ce rapprochement dans des inscriptions dont le sens ne nous a été révélé que dans les derniers temps par les recherches savantes du docteur R. Th. Friederich. Ces inscriptions, dont il a été conservé un nombre considérable, pourront jeter un jour nouveau sur l'histoire ancienne des deux Javas (Java et Sumatra), lorsque M. Friederich les aura suffisamment expliquées, illustrées et comparées entre elles; elles fourniront également des données très précieuses pour nous faire connaître la situation et les rap^ p(Mi8 réciproques des deux cultes dont nous parlons dans ce moment. Les données que nous pourrons tirer de ces inscriptions seront d'autant plus précieuses, que nous aurons là des témoins dont on ne pourra guère contester l'autorité , vu qu'ils parlent le plus souvent de faits, d'événements et de personnes qui appartiennent à l'époque même où les inscriptions ont été gravées dans la pierre ou dans le métal ^).

1) Voyez Tarticle de M. Friedrich cité plus haat et qni a été DOtre principale source pour ce qne nous avançons ao sujet de rbistoire da Bouddhisme à Java.

Malheureusement nous n^avons pas vu se réaliser jusqu^ici tout ce que nous attendions de la mission da M. Friederich. Bien au contraire, ii 7 a lieu de craindre que cette mission n^ait à peu près complètement échoué, du moins en ce qui concerne son but principal. Moodenr Friederich est resté toujours de plus en plus au dessons de la tftche qu^il avait entreprise et qui consistait à réunir, à rédiger et à interpréter les anciennes inscriptîonB de Java. Ce qni Texcuse en partie, c^est que le Gouverneur-Général des Indee Néerlandaises lui a confié pendant assez longtemps une tftche tout & fait différente dans rtle de Sumatra. Mais après son retour à Java on n^a plus rien appris de sérieux de son travail concernant les anciennes inscriptions. Le gouvernement lui a aœordé sa démission honorable pour cause de maladie $ et nous croyons savoir qu^il est retonmé en Europe ayant obtenu une pension. Il fimdra voir encore si les maté-

Il est très difficile, oui le plus souvent impossible, par suite de Tétat endommagé où se trouvent presque tous les sanctuaires de l'ancien Java qu'on a pu étudier jusqu'ici , de dire avec certitude à quelle secte il faut les attribuer; et ce qui n'est pas moins difficile, c'est de savoir si une telle secte a su se ga^ der libre oui ou non d'éléments étrangers. Les images qui se trouvaient autrefois dans les sanctuaires, ou du moins tout près, ont été soit détruites, soit ôtées de l'endroit où elles s'étaient trouvées à l'origine; oui quelques-unes ont été transportées si loin qu'il n'est plus possible de savoir d'où elles sont venues. Puis, il n'est pas bien sûr que toutes celles qui se trouvent dans les sanctuaires, ou tout près, occupent réellement leur place légitime; il est fort possible qu'on les y ait établies plus tard, sans trop se soucier de leur donner une place qui ne leur revenait pas. . On pourrait observer toutefois que les images qui sont restées dans les temples ou près de ces sanctuaires, doivent toujours être les témoins irrécusables de la secte dont elles représentent les dieux. Et cette supposition est fondée; seulement, le fait est que nous voyons très souvent plus ou moins d'images du Bouddha occuper une place parmi les images des dieux du Brahmanisme. Maintenant, nous pouvons essayer de deviner lequel de ces deux systèmes a supplanté l'autre, mais il n'est plus possible de fixer la mesure de cette supériorité de Tun des deux systèmes; d'où il résulte que nous ne pouvons pas non plus établir jusqu'à quel point la fusion , ou du moins le mélange d'éléments étrangers a exercé son influence sur la disposition et sur l'ornementation de tel ou tel sanctuaire. Les groupes de temples des montagnes de Djeng font partie

riaux qu^il a rénnis , les obeerrations qu^il a fiiites et les notes qa^U a prises sont asseï importants pour qa^on paisse les publier ou les compléter.

Quant aux textes en langue Kawi qui ont été gravés sur des plaques de métal, an autre savant a été chargé de les examiner et de les publier aux irais de la Sodéié dite Bataviaasch Genootschap. C^est M. A. B. Cohen Stunrt, fonctionnaire du gon* yernement pour les recherchas scientifiques dans les Indes Néerlandaises. Il est à souhaiter, tant pour la gloire des Pays-Bas que dans Tintérêt de la science, que H. Cohen Stuart veuille s^oocnper aussi des autres anciennes inscriptions en langue Kvn qui se trouvent à Java, et quMl reprenne et achève ainsi les travaux que M. Friederich a laissés inachevés*

de ceux dans lesquels on n'a pas rencontré jusqu'ici des images du Bouddha; ces^ temples ont probablement été consacrés exclusivement aux dieux Brahmanes, à Ci va et à sa famille. Actuellement encore celui des groupes qui a été le mieux conservé, porte chez les naturels du pays le nom de //temple d'Ardjouno", et les cinq édifices dont se compose ce groupe se trouvent répartis entre Ardjouno lui-même, ses deux femmes et son serviteur. D'autres groupes nous montrent des temples qui portent les noms du beau-frère de Kriçna, de son fils, du fils du serviteur d'Ardjouno, des cinq Pandawas * etc.

Un des temples du groupe que nous avons mentionné en premier lieu, présente des images qui occupent des niches ou des enfoncements ménagés dans les deux murs latéraux et dans le mur du fond. L'image de ce dernier est trop endommagée pour qu'il soit possible de la reconnaître. Quant aux deux autres, c'est-à-dire celles qui ont été taillées dans les murs latéraux, Tune, celle du mur à droite, a trois têtes et quatre bras; les deux bras de devant ont les mains rapprochées l'une de l'autre devant le corps dans une attitude de repos, tandis que les deux bras de derrière tiennent à la main l'acsamâla ou le chapelet et le tjamâra ou l'émouchoir. L'autre image, celle du mur à gauche, a également quatre bras et quatre mains, qui tiennent une flèche, le tjakra ou le disque et un stylet, tandis que la quatrième main se tient serrée contre le corps. A côté des images se trouvent un autel d'où s'élève une flamme et un vase rempli de fleurs. Nous empruntons ces derniers détails également aux notes de Brumund; il est vrai que ces données ne suffisent pas pour nous permettre de reconnaître avec certitude tel au tel dieu dans ces images; cependant ils nous en montrent assez pour que nous songions exclusivement au culte de dieux Brahmanes. Quoiqu'il en soit, nous pouvons admettre en toute sécurité qu'il ne saurait être question d'influences Bouddhistes dans les temples de Djeng ■).

l) Voyez sur les derDières recherches et sur les déconvertes faites dans lei montagnes de Djeng mon article intitulé: Oudkeidkundige, ondetzoehingen en ontdekkingen op Java; dans les Verslagen en mededeelingen der Kon, Akad, van Wetenschappen , Afd, Letterkundê Vol. VIII.

Nous n'oserions en dire autant des temples sur TOunârang, dans la résidence de Samârang, au nord-ouest de celle de Kadou ; mais la chose est toujours possible. Le principal temple de ce dernier groupe, celui que les naturels désignent sous le nom de Tjandi Songhya est un édifice de forme ordinaire avec un toit en forme de pyramide, et possède quelques images: d'abord un Ganesa contre le mur de derrière, puis une Dourga contre le mur du côté droit, un Çiva contre le mur du côté gauche (nous reviendrons plus bas sur la manière dont ce dieu a été représenté) et sur le mur de devant deux gardiens de temple, un de chaque côté de l'entrée; toutes ces images ont été sculptées dans des eofoecéments. Lorsque Brumund visita cet endroit il y avait encore dans le voisinage le buste d'une statue à quatre têtes. L'intérieur du temple ne renfermait plus d'images; mais Brumuod trouva encore dans l'un d'eux un piédestal, qu'il croit avoir été destiné à porter un lingam.

Sur la frontière occidentale de la résidence de Kedou, sur une des montagnes est-sud-est du Soumbing, se trouve un temple Tjandi Selogrio; ce temple a la forme ordinaire, mais ce qui le rend remarquable, c'est qu'il semble avoir conservé sur le dehors de ses quatre murs les mômes images que le temple du groupe d'Ounârang que nous avons décrit tout à l'heure. Un dessin de la main de M. Wilsen nous montre contre le mur du côté droit l'image de Ganesa, dont la main gauche repose sur une massue; le dessin n'embrasse pas le mur du côté gauche. La face de devant, dont M. Wilsen a fait une ébauche spéciale, qu'il a ajoutée à son dessin, nous montre, à droite de rentrée, un Çiva, qu'on reconnaît aisément à son trident, tenant l'émouchoir à la main droite; à gauche de l'entrée se trouve une image, peut-être celle d'un saint Brahmane ou d'un saint prince, ayant l'auréole derrière la tête. Tjandi Perrot, situé sur la peote nord-est du Sindoro, donc aussi sur la frontière occidentale de la résidence de Kedou , nous montre également l'image de Ganesa sur le mur de derrière, le seul qui soit resté debout en partie; il est donc probable que les trois autres murs auront été ornés des mêmes images que Tjandi Selo grio. Il est permis d'admettre

que les images de ces trois divinités se sont trouvées dans le même ordre sur le dehors des murs de Tjandi Loro djongrang près de Prambanan. Il faut noter cependant ici une différence ^ c'est que les images n'y ont pas été taillées dans des enfoncements, mais dans de petits temples accessoires placés contre les murs du principal édifice, et qu'on y cherche en vain les deux gardiens de temple à droite et à gauche de l'entrée. En outre, ces images n'ont pas été sculptées ici dans le mur; elles ont été travaillées séparément en ronde bosse et ont été placées dans les petites chapelles accessoires , accotées au principal édifice. Cette circonstance particulière nous paraît expliquer suffisamment le fait que nous ne voyons plus ces images occuper aujourd'hui leur place dans l'ordre que nous avons constaté ailleurs, ou bien, ce qui est ))Ossible, qu'elles ont été éloignées pendant quelque temps de l'emplacement qu'elles avaient occupé à l'origine.

Lorsque Brumund visita les temples de Prambanan, il trouva au pied du principal édifice de Loro djongrang une tête colossale à trois, peut-être à quatre faces, couverte d'une couronne. Cette tête était trop endommagée |)Our qu'on pût distinguer exactement le nombre des faces; mais il est remarquable, en supposant que nous puissions admettre ici le nombre de quatre, que le temple d'Ounarang possède également la partie supérieure d'une statue à quatre faces, comme nous en avons vu plus haut.

Brumund n'avait pas vu la tête de Loro djongrang è l'occasion des visites qu'il avait faites auparavant au même endroit, et il est d'avis que si elle s'était déjà trouvée là, elle n'aurait pas pu échapper à son attention. Il est très possible cependant que cette tête ait fait réellement partie des images du temple, et que plus tard seulement elle ait été dégagée par hasard des décombres qui la couvraient.

Nous pouvons admettre d'ailleurs la même chose, en supposant que la statue n'ait eu que trois faces seulement; car nous avons trouvé le même nombre de faces sur une des images du mur latéral de l'édifice du Djeng.

Faut-il admettre maintenant, que tous ces temples et ces groupes de temples, qui présentent une si grande analogie dans

la manière doat ils ont été construits et dans leur disposition, aient été consacrés exclusivement au service de dieux Brahmanes? Ou bien faut-il supposer que Bouddha y ait eu sa place? Il est vrai qu'il n'est fait mention à propos de ces édifices, ni d'images de Bouddha, ni de détails quelconques qui se rapportent à son culte; mais malgré cette absence d'indices certains, il est difficile de penser que ces sanctuaires, du moins le dernier , le Tjandi Loro djongrang aient été voués exclusivement au culte de Çiva et de sa famille, aux symboles de cette religion, ou du moins à des dieux du Brahmanisme; cela est d'autant moins probable, que tous les temples des environs immédiats étaient voués exclusivement au culte de Bouddha, et que le nombre, l'étendue et la magnificence de ces glorieux débris d'une période de grandeur, témoignent assez en faveur de l'autorité prédominante de ce dernier culte. Ailleurs ') nous avons soulevé la conjecture, que les images de Çiva, de Dourga et de Ganesa que nous rencontrons dans les chapelles autour du principal édifice ou du sanctuaire proprement dit de Loro djongrang, n'y auraient occupé qu'une place secondaire et que le véritable objet de culte y aurait été le Bouddha, dont l'image, ou la relique, ou le Dagoh a dû occuper alors la première place dans le compartiment central.

Nous avons de la peine à abandonner cette conjecture, quoique la tête que Brumund a découverte puisse faire penser qu'elle doit avoir appartenu au dieu dont on adorait l'image dans le principal compartiment; on pourrait encore appliquer la même supposition à Tjandi Songhyo sur l'Ounarang. Le seul moyen d'obtenir quelque lumière sur ce point serait de provoquer tout exprès des recherches exactes , de déblayer autant que possible le terrain et d'examiner soigneusement aussi bien le portail que l'intérieur de la pièce principale de Loro djongrang. Mais de telles recherches

I) Dans an article: Jancuinscht tempeU hij Pramhanan, mséré dans les Btjdragen tôt de t<tal- iand' en voUcenkuruU van Neerlandech Indii; Tijdtchr, o. K Kon, Ne<L Iwi, voor d^. taal' Iand- en voUcenk. van Ned, Indii Vol. III p. 20 saiv. Lassen, dans son onvrage Indische Alterthumskunde IV. 510. note S, fait mention de mon article en rappelant »die spâteste Besclireibnng von Léonard*' (!)

pourraient fort bien aussi amener un résultat contraire et prouver avec évidence que des mains profanes ont vidé peut^tre rintérieur du temple avant écroulement du toit, et que le portail a disparu en même temps que la pièce principale. Cette dernière supposition nous paraît même la plus probable, parce que Tétat où se trouvent les trois chapelles latérales semble indiquer d'autres destructions que celles du temps ou de quelque accident. Il est fort regrettable en général , pour autant que les recherches qui ont eu lieu jusqu'ici nous permettent d'en juger, qu'un si petit nombre de temples à Java aient conservé intact tout l'intérieur ou du moins les autels et les autres détails du culte, et que notamment les sanctuaires dont la forme et les ornements portent les marques du culte des dieux Brahmanes, ne se soient pas trouvés dans les conditions avantageuses de ce petit nombre. Nous ne connaissons, en effet, parmi ceux qui ont échappé à ce malheur, que Tjandi Mendout avec ses trois grandes statues, Tjandi Plaosson près de Prambanan, qui a conservé deux images, puis Bôrô-Boudour lui-même, dont le sanctuaire central possède encore sa statue, et enfin une des grottes du groupe de Selo Manglong dans la résidence de Kediri, où l'image du Bouddha occupe encore sa place primitive. Les images qui entourent Tjandi Loro djongrang se trouvent dans les chapelles latérales adossées à l'édiflce, et y remplacent les basreliefs qui dans d'autres temples ont été sculptés contre les murs latéraux dans des enfoncements ou des niches ; les images du Bouddha qu'on trouve encore dans les nombreuses chapelles aux environs de Tjandi Séwou, ou qu'on y trouvait au moins autrefois, n'occupent, tout comme les images du temple dont nous avons parlé en premier lieu, que les bfttiments latéraux; le sanctuaire proprement dit était entièrement vide, au dire des plus anciens rapports; du moins les images avaient disparu, aussi bien de la grande pièce centrale que des quatre pièces environnantes de Tjandi Séwou.

Plusieurs de ces édifices ont gardé des niches dans les murs; dans d'autres ces niches ont été remplacées par de larges saillies ou pierres de support, qui soutenaient sans doute

autrefois les images; mais il n'est pas possible d'en tiiw la moindre conclusion pour préciser la nature de ces images, pour savoir s'il s'y est trouvé une image de Bouddha, ou plutôt un Dagob. Dans d'autres temples, par exemple dans le sanctuaire central de Tjandi Séwou, on a construit contre la paroi de derrière des estrades , vers lesquelles conduisent des escaliers. On peut prendre ces estrades pour des autels, sur lesquels les croyants déposaient leurs dons et leurs offrandes, peut-être à côté des images qui y siégeaient; mais elles ne nous disent rien sur le caractère du dieu qu'on y adorait. On rencontre encore dans quelques temples , . par exemple dans un des temples qui se trouvent sur la montagne d'Ounarang, un piédestal en forme d'autel, que Brumund désigne sous le nom de piédestal de lingam , et où il voit une marque certaine du culte exclusif de Çiva. Brumund attribue le même caractère à de nombreux piédestaux du même genre qu'on rencontre surtout dans le Java central. Il les décrit comme //se composant de cubes de trachyte de différente grandeur. Presque tous ont au sommet une saillie en forme de tube, qui se trouve au milieu d'une des faces, tandis qu'au milieu de la surface supérieure se trouve un trou carré , dans lequel on plaçait le lingam qui avait la forme d'un cône arrondi; on trouve d'ordinaire ce cône séparé de son piédestal , lorsqu'il n'a pas complètement disparu."

Ajoutons encore, ce qu'il est peut-être superflu de dire tout exprès , que ces piédestaux étaient ornés quelquefois de moulures , aussi bien au sommet qu'à la base, et que bien souvent ces moulures reproduisent en petit les grandes lignes des temples, en supprimant naturellement le toit.

Mais peut-on assurer avec tant de certitude que tous ces piédestaux étaient destinés à porter des lingams? Nous croyons pouvoir affirmer le contraire , en nous appuyant sur le fait qu'uo très grand nombre de statues sont pourvues en dessous d'une saillie carrée, servant évidemment à les fixer dans un piédestal dans le genre de ceux dont Brumund nous donne la description. Nous pouTons en appeler , pour appuyer notre assertion , une grande statue de pierre qui se trouve au Musée d'Antiquités à Leide et qui a été

transportée de Java avec son piédestal. Dans la surface supérieure du piédestal a été pratiquée , d'abord une ouverture carrée , destinée à y faire entrer la saillie au-dessous du pied de la statue , ensuite une cavité beaucoup moins profonde, également carrée, qui entoure cette ouverture. Une petite rigole passe de la cavité jusqu'au bout de la saillie qui se trouve au devant du piédestal; la cavité et la rigole y ont sans doute été pratiquées dans le but de faire écouler Teau qui servait à nettoyer la statue. On a voulu voir dans ces cavités une manière déguisée de représenter la Yoni, ou le membre féminin, et il est très possible, en effet, que tel en ait été le sens primitif, surtout là où ces cavités se trouvaient en rapport direct avec le culte ^u lingam. Mais nous doutcHis que cette interprétation soit applicable aux piédestaux qui devaient supporter la statue d'un dieu. Il est évident que ces cavités rendaient le piédestal particulièrement propre au but auquel on le destinait, c'est-à-dire à faire écouler les libations qu'on versait sur la statue, ou Teau dont on se servait pour les ablutions; observons encore que le piédestal recevait ainsi une forme qu'on retrouve aussi dans les tables d'offrande de l'ancienne Egypte.

Il est incontestable , d'ailleurs , que plusieurs de ces piédestaux qu'on trouve à Java ont pu servir tout aussi bien à supporter des lingams. Nous pourrions en citer plus d'un exemple. Brumund trouva un tel piédestal avec le lingam sur une colline à plus de deux lieues au nord de Souracarta, dans la terre de Bangah. Il n'y a pas longtemps on en trouvait encore un autre dans le dalem du Régent de Pourworedjo; peut-être l'y trouve-t-on encore '). Au reste, il est bien sûr que le lingam s'élevait pas par hasard sur un piédestal de ce genre; c'est ce que nous disent asses les représentations moins déguisées du même objet dans des proportions colossales, qu'on trouve encore dans plus d'un endroit à Java et dont le Musée de la société de Batavia (Bataviaasch Genootschap) renferme quelques exemplaires. Mais nous aurions

1) A. W. Kinder De tempelgrctten v<m Koeto Ardjo. Tijdschri/t v, JruL Taol" Land' en Volketdt* Vol. I. p. 116.

tort de conclure de ces quelques exemples que les piédelstaux en question ont été destinés exclusivement à recevoir des lingams, et qu'il suffirait de trouver un piédestal de ce genre pour affirmer aussitôt que le culte de Çiva , de sa famille ou de ses emblèmes y prédominait. Le lecteur se rappelle que plus haut, en parlant des grottes-chapelles de Java, nous avons relefé la possibilité d'une fusion des deux cultes, qui peut avoir dooné lieu à l'adoration du cône ayant au sommet la forme d'une coupole; car un tel cône pouvait représenter évidemment le principal objet du culte pour les adhérents des deux systèmes; bien que placé au milieu des dieux du Çivaïsme, il pouvait passer néanmoins tout aussi bien pour un Dagob, c'est-à-dire pour un m<Hiament du Bouddha. Le Bouddhiste pouvait donc y voir une certaine suprématie accordée à son dieu vis-à-vis des trois divinités dont les images avaient été taillées contre les murs extérieurs du sanctuaire. Nous ne contestons pas cependant que dans les temples où ce piédestal occupait encore sa place primitive, il se soit rapporté plus spécialement au Brahmanisme, tout comme les statues et les autres ornements d'un tel édifice, et que là du moins il faille voir de préférence dans le cône une reproduction du lingam. Cependant , lors même qu'on trouverait un jour ou l'autre, en fouillant l'intérieur du sanctuaire de Tjandi Loro djon^ang, que le piédestal et le cône y figurent comme le principal objet du culte, nous hésiterions à y voir les traces évidentes de l'adoration du lingam , puisque tout dans les environs immédiats porte les marques incontestables du Bouddhisme. Nous avons parlé plus d'une fois déjà du culte de Çiva et de sa famille, et nous avons promis de revenir sur les images de ce dieu. Il est remarquable que Java nous fournit si peu d'images de Çiva dans le genre de celles que nous trouvons sur le continent, tandis que les autres personnages divins et les autres emblèmes sacrés du Panthéon Hindou se retrouvent à Java sans avoir subi beaucoup de modifications. Les images de Çiva, telles que nous les montre le continent de l'Inde, ne manquent pas cependant tout à fait à Java; elles nous représentent d'ordinaire cette divinité comme un dieu sanguinaire et destructeur, peut-être comme

l'objet d'un culte cruel , ce qui concorde assez mal avec tout ce que nous savons de Java. Jamais un tel culte n'y a été établi ou du moins jamais il n'a pu y devenir familier. D'ailleurs , ces images «ont fort rares; et si elles devaient être à nos yeux les uniques représentants de son culte, nous aurions le droit d'en conclure que le dieu de la destruction , qui occupait un si haut rang sur le continent, ne recevait pas d'hommages ou n'en recevait que rarement dans l'île de Java; tandis que les images de Dourga et de Ganésa, si étroitement associés à Çiva, abondent à Java. Gomme cependant il est fort improbable que Çiva ait été exclu, tandis que les autres dieux auraient été seuls conservés, on a om devoir le reconnaître dans l'image d'un dieu qui a l'air d'un vieillard portant une barbe longue et pointue ainsi que des moustaches, la tête couverte de la couronne ordinaire qui orne les autres dieux du Brahmanisme. Nous le trouvons représenté le plus souvent avec deux bras et deux mains; il tient alors dans l'une de ses mains l'acsamâla ou le chapelet, dans l'autre le tjamâra ou Témouchoir, tandis que nous voyons auprès de lui d'un côté la ghendi ou la cruche à eau, de l'autre côté le trisoula ou le trident. Ge dernier attribut doit nous engager principalement à voir dans ces statues des images de Çiva; car bien que la forme de la partie supérieure de cette arme soit loin d'être la même à Java que sur le continent, il est bien sûr que nous avons là le trisoula devant nous, et le trisoula est, comme on sait, l'arme propre de Çiva. Nous serions cependant bien aise de rencontrer ici encore d'autres insignes de ce dieu, avant d'adopter sans réserves cette interprétation; or, une communication de Brumund satisfait en partie ce désir. Brumund vit en effet chez M. Klaring à Djocjocarta une statue de métal d'à peu près 0,4 M. de haut , qui représente sans doute notre dieu. Gette statuette occupe un double piédestal de lotus (padmasftna); elle a quatre bras et tient dans chacune de ses quatre mains un des attributs que nous venons de signaler. Elle a un troisième œil au front , ce qui est une signe distinctif très constant de Çiva, et porte dans sa couronne, au devant, un crâne huvmn et le croissant; le Nandi, le taureau qui lui est plus

spécialement consacré, est assis à ses pieds sur le piédestal, l) ne saurait y avoir de doute sur la nature de cette statuette; l'image qu'elle représente est bien certainement celte de Çiva; et dès lors elle nous permet de retrouver ce même dieu dans les autres images que nous venons de décrire, bien que celles-ci ne présentent pas tous les signes distinctifs que nous montre la statuette. Ce qui recommande encore cette manière de voir, c'est que nous rencontrons toujours notre dieu vieillard avec son trisoula en compagnie de Dourga et de Ganésa, formant avec ceux-ci une triade; or la troisième personne de cette triade peut être difficilement un autre dieu que Çiva, puisque ce dernier y a sa place fixe.

Quant aux motifs qui peuvent avoir engagé les artistes à modifier tellement l'image de Çiva , il faut nous contenter ici de les deviner. Il n'est pas impossible, croyons-nous, que les premiers émigrants qui ont transporté le culte de Çiva du continent de rinde dans TArchipel, aient trouvé dans les îles de Java uq dieu que les habitants de ces pays se représentaient sous l'image d'un tel vieillard, et dont ils possédaient peut-être déjà une image grossière, taillée dans la pierre; il est tout aussi probable que ce dieu indigène avait pour arme une lance se terminant en trident, et que ce dernier détail avait engagé les habitants à identifier leur dieu avec le dieu des étrangers, ou mieux encore à représenter le dernier sous les traits du premier. On lui donnait les attributs des autres dieux du Brahmanisme: le chapelet et rémouchoir, le trisoula et la cruche à eau; on plaçait ces deux derniers objets à côté de lui, mais on les lui mettait à la main lorsqu'on le représentait à la manière du continent, c'està-dire avec quatre bras. Nous n'osons dire s'il faut attribuer une importance spéciale à la différence de forme que présentent souvent les trois dents du trisoula, et s'il faut voir alors dans les images qui of&ent cette particularité les images du dieu javanais auquel les inscriptions donnent le surnom de Trinawindou ').

1) Friedericby Twee SanêhriUirucriptxen , gevonden op godenbeelden in h€t MuHfim van ket Baiav. Genootschap ; Verhandd, van het Bat, Genootêch. van Kuntien en FFe> Unschappm, Vol. XXIII. pp. 8, 14, 15.

Nous préférons voir dans ces petites modifications une simple affaire de goût, provoquée par une circonstance accidentelle » le plus souvent par la ressemblance qu'on admettait entre ces formes-là et des objets symboliques. C'est ainsi qu'on a pu emprunter quelquefois la forme des dents du trisoula à celle d'une flamme ou bien du calice d'une fleur (voyez par exemple PI. CGLIII no. 45) , ou encore à un arbre symbolique (PI. GGLVl. n^. 51) , sans que l'artiste ait consulté autre chose qae son goût. Nous n'hésitons donc pas à retrouver Çiva dans le dieu en question; mais cela n'empêche pas qu'il se soit trouvé à Java racore d'autres images de Çiva, plus semblables que celle-ci aux images du continent. Il y a là des statues en pierre et en métal travaillées avec un soin tout particulier, qui nous le représentent dans son caractère destructeur. Le Musée d'Antiquités à Leide peut fournir des exemplaires des deux genres. Le travail du professeur Reuvens ') a fait connaître le Çiva colossal dans son caractère de Bheireva; dans ce même travail l'auteur fait encore mention d'autres images du même dieu, et Brumund en trouva entre autres une en pierre, fort endommagée, près du temple de Toumpang que nous avons signalé plus haut ; il en trouva une autre en métal (v. ci-dessus p. 453), travaillée avec beaucoup d'élégance, dans la collection de M. Klaring à Djocjocarta. Nous rencontrons encore d'autres images dans lesquelles il est impossible de reconnaître un autre dieu que Çiva; il est vrai que les attributs ordinaires manquent souvent; mais ce qui montre qu'en effet c'est bien Çiva que nous avons devant nous, c'est que le dieu y est assis sur le cou d'un homme qui a la tête d'un taureau, et qui n'est autre que son vahan ou son porteur sacré, leNandi, figuré ici (et voilà encore, à cequ'il semble, une particularité de la représention javanaise) non pas par le taureau mais par un homme ayant la tête d'un taureau. Nous trouvons des images analogues dans les groupes où l'on voit Viçnou assis sur son

1) BearenB, Verhandeîing over drie groote steenen beelden in denjare 1819 uit Jwoa naar de Hederlanden overgezonden , Amfterdam 1826; dans les Vtrhandd. van dt dirde kl, van hêt iCon. Ned, InêtituuU

vahan , le Garouda , représenté non pas par Taigle lui-même » mais par un homme ayant la tôte d'un aigle, et Brahma porté par un homme qui a une tête d'oie au-dessus de sa tête d'homme. Java nous montre ainsi les trois principaux dieux du Brahmanisme , assis sur le cou de leurs porteurs , que nous trouvons représentés sous forme humaine et que caractérisent ici leurs têtes seulement. . )

Nous avons donc, comme on voit, une triade qui se présente souvent à Java, une trimourti de dieux du Panthéon Hindou: Çiva, Dourga, sa sakti ou sa femme, et 6anésa« leur fils. Mais nous y trouvons également une autre triade, adorée plutôt sur le continent; c'est celle de Brahma, Viçnou et Çiva, dont les images ornaient peut-être les murs d'un des temples du Djeng.

Il est difficile d'expliquer autrement quelques images de pierre avec trois têtes qui se trouvent dans le Musée d'Antiquités à Leide '). Mais nous demandons surtout à ranger dans la même catégorie un autre monument taillé dans un bloc de tradiyte qui se trouve au même musée '). La meilleure description à en donner est d'en faire un cône médiocrement grand, placé sur un piédestal carré assez bas et sans ornements , tandis que quatre images s'élèvent sur le piédestal et se tiennent adossées contre le cône. A notre avis trois de ces images représentent les trois dieux dont nous avons parlé plus haut, tandis que la quatrièane représente les trois images réunies. Les dites statues, aussi bien que le cône et le piédestal , ont été taillées dans un même bloc de pierre; les deux derniers sont creux, et cette cavité n'a pu avoir été destiné qu'à conserver quelque objet particulièrement sacré. Etait-ce peut-être un lingam? ou quelque image de Çiva? ou d'un dieu de sa famille? Ou bien faut«>il songer ici à un Dagob qui était censé renfermer les cendres ou quelque relique du Bouddha, et qui occupait la place d'honneur entre les trois

1) Il en est nne, par exemple, qui a été achetée de rhéritage de fen U Résident M. Domifly marquée D. O. 2; une antre, un cadeau de M. J. A. A. Leemanti est marquée J. L. 3.

2) Ce monument provient de Théritage de feu le haron van der Capellen et a éé acheté pour le Musée, marqué V. d. C. 3.

dieux du Brahmaoisme ? Supposé que cette dernière supposition soit vraie, nous avons de nouveau ici un exemple, aussi bien de la iusion des deux cultes, que de la supériorité accordée au Bouddhisme; et nous pourrons comparer le monument à un petit temple dont Tintérieur était consacré au culte du Bouddha, tandis qu'on y avait admis les dieux du Brahmanisme comme des dieux de second rang, en leur donnant une place contre les murs '. extérieurs. Ce monument peut avoir eu sa place dans un temple, sur un autel ou sur un piédestal, ou même en plein air sous un arbre, comme c'est le cas de plusieurs statues.

Nous demandons pardon au lecteur de celte petite digression; elle a menacé, en apparence au moins, de nous éloigner un peu de notre sujet , qui consiste è constater des rapports d'analogie entre Bôrô-Boudour et d'autres édifices religieux à Java; mais il fallait bien nous étendre un peu sur les images des dieux dont le culte était si répandu, et dont les images pouvaient nous donner quelque renseignement sur la nature des temples qu'elles occupaient.

Il nous reste encore, à propos des temples, à traiter un point assez important. Nous voulons parler des puits , dont nous avons déjà fait mention plus d'une fois et dont la destination est encore assez incertaine. Ces puits se rencontrent dans plusieurs temples, mais non pas dans tous. Brumund croit pouvoir poser en règle générale qu'on cherchera en vain un puits dans le temple qui renfermait un autel; mais il nous prie de ne pas conclure de cette observation, que chaque temple dépourvu d'un autel ait eu un puits. Et en effet, l'expérience n'a pas justifié jusqu'ici cette conclusion; il faudrait des fouilles spéciales dans l'intérieur des temples,* pour pouvoir dire avec certitude quels sont les temples qui avaient un puits et quels sont ceux qui n'en avaient pas. Il faudrait pouvoir dire en outre avec assez de certitude si les autels ont peut-ôtre disparu des appartements qui sont vides maintenant. Brumund est d'avis que les puits, dont la circonférence était à peu près égale à celle du sol de l'intérieur des temples , assez étroit en général , ne laissaient pas assez d'espace pour un autel et pour le prêtre officiant; d'où il conclut que la

présence de l'autel excluait naturellement celle du puits. Il a'est pourtant pas improbable que ce puits ait été fermé par une voûte maçonnée ou par un plafond d'un autre genre, ce qui aurait permis d'avoir un puits et un autel dans le même temple. Là où les puits étaient encore assez bien conservés pour être examinés, on a trouvé qu'ils avaient plusieurs pieds de profondeur, que leur forme était celle d'un carré, et que la maçonnerie se composait des mêmes pierres que le temple. Il est vrai que l'ouverture des puits n'est plus fermée nulle part, ce qu'il faudra attribuer sans doute à l'écroulement de la voûte du puits ou du sol des appartements^ peut-être aussi à la cupidité des Javanais, qui espéraient y trouver des trésors, et qui, depuis l'introduction de l'Islam, avaient perdu en grande partie le respect des édifices religieux de leurs ancêtres.

D'après Brumund ces puits ont dû servir à conserver les cendres des corps brûlés de princes, de grands et de prêtres. Nous avons dit plus haut que sur le continent de l'Inde les Topas ou Stoûpas et les Dagobs étaient à l'origine les tertres sous lesquels reposaient les cendres ou quelque relique du Bouddha, de saints Bouddhistes, de prêtres ou de personnages qui s'étaient distingués par leur dévouement au Bouddha; il est possible aussi que ces objets n'aient été que de simples monuments consacrés à la mémoire du maître. En admettant maintenant que les Bouddhistes de Java aient pris peu à peu l'habitude de conserver sous un sanctuaire les cendres des corps de grands personnages, il est clair qu'ils n'ont eu qu'à faire un pas de plus, pour ap* proprier ces caveaux ou puits à l'usage de plusieurs personnes ou même de tout le monde; il faudrait d(Hic retrouver dans les temples pourvus de puits les Topas ou Stoûpas du continent, modifiés suivant les besoins et les usages des Bouddhistes de Java.

Nous commençons par accorder la probabilité de quelque emprunt que les sectateurs du Brahmanisme auraient fait au culte bouddhiste, de même que les Bouddhistes ont emprunté tel ou tel détail de leur culte au Brahmanisme; ces emprunts réciproques ont dû devenir toujours plus nombreux , à mesure que les deux cultes se rapprochaient et qu'il se réalisait entre eux une

68j[yèce de fusion. Cet accord était surtout possible sur le point des cérémonies funèbres et du culte des morts; car il est probable qae le culte des mânes des ancêtres existait déjà dans les deux îles de Java, lorsque les habitants entrèrent en rapport avec les émigrants du continent.

Il n'est pas improbable, d'après Brumund, que les Brahma* nés, trouvant cet usage de conserver les cendres chez leurs compatriotes Bouddhistes à Java, s'y soient associés et qu'ils aient construit également des temples pour y conserver les cendres de leurs morts. Ils devaient être d'autant plus disposés è introduire cet usage, qu'il existait déjà quelque chose de semblable dans quelques contrées de l'Inde, trop éloignées de la rivière sacrée; dans ces contrées on recueillait les cendres et les ossements dans un vase de terre et on les ensevelissait ainsi sous quelque bâtiment ou sous un arbre ').

Les anciens voyageurs du seixième siècle, entre autres Thomas Gavendish , nous apprennent qu'à Java , aussi bien dans la partie orientale que dans la partie occidentale, on brûlait le corps d*un prince et qu'on en recueillait les cendres *). On a trouvé, il y a quelques années, dans les forêts de Hakôl, près des frontières de la résidence de Kediri, une urne carrée de pierre, munie d'un couvercle, qui renfermait quelques objets en or mêlés à des cendres. Brumund a cru devoir conclure de cette découverte que l'yrne avait renfermé les restes du corps d'un Brahmane. Une urne de trachyte que M. Wardenaar a déterrée il y a plus de quarante ans à Djoulouk Tondo, renfermait des objets analo gués avec les cendres et les restes d'ossements brûlés '). Brumund croit avoir trouvé en outre dans la résidence de Djocjocarta , dans la plaine de Soro Gedok , un endroit où Ton brûlait anciennement les cadavres. Voici sur quoi il fonde cette conclusion:

1) H, T. Colebrooke« Religious ceremomes of the Hindus and of the Brammns ^peciatty, dans les Asiatic Researches Vol. VIL p. 256.

S) Voyez J. L. Gottfrfed, De aanmerkeniwaarâigste zee- en landreizen der Portagueêzen enz., uit het Hoogd, avergetet, La Haye et Leide 1727 fol. Vol. IV.

S) Voyes vmn Hoërell, Rets over Java, Vol. VI p. 110— Il S; Bromand, Indiana, Vol. II p. 219 — 225; Friederich, Cher Interiptien van Java en Sumatra, pp. 94—97.

il a trouvé dans cet endroit des morceaux d'or travaillé, des bagues et d'autres petits objets, qui portaient la marque évidente d*avoir été jetés au feu ; il y a vu les traces de cendres qui semblaient mêlées au sol à une profondeur de plusieurs pieds, tandis que les Javanais lui désignaient en outre une douce pente, coupée actuellement par un aqueduc, comme étant l'endroit où, suivant la tradition, on brûlait autrefois les cadavres.

Il existe encore une autre preuve du fait que cette cérémonie a été pratiquée anciennement à Java; c'est que la langue des Javanais possède un mot spécial «rpantjaka" qui désigne le bûcher sur lequel on brûlait les cadavres, et qu'ils ont conservé euxmêmes la tradition de la triple méthode qu'on suivait autrefois dans les funérailles. On abandonnait les morts au courant qui devait les emporter vers la mer, ce qu'on applait ^laroung"; ou bien on les brûlait sur le //pantjaka" et Ton recueillait les cendres pour les enterrer; ou enfin on les déposait dans un endroit éloigné de la forêt //pasetran" sur un échaffaudage //njetra". L'usage de brûler les cadavres existe encore aujourd'hui à Bali, une tie dont les coutumes peuvent parfaitement bien nous ren* seigner sur les moeurs des anciens habitants de Java; à Bali les cendres et les ossements ne sont pas cependant enterrés, mais jetés dans une rivière ou dans la mer <).

Brumund ne se borne pas à nous rappelm* toutes ces traces évidentes de l'ancien usage des Javanais dans la période Hindoue de brûler leurs morts; il nous raconte encore une particularité qui prouverait qu'on conservait anciennement les cendres et les ossements dans les puits des temples. Il s'agit du Tjandi Perrot, situé sur le versant nord-est du Sindoro, dans la résidence de Kedou. Les murs de ce temple avaient été ornés autrefois des statues de la triade ordinaire: Çiva, Dourga et Ganésa, comme nous l'apprend encore la statue de Ganésa qui a été conservée ; ce temple paraît donc avoir eu un caractère Brahmane. Un Nandi de grandeur naturelle qui se trouve

1) Voyes Friederieh, Verslag van Sali claoi let Verhandelingen van het Bat. Gtnootêchap, T. XXIII p. 9.

aujourd'hui encore dans le voisinage immédiat du temple, nous confirme dans Tidée qu'on y adorait de préférence Çiva et sa famille. Dans ce temple se trouvait un puits au dire des naturels; mais Brumund n'en découvrit pas la moindre trace; le terrain avait été trop exhaussé à cet endroit. Pourtant les naturels lui assurèrent positivement qu'on avait vidé le puits il y avait plusieurs années, et qu'à cette occasion, comme on avait lavé le sable déterré dans la rivière, on y avait trouvé des débris qui prouvaient incontestablement que le puits avait renfermé autrefois les cendres de cadavres brûlés.

Il nous semble que pour bien se fixer sur la destination des puits , il est indispensable de procéder à de nouvelles recherches qui devront être organisées tout exprès et poursuivies avec beaucoup d'exactitude. Il n'est pas permis de mettre en doute l'usage des anciens Javanais de brûler leurs morts et d'en conserver les cendres et les ossements; il est bien sûr, au moins, qu'on a suivi cet usage pendant une certaine période et pour des personnages d'une certaine condition. Il est également permis d'admettre, (bien que la chose soit loin d'être ayssi sûre) qu'il y a eu un temps 011 cet usage était devenu général. Mais ce qui ne plaide pas en faveur de l'idée que les puits devaient servir a conserver les ossements et les cendres, c*est que, d'après les deux seuls exemples connus et que nous avons cités plus haut, la manière de les conserver consistait à les renfermer dans des urnes de pierre qu'on confiait ensuite à la terre.

Il est possible que les Javanais n'aient pas eu tort dans ce qu'ils ont raconté à M. Brumund concernant le puits de Tjandi Perrot; mais n'oublions pas que ces fouilles avaient eu lieu depuis plusieurs années, et que l'expérience nous a appris, combien peu de confiance méritent les communications des naturels du pays concernant des événements qui ont eu lieu il y a plusieurs années et qui n'étaient pas de nature à exciter tout pariticulièrement leur intérêt. Il pouvait suffire aux naturels de savoir à peu près ce qu'on supposait à l'égard du puits et de sa destination, pour qu'ils se sentissent en droit d'assurer ce qu'on voulait, sans trop se soucier de l'authenticité de leurs sources, et

de certifier des choses qu'ils n'auraient peut^tre pas songé à mettre en avant , s'ils avaient dû raconter l'histoire de leur propre mouvement et sans avoir été provoqués par des questions.

Et supposé même qu'il y ait eu réellement des cendres (et des restes d'ossements ?) dans ce puits , la question sera toujours: d'où ces cendres et ces ossements provenaient^ls ? Il est fort possible que ces cendres n'aient été que les produits d'oflrandes d'encens et d'autres sacrifices dont on avait l'habitude de conserver les restes; oui, il se peut fort bien que les puits aient été construits spécialement dans le but de recevoir lés restes qu'on recueillait en nettoyant l'autel et les compartiments. Dans ce cas on peut se figurer ces puits fermés par une pi^re dans laquelle se trouvaient quelques trous, ou bien un grillage. On répondra à cette observation que les puits en question ne se trouvent pas dans chaque temple; à quoi nous répliquons, d'abord qu'un examen exact pourrait seul nous renseigner sur ce point, et puis, qu'il n'était pas absolument nécessaire d'avoir partout de tels réservoirs, destinés à recevoir des restes d'offrandes. D'ailleurs, ces puits ont pu servir également à garder d'autres objets, tels que des provisions, les trésors du temple, des documents de donations gravés dans du métal , etc., des statuettes de la divinité, dont on s'était servi à Toccasion de la fondation ou de la consécration ou dont de pieux pèlerins avaient fait cadeau plus tard au sanctuaire. Aurait-on pu trouver un meilleur magasin pour ces objets-là , dans ces petits temples où il y avait si peu d'espace? On sait d'ailleurs avec certitude que des puits, qui se trouvent sur le continent de l'Inde sous les temples, servaient à un but analogue. A Islamabad <), par exemple, on trouva dans un puits ou une cave de ce genre, construit en briques sous le temple, cent vingt petites statuettes et vingt statuettes plus grandes en bronze, une grande statue de pierre, un vase en cuivre renfermant deux os de Çâkya, et une plaque en argent sur laquelle étaient gravés les ordres du maître. De cette manière la cave ou le puits, avec l'édifice qui le couvrait,

1) Voyez Aêiatic Rêsearehes II p. SSS.

ou plutôt avec Tautel ou le piédestal qui portait le Dagob, faisait office de Stoûpa. Serait^il après tout si absurde, en considérant la bonne intelligence des sectes à Java et le mélange, peut^tre même la fusion , du Brahmanisme et du Bouddhisme , de supposer qu'on exigeait la même chose pour les temples des deux cultes?

Néanmoins il est très possible que les puits aient renfermé aussi les cendres de princes, de grands personnages ou de prêtres. Parmi les Bouddhistes du continent on élevait, comme nous avons vu, les Stoûpas, non seulement au-dessus des restes réels au supposés du corps du maître, mais aussi au-dessus des endroits où avaient été ensevelis ses premiers disciples , les chefs des couvents, les restes de princes qui avaient protégé le culte du Bouddha. Les écrits Bouddhistes avaient même donné à chaque Bouddhiste le droit de se faire enterrer sous un Stoûpa, et de faire ériger, pour ainsi dire, un Dagob au-dessus de ses propres cendres. Nous admettons donc volontiers qu'on ait eu aussi à Java Thabitude de conserver dans les puits des temples les restes d'hommes de condition et de prêtres, et que cet usage soit devenu général parmi les adhérents de Tun et de l'autre des deux grands systèmes religieux; mais nous voudrions borner cet usage aux princes, aux prêtres et aux autres hommes de condition; car il nous faudrait des arguments plus directs et moins douteux, avant de pouvoir admettre qu'on ait étendu peu à peu cet usage à des hommes quelconques, à des personnes de condition inférieure. L'idée nous paraît inadmissible qu'il ait jamais été permis d'ajouter plus tard les restes de qui que ce iut aux cendres d'un prince ou d'un prêtre; c'aurait été là commettre un sacrilège, troubler les cendres des morts, profaner le lieu de leur repos.

Ce qui a lieu de nous surprendre en tenant compte des fortes proportions que le Bouddhisme avait prises à Java et de l'influence dominante de ce système, c'est que nous n'y trouvons qu'un nombre relativement restreint d'édifices Bouddhistes, bien que ces derniers surpassent tous les autres en beauté et en étendue. Dans l'tle de Java elle-même on n'a pas trouvé

jusqu'ici la moindre trace des Stoûpas ou des Topas proprement dits du continent , ni des restes du culte Bouddhiste 4]ui y reBsemblent, à Texception toutefois de Bôrô-Boudour lui-môme, qui mérite à quelques égards de porter ce nom. Faudrait-il donc peut-être trouver ici une des modifications que la doctrine a subies dans la nouvelle patrie? Faudrait-il admettre, par hasard, que la fondation de ces Stoûpas n'y ait pas été une oeuvre méritoire comme sur le continent ? Il est possible que la construction d'un édifice si beau, si précieux et qui réclamait les efforts et rénergie de tout un peuple, ait pu rendre complètemeat superflue l'érection de ces nombreux petits tertres ou d'autres monuments; il se peut que les cônes qui s'élevaient sur leurs piédestaux dans l'intérieur des temples et tout autour, aient remplacé dans un certain sens pour les Javanais les Stoûpas du continent, tout aussi bien que les Dagobs de la même forme et les statues du Bouddha qui se trouvaient dans les temples et les chapelles Bouddhistes proprement dits, sans déroger toutefois aux rapports plus étroits qu'il peut y avoir eu entre ces cônes et le culte de Çiva et du lingam; nous pouvons nous figurer que les puits et les caves sous les temples aient eu une destinatioB semblable à celle des Stoûpas. Tous ces détails pourraient nous fournir peut-être une réponse à la question formulée entre autres par M. le docteur Friederich, celle de savoir, s'il ne nous est pas resté d'autres monuments Bouddhistes que Bôrô-Boudour et les constructions attenantes, que les temples près de Prambanan et les grottes de Sélo Mangling? s'il n'existe pas peutêtre des constructions souterraines, et si les anciens lieux de sépulture n'ont pas échappé jusqu'ici à l'oeil perçant des voyà* geurs? Mais il est encore un autre point que nous désirons donner en considération. On trouve répandues sur presque toute l'île de Java un très grand nombre de statues et d'images du Bouddha ou de saints Bouddhistes de toute grandeur, quelquesunes même de dimensions colossales. On peut être bien sûr que plusieurs de ces statues, pour autant qu'elles occupent leur place primitive, n'ont jamais été érigées dans un temple, mais toujours en plein air. Ces images peuvent fort bien avoir

indiqué les endroits où les cendres d'un Bouddha ou d'un saint Bouddhiste reposaient réellement, ou du moins étaient censé reposer. De cette façon elles devenaient en même temps tes endroits vers lesquels on se rendait pour remplir 868 devoirs religieux, et il était parfaitement inutile de bâtir tout exprès dans ce but des maisons de prière ou de petits temples. Mais ce point encore ne pourra être éclairci que par suite de recherches exactes et de fouilles consciencieuses fûtes dans les endroits où ces statues ont conservé leur place primitive.

Nous demandons à ramener encore une fois le lecteur aux groupes de temples près de Prambanan , dont il est impossible de mettre en doute Torigine particulièrement (pour ne pas dire exclusivement) Bouddhique. Cette origine n'est pas douteuse en effet, quand on songe aux nombreuses statues du Bouddha qui se trouvent dans Tintérieur ou tout près de ces édifices, ainsi qu'aux ornements symboliques dont ils sont pourvus, ou dont les restes se retrouvent encore dans les décombres. Signalons surtout parmi ces ornements les cloches ou coupoles avec leurs cônes, dont la forme est exactement celle de Bôrô-Boudour et qui ne manquent ni au Tjandi Loumboung, ni au Tjandi Séwou. On voit encore des statuettes de Bouddha dans les niches des toits de Tjandi Beiiing, tandis que dans plusieurs des trois cents petites chapelles environ, qui entourent le temple central de Tjandi Séwou en diverses rangées , on trouve des statues plus grandes du Bouddha assis; nous ne pouvons nous figurer ces chapelles dans leur état primitif, sinon renfermant chacune une telle statue de Bouddha. Dans Tjandi Plaossan nous voyons deux statues de princes assis dans l'attitude de Bouddhas, adossés contre la paroi postérieure à droite et à gauche sur l'estrade en forme d'autel.

Tjandi Assou est vide et paraît ne plus posséder des particularités caractéristiques. Tjandi Loro-djongrang au contraire nous montre la triade des dieux du Çivaïsme adossée contre les murs extérieurs. Mais les bâtiments en forme de temple qui l'entourent immédiatement sur une surface d'à peu près une demi-lieue, présentent un caractère tout particulièrement Bouddhique; nous

admettons par conséquent que Loro-djongrang a été consacré également avant tout au culte du Bouddha, mais que les dieui de la famille de Çiva ont reçu leurs hommages dans le même édifice ou du moins près du môme édifice, à en juger par les sculptures qui ornent les chapelles extérieures. La fusion peut avoir présenté le môme caractère dans un ou dans plusieurs des autres édifices que nous avons nommés , c'est-à-dire que des images qui se rapportent au Brahmanisme peuvent fort bien avoir trouvé leur place dans des niches à côté du principal objet du culte. LfOs temples de Prambanan semblent se distinguer des autres temples de Java aussi bien par le grand nombre de petits temples qui faisaient partie de chacun des groupes, que par le plan régulier suivant lequel ils ont été construits. Le groupe de Loro-djongrang se compose de deux rangées de trois édifices placés les uns vis-à-vis des autres; dans la première rangée le bâtiment du milieu est le plus grand et le principal, les deux autres sont un peu plus petits; les trois édifices de l'autre rangée ont la forme d'un simple carré ; celui du milieu est plus grand que les deux bâtiments latéraux. Les deux rangées formaient avec deux bâtiments plus petits encore, qui se trouvent aux faces étroites du plan, un carré long, qu'a entouré probablement une rangée de petits temples. Valck ') nous dit que l'ensemble se trouvait renfermé dans un triple mur d'enceinte, avec trois grandes portes, qui formaient l'entrée du sanctuaire. Brumund ^) croit aussi devoir admettre qu'il y a eu autrefois des murs d'enceinte; mais il ne nous parle pas de portes. Nous présumons que Valck a cru voir des portes dans ce qui n'était que les fondements de temples appartenant au groupe, peut-être ceux des trois temples de la rangée orientale.

Quant à Tjandi Loumboung le Musée d'Antiquités à Leide en possède un plan, dessiné probablement en 1805 sous la direction du major Cornélius; d'après ce plan le groupe en question avait seize petits temples; Brumund en compte

1) Tijdtchrift voor NeèrL Indiè\ III p. 3.

2) Indiana Vol. I p. 54, sv.

viogl-huit, qui formaient ensemble un carré autour de Tédifice central.

La construction la plus riche et la plus étendue est celle du groupe connu sous le nom de Tjandi Séwou, ou les mille temples.

Ce groupe possède autour de ses principaux édifices quatre rangées de temples plus petits ou de chapelles, qui forment à peu près un carré équilatéral, et dont chacun renfermait autrefois la statue d'un Bouddha assis. Les édifices Bouddhistes de ce genre ne présentent pas de difiérence dans les lignes générales avec le grand nombre de sanctuaires qui se trouvent ailleurs, et qui étaient consacrés plus exclusivement aux dieux du Brahmanisme. Les trois chapelles latérales de Tjandi Loro-djongrang forment la transition entre les temples ordinaires et le temple plus richement orné encore de Tjandi Séwou; mais ces chapelles latérales ne sont que les reproductions en petit de l'édifice central. Les ornements d'architecture ont tous le même caractère et né se distinguent les uns des autres que par la ridiesse et Tabondance des détails. Mais ce qui donne aux édifices de Prambanan un caractère tout à fait spécial, ce sont les petites chapelles latérales qui entourent le principal édifice, et la régularité qui semble avoir présidé à la composition de leurs groupes. Ces particularités , jointes aux images du Bouddha , établissent un grand rapport de ressemblance entre les édifices de Prambanan et Bôrô-Boudour. Celte ressemblance est surtout très évidente dans Tjandi Séwou Ce dernier groupe se compose, en eifet, du principal édifice qui se trouve au milieu, et de quatre rangées parallèles de petits temples, qui Tentourenl en formant un carré équilatéral. L'espace entre la seconde et la troisième rangée est occupé è distance égale par six temples de dimensions un peu plus grandes; au milieu de chacune des faces du carré, un peu en avant de la rangée extérieure des petits temples , se trouvent deux statues énormes , qui représentent des gardiens de temple à genoux, veillant aux quatre entrées principales. Eh, bien! avec un peu d'imagination on ne pourra manquer de reconnaître les points de ressemblance entre ce groupe

et Bôrô-Boudour. Qu'on se figure les deux gardiens postés au rez-de-chaussée; puis la première rangée de temples occupant une terrasse un peu plus élevée, les trois rangées suivantes élevées chacune un peu au-dessus de la précédente, et enfin le principal édifice occupant également une surface élevée audessus des autres terrasses. Présentés de cette manière les points de rapport de cet édifice avec Bôrô-Boudour sont évideoU. Le plus grand des temples, celui qui s'élève au centre sur le point le plus élevé, et qui devait représenter peut-être ici le tombeau du Bouddha (soit qu'il fût lui-même ce tombeau, soit qu'il fut censé le renfermer dans le Dagob de son compartiment central) rappelle la grande coupole ou le Dagd) de Bord- Boudeur. Autour de l'édifice central de Tjandi Séwou se trouvent quatre rangées de temples , qu'on se figure comme s'élevant les unes au-dessus des autres sur quatre terrasses ; on y reconnaît sans peine Bêrô-Boudour entouré de cinq murs d'enceinte, qui s'élèvent les uns au-dessus des autres en forme de terrasses, ou plutôt, en y comprenant les cloches des trois terrasses supérieures, entouré de huit rangées de petits bâtiments. On peut comparer plus ou moins les six temples qui occupent dans Tjandi Séwou l'espace entre la deuxième et la troisième rangée, avec les coupoles ou les cloches travaillées à jour, qui s'élèvent sur les trois terrasses supérieures autour du grand Dagob de Bôrê-Boudour. Les statues du Bouddha, qui, au commencement de ce siècle étaient encore debout dans les petits temples, et dont chacun de ces temples en renfermait sans doute une , peuvent être comparés aux Bouddhas dans les niches des murs d'enceinte de Bôrê-Boudour , et les deux gardiens au milieu de chacune des faces du carré aux deux lions qui faisaient le même office à Bêrô-Boudour , aux entrées des quatre faces de la terrasse inférieure.

Tous ces points de rapport ne doivent pas cependant nous faire perdre de vue les points de différence. Il y a accord entre les gardiens de Tjandi Séwou et les lions de Bôrô-Boudour , en ce qui concerne la place qu'ils occupent et le but dans lequel l'architecte les y a placés. Mais tandis que le lion, le symbole de l'origine royale de Çâkya, nous parait presque indispensable

pour garder l'entrée d'un monument consacré è son culte, les l^ardiens monstrueux qui veillent au temple de Tjandi Séwou, nous font songer plutôt à un temple Brahmane, à moins d'admettre que le gardien du temple qu'on a trouvé à Gounong Daghi (voyez pp. 112, 113), non loin de Bôrô-Boudour , ait fait partie de cet édifice, et que cette statue ait eu sa place avec quelques autres statues du même genre, devant une des entrées qui conduisaient, sur les quatres Faces, à la première terrasse inférieure.

Il nous reste une autre particularité à signaler, non seulement parce qu'elle n'est pas sans importance pour le travail de comparaison que nous faisons dans ce moment, mais encore parce qu'elle nous fournira l'occasion de résoudre une contradiction qui se présente è propos de Tjandi Séwou. Il s'agit de la direction dans laquelle regardent les statues qu'on trouve dans les petits temples qui forment quatre rangées autour de l'édifice central. Grawfurd ') ne voyait pas dans les Bouddhas qui entourent le principal édifice ^es objets de culte , mais des sages Bouddhistes , occupant un rang inférieur et présentant leurs hommages à Çiva, la puissance destructive, qui siégeait dans le temple central et dont leur doctrine et leur influence avaient réformé et adouci le culte. Il fondait son opinion en partie sur l'attitude de ces statues , qui , d'après lui , tournent respectueusement le visage vers le temple central. Brumund ^) assure qu'au moins trois rangées de temples sur les quatre qui forment un carré autour du temple central, avaient leurs entrées tournées en dehors, comme le prouvent évidemment , selon lui , les ruines qui en sont restées ; il en conclut que les statues qui 8*y trouvaient autrefois, avaient tourné le visage dans la même direction, c'est-à-dire dans une direction contraire à celle dont parle Grawfurd. Nous sommes cependant en état de confirmer, du moins en partie, l'idée du savant anglais, bien que nous ne le suivions pas dans ces conclusions. Il ressort du plan et de la description que M. Gorné-

I) litst, o/the Ind. Archip, II. 196, 210. S) Indifina II. 8.

lius a donnés en 1805 des ruines de Prambanan, et dont une copie se trouve au Musée d'Antiquités à Leide, que les temples de la rangée extérieure, c'est-à-dire de la première, et ceux de la troisième étaient disposés de façon à tourner leurs entrées vers le dehors, tandis que ceux des deux autres rangées, c'està-dire de la seconde et de la quatrième , étaient tournés vers l'intérieur , c'est-à-dire vers le temple central ; d'où il résulte que les statues des deux dernières rangées tournaient également le visage vers le temple central.

Les mêmes annotations de M. Cornélius nous apprennent que l'intérieur des petits temples d'une même rangée n'était pas partout le même; quelques-uns de ces bâtiments renfermaient des piédestaux très bas, ou, comme il dit, des autels, placés contre la paroi postérieure, tandis que d'autres avaient des niches contre les trois parois. Nous n'osons dire si cette différence impliquait aussi une différence dans la nature des images ellesmêmes qui se trouvaient dans les temples; ceux qui croient qu'à Tjandi Séwou , comme ailleurs , le Bouddha et son culte occupaient il est vrai la première place, sans que toutefois Çiva et sa famille, ou les emblèmes sacrés de ce dernier culte en fussent exclus , ceux-là pourraient prétendre que quelques-uns des temples en question ont renfermé peut-être d'autres images que celles du Bouddha; ils pourraient même appuyer celte idée sur les gardiens énormes, qui ont plutôt leur place, comme nous avons vu tout à l'heure, auprès des temples Brahmanes qu'auprès de ceux du Bouddhisme. Cependant nous* ne sommes pas de cet avis; et tant qu'on ne nous fournira pas des preuves positives du contraire nous croirons, surtout aussi par ce que nous savons de Bôrô-Boudour , que les petits temples qui entourent Tjandi Séwou n'ont renfermé que des statues du Bouddha.

Il résulte de tout ce qu'on vient de lire qu'il existe beaucoup d'accord , sous le rapport du plan , de la disposition et des ornements d'architecture , entre les édifices de Prambanan et Bôrê- Boudeur; mais il y a toujours un grand point de différence dans la partie principale, la plus sacrée, dont l'intérieur restait inaccessible dans Bôrô-Boudour, tandis que les fidèles, ou du moins

les prêtres, pouvaient pénétrer dans Tintérieur des temples qui formaient le centre des groupes de Prambanan, pour y déposer leurs offrandes sur les autels ou à côté des images de dieux et d'autres objets sacrés. Ici Tacte religieux s'accomplissait dans le sanctuaire et auprès de Timage qui représentait le dieu , tandis qu'à Bôrô-Boudour la cérémonie s'accomplissait en plein air ; ce qui s'explique par l'observation qu'ici le Dagob lui-môme était l'objet de l'adoration , à cause des cendres , des reliques ou des autres objets provenant du maître qu'il était censé renfermer. On pourrait dire au fond que le monument de Bôrô-Boudour était tout entier l'objet du culte; tout l'édifice avec ses nombreuses terrasses n'était au fond qu'un Topa, un Stoûpa ou un Dagob colossal, qui attirait de loin les regards, et qui indiquait aux habitants d'alentour l'endroit vers lequel devaient se tourner leurs prières et leurs méditations.

La comparaison que nous avons établie entre Bôrô-Boudour et les édifices Bouddhistes du continent de Tlnde et de Geylan, ainsi que l'aperçu rapide que nous avons donné des restes de temples et d'autres lieux de culte religieux conservés à Java , ont confirmé notre idée sur la nature et la destination de Bôrô- Boudour. Le monument est une construction purement Bouddhiste, sans mélange ou sans éléments du Brahmanisme. Les bas-reliefs nous représentent, il est vrai, des dieux ou des êtres qui appartiennent à telle ou telle secte Brahmane; mais ceux-ci n'y figurent pas comme les objets d'un culte religieux; ils n'y sont que des acteurs dans les scènes de la vie du Bouddha ou dans les histoires que la tradition a rattachées à son nom.

Parmi les ornements d'architecture nous n'en rencontrons pas un seul qui doive être considéré comme un symbole emprunté exclusivement à un culte étranger. Tout était de nature à élever les hommes au culte du Bouddha: la disposition de l'édifice , les statues dans les niches et sur les terrasses , les sculptures contre les parois des galeries. Bôrô-Boudour reproduisait la vie du maître , glorifiait sa doctrine et ses actions , prêchait l'imitation

de ce divin modèle , en représentant les actions de ses principaux protecteurs et de ses plus ardents envoyés, et faisait revivre ainsi l'image du saint homme devant Tesprit des fidèles. Cette image se présentait d'abord entièrement visible dans les niches nombreuses des murs d'enceinte, puis elle se cachait un peu aux yeux du corps dans les Dagobs ou cloches travaillés à jour, qui se . trouvent sur les trois terrasses rondes , et enfin elle se dérobait tout à fait au regard dans la coupole du milieu , où le maître était censé s'être élevé à sa plus haute perfection, où il était entré dans son repos, où il avait atteint le ciel et obtenu le bonheur du Nirvana.

C'est à cause de cette disposition, comme aussi à cause du fini qui caractérise les scènes qu'on y trouve représentées, surtout aussi à cause de la manière excellente dont cette oeuvre a été projetée et exécutée dans toutes ses parties, que Bôrô-Boudour mérite jusqu'à présent d'être appelé un des monuments les plus remarquables, oui peut-être le plus remarquable de tous ceux que le Bouddhisme a érigés dans les différents pays où a pénétré sa doctrine.

B. LES STATUES DU BOUDDHA SUR LES MURS d'ENGEINTE ET

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