‹ Bossuet (volume 2)Chapitre 103 sur 329 · L. XI, nos ci-cvi · texte numérisé non relu

L. XI, nos ci-cvi

2. L'étude des documents manuscrits devait mettre plus d'un siècle à pénétrer dans les habitudes des historien!- français. Voyez les Préfacfs de VHistoire de France du P. Daniel (éd. de 1722, p. xlhi-xlix) et de V Esprit de la Ligue d'A.NQCETiL (1767). .^nquelil n'ignore pas qu'il existe beaucoup de vieux papiers sur l'histoire de France dans les bibliothèques; mais une personne f'igne de foi l'a assuré qu'il n'y a rien d'intéressant et qu'on perdrait son temps à y chercher du nouveau.

lui faut se référer en outre aux ouvrages de seconde main, ses autorités sont-elles toujours irréprochables, comme il s'en vante?

Dès la première vue, la plupart du temps, cette prétention parait justifiée. Il est évident sans démonstration que, sur la réformation de l'Angleterre, il ne pouvait que contenter les Anglais en s'adressant à Burnet, le savant et fervent évê jue anglican; — que, sur les aft'aires religieuses et politiques de la fin du seizième siècle en France, ni Bèze, ni de Thou', ni d'Aubigné n'étaient propres à éveiller les défiances calvinistes; — que, sur l'histoire des Frères de Bohême, le luthérien Camerarius, le réformé Lydius, et Rudiger, pasteur morave, ne prêtaient pas au moindre soupçon.

Mais vérifions les choses de plus près en pesant les informations dont Bossuet se sert sur le compte de Luther. Ëtait-il rien de plus légitime que d'admettre, comme il le fuit, le témoignage de Sleidan, de Chytrée et de Mélanchthon^? Entre tous les historiens allemands du seizième siècle, Sleidan et Chytrée sont peut-être ceux qui ont pu s'informer le plus exactement des affaires de leur temps et de

1. Hist. des Var., 1. VII, n» ux; 1. X,n<>s xxviii, xxxiv, xl, xui, u. — Bossuet penserait plutôt (à tort) qu'il y a dans le texte g.^nevois, 1628 (Catalogue de sa Bibliotli que, n» 480; de l'iiisloire de de Thou des interpolations protestantes (li). — ce. sur la valfur de de 1 hou : d'Aubigné, Préf. de V Histoire universelle, p. 5; JuHiEU, Hisloire du Papisme, t. I, p. 159-162, 42.3, 465 et passim; Gédéon Flournois, Les Entreliens des Voyageurs sur la mer, t. I, p. 2i: t. II, p. 251; BuRXET, A censure of M^ de M eaux hislory, p. 44, et Préf. de la Réf. angl. ; èECKENKORF, Connnfutarius de Lulhera.?mmo, Praeloquium. — Sur les déliances d^ quelques catholiques à l'égard de son histoire, voy. lettre de d. Luis Lobo de bilveis a de Thou, 7 juiil. 1616, IJist. univ., tr. l'r., t. XV, p. 3i0-71; cl. iljid., p. 310, 311-3'i3; Gomberville, Discours des vertus et des vices de l'histoire, 1620, p. 85; J. B. Tiallus (Jean de Machaud), In Thiiani historiam nota ta, ch. vi; et la Blbl. hislor. de la France, t. II, n» 19877. — Sur l'autorité historique de de Thou au dix-seplirne siicle, voy. Guy Patin, Lettres, t. I, p. 2i, 25; t. III, p. 699; Sorel, Bibliolhéque française, p. 307- 3U9; Vigneul-Marmlle, Mélanges, 1. 1, p. 147; t. II, p. 362, 410; t. III, p. 312 sqq., etc.

2. Les sources principales du P. Mai.mbourg dans son Hisloire du Luthéranisme (1680), soiiL par ordre d'importance : Cochlée, Sleidan, Pallavicin, Célestin (Hi,stoire de la Confession d'Augsbourg), Florimond de Hémond, Chytrée. — V. Leibniz, Corresp. avec le Landgrave Ernest, édit. Romrael, t. I, p. 298.

leur pays. Tous deux ils ont eu le privilège de consulter, dans les archives des princes et des villes, les papiers d'État et les actes publics les plus récents. Ils ont Tun et l'autre connu Luther, et si Chytrée, trop jeune pour être son ami, ne put l'approcher qu'en disciple enthousiaste', Sleidan, du même âge à peu près que le Réformateur de Wittenberg, parait avoir entretenu avec lui des relations amicales ^ Enfin leur bienveillance pour la Réforme n'est pas douteuse^. Chytrée — c'est Bossuet qui le rappelle lui-même — était un adepte, fervent jusqu'à l'intolérance, de la pure doctrine luthérienne*. Quant à Sleidan, Bossuet peut-être aurait eu sujet de craindre que les attaches qu'avait à Strasbourg l'historien diplomate n'eussent altéré, à l'égard de Luther, l'impartialité de ses sentiments. Mais il est bon de se souvenir que, peu après la date où Sleidan vint se fixer pour seize ans à Strasbourg', une évolution importante était déjà en train de s'accomplir dans les tendances religieuses des Alsaciens, jusqu'alors

1. Sur l'admiration de Chytrée (né en 1530) pour Luther, qu'il entendit pendant un an à Witleraberg, voy. Saxonia, 1. XIII, p. 280, 324, .S69, 311 : « Cum aiitem duris ul ilex tonsa bipenniàus ab ipso ducii opes animumque ferro, ila LiUlieri pectus, ardenti zelo luendae veritalis ardens, etc.. Lulherus perpeLuo pacis auclor fuit...n — Sur les docurafnls officiels communiqués à Chytrée par les princes allemands, voy. Seckendorf, t. I, cxxxix.

2. Voy. des lettres de Sleid.w au card. du Bellay et à Jean Sturra (14 mai et 5 juin 15i5] dans les Forschvnyen zur deutscfie Geschichtf, t. X, p. 177, 196, 197. Cf. SAGirrARius et Schmidt, Introd. in hisl. Ecclesiasticam, t. 1, p. 107, 113,115; Weltz, Élude sur Sleidan, 1862 ; Kampschulte, UeôerJ. Sleidanus, dans les Forschungen, t. IV, p. 59 sqq.; Balmgarten, Ueôer Sleidans Leben und Briefwechsel, p. 51-58, 67-74, 76, %6, 87, lOi.

3. Cf.Hist. des Var., l.I,no xxxi; I. VIII, noi; Préface de l'ouvrage de Sleidan : ((De religione...potissiininn et in primis est institutum opus»; Crespix, edit. de Sleidan (1575); d'Acbigné, Préface de son Histoire; Hohtleder, Préface du De bello germanico, etc. — Bossuet connaissait du reste Sleidan dès 1655 [Hëfut. du Catéchisme de Ferry, début, part. II, chap. iv et chap. dernier). Cf. Fragm. relatifs à l'Exposition, éd. Lâchât, t. XIII, p. 161. — Variilas avait parlé d'édilions de Sleidan altérées ou interpolées; Maiinbourg venait d'attaquer la véracité de l'historien protestant : Bossuet ne tient nul compte de ces critiques, et à juste titre ; cf. Secke.xdorf, Commentarius de Lutheranismo [ad Indicem I historicum scholia, n. lxxi; Bayle, Cric. gén. de l'Histoire du Calvinisme, XVIII, n» IV ; Dict. crit., art. du Bellai, note B; et ÎVicéro.v, t, XXXI.X, p. 36.

4. L. VIII, nos XXXV et xl. — Il alla jusqu'à se brouiller avec Alélanchthoa (DôLU.NOER, La Refaire, trad. Perrot (1848-19), t. Il, p. 487-48S).

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